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couple working in a bulk food store

Les premiers pas de la MAdiL

Le 1 Déc 22

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Le développement d’un système alimentaire durable est un enjeu central pour la Wallonie. Dans le cadre des objectifs stratégiques du référentiel « Vers un système alimentaire durable en Wallonie » [1], la région a lancé en septembre 2020 un appel à projets, initiative conjointe des Ministres de l’agriculture, de l’environnement et de la santé, afin de soutenir des dynamiques territoriales innovantes et variées qui contribuent, de manière durable, à la relocalisation du système alimentaire.

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Cet appel pose deux questions : « Comment répondre à la demande croissante des consommateurs de s’approvisionner localement et d’avoir des produits de qualité et diversifiés ? » ; « Comment faire évoluer le système alimentaire pour qu’il réponde aux enjeux sociaux et environnementaux ? »

La Maison de l’alimentation durable et inclusive de Liège (MAdiL) s’inscrit dans ce deuxième enjeu d’une transition alimentaire durable et socialement juste avec une approche territoriale et un système de gouvernance participatif. Rencontre avec sa coordinatrice Émilie Farcy.

Naissance de l’initiative

La MAdiL est un projet introduit par le Plan de Cohésion Sociale de la Ville de Liège en étroite collaboration avec l’échevinat de l’écologie de la transition de la ville de Liège, la Ceinture Aliment-Terre Liégeoise (CATL), la plateforme interfacultaire ESPRIst-ULiège.

Il a été initié à la suite du travail réalisé dans le cadre du programme « Alimentation saine pour tous » mis en œuvre par le Plan de Cohésion Sociale de la Ville de Liège. Le projet est né de deux constats comme l’explique Emilie Farcy : « D’une part, en terrain liégeois, il y a énormément d’initiatives en lien avec la transition vers une alimentation plus saine et plus durable ; mais, celles-ci ne sont pas nécessairement coordonnées et sont parfois méconnues du public. D’autre part, ces initiatives sont potentiellement inaccessibles pour toute une partie de la population ».

Ces constats ont été le fil conducteur de la mise sur pied de l’initiative qui se veut un « laboratoire d’innovations sociales et inclusives et une vitrine socio-économique d’expérimentation et de déploiement de l’alimentation équilibrée, locale et durable accessible à tous [3]».

Le Plan de cohésion Sociale a également travaillé en étroite collaboration avec l’échevinat de la transition écologique de la Ville de Liège dans le cadre d’un groupe inter-échevinats plus large (incluant notamment le développement économique et l’instruction publique) pour introduire le projet auprès de la Région Wallonne.

« Ensuite, très rapidement, complète Emilie Farcy, des partenaires privilégiés ont été identifiés et se sont engagés à contribuer au plein déploiement de la MAdiL ». Il s’agit du CPAS de Liège, la Ferme des Enfants, Liège Ville Santé, Intradel, Vaincre la Pauvreté, le Centre Liégeois de Promotion Santé (CLPS) et la Province de Liège.

Approche systémique avec une gouvernance participative

La MAdiL vise à opérer comme une interface entre la population, les acteurs du secteur agroalimentaire et les initiatives déjà existantes visant une alimentation plus durable et inclusive.

De fait, l’initiative propose une approche systémique en associant une multitude d’acteurs avec une forme de gouvernance participative autour de la co-construction d’actions de sensibilisation et de promotion de l’alimentation équilibrée, durable et inclusive.

Dès le lancement du projet en juin 2021, deux démarches ont été menées en parallèle. D’une part, la co-construction d’une vision commune de la MAdiL avec l’ensemble des partenaires. D’autre part, la prise de contact avec le public en lui proposant des activités grâce à la collaboration entre partenaires. Chaque partenaire apportant ses savoir-faire, ressources et expertises au projet.

Construction d’une vision commune

« On a travaillé sur la vision commune afin d’identifier les valeurs et les missions que nous visons. » explique Emilie Farcy. « La MAdiL s’est fixé l’objectif de permettre à l’ensemble de la population d’améliorer progressivement la qualité de son alimentation ». La coordinatrice précise : « Pour y arriver, la MAdiL se donne 4 missions :

  • lever les freins et favoriser l’accès pour tous à une alimentation de qualité ;
  • favoriser l’apprentissage de l’alimentation saine et durable par la pratique ;
  • valoriser les compétences et renforcer le pouvoir d’agir par elles-mêmes des personnes ;
  • aller au contact des publics plus éloignés a priori de l’alimentation saine et durable ».

La MAdiL a pris le parti de ne pas construire de définition d’une « alimentation durable inclusive ». Elle a préféré réunir les partenaires autour d’axes communs de santé, de développement durable, et d’inclusion. La coordinatrice précise : « L’idée est de pouvoir dire :  c’est une activité MAdiL dans ce sens qu’on favorise d’une part l’accessibilité, le non-jugement, et d’autre part le développement durable et la promotion de la santé. La MAdiL, c’est un processus où chacun apporte sa contribution propre et converge vers un idéal partagé.  Elle a vocation à s’élargir et à faire réseau. »

La MAdiL a également développé une « Charte MAdiL » dédiée plus spécifiquement aux animations qui sont proposées. « C’est une forme de « label qualité » explique Emilie Farcy. Trois volets ont été identifiés comme essentiels dans la démarche de la MAdiL, développe la coordinatrice. 

  • Le premier volet est de favoriser des apprentissages par la pratique. « Cela a été un élément mis en avant par l’ensemble des partenaires dès le début. Il s’agit d’inviter très rapidement les participants à mettre la main à la pâte et à être dans du concret. »
  • Le second volet est celui du « caractère de non-jugement ». « Il s’agit d’éviter les injonctions morales « il faut absolument manger que du bio ou que du local » mais plutôt de permettre aux gens d’y aller progressivement et de s’approprier petit à petit les différents outils qu’on leur propose. »
  • Le dernier volet concerne la valorisation des savoir-faire existants et le renforcement des compétences et du pouvoir d’agir des personnes. « C’est de se dire que les infos qu’on transmet, on permet qu’elles soient remobilisables dans le contexte privé de la personne et surtout on essaye de rendre la personne capable d’aller elle-même rechercher l’information. »

Démarche d’évaluation

La démarche d’évaluation mise en place par ESPRIst-ULiège est participative et négociée. Les différentes parties prenantes sont associées aux étapes de construction de la démarche d’évaluation. Ainsi, les partenaires ont défini un ensemble de questions auxquelles ils souhaitaient que l’évaluation réponde en fin de projet.« Le souhait des partenaires était de pouvoir mesurer « l’effet MAdiL » auprès des participants aux activités, et également, d’évaluer la dynamique partenariale de la MadiL. Afin de pouvoir porter un jugement évaluatif sur ces questions, la MadiL et ses partenaires ont décliné ces questions en critères et en indicateurs. »

Concernant la participation aux activités de la MadiL, trois éléments sont questionnés : le fait que les participants aient retenus certains savoirs et savoir-faire, qu’ils les mettent en pratique au quotidien et qu’ils continuent à prendre part aux activités proposées. Cette évaluation prend la forme d’un sondage, récemment finalisé, qui sera désormais systématiquement transmis à toutes les personnes qui participent aux activités. Des entretiens seront également menés avec les participants.

Mise en place d’activités

Dans la mise en place de ses actions, la MAdiL cible la découverte et l’appropriation des « bonnes pratiques de la filière alimentaire, de la production à l’assiette, en ce compris la protection de l’environnement et la lutte contre le gaspillage alimentaire avec une attention particulière aux personnes les plus vulnérables. » [4]

Dès le départ, la MAdiL a proposé des activités à trois publics cibles :

  • le public scolaire pour lequel la MAdiL a déployé un programme d’animation qui est testé dans 5 écoles communales à destination des 3e et 4e primaires ;
  • le public adulte ou « grand public » : la MAdiL a rapidement proposé, chaque mois, un programme d’activités variées comme un atelier culinaire sur la lactofermentation, une balade nature sur les fruits comestibles de chez nous ou une table d’hôtes sublimant des produits locaux ;

le public vulnérable, en veillant à lever les freins financiers, sociaux ou culturels.  La MAdiL se veut inclusive en ayant une démarche proactive avec le public vulnérable, qu’elle définit comme en situation de précarité. « La volonté est de pouvoir inclure dans la dynamique ces personnes qui, a priori, sont éloignées de l’alimentation durable » explique Emilie Farcy « On mobilise toute une série de partenaires associatifs qui travaillent avec ce public et qui sont des relais pour nous permettre d’entrer en contact avec ces personnes. Cela intervient tant sur le terrain que dans les réflexions de co-construction des stratégies d‘actions de la MAdiL. « C’est la richesse de l’initiative qui réunit différents partenaires dont le Plan de Cohésion sociale, le CPAS ou l’asbl Vaincre la Pauvreté. »

En octobre dernier, la MAdiL a organisé une journée de l’alimentation durable et inclusive . Pour cette journée, la MAdiL a pris son rôle de vitrine des initiatives existantes et a réuni une quarantaine de partenaires. En posant la question « Quelle place pour l’alimentation durable dans les cuisines d’ici et d’ailleurs ? », elle a souhaité mettre au défi les différents acteurs en croisant les thèmes de l’alimentation durable et de la multiculturalité. D’un petit déjeuner à un souper « banquet du monde, solidaire et durable », des activités et des stands de découvertes ont été proposés toute la journée. La conférence de clôture a par ailleurs permis d’explorer les liens entre alimentation et migrations et des enjeux communs face aux défis de demain.

Vers un système alimentaire durable à Liège

Après un peu plus d’un an d’existence, la MAdiL apparait comme un dispositif utile pour renforcer les synergies entre les acteurs locaux d’une part et les autorités locales d’autre part puisque le projet est intégré au sein de la Ville de Liège.

Le projet avance mais avec certains défis. L’un deux est l’absence de lieu propre. « C’est un frein pour permettre aux personnes intéressées de nous trouver » explique la coordinatrice « C’est l’une des prochaines priorités d’action. » A cela, s’ajoute des capacités d’animation limitées. En effet, le financement obtenu permet l’activité d’une coordinatrice à temps plein et d’une animatrice à mi-temps. Or, « quand on a introduit le projet, il y avait le souhait qu’il cible « l’agglomération liégeoise » et donc les 24 communes de la métropole. Et là, on n’a pas encore eu l’occasion d’essaimer significativement au-delà de la ville » explique Emilie Farcy. La volonté est que le projet puisse se déployer pleinement tant dans l’agglomération mais aussi dans la temporalité. En effet, le souhait est d’éviter de réaliser uniquement une initiative ponctuelle mais d’inscrire la MAdiL comme une dynamique pérenne. C’est un autre défi étant donné que le financement est actuellement obtenu pour une durée de 3 ans (jusqu’en 2024).

Malgré ces défis, la MAdiL se réjouit de son succès. « Les activités affichent rapidement complet, parfois même sans qu’une communication ait été lancée. » souligne Emilie Farcy « On communique principalement notre programme à une mailing list (+/- 600 personnes), et cela suffit à ce que les activités soient remplies. Par ailleurs, on est de plus en plus sollicités par les acteurs qui travaillent avec les publics vulnérables, que ce soit des organismes d’insertion professionnelle ou des professionnels qui travaillent avec des primo-arrivants. Alors c’est un peu frustrant parce que notre capacité d’animation étant limitée, on ne sait pas répondre à tout. Mais pour autant, c’est rassurant sur le fait qu’on est attendu là-dessus pour pouvoir proposer des choses à ces publics. »

Face à ces défis, la MAdiL souhaite « inventer de nouvelles approches et justifier son ambition d‘être un laboratoire d’innovations sociales et inclusives de la transition alimentaire à Liège en s’appuyant sur les expertises existantes au niveau wallon et bruxellois comme par exemple l’autre projet de Maison de l’alimentation durable de Charleroi, sans oublier les Maisons de l’alimentation durable créées en France ou en Suisse ».

Pour en savoir plus

Site internet de la MAdiL : https://www.madil.be/

Page facebook de la MAdiL :  https://www.facebook.com/MADILiege/

Ressources 

Référentiel »Vers un système alimentaire durable en Wallonie » : https://developpementdurable.wallonie.be/sites/dd/files/2022-07/Referentiel_AD_WEB_compressed.pdf

Site web de la stratégie wallonne « Manger demain » : https://www.mangerdemain.be/strategie/

group of senior friends at dinner party at home, cooking. close

Kom à la maison

Le 1 Déc 22

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À Etterbeek, le restaurant participatif et solidaire Kom à la maison réunit autour de sa table deux valeurs qui peinent encore trop souvent à se rencontrer : durabilité et solidarité. Sans oublier la santé. Entretien avec Christina Lescot, cofondatrice aux côtés d’Alix Rijckaert, de ce concept encore unique en Belgique.

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Une jeune femme concentrée au-dessus d’une pâte à gâteau, un jeune homme qui épluche en face d’elle des carottes, et plus loin des marmites qui frétillent déjà sous l’œil avisé d’Alix… Il est onze heures ce mardi et dans une heure, ce sera le coup de feu dans ce restaurant aux allures de salle à manger de famille, banquettes de bois, coussins et petites loupiotes. Bienvenue au Kom à la maison, le concept solidaire qui décloisonne la cuisine…

D’où est né le projet Kom à la maison ?

Kom à la maison est né en 2018 de l’envie de plusieurs citoyens d’avoir un lieu où se retrouver autour de la cuisine. Tout a commencé quand j’ai lu un article dans un magazine de cuisine sur les « petites cantines » en France (voir encadré), qui fonctionnent quasi sur le même modèle. J’ai téléphoné pour avoir des renseignements et ils m’ont mis en lien avec Alix qui avait déjà, avec un groupe de citoyens, émis l’idée d’un restaurant participatif. On a commencé avec des banquets de quartier, c’est-à-dire des lunchs ponctuels, qu’on organisait par exemple au cercle paroissial d’Etterbeek. On s’est rendu compte que ça marchait super bien. Une quinzaine de personnes venait cuisiner à chaque fois pour une quarantaine de mangeurs environ : on s’est dit qu’il y avait vraiment un sens à ouvrir un restaurant. À partir de là, on s’est mises en quête d’un local. Puis il y a eu le covid… Mais on s’est quand même lancées ! On a commencé par du take-away solidaire : les gens faisaient la file avec leur tupperwares et on faisait des portions à emporter.

Un restaurant n’est pas seulement un lieu où l’on mange. C’est aussi un lieu de rencontre, de plaisir, de conversation… Que diriez-vous de l’objectif principal de Kom à la maison ?

Je dirais que l’objectif principal est de créer du lien entre des gens qui ne se seraient peut-être pas rencontrés autrement, autour de ce prétexte de la cuisine qui rassemble et rapproche… En général, tout le monde aime bien manger ! Créer de la mixité, de la différence, voilà ce que je voulais… On vient ici pour se faire du bien, lutter contre l’isolement. J’ai fait des études de gestion hôtelière et je me suis toujours intéressée à la cuisine… J’ai toujours travaillé en lien avec l’alimentation, que ce soit dans le commerce, la restauration, etc. Mais je trouvais qu’il y avait un manque de lien social. À travers mes boulots et certaines rencontres, j’ai aussi été très sensibilisée au problème du gaspillage alimentaire. Cela me posait beaucoup question… Réduire ce gaspillage mais aussi utiliser davantage de produits locaux, c’étaient des choses qui me semblaient importantes. Mais ce que j’aime plus que tout, c’est cuisiner avec d’autres, c’est l’entraide. Il y a aussi l’accessibilité car bien manger est encore trop souvent réservé à des gens qui en ont les moyens. Et il y a beaucoup de gens qui n’ont tout simplement jamais l’occasion d’aller au restaurant…

Ici, tout le monde met la main à la pâte. Pas besoin d’être un cordon-bleu pour participer ?  

Chacun participe selon ses compétences. On est un collectif et beaucoup de gens donnent de leur temps sans compter. On a clairement plus de femmes et plus de personnes âgées, même s’il y aussi des jeunes, qui font leur service civique par exemple. Il y a une équipe qui s’occupe des invendus alimentaires, une autre équipe qui s’occupe de tout ce qui est communication, un groupe qui s’occupe de la compta. Le côté participatif qu’on veut transmettre ici, on l’applique à notre collectif avec une gouvernance assez horizontale et des décisions prises en commun. Tout le monde peut nous rejoindre à tout moment.

Comment se déroule une journée type ?

Une journée type, c’est arriver vers 9 heures, se poser, prendre un café, manger le dessert de la veille s’il y en a… Ensuite, on désigne quelqu’un comme « cuistot du jour » et on décide ensemble du repas. On sort les légumes qu’il faut faire en priorité. Le maraîcher nous livre le mardi. Une autre partie de ce que nous cuisinons provient des invendus d’un supermarché bio qui se trouve à proximité. On achète aussi certains aliments en vrac à un supermarché collaboratif non loin d’ici. De 9h30 à 12h30, le but est de préparer un repas qui sera servi à 25 personnes environ. On fait un plat, une entrée, un dessert. Tout est végétarien par facilité, écologie, pour des raisons culturelles aussi. L’objectif, c’est un service unique, de grandes tablées : on met la soupière sur la table et on se sert soi-même, on sert son voisin. On n’est pas obligés de venir cuisiner pour venir manger. Si les gens ont le temps, ils peuvent aussi faire la vaisselle à la fin mais là encore, ce n’est pas obligatoire. Au moment de l’addition, chaque personne paie en fonction de ses moyens : il s’agit d’un prix libre et solidaire. Chacun met ce qu’il peut mettre et ça permet parfois de payer pour le voisin. On se contente de donner des indications : 10 euros, c’est plus ou moins ce qui permet de couvrir nos frais mais avec l’augmentation des prix, ce n’est peut-être même plus tout à fait juste…  Car nous avons le statut d’un vrai resto : on est assujetti à la TVA, on a une boîte noire etc.

Comment décidez-vous du menu ?

On est là pour encadrer, mais on demande aussi aux gens ce qu’ils ont envie de faire. Chacun apprend. Ce côté « faire ensemble » – convivial, bienveillant – est vraiment important. Parfois, les gens viennent avec des idées, des idées de plats qu’ils affectionnent. Dans ce cas, on prévoit à l’avance. On peut même faire des menus à thème. Aujourd’hui, le menu c’est une soupe de pois cassés, des tomates à la provençale, des carottes entières rôties au four, des céleris raves poêlés, un couscous aux tomates cerises et des gâteaux à l’orange en dessert.

Qui sont vos clients ?

On a un noyau d’habitués qui vient régulièrement, des gens du quartier mais ça ne leur est pas réservé. Il y a des travailleurs qui prennent leur pause de midi mais aussi beaucoup de gens qui ne travaillent pas, des retraités, des gens au chômage ou en situation de burn-out… Beaucoup de gens viennent seuls mais les grandes tables aident pas mal à entrer en contact, à papoter. On accueille souvent des groupes aussi, des personnes qui viennent des associations implantées aux alentours… Pendant les périodes scolaires, on a aussi des groupes d’enfants.

Pendant longtemps, concernant l’alimentation, « durable » et « solidaire » semblaient deux qualificatifs en tension… Car manger sainement, éthiquement, a un coût.

On sait que les personnes qui ont besoin d’une aide alimentaire reçoivent souvent des produits transformés… Mais ce n’est pas correct : ce n’est pas parce qu’on n’a pas les moyens qu’on doit manger mal. Les gens ne devraient pas choisir entre payer leurs factures d’électricité et manger…  C’est pourquoi nous voulons proposer des repas hyper abordables, en espérant avoir assez de moyens pour continuer. Ici, nous essayons aussi de mettre en lien les producteurs et les consommateurs. Notre maraîcher passe ici lui-même, il peut parler de ses produits, etc. Les gens n’ont plus toujours conscience aujourd’hui de combien ça coûte de bien manger… Et puis on composte, on jette le moins possible, on essaie d’être au maximum dans le local, le circuit-court, davantage que dans le bio. Après, le riz ne vient pas nécessairement d’ici ni les bananes… Et le beurre, c’est tellement cher qu’on va l’acheter en grande surface, même si ce n’est pas top. L’idée c’est aussi de découvrir, de pouvoir refaire à la maison, de partager des savoirs, des pratiques. Ici, on peut ressortir avec deux trois recettes et en se disant j’ai bien mangé ET c’était de la qualité.

Pensez-vous que votre projet pourrait faire des émules ?

Oui : l’objectif, c’est de mettre en place des fiches-outils accessibles à tous pour expliquer comment on a monté le projet et permettre l’émergence d’autres collectifs citoyens et de restaurants comme le nôtre. Le but, c’est vraiment de mettre à disposition toutes nos données, pour participer au développement d’autres modèles économiques…

Certaines personnes viennent-elles pour des raisons de santé, pour essayer de « manger mieux » ?

Je sais que certaines personnes sont venues sur conseil de leur médecin, mais surtout pour des raisons de santé mentale. Leur médecin leur a dit : « ça va te faire du bien ». Des logopèdes, des kinés ont aussi relayé vers nous des personnes qui avaient besoin de s’investir dans une activité concrète. Beaucoup de personnes nous ont dit que cela avait pas mal changé leur quotidien de venir ici… On le voit nous-mêmes : avec le temps, des personnes qui au début n’osaient pas faire grand-chose prennent des initiatives, deviennent beaucoup plus autonomes.

À votre avis, pourquoi les personnes reviennent-elles chez Kom à la maison ?

Pour le lien social, le désir d’être avec d’autres, l’aspect solidaire. Ici, il n’y a pas de bénévoles qui viennent « pour aider les autres ». C’est un travail qu’on fait d’abord pour s’aider soi : on ne vient pas pour cuisiner pour d’autres mais avec d’autres et aussi pour soi-même. Certaines personnes n’osent pas pousser la porte parce qu’elles pensent que le lieu est réservé à des personnes qui n’ont pas les moyens, mais ce n’est pas le cas. C’est ouvert à tout le monde. Bien sûr, les gens qui viennent de manière régulière ont souvent moins de moyens mais beaucoup viennent aussi parce qu’ils vivent seuls et qu’ils n’ont pas envie de manger seuls. Ici, il y a un aspect « on joue au restaurant » qui est vraiment agréable : chacun peut expliquer aux autres comment a été confectionné le plat, etc. Il y a un côté valorisant à être le chef du jour.

Êtes-vous inquiète par rapport à l’actuelle flambée des prix ?

Un peu. Après, on a de la chance par rapport à d’autres parce qu’on n’a pas de chambre froide mais des frigos. Mais on voit que dans le prix des denrées, ça augmente aussi beaucoup…

Les « petites cantines » et la solitude des grandes villes

En 2013, à la suite du décès de son mari, Diane Dupré la Tour, une Lyonnaise trentenaire, découvre la solitude des habitants des grandes villes… Rapidement, elle se rend aussi compte que dans les moments difficiles, le soutien social est primordial. Elle quitte alors son emploi de journaliste dans la presse économique pour créer, en 2016, une première « petite cantine » dans un quartier populaire du 9e arrondissement de Lyon. Manger bien et bon pour un prix libre et en faisant connaissance avec son voisin : la formule séduit, le succès est immédiat. Suivront l’ouverture de trois autres « petites cantines » à Lyon, puis à Lille, Strasbourg, Paris… Aujourd’hui, le projet qui associe convivialité, solidarité et durabilité, est présent dans de nombreuses villes de France… et passe même les frontières. 

www.lespetitescantines.org

Pour en savoir plus…

komalamaison.be

businesswoman smiling during a meeting in office

Li Cramignon, au plus près des publics fragilisés

Le 30 Nov 22

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Li Cramignon : son nom fait référence à un chant populaire traditionnel qui, à l’image d’une farandole, entraîne dans la danse tous les citoyens et citoyennes, s’étire et tisse un lien entre toutes et tous. Education Santé a rencontré Martine Motte dit Falisse, pour le volet « Promotion de la santé » de cette association du secteur, discrète mais forte d’une expérience longue et au plus proche des publics dits fragilisés.

L’association

Nichée au cœur du pays de Herve, Li Cramignon déploie ses activités depuis trois décennies. Elle se constitue à l’origine comme groupe d’animation, d’éducation permanente, de réflexion et d’information autour de thèmes qui animent ses membres tels que l’environnement, l’économie sociale, la justice Nord-Sud, la santé globale…

Engagée dans ces thématiques et résolument implantée dans sa région, l’association met en place rapidement un second pôle d’activité : un groupement d’achats en circuit-court, devenu l’épicerie et point de collecte Nos Racines, à Herve. L’alimentation, point de convergence de nombreuses thématiques, permet une approche transversale. « Mais il manquait encore une branche pour toucher un public autre que les militants de l’association, de personnes qui ne pousseraient pas la porte des activités de débats et de réflexions« , nous raconte Martine M., animatrice et formatrice. C’est ainsi qu’est né, il y a une petite douzaine d’années, le projet de promotion de la santé par l’alimentation, troisième pôle d’activité de Li Cramignon.

Ajoutons enfin que l’association fait partie d’un réseau associatif plus large, qui la chapeaute : le réseau De Bouche à Oreille. « On peut se le représenter comme des poupées russes, qui donnent la main à d’autres poupées russes. » Le tout donne l’impression, pour un œil extérieur, d’un joyeux groupement aux multiples ramifications, déployé dans son fief d’origine… et cohérent avec sa mission de « veilleurs sociétaux [1]».

L’objectif général de Li Cramignon en promotion de la santé est de promouvoir la santé globale de publics fragilisés en prenant comme angle d’approche l’alimentation.

« Nous guidons et encourageons nos publics à développer une alimentation équilibrée et durable en leur facilitant l’accès à l’information, en apportant et en échangeant des connaissances, en réveillant, en soutenant, en ancrant des comportements et pratiques alimentaires favorables à la santé. Nous impliquons et responsabilisons le public bénéficiaire, en partenariat avec les relais et les réseaux locaux, tout en apportant une attention particulière au bien-être du public et à l’accessibilité culturelle.»

La Charte d’Ottawa comme point d’ancrage

Via l’alimentation, c’est dans une démarche de promotion de la santé que s’inscrivent les activités proposées. Pour appuyer son propos, Martine M. relit cette charte fondatrice et met l’emphase sur chaque notion importante : la santé globale, la capacitation des individus, la santé comme ressource, etc. « Loin de nous l’idée de dire « vous devez manger 5 fruits et légumes par jour » ou encore « les fast-foods, c’est mauvais pour la santé ». Notre approche se veut collective et participative. Nous travaillons avec des groupes, sur un temps long. Et enfin, une de nos missions est aussi de créer des dynamiques locales (c’est dans l’ADN de l’association). »

Les partenariats « sur mesure »

Pour rencontrer son public (« les publics dits fragilisés »), l’association passe par l’intermédiaire de partenaires qui les sollicitent. La plupart sont des CPAS, mais on retrouve également des plans de cohésion sociale, des régies de quartier, des groupes de loisir, des groupes d’alphabétisation, des groupes de personnes porteuses de handicaps légers. Ensemble, ils s’accordent sur le cycle qui sera proposé et la durée de celui-ci (entre 6 mois et… pas de limite. Certains partenariats remontent à plus de 10 ans !), avec, dans l’idéal, un minimum de 3 rencontres. Le maximum des rencontres, il n’y en a pas en soi… mais la disponibilité des animatrices de Li Cramignon est calibrée entre les différents groupes à accompagner, le fonctionnement mis en place par chaque partenaire, le temps de travail de chacune, etc. « Les personnes qu’on rencontre lors des animations seraient partantes pour se voir tous les jours, dit en riant Martine M. On jongle avec les contraintes pour accompagner au mieux. » Un cycle et un programme pensés sur mesure donc.  

Accompagnements et animations

Dans leurs bagages, les animatrices ont plus d’une trentaine d’animations à décliner à l’envi, suivant la demande du partenaire ou du groupe des participants. Une thématique en appelant une autre, et ainsi de suite. C’est pour le moment le volet qui a été le plus développé par le projet de Promotion de la santé.

Depuis quelques années toutefois, au-delà des animations proprement dites, l’accompagnement de projets collectifs se développe de plus en plus, le nouvel agrément en cours d’approbation [2] en fera d’ailleurs un de ses deux axes prioritaires. Il s’agit par exemple d’accompagner la création d’un potager collectif dans un CPAS (projet pilote) : participer à la mise en route, favoriser le réseautage, les parties-prenantes, donner des formations pratiques suivant les besoins du groupe et du projet, etc.

Rencontre conviviale autour d’un petit déjeuner

Quand on l’interroge sur le « comment » et sa façon de développer un atelier collectif et participatif, Martine M. nous explique que bien souvent, la rencontre démarre autour d’un petit déjeuner (végétarien, par principe et par souci budgétaire, et présenté sur des sets de table regroupant chacune des familles d’aliments). Ce moment de convivialité permet de créer de la cohésion dans le groupe. « Je propose souvent à chacun de faire appel à un souvenir d’enfance lié au petit déjeuner. Chacun ramène alors quelque chose de constructif, et c’est de là que va partir l’animation. Souvent reviennent le porridge, l’odeur du pain grillé ou celle du café… ». Progressivement émergent toute une série de questions. Quelques éléments théoriques sont dispensés en fonction des besoins ou demandes (« pour répondre à des questions sur l’importance du petit déjeuner ou la glycémie, par exemple »), mais une attention est portée à ce que ce soient les membres du groupe qui apportent des propositions, des alternatives et des idées. Les animatrices adoptent donc une posture de facilitatrices « pour faire circuler les échanges dans le groupe, rebondir sur les vécus, les expériences et les savoirs de chaque participant ». Plusieurs aspects sont toutefois préconisés : le « faire soi-même » tant que possible, les aliments les moins transformés, le local et de saison.

Précarité, isolement et défiance

Avant de la quitter, nous avons demandé à Martine M. si les personnes fragilisées qu’elle rencontrait hier font face aux mêmes difficultés qu’aujourd’hui. Quels sont les constats qu’elle pose ? « Très certainement, une précarité qui augmente ! » s’exclame-t-elle en premier lieu.

 « Je rencontre désormais dans les groupes que j’accompagne des personnes qui, même si elles ont travaillé toute leur vie et ont une maison, émargent au CPAS car elles ne peuvent joindre les deux bouts (notamment des femmes seules). Ce n’était pas le cas quand j’ai commencé il y a 11 ans. Avec l’inflation, ce seront de plus en plus des personnes concernées. » Le coût de l’alimentation est ainsi devenu un thème incontournable lors des animations. Des réactions de colère ou de désabusement aussi, plus fréquentes. « « Mais pourquoi autorise-t-on toute cette alimentation qui fait du mal à la santé ? » quand on parle des céréales ultra-transformées, ou « on nous prend pour des c*** » ». Elle poursuit enfin en évoquant l’isolement social et la fragilité psychologique des personnes, des femmes surtout : « des participants qui ont les larmes aux yeux… ou d’autres auxquels je demande leurs attentes et qui me répondent : « juste voir des gens », ça revient très souvent ».

Aussi, via le prisme de l’assiette, avec détermination, engagée au plus près des gens et dans une démarche émancipatrice, Li Cramignon poursuit-elle sa chanson, en tentant d’emmener dans la danse toutes celles et ceux qui seraient laissés de côté.

Li Cramignon, ASBL De Bouche à Oreille : 087 44 65 05 – info@dbao.bewww.dbao.be/li-cramignon

[1] https://www.dbao.be/missions/

[2] A ce jour (novembre 2022), les opérateurs en promotion de la santé en Wallonie qui souhaitent introduire une demande de subvention auprès l’AViQ doivent au préalable recevoir un agrément. Les premières demandes d’agrément sont en cours.

portrait of senior female pottery artist in her art studio

La santé de l’entrepreneur: un socle solide pour l’entreprise

Le 3 Nov 22

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Les entrepreneurs sont-ils des supermen ou superwomen ? Entreprendre, est-ce vraiment bon pour la santé ? Faut-il oublier de prendre soin de soi pour réussir son projet d’entreprise ? Faut-il attendre de réussir son projet professionnel pour être attentif à soi ?

portrait of senior female pottery artist in her art studio

Depuis 10 ans, le programme 7 Jours Santé, initié par l’asbl Question Santé, tente de répondre à ces questions, en proposant aux indépendants et chefs de Très Petites Entreprises (TPE) un large éventail de ressources et outils. Démarche préventive, inspirée par ce principe fondamental : la santé de l’entreprise repose en grande partie sur celle de l’entrepreneur. Or, celle-ci est souvent mise à mal, tant pour des raisons personnelles que sociétales.

« Un indépendant sur deux considère que son travail a un impact négatif sur sa santé. [1] »

Parmi les facteurs externes qui influencent le rythme de vie – et a fortiori, la santé – de l’entrepreneur, on peut citer le statut social de l’indépendant [2] et son cortège d’obligations administratives et fiscales. Aussi, le système de sécurité sociale des indépendants qui est moins avantageux que celui des salariés, notamment, en cas de maladie [3] et en termes d’équilibre vie professionnelle- vie privée [4]. On peut cependant se réjouir que des améliorations pointent leur nez, telles que l’obtention d’un congé de paternité [5].

Sur le plan individuel, la frénésie qui règne dans la période de création ou de développement d’une entreprise est compréhensible. Il s’agit d’un projet personnel et l’entrepreneur y met toute son énergie. Le plus souvent, il affronte seul ce défi et sans compter ses heures. Pressé par l’objectif de résultats à court terme, il relègue sa santé au second plan et néglige des déterminants tels que l’alimentation, le sommeil, l’activité physique, la gestion du stress, la mobilité, l’équilibre des différentes sphères de vie.

Or, l’enjeu est de taille : « Quand on a un projet entrepreneurial, on doit garder en tête qu’on fait partie du projet. Il y a un lien réel entre la gestion de soi et la gestion du projet : si l’entrepreneur ne gère que son projet, la balance penche d’un côté et cela devient dangereux. Le risque est de tout perdre. »[6]

Pistes pour garder le cap

En tant que pôle bruxellois dédié à la santé des entrepreneurs, 7 Jours Santé propose des pistes d’actions concrètes, des outils et des ressources. Ceux-ci sont diffusés via trois canaux principaux :

  • un site internet ;
  • l’organisation d’ateliers et webinaires thématiques ;
  • une collaboration étroite avec les réseaux de soutien aux entrepreneurs, en pré et post-création.

Site internet

Les contenus du site reposent sur un équilibre entre informations validées (enquêtes, études, interviews d’experts), pistes d’actions concrètes et paroles de terrain (entrepreneurs et professionnels de l’accompagnement).

  • Les actualités rendent compte de l’évolution de la situation des entrepreneurs, au fil des événements auxquels ils sont confrontés. Elles annoncent aussi les ateliers et webinaires.
  • La rubrique Santé de l’entrepreneur développe les thématiques inhérentes à la démarche préventive du projet : gestion du temps, gestion du stress, alimentation, sommeil, activité physique, mobilité, équilibre vie privée-professionnelle, confiance en soi…
  • Chaque article renvoie à une série de ressources et outils spécifiques. Ceux-ci sont ventilés, selon qu’ils s’adressent aux entrepreneurs ou à leurs accompagnateurs.
  • Les témoignages permettent aux entrepreneurs de se reconnaître à travers le vécu de pairs, créant ainsi un sentiment de communauté. Ils sont aussi un moyen de mettre en lumière leur réalité quotidienne.

Les ateliers et webinaires thématiques

7 Jours Santé propose plusieurs ateliers à destination des entrepreneurs et ce, en partenariat avec des structures d’aide à la création et au développement d’entreprise. Organisés plusieurs fois par an, les ateliers déclinent les différentes thématiques du projet. La crise sanitaire de 2020-22 a nécessité leur adaptation en webinaires. Ces derniers ont été maintenus en « post-crise » car ils présentent deux avantages : une plus large visibilité du projet et un gain de temps pour les entrepreneurs en développement.

La collaboration avec les réseaux de soutien aux entrepreneurs, en pré et post-création

Le public des entrepreneurs recouvre une grande variété de situations et de secteurs, qui le rend parfois difficile à atteindre. Il est apparu rapidement que la meilleure façon de les toucher était de collaborer avec les services qui leur sont directement dédiés. C’est pourquoi 7 Jours Santé soutient et accompagne les réseaux d’aide à la création d’entreprise, qui souhaitent intégrer une approche de promotion de la santé dans leurs pratiques. Les principaux partenaires sont repris dans la rubrique A propos du site.

Outils pour l’équilibre

Parmi les outils proposés aux professionnels de l’accompagnement, ceux visant le diagnostic-santé, la gestion du temps et la gestion du stress répondent à des besoins prioritaires. Stress et temps ayant un impact direct sur les autres déterminants-santé, tels que l’alimentation, l’activité physique, le sommeil…

En voici un florilège…

• Le tableau de bord « santé de l’entrepreneur »

« Ma vie professionnelle est intimement mélangée à ma vie privée. Il n’y a pas de limite claire. Mes journées n’ont pas de début et de fin. Quand je suis très occupée par ma vie professionnelle, j’y pense tout le temps. Même la nuit, ça continue à turbiner. »

Marie Verwarcht

Le tableau de bord de 7 Jours santé propose aux entrepreneurs de faire le point sur leur bien-être grâce à un test simple qui révèle les déséquilibres dans l’organisation quotidienne de cinq sphères d’épanouissement : santé, vie privée, vie professionnelle, évaluation du projet et environnement. Ensuite, sur base des résultats obtenus, ils peuvent lister et appliquer les actions-ressources pour maintenir ou améliorer l’équilibre.

• L’agenda de l’entrepreneur

« Mon temps est rythmé par la garde alternée de mon fils. Les semaines où il est avec moi, je suis plus limité le soir et ralenti les week-ends. »

Renaud David

L’agenda de l’entrepreneur influence l’équilibre entre les différentes sphères de sa vie. Présenté comme un « Bullet Journal », l’agenda de 7 Jours Santé permet d’analyser ses habitudes en matière de gestion du temps et de définir des objectifs concrets pour maintenir l’équilibre.

• Le thermomètre du stress

« Même si, avec le recul, je prends conscience de l’effet du stress sur mon humeur et que je me promets de faire des efforts pour éviter le débordement, au moment-même, je n’y arrive pas toujours. »

Christelle Chemakou

Le thermomètre du stress aide l’entrepreneur à comprendre sa situation, à évaluer son niveau de stress et à trouver des solutions pour le réduire. La technique proposée a pour but de l’aider à surmonter les tensions du quotidien et à retrouver un équilibre satisfaisant.

La présentation de chacun de ces outils comprend un manuel d’utilisation détaillé pour les entrepreneurs eux-mêmes mais aussi une démarche d’accompagnement pour les professionnels qui les suivent.

Pour en savoir plus

7 Jours Santé, Question Santé asbl

Rue du Viaduc 72

1050 Bruxelles

02/ 512 41 74

Sites internet :

https://questionsante.org/

https://www.7jsante.be/

[1] Rapport de recherche sur les petits commerces bruxellois, Céline Mahieu et Isabelle Godin, École de santé publique de ULB, 2015 https://petitscommercesbruxellois.ulb.ac.be/

[2] Le statut social des indépendants, INASTI, 2002. https://www.inasti.be/sites/rsvz.be/files/publication/brochure_droits_et_obligations_07_2015.pdf

[3] Santé et entreprise, 7 Jours santé. https://www.7jsante.be/thematiques/sante-et-entreprise/

[4] Equilibre vie professionnelle – vie privée, 7 Jours Santé. https://www.7jsante.be/thematiques/equilibre-vie-professionnelle-et-vie-privee/

[5] Congé de paternité pour les indépendants, 7 Jours Santé, Août 2019. https://www.7jsante.be/conge-de-paternite-pour-les-independants/

[6] Mathieu Seron, https://www.7jsante.be/mathieu-seron-il-y-a-urgence-pour-les-entrepreneurs-a-se-deconnecter/

hombre senior utilizando un movil, concepto de la brecha digital

Renforcer l’accessibilité aux données de santé numériques

Le 3 Nov 22

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L’exclusion numérique n’est pas une préoccupation nouvelle. Cependant, dans le contexte de la pandémie de Covid-19, la digitalisation de notre société et de ses services essentiels s’est accélérée. Au travers de son Baromètre de l’Inclusion numérique, la Fondation Roi Baudouin a souhaité objectiver ce phénomène et attire notre attention sur les personnes en situation de vulnérabilité numérique, problématique qui concerne près d’un Belge sur deux (46% de la population âgée entre 16 et 74 ans), et – sans surprise – ce sont les personnes défavorisées sur le plan socio-économique et culturel qui sont le plus touchées par ces difficultés.

hombre senior utilizando un movil, concepto de la brecha digital

Quelques constats en 2021

De manière générale, la connectivité des Belges augmente (l’accès à internet et aux outils numériques tels que les ordinateurs portables). Notons toutefois que davantage de ménages à faible revenu ne disposent pas d’une connexion à domicile (18% d’entre eux) en comparaison aux ménages à haut revenu (dont 98% bénéficient d’une connexion à domicile).

Ensuite, l’utilisation des services essentiels a augmenté auprès de l’ensemble de la population entre 2019 et 2021, comme l’e-santé (qui a augmenté de 11%) par exemple. Le niveau d’éducation reste cependant un facteur déterminant car il existe une différence d’environ 30% suivant que l’on ait un faible ou un haut niveau de diplôme.

En termes de compétences numériques, 46% de la population belge âgée entre 16 et 74 ans est en situation de vulnérabilité numérique. Parmi eux :

  • 7% de la population n’utilise pas internet ;
  • 39% de la population ont des faibles compétences numériques en 2021 (contre 32% en 2019). Cette augmentation de la vulnérabilité est observée dans tous les groupes, mais elle est plus marquée auprès des personnes ayant un faible niveau d’éducation (18% d’entre elles, contre 9% des personnes ayant un haut niveau de diplôme).

La Fondation Roi Baudouin souligne enfin que les principaux publics à risque de décrochage numérique sont les personnes avec un faible niveau de revenu ou de diplôme, les personnes à la recherche d’un emploi et les personnes de plus de 55 ans. Attention toutefois à ne pas considérer les jeunes (entre 16 et 24 ans) comme égaux face aux compétences numériques : 45% des jeunes peu diplômés ont des faibles compétences numériques (contre 22% des jeunes ayant un diplôme de l’enseignement supérieur).

Le niveau de formation devient de plus en plus déterminant quant à l’utilisation des services essentiels et les compétences numériques. (…) Réduire la fracture numérique implique de continuer à investir dans la digitalisation pour toutes et tous et de conserver, à côté des canaux numériques, le bon vieux téléphone et les contacts physiques. L’inclusion doit être au cœur de la conception des outils numériques, afin que les personnes peu à l’aise avec le numérique puissent facilement les utiliser. 

Baromètre de l’Inclusion numérique, Fondation Roi Baudouin

Le projet de la Maison médicale Espace Santé

Au sein de cette maison médicale, située à Ottignies, les constats sur la digitalisation des données de santé, accélérée durant la pandémie et creusant davantage le fossé des inégalités, sont les mêmes. Pour y répondre, l’équipe a mis en place des ateliers numériques pour leurs patients, en partenariat avec l’Espace public numérique d’Ottignies. Ce projet est soutenu dans le cadre des Stratégies concertées Covid en Wallonie. Ludivine Teller (FWPSanté) a rencontré Christine Sbolgi, coordinatrice du projet et Martine Verhelst, médecin à la maison médicale :

Ludivine Teller : Pendant la pandémie, certains de vos patients éprouvaient des difficultés face au numérique. C’est ce qui a inspiré votre projet ?

Christine Sbolgi : « Lors de la pandémie du coronavirus, le public avait besoin d’accéder à des documents digitaux pour pouvoir continuer à vivre ou répondre aux difficultés liées à la Covid. Notre projet part d’un constat : cette situation était très angoissante et compliquée pour certains. Nous rencontrions des patients angoissés, épuisés, avec une incompréhension totale de ce qu’ils devaient faire. Comment alors prendre en main sa propre santé face à toutes ces exigences numériques ?
Des membres de notre comité de patients nous ont également interpelés au sujet de cette fracture numérique, et nous avons réfléchi à une manière d’améliorer l’accessibilité aux données de santé numériques. »

Dr. Martine Verhelst : « De là est née l’idée d’apporter cette compétence aux gens pour qu’ils puissent le faire eux-mêmes. Pour réduire la surcharge administrative à la maison médicale, mais aussi pour permettre au patient d’être autonome dans ses démarches. Cela renforce son estime de lui-même. »

Ludivine Teller : Vos ateliers numériques dépassent le cadre de la Covid…

Christine Sbolgi : « La pandémie nous a donné l’impulsion des ateliers, parce qu’il y avait un besoin d’accéder à des documents assez rapidement. Mais maintenant, on se rend compte qu’il y a toute une digitalisation de la santé qui s’est mise en place. Il y a un boum numérique partout.

C’est arrivé comme ça, sans qu’on ne soit vraiment au courant. Tout le monde, aujourd’hui, a une page sur masanté.be avec des données de santé. Tout le monde est censé donner un consentement éclairé pour permettre l’accès à ces données.

Notre objectif n’est pas de convaincre du bien-fondé de cette digitalisation. On essaie surtout d’aider le patient à s’en rendre compte et à se faire une opinion, à comprendre ce que sont la santé digitale et le consentement éclairé. Et de le préparer, dans l’éventualité d’une nouvelle crise, à pouvoir utiliser tous ces outils. Parce qu’en cas de pandémie, ces outils ont été utiles. »

Ludivine Teller : Quel lien entre digitalisation et augmentation des inégalités en santé ?

Christine Sbolgi : « La solitude, l’isolement, c’est justement ce qui fait grandir les inégalités sociales en santé. Alors si l’on ne peut pas accéder au numérique, par exemple au CST pendant la pandémie, on ne fait que s’isoler encore plus. En facilitant cet accès, on œuvre pour la diminution des inégalités sociales en santé.

Et puis la digitalisation de la santé, ce sont aussi des données personnelles sensibles dont on ne se rend pas compte. Sur masante.be, il y a des données de santé qui pourraient être mal utilisées. Dans les violences intrafamiliales ou conjugales, il y a beaucoup de jeu autour de ces données sensibles : pouvoir savoir que son conjoint a été voir tel médecin, ou que sa fille adolescente a été voir un gynécologue… C’est délicat.

Mais cette numérisation a aussi des avantages : les gens ont la possibilité d’avoir un meilleur accès à leur santé. Le fait de pouvoir gérer sa santé, retrouver ses résultats, comprendre les documents, avoir une autonomie sur son dossier, comprendre ce qu’est le consentement éclairé ou le don d’organes… peut accroître l’autonomie et la confiance en soi, sortir de l’isolement, aider à être proactif. C’est l’empowerment, donc être dans le pouvoir d’agir sur sa santé. »

Ludivine Teller : Il y a donc encore du travail pour améliorer l’accès aux données de santé digitales et la compréhension de tous leurs enjeux…

Christine Sbolgi : « Bien sûr, on ne peut pas arrêter le progrès, mais il faut se rendre compte que les inégalités ne font que grandir avec cette digitalisation. Et que l’accès à la santé doit être pour tous de manière égale. Si tout est digitalisé, plein de gens ne peuvent pas s’impliquer. »

Dr Martine Verhelst : « Cette digitalisation est une machine à renforcer les inégalités. Et ce constat-là est horrible. C’est pour ça que l’on fait les ateliers, et que l’on s’investit aussi dans la réflexion des Stratégies concertées. Car il faut mieux tenir compte des publics marginalisés dans cette digitalisation qui est utile. Il y a énormément d’avantages, mais aucun système n’est parfait. Donc c’est perfectible, pour veiller à ne pas renforcer l’exclusion des publics non numérisés. »

L’interview du projet de la Maison médicale Espace Santé à Ottignies a fait l’objet d’un article « Projet à la Une  – L’éducation à la santé digitale », publié sur le site de la Fédération Wallonne de Promotion de la Santé en juin 2022 : https://www.fwpsante.be/projet-a-la-une-leducation-a-la-sante-digitale/. Elle est reproduite avec l’aimable autorisation de l’autrice.

Le projet de la Maison médicale Espace Santé bénéficie du soutien de la Wallonie grâce au dispositif des Stratégies concertées Covid. Petit rappel sur ce dispositif d’ampleur en Wallonie, coordonné par la Fédération Wallonne de Promotion de la Santé (FWPSanté).

Les Stratégies concertées Covid en Wallonie : kesako ? Et où en est-on ?

Le dispositif des Stratégies concertées Covid, soutenu par le Gouvernement wallon, rassemble différents acteurs et actrices qui œuvrent en promotion de la santé. Cette approche intersectorielle vise à identifier des réponses à la gestion de la crise sanitaire et de ses conséquences sur la santé et ses déterminants, tout en tirant des enseignements pour le futur.

Dans ce contexte, plus de 250 professionnels de la santé et du social wallons ont été interrogés au cours d’ateliers participatifs et d’entretiens. Ce travail a permis d’identifier les actions pertinentes et concrètes mises en place durant la crise sanitaire, ainsi que celles qu’il serait nécessaire de mettre en œuvre pour améliorer la gestion du risque et réduire les impacts négatifs de la crise COVID-19 sur les publics vulnérables. La suite de ce travail de concertation a permis de valider les actions considérées comme prioritaires. À l’issue de l’analyse des données récoltées, les constats et propositions d’actions ont été intégrés dans le cadre du Plan wallon de Prévention et de Promotion de la Santé (WAPPS) et de la programmation 2023-2027.

Au terme d’une année de concertation et d’analyse, le rapport complet vient d’être transmis aux autorités. Un travail de résumé des pistes d’actions opérationnelles est à présent en cours et sera communiqué prochainement. Celui-ci servira notamment un objectif de plaidoyer en promotion de la santé. Nous vous en parlerons plus en détail dans notre numéro de janvier.

Tout savoir sur les Stratégies concertées Covid : www.fwpsante.be/strategies-concertees-covid-19

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Promouvoir la santé à Bruxelles: deux nouvelles publications

Le 3 Nov 22

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La Fédération bruxelloise de promotion de la santé publie une toute nouvelle brochure consacrée à la promotion de la santé à Bruxelles, « Promouvoir la santé en Région bruxelloise : Concepts, principes et méthodologie », ainsi qu’un dépliant de présentation de la Fédération et du secteur de promotion de la santé bruxellois.

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Fédération bruxelloise de Promotion de la santé (FBPSanté)

Pourquoi une brochure ?

Aujourd’hui encore, en Belgique, le secteur de la promotion de la santé reste largement méconnu. Travailler en promotion de la santé signifie pour beaucoup, faire de la publicité pour rester en bonne santé. Pourtant, la promotion de la santé est très loin de se limiter à de l’éducation à la santé.

Face à ce constat, la Fédération bruxelloise de promotion de la santé (FBPSanté) a souhaité concevoir une brochure qui permette à tout un chacun·e, étudiant·e·s, professionnel·le·s du secteur social-santé ou autre, bénévoles ou encore politiques, de mieux comprendre les différentes facettes de ce secteur, ses champs d’action, ses publics, ses stratégies et ses enjeux.

De nombreuses institutions nationales, européennes et internationales s’accordent sur l’importance de prendre en considération, non pas uniquement les soins curatifs, mais aussi les conditions de vie, les milieux de vie, les compétences des acteur·trices, c’est-à-dire tout ce qui détermine et impacte la santé de la population bruxelloise. Ce sont précisément les disparités entre ces conditions de vie qui créent des inégalités sociales de santé et désavantagent les populations proportionnellement à leurs statuts socio-économiques.

Depuis plus de 30 ans, les acteur·trices expérimenté·es du secteur de la promotion de la santé luttent contre les inégalités sociales de santé et accompagnent les Bruxellois·es afin de renforcer leur pouvoir d’agir sur leurs propres conditions de vie et sur leur santé. Ce travail est rendu possible par des actions continues de sensibilisation, de prévention, de dépistage, de démarches communautaires, de formations, d’accompagnements, de collectes de données, de communication… sur des thèmes variés tels que l’alimentation, les assuétudes, l’activité physique, la question du genre, la sexualité, les maladies non-transmissibles…

Au vu de la situation de pandémie qui nous a toutes et tous affecté·e·s et de la montée criante des inégalités sociales de santé, la rédaction de cette brochure a semblé essentielle. Un des objectifs qui a guidé son élaboration est de permettre aux acteur·trices des autres secteurs du social-santé d’envisager des ponts, des collaborations et partenariats avec les acteur·trices du secteur de promotion de la santé.

Le contenu de la brochure

La première partie présente les principes et concepts qui guident les actions et démarches propres aux organismes de promotion de la santé. On y découvre des définitions essentielles au travail du secteur qui sont illustrées par différents exemples propres à la Région bruxelloise.

La seconde partie, quant à elle, se penche davantage sur les aspects méthodologiques. C’est à travers des projets concrets menés par certain·es membres de la FBPSanté que nous proposons une visite de différents champs d’intervention, des méthodes et des thématiques du secteur. C’est également l’occasion de découvrir la place qu’occupe, ou tout du moins, devrait occuper, le secteur dans une perspective de santé globale.

Finalement, cette brochure permet d’envisager le futur du secteur qui est au cœur du dispositif social-santé bruxellois et qui contribue à la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé.

Cette brochure, ainsi que le dépliant qui l’accompagne, sont le fruit de nombreuses interviews avec des membres du secteur, d’un travail de rédaction du groupe communication de la FBPSanté et finalement d’un travail de relecture de plusieurs de ses membres.

Comment se procurer la brochure et le dépliant?

Rendez-vous sur le site www.fbpsante.brussels. Vous y trouverez également les actualités des membres de la FBPSanté, différentes ressources et informations relatives à la promotion de la santé. N’hésitez pas à vous inscrire à la newsletter de la Fédération sur la page d’accueil du site.

Pour commander des exemplaires papier de la brochure et/ou du dépliant, et pour toutes questions ou suggestions : coordination@fbpsante.brussels.

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Aînés confinés, mais connectés!

Le 29 Sep 22

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La crise de la Covid 19 a eu pour l’ensemble des aînés des conséquences insoupçonnables : nombreux décès, privation de contacts familiaux et sociaux, perte d’autonomie… Beaucoup se sont souvent demandé « pourquoi encore vivre ? ». En tant que mouvement d’éducation permanente, Énéo a mis sur pied de nombreux projets afin de permettre à ses membres de traverser au mieux cette pandémie : communications téléphoniques avec les aînés isolés, visites dans les maisons de repos, envois de cartes postales, crieuses publiques ou « colporteuses de bonheur » distributions de produits locaux et de saison, confections de masques…

De son côté, l’atelier VIDénéo, en raison de l’impossibilité de se rencontrer en présentiel, a organisé un cycle de 4 webinaires « Aînés confinés, mais connectés ! ». Par le biais de l’outil virtuel, ils ont proposé d’interagir sur différents sujets de société et d’actualité.

Retour sur l’expérience de VIDénéo

Dès le départ du projet, nous avons été attentifs au processus d’évaluation et fixer leurs critères. Nous avons veillé tout au long du processus à recueillir les avis à la fois des intervenants, des bénévoles et permanents d’Énéo impliqués dans le projet ainsi que des participants.

Les intervenants ont tous apprécié l’organisation des webinaires. Pour eux, il est préférable d’animer l’intervention sous forme de questions et réponses qui fixent l’attention davantage qu’un exposé magistral parfois long et sans réaction. Les participants ont également apprécié l’excellente initiative qui a permis de rester en contact les uns avec les autres.

Lorsque Vidénéo nous a proposé, lors de la commission sociale, son projet d’organiser des webinaires sur des thèmes sociaux, de santé et d’actualité, j’ai tout de suite été ravie. C’était une façon concrète de garder le contact avec nos membres et de leurs proposer des sujets de réflexion. 

Claudine Ally, présidente d’EnéoSport Tournai

Les avantages des conférences en ligne ont été relevés : pas de déplacement, on peut y participer même si on habite loin, confort, nombre illimité de participants… 

Les inconvénients d’une conférence en ligne suivant ont été relevés : manque de convivialité, prise de parole plus difficile, problèmes techniques de connexion. 

Leurs motivations à suivre les webinaires étaient en lien avec le sujet débattu et les intervenants:

Climat, inégalités sociales et lutte contre la pauvreté

Ces trois thématiques sont des priorités du mouvement Énéo. Jean-Jacques Viseur, Président fédéral à Énéo, était le premier intervenant.

Au sujet du climat, il nous a fait prendre conscience que ce n’est pas l’affaire des autres, mais l’affaire de tous, jeunes et moins jeunes ! Le regard sur les 30 années après la guerre, époque connue de nous tous, évoque bien l’évolution rapide de notre société ! Tout semblait être sur de bonnes voies ! Etions- nous conscients de notre chance ? Sans doute pas, car la vie nous était facile ! Faut-il faire marche arrière maintenant, ce serait peine perdue, mais agir avec conscience, c’est une des voies à suivre, et sur ce point, Mr. Viseur a bien raison d’insister, chacun de nous doit participer à cette « action » et que le moindre petit geste que l’on fera pour la planète n’est pas vain ! Tout comme cette belle image du colibri qui éteint le feu avec son petit apport en eau, nos efforts de chaque jour mis bout à bout finiront par améliorer la situation actuelle ! La Nature » est tellement belle et indispensable à notre vie qu’on ne peut pas rester inactif !

Claudine Ally, présidente d’EnéoSport Tournai

Pour visionner ce webinair (12 février 2021): https://www.youtube.com/watch?v=4m6u9-TGZcg&t=2106s

Vaccin Covid-19 : est-ce un remède ?

Le Covid-19 a été au centre de l’attention du monde entier. Le vaccin a commencé à être utilisé pour des publics spécifiques. « Mais est-ce un remède durable ? ». Le Docteur Jan Vandermeiren, médecin conseil retraité de la MC, était le deuxième conférencier.

Tant d’infos sont données sur les médias, tant d’articles s’invitent à la lecture dans des journaux, revues, pas toujours spécialisées, tant de commentaires passent d’une oreille à l’autre que pour finir je n’arrivais plus à extraire le vrai du faux ! La présentation du montage visuel et les explications du Docteur m’ont vraiment aidée à mieux gérer ce virus et me rassurer quant à la façon de faire !

Claudine Ally, présidente d’EnéoSport Tournai

Pour visionner ce webinair (05 mars 2021) : https://www.youtube.com/watch?v=VTbQ0LQpXT8&t=1962s

La vieillesse, qu’en pense-t-on ?

Quel regard pose la société sur le vieillissement de la population ? « La vieillesse n’est que « maux » ! ». Comment revoir la manière de penser la vieillesse aujourd’hui dans notre société ? Violaine Wathelet, secrétaire politique d’Énéo, était la troisième oratrice.

La vieillesse… ? Cela concerne qui ? Lui… ? Elle … ? Moi… ? Nous… ? Ce mot « vieillesse » et ses dérivés n’est pas réservé qu’aux séniors et pourtant la société fait tout pour nous « catégoriser » et là je rejoins Violaine, en gardant un maximum notre autonomie et notre indépendance tant que cela nous est possible ! A nous « séniors » de continuer à mettre les valeurs qui ont guidé notre vie en évidence, en osant être « audacieux » dans nos choix et en mettant en avant les points « positifs » de notre âge !

Claudine Ally, présidente d’EnéoSport Tournai

Pour visionner ce webinair (30 avril 2021): https://youtu.be/hWYVSFpI31k

Notre capacité de résilience face au Covid-19

 » Depuis mars 2020, ma vie s’est-elle profondément modifiée ? Une horreur ou une opportunité ? Comment la pandémie questionne-t-elle aujourd’hui, ma vie personnelle, sociale et citoyenne ?  » Anne Jaumotte, chargée de projets à Énéo secrétariat fédéral, était notre quatrième invitée.

Ces longs mois de pandémie, ces longues semaines à vivre presque seul, tout cela a bien bouleversé et bousculé nos petites « habitudes » ! Tout à coup, il a fallu faire autrement, agir autrement, s’organiser autrement…même si cela n’a pas été facile ni agréable, nous en sommes tous sortis avec des déceptions, des douleurs, mais aussi avec un autre regard sur la vie ! Toute situation compliquée, imposée ne peut être que négative ! Grâce à ces échanges, Anne nous a montré qu’il était possible de changer notre regard sur le monde et que les lueurs d’espoir n’étaient pas loin de nous ! Que chacun la verrait différemment, l’un dans le sport, l’autre dans une belle rencontre, l’autre encore dans un petit coin de nature…

Claudine Ally, présidente d’EnéoSport Tournai

Pour visionner ce webinair (28 mai 2021): https://youtu.be/Igmohp1M7iE

Enfin, plusieurs thèmes sont également proposés pour des prochains webinaires : la question du climat, les relations familiales, les inégalités sociales et la rupture numérique…

Une collaboration précieuse entre bénévoles et permanents

Si l’on peut affirmer que la mise sur pied de ces quatre webinaires a été l’œuvre principale de bénévoles, l’on doit aussi reconnaître le rôle essentiel des permanents régionaux et nationaux d’Énéo et de la Mutualité chrétienne, principalement toute la campagne de communication organisée autour de ces webinaires pour les annoncer et les relater, l’intervention des responsables nationaux comme invités et leur collaboration lors du processus d’évaluation.

portrait of a teen african woman facing the camera with serious expression

FABSS : femmes actrices de leur bien-être et de leur santé sexuelle

Le 24 Sep 22

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En 2022, la Plateforme Prévention Sida a lancé un nouveau projet participatif dans le but d’améliorer la santé sexuelle des femmes afro-latino-caribéennes en Belgique francophone. Ce projet est le résultat de constats récurrents concernant l’irrégularité de la fréquentation des lieux et des services de santé sexuelle (planning familiaux, associations de prévention…) par les femmes afro-latino-caribéennes.  Les acteurs de terrain constatent également une certaine difficulté dans le fait d’aborder la sexualité avec ces femmes. Ce projet s’inscrit dans une volonté de tenir compte des violences de genre dont elles sont victimes dans la prise en charge de leur santé sexuelle.[1]

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Avec ce projet nous avons voulu renverser la question fréquemment posée à savoir : “Pourquoi les femmes afro-latino-caribéennes ne fréquentent-elles pas les lieux de prévention et de promotion de la santé sexuelle ?”, et nous interroger sur ce dont les femmes ont réellement besoin (en termes de lieux, de ressources, de personnes de contact, de sujets à aborder…) pour prendre soin de leur santé sexuelle.   

Ce projet, initié par la Plateforme Prévention Sida, est participatif et regroupe un ensemble de partenaires actifs auprès des femmes afro-latino-caribéennes, d’associations communautaires et de femmes “relais” issues du public concerné : Cultures & Santé, Free Clinic, Entr’Aide des Marolles, Gams, Siempre, Woman Now, GFAIA, Croix Rouge (centre Jette), Muso Yiriwaton, Collectif des femmes sans papier, Mandela.

Où sont les femmes migrantes ?

Les femmes représentent plus de la moitié des personnes qui migrent [2], pourtant elles sont peu représentées parmi les personnes qui ont accès aux services de santé sexuelle. En effet, il n’est pas rare d’entendre les professionnel·les de la santé et de de la promotion de la santé évoquer leurs difficultés à aborder les questions relatives à la santé sexuelle avec les femmes migrantes. Pour certain·es, s’ajoute aussi la difficulté de les mobiliser autour de ces questions ou encore le fait qu’elles ne se déplacent pas en consultation. Par exemple, lors de nos actions de dépistage, nous recevons une majorité d’hommes. En effet, pour l’année 2021, nous avons dépisté 274 hommes pour 159 femmes. [3]  

Cependant, lors de certaines de nos activités, nous avons déjà pu constater une demande de la part des femmes d’avoir un meilleur accès à l’information. Nous constatons aussi une grande réceptivité de leur part lorsque des actions de prévention à leur intention leur sont proposées.  

Au sein du projet FABSS, nous avons donc souhaité questionner cette invisibilité des femmes afro-latino-caribéennes et en comprendre les mécanismes afin de dépasser les arguments, souvent entendus, de type « les femmes migrantes ne sont pas intéressées par la santé sexuelle » ou encore « elles ne veulent pas en parler ». 

Les objectifs du projet FABSS

Le projet consiste à réaliser une recherche-action auprès et avec des femmes afro-latino-caribéennes en leur donnant la parole afin de déterminer ce qui correspond le mieux à leurs besoins et attentes en termes de services de prévention et d’accompagnement de la santé sexuelle (en termes de lieu, d’action, de personnes ressources et d’accueil…). L’objectif final étant de définir avec les femmes des recommandations dans ce domaine qui tiennent compte de leurs besoins. Le projet a pour objectif de favoriser l’empowerment des femmes impliquées dans le projet, et plus largement, de toutes les femmes. Les attentes et besoins des groupes cibles sont pris en compte dès le début du projet pour assurer l’adéquation entre les besoins et les réalisations, communications comprises. Nous avons également souhaité, par l’intermédiaire de ce projet, offrir une visibilité et une reconnaissance au travail fourni par les associations communautaires auprès des femmes afro-latino-caribéennes.

La participation au cœur du projet

Dès le départ, nous avons souhaité placer la participation active du public cible au cœur de nos réflexions sur la mise en place du projet. Nous souhaitions en effet faire participer ce public au maximum et le plus rapidement possible dans le processus. La participation des publics a été envisagée afin d’atteindre deux objectifs : d’un côté, augmenter l’adéquation entre les besoins réels du public et les réponses mises en place ; et de l’autre, favoriser l’empowerment des participantes en leur offrant une expérience transformatrice qui leur permette d’acquérir des compétences utiles pour prendre en charge leur santé sexuelle et celle de leur(s) communauté(s). 

Bien qu’il s’agisse d’une « participation invitée » [4] puisque la Plateforme Prévention Sida est à la base de la création du projet, nous avons voulu laisser la place aux participantes pour donner leur avis sur les étapes à mettre en place et la façon de les réaliser. Nous pouvons donc parler d’une « participation-action » telle que définie par Charbonnier [5], dans le sens où le public a pu s’exprimer et s’investir tout au long du projet à partir du moment de sa mobilisation. Concrètement, un groupe de travail composé de femmes relais issues du public et formées à la mobilisation a été amené à s’exprimer et s’engager à chaque étape du projet (rédaction des grilles d’entretien, mobilisation, focus group, analyse des résultats, préparation de la journée de mobilisation…). Il en a été de même pour un comité d’accompagnement qui regroupait à la fois des professionnel·les de la santé en lien avec le public et des associations communautaires (soutien à la méthodologie, mobilisation, préparation de la journée et implication dans sa mise en place…).  

Afin de nous assurer une large participation et de permettre également à des publics vulnérables de participer aux différentes étapes, nous avons mis en place un ensemble de mesures pour éviter les freins à la mobilisation du public. Lors de notre journée de mobilisation du 25 juin, par exemple, nous avons insisté sur la convivialité en alternant les moments formels et informels, en favorisant un lieu facile d’accès, en assurant la gratuité et le remboursement des frais de transports, en mettant une garderie à disposition, en assurant la présence de traduct·rice·eurs, etc. 

Au-delà de la participation, nous souhaitions valoriser et faire reconnaître l’expertise des publics impliqués dans le projet, non seulement en rémunérant au juste prix leur participation aux focus groups mais également en leur offrant un espace pour promouvoir leur savoir et construire ensemble les recommandations en matière de prévention en santé sexuelle.

Résultats préalables et perspectives

Le projet a permis de mettre en avant un certain nombre de recommandations afin d’améliorer la santé sexuelle des femmes afro-latino-caribéennes. Ces recommandations ont été validées lors de la journée de mobilisation et regroupées en quatre catégories, en fonction des différents niveaux auxquels elles se référent : le niveau individuel, le niveau relationnel, le niveau institutionnel et le niveau sociétal/communautaire. Elles ont ensuite été priorisées et des actions pour les mettre en œuvre ont été envisagées pour certaines d’entre elles. Le rapport final reprenant toutes ces recommandations sera disponible sur www.cool-and-safe.org à partir d’octobre 2022. 

Nous pouvons déjà mettre en avant l’importance, au niveau individuel, d’augmenter les connaissances des femmes concernant leur corps afin qu’elles puissent se le réapproprier et ainsi augmenter leur autonomie dans la prise en charge de leur santé sexuelle. Au niveau relationnel, les femmes ont mis en avant l’importance d’ouvrir le dialogue sur les questions liées à la sexualité et les représentations de genre entre hommes et femmes mais également entre générations au sein des familles. Elles demandent notamment à être renforcées et soutenues dans cette démarche. Au niveau institutionnel, les femmes sont demandeuses d’être d’accompagnées dans la prise en charge de leur santé sexuelle dans des lieux adaptés et sécurisants, avec des professionnel·les formé·es et avec qui elles peuvent établir un lien de confiance. Elles demandent que les professionnel·les créent l’opportunité d’aborder les questions de santé sexuelle. Enfin, au niveau sociétal, il est important de travailler la question des violences et des inégalités basées sur le genre dont sont victimes les femmes afro-latino-caribéennes, et ce, dans une perspective intersectionnelle. Il s’agit de proposer des solutions concrètes qui tiennent compte de leurs réalités de vie.  

La grande mobilisation autour de ce projet, avec pour exemple la mobilisation de 60 femmes lors de la journée du 25 juin et l’accueil plus que favorable qu’il a reçu auprès des femmes, nous confortent dans l’idée que le projet FABSS répond à un besoin réel des femmes. Notamment celui d’être non seulement sollicitées, mais également impliquées dans la prise en charge de leur santé sexuelle, ainsi que leur besoin d’informations et de renforcement de capacités dans ce domaine. Cela nous encourage à poursuivre ce projet et à maintenir la mobilisation pour permettre la mise en application des recommandations.

Contact 

Plateforme Prévention Sida, Place de la Vieille Halle aux blés 29-28, 1000 Bruxelles.  
+32 (0)2 733 72 99 – info@preventionsida.org 
https://preventionsida.org/fr/

Références

[1] Florquin, Stéphanie (2021). Besoins et demandes en matière de santé et droits sexuels et reproductifs des femmes concernées par les mutilations génitales féminines en Région de Bruxelles-Capitale, Rapport du diagnostic communautaire mené dans le cadre du Réseau bruxellois contre les MGF. Bruxelles, Ed : GAMS Belgique. 

[2] HCR. https://www.unhcr.org/fr/femmes.html 

[3] Rapport Activité Projet Action Test (2022), Plateforme Prévention Sida.  

[4] Cornwall A. Unpacking « Participation » : model, meanings and practices. Community Development Journal 2008 ; 43(3) : 269-83 

[5] SCHEEN B. Promotion de la santé et démarche participatives : Décryptage et point d’attention, Woluwe-Saint-Lambert : RESO, 2018

Lever du rideau sur le burn-out

Le 24 Sep 22

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Né de la rencontre d’un groupe de patients réunis par leur thérapeute, le spectacle de théâtre-action « Brûlés de l’intérieur » raconte l’expérience du burn-out qu’ils et elles ont traversée. Soutenue par la Compagnie Maritime, cette création originale témoigne de leur vécu pour sensibiliser et mieux comprendre les ressorts de cette autre épidémie du moment.

À travers une série de saynètes et de déclamations inspirées par leurs parcours personnels, cinq patients et leur thérapeute ont mis en scène l’épreuve du burn-out qu’ils et elles ont surmontée grâce à l’accompagnement d’une psychothérapeute œuvrant dans le centre de rééducation fonctionnelle La Charnière, à Namur, qui accueille de nombreuses personnes touchées par ce syndrome. Leur point commun ? Toutes et tous se sont entretemps reconvertis sur le plan professionnel pour redonner du sens à leur travail. « Ils ont été au bout du processus, rapporte leur thérapeute. Ils ont tiré des leçons de cette expérience et s’en sont servis pour vivre autrement et changer leur rapport au travail. »

Le théâtre-action, un levier

Né au lendemain des évènements de Mai 1968, dans un mouvement émancipateur qui visait à supprimer les inégalités entre les expressions culturelles populaires et celles réservées aux élites, le théâtre-action s’appuie sur quelques principes fondateurs : « un processus de création collective (chacun participe à l’écriture) ; des thématiques de « l’ici et maintenant » ; des décors minimalistes et mobiles (voire naturels) ; une part d’improvisation ; une présence dans les lieux de vie et de luttes ; des saynètes courtes avec une dimension symbolique lisible par tous. » (1) 

Au contraire du théâtre « classique », les visées du théâtre-action ne sont ni distractives ni esthétiques. C’est un théâtre en résistance qui cherche à rendre à la culture sa fonction d’intégration et de contestation et qui se donne pour ambition l’analyse et la transformation des rapports sociaux.  Il s’inspire du vécu d’un groupe de personnes confrontées à des situations sociales, économiques ou culturelles difficiles. « Nous sommes partis de situations individuelles pour tendre vers l’universel », explique la metteuse en scène de la Compagnie Maritime. Ce faisant, l’objectif est de « pousser les spectateurs à s’associer à la réflexion théâtralisée et à se préoccuper d’en faire un appui pour provoquer les changements nécessaires ». (2) C’est la raison pour laquelle le « langage [du spectacle] doit rencontrer l’actualité, la culture, les préoccupations du public visé et susciter en lui l’envie d’une prise de parole lors de l’animation qui suit nécessairement le spectacle ». (3) 

Bien qu’elle ne relève pas des ambitions du théâtre-action, la dimension thérapeutique de la démarche est appréciée par l’une des comédiennes : « Outre le fait que le théâtre nous a aidés à délier nos langues, il nous a aussi permis de revivre de l’intérieur une partie de cette aventure et de la réexplorer sous un autre angle, en nous demandant comment la colporter vers l’extérieur. » Et de préciser : « Ce projet collectif m’a également aidée à accepter la réalité. Aujourd’hui, j’arrive à dire aux gens que j’ai vécu un épisode de burn-out alors que j’en étais incapable auparavant. » 

Une notion aux contours mal définis

Une des difficultés dans l’appréhension du burn-out réside dans le flou de cette notion qui ne fait l’objet ni d’une définition unanime ni de critères diagnostiques officiels. Les soignants pâtissent d’un manque de connaissances sur les aspects organisationnels du travail et se trouvent souvent démunis face aux patients, sans parler de la tendance selon laquelle « de plus en plus d’intervenants (coachs, thérapeutes, etc.) se déclarent professionnels de la problématique sans avoir les compétences nécessaires. » (4)  

Introduit en 1974 par le psychiatre américain Herbert Freudenberger pour qualifier l’épuisement au travail des professionnels de l’aide et du soin, le concept de burn-out s’est progressivement étendu à tous les milieux professionnels. À la suite des travaux de la psychologue américaine Christina Maslach, ce syndrome est souvent décrit comme un processus multifactoriel inscrit dans la durée et caractérisé par trois composantes principales. (5) Dans un premier temps, la personne ressent un épuisement émotionnel qui influe sur sa vitalité physique. Elle se sent littéralement « vidée » de ses ressources et ressent une fatigue extrême que le repos habituel ne suffit plus à soulager. « Cet épuisement peut aussi avoir un impact sur le contrôle de ses émotions (irritabilité, colère, pleurs…) et de ses cognitions (attention, mémoire, concentration) et peut à son tour provoquer des changements dans les comportements et les attitudes. » (6) Dans un deuxième temps, un état de dépersonnalisation, caractérisé par une attitude négative et détachée vis-à-vis de l’entourage, se manifeste. Enfin, le burn-out se traduit par une diminution du sens de l’accomplissement et de la réalisation de soi. À ce stade, l’individu porte un regard dévalorisant sur la plupart de ses réalisations personnelles et professionnelles. Cette perte de confiance peut s’accompagner d’un état dépressif profond et d’une incapacité à faire face à ses obligations professionnelles. 

Prévalence et coût du burn-out

Parmi les enjeux majeurs de santé publique, les maladies psychosociales constituent l’une des principales causes d’absence de longue durée au travail en Belgique. (7) Ces pathologies, dont la fréquence s’est accrue au cours des dernières années, participent à la croissance spectaculaire du nombre de personnes en invalidité et entrainent souvent de longues périodes d’incapacité de travail et un risque de rechute important. (8) Selon l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (Inami), au 31 décembre 2018, plus d’un tiers des travailleurs salariés du secteur privé (demandeurs d’emploi compris) et près d’un quart des travailleurs indépendants reconnus en invalidité souffraient d’un trouble mental ou du comportement, une catégorie regroupant notamment la dépression, le burn-out, le stress et les dépendances. (9) 

Lorsqu’on cible la problématique du burn-out, la tendance n’est pas différente à en croire les dernières données de l’Inami qui, en décembre 2020, dénombrait quelque 33 402 personnes en incapacité de travail de longue durée en raison d’un burnout (professionnel ou autre) et constatait une augmentation de 33 % des cas entre 2016 et 2020. (10) Cependant, selon les sociologues Thomas Périlleux et Patricia Vendramin, ces chiffres ne représentent que les seuls cas reconnus par les médecins. (11) 

Les personnes âgées de 50 à 59 ans forment la tranche d’âge la plus touchée par le burn-out et plus de deux tiers des patients qui en souffrent sont des femmes. En revanche, l’Inami ne communique pas la proportion d’employés et d’ouvriers concernés. Or, si les professions intellectuelles et relationnelles semblent les plus à risque, les métiers manuels ne sont pas épargnés par des formes d’épuisement physique et psychique qui « se manifeste[nt] souvent de manière somatique par des accidents du travail, dont on ne comprend pas toujours l’origine », explique le journaliste Thomas Chenel dans un article dédié à l’invisibilité du burn-out dans ce type de professions. (12) 

Outre le coût de la souffrance humaine liée au burn-out, ces incapacités de travail de longue durée ont généré plus de 418 millions d’euros de dépenses en 2019, soit environ 6% des dépenses totales de l’invalidité. (13) 

Une société malade?

Surmenage, manque de contrôle et de reconnaissance, dégradation de l’esprit de groupe, manque d’équité, conflit entre des valeurs contradictoires… Selon la plupart des recherches, les évolutions observées dans le monde du travail et à l’échelle de la société sont des déterminants bien plus importants dans l’émergence du burn-out que ne le sont les facteurs individuels (vulnérabilité au stress, âge, genre, etc.) (14)  

Selon Th. Périlleux et P. Vendramin, l’augmentation alarmante de la prévalence du burn-out doit être analysée au regard du modèle de performance qui depuis les années 1980 s’est progressivement répandu dans les entreprises marchandes et les organisations non-marchandes. Ce modèle se caractérise par : 

  • L’intensification de la production qui s’accompagne de l’exigence d’intensifier son implication dans l’activité aux dépens de la frontière qui sépare les sphères professionnelles et privées. 
  • Le pouvoir de la mesure et le développement du « gouvernement par l’objectif » qui misent sur la quantité plutôt que la qualité et visent à standardiser de nouvelles manières de faire en édictant des procédures rigides auxquelles les travailleurs doivent se conformer.  De ces exigences découle une perte de sens du travail. 
  • La diffusion d’une idéologie de l’entreprise de soi qui pousse les salariés à la prise de risques dans la gestion de leur carrière. « Mobilité, adaptabilité et employabilité deviennent les maitres-mots de la révolution managériale », estime le sociologue Vincent de Gaulejac. (15) 
  • Une fragilisation des inscriptions collectives de métiers. « L’intensification de la production et les évaluations individualisées concourent à la destruction des formes de solidarité proche par lesquelles les professionnels se liaient pour résister à l’oppression », expliquent Thomas Périlleux et Patricia Vendramin. (16) 

Pistes d’action

Après la représentation, le public est invité à interagir avec les comédiens et comédiennes qui souhaitent susciter la réflexion collective sur ce mal du siècle et participer à la prise de conscience de son caractère sociétal. (17) 

En témoigne l’échange au cours duquel une spectatrice réagit à des propos sur la responsabilité qui incomberait aux personnes en burn-out : « Des individus ont plus de risques que d’autres de développer un burn-out en raison de leur engagement personnel, de leur difficulté à poser des limites, de leur propension au perfectionnisme… Mais il ne faut pas oublier que la société et les organisations dans lesquelles nous travaillons sont organisées d’une telle manière qu’elles empêchent les individus de poser leurs propres limites. La société engrange ce phénomène et rend l’individu responsable de sa propre maladie et de ce qui lui arrive, ce qui est extrêmement inquiétant. » 

Par ailleurs, des pistes d’action et des revendications émergent des débats. Face au constat du manque de professionnels formés sur le burn-out et aux propos désastreux que des soignants ou des responsables d’entreprise tiennent parfois à l’égard de leurs patients ou de leurs employés (voir l’encadré), des spectateurs invitent la troupe à jouer la pièce devant des médecins, dans des entreprises et des universités afin de favoriser une meilleure compréhension et prise en charge des personnes souffrant de ce syndrome. 

Plusieurs participants vantent aussi les mérites des groupes de parole et de soutien qui participent à la prise de conscience collective des contextes propices au développement du burn-out et offrent la possibilité aux personnes concernées de sortir de leur isolement en côtoyant des pairs-aidants qui comprennent sans juger. 

Enfin, à plus grande échelle – celle de la transformation sociale et politique –, des spectateurs suggèrent d’éliminer les pratiques managériales qui instaurent un climat de compétition entre les travailleurs et de généraliser la réduction collective du temps de travail pour mieux concilier parcours professionnel et vie privée.

Extrait d’une scène de la pièce « Brûlés de l’intérieur » 

Patient : Je me sens vraiment très fatigué. Ma vie n’a plus de sens. 

Docteur : Qu’avez-vous fait de spécial pour être aussi fatigué ? 

Patient : Je travaille beaucoup. 

Docteur : Combien d’heures ? 8, 10, 12 ?  

Patient : Plutôt 10 que 8. Même 12, je dirais. 

Docteur :  Oh ! Mais ça va ! … Regardez mon agenda ! Mon carnet de consultations est complet. Regardez ! Consultation, consultation, consultation. Je passe moins de huit minutes par patient. Anamnèse. Diagnostic. Prescriptions. Rentabilité. Performance. Vous voulez connaitre mon secret ? Ce sont les activités-récré. Vous connaissez les activités-récré ? 

Patient : Non. 

Docteur : Ce sont des activités pour se vider l’esprit. Ça va aller, j’en suis sûre, un peu de courage ! Regardez-moi ! J’y arrive, moi !  

Patient : Du courage, j’en ai. C’est l’énergie qui me fait défaut et puis… il y a aussi… 

Docteur : Le mal de dos, je parie ! Regardez ! Moi, en vous écoutant, je fais quelques petits squats. Ça me détend les lombaires. Je combine travail et détente. Moi, je cherche des combinaisons efficaces !

Cet article est paru initialement dans la revue Santé Conjuguée, Dossier ” La culture, c’est bon pour la santé!”, n°99, juin 2022. Il est reproduit avec l’aimable autorisation de l’autrice. 

Références 

(1) M. Frans, Le théâtre-action aujourd’hui : comment naviguer entre utopies et nécessités ?, Université de Liège, 2017-2018. 

(2) Centre du théâtre action, La démarche, https://www.theatre-action.be/le-theatre-action/la-demarche/  

(3) G. Mourin, « Le théâtre-action », Pensée plurielle, 2002/1, n°4, https://www.cairn.info/revue-pensee-plurielle-2002-1-page-21.htm  

(4) Conseil supérieur de la santé, Burnout et travail, septembre 2017.  

(5) C. Maslach et M. Leiter, Burn-out. Des solutions pour se préserver et pour agir, Éd. des Arènes, 2016. 

(6) Conseil supérieur de la santé, op. cit. 

(7) Ibidem 

(8) Après un an, on parle d’invalidité. De 2004 à 2020, le nombre de personnes en invalidité a doublé, passant à plus de 470 000 (Mutualité chrétienne, « En bref : Incapacité de travail – chiffres et indicateurs », MC Informations n° 284, juin 2021). 

(9) Les fonctionnaires statutaires n’étant pas couverts par le volet indemnités de l’Assurance soins de santé et indemnités, ils n’apparaissent pas dans ces chiffres (Mutualité chrétienne, op. cit.). 

(10) Inami, Incapacité de travail de longue durée : Combien de burnouts et de dépressions de longue durée ? Quel coût pour l’assurance indemnités ?, https://www.inami.fgov.be/fr/statistiques/indemnites/Pages/incapacite-travail-longue-duree-combien-burn-outs-depressions.aspx  

(11) T. Périlleux et P. Vendramin, « Le travail est-il devenu insoutenable ? », Sociétés en changement, vol. 1, mars 2017. 

(12) T. Chenel, « Métiers manuels : le burn-out invisible », Changer le travail/Sciences humaines, https://www.changerletravail.fr/m%C3%A9tiers-manuels-le-burn-out-invisible  

(13) Inami, op. cit. 

(14) Conseil supérieur de la santé, op. cit. 

(15) V. De Gaulejac, Travail, les raisons de la colère, Éditions du Seuil, 2011. 

(16) T. Périlleux et P. Vendramin, op.cit. 

(17) Agenda des prochaines représentations sur www.maisonmedicale.org  

rear view shot of a woman pushing a wheelchair with a patient sitting on it with the metropolitan city in background health care and disability concept

Comment élaborer un diagnostic social-santé à l’échelon local ?

Le 23 Août 22

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A l’invitation de l’Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles-Capitale, se tenait ce 12 mai dernier la matinée de présentation du Guide d’élaboration d’un diagnostic social santé local. Ce guide, fruit d’un travail d’intenses collaborations et mené sous la bannière de la co-construction, voyait environ 170 personnes se rassembler à l’occasion de cette présentation : acteur-rice-s de terrain, expert-e-s et chercheur-e-s issu-e-s des secteurs du social, de la santé, de l’analyse du territoire…

rear view shot of a woman pushing a wheelchair with a patient sitting on it with the metropolitan city in background health care and disability concept

Une matinée de présentation du guide et quelques points de suspension

La matinée de présentation fut découpée en trois temps. Une première série de prises de parole fut consacrée à la présentation de chaque segment du guide : qu’y trouver ? A quel(s) usage(s) ?  Nous y revenons plus spécifiquement dans la section suivante. Ces prises de parole, opérées en binôme d’auteurs et co-auteurs du guide, visaient à refléter la combinaison d’expertises qui a été mobilisée dans ce processus de production. La table ronde, rassemblant Nazira El Maoufik (PCS Akarova), Olivia Vanmechelen (Kenniscentrum WWZ), Karin Van Zele (Logo Brussel) et Inge Verhaegen (Odisee Hogeschool), fut quant à elle l’occasion de croiser des témoignages de personnes ayant soit une expérience directe dans la réalisation de diagnostic(s), soit dans celle d’accompagnement d’acteur-rice-s à la réalisation de tels diagnostics. Un temps riche de réflexions, questions et échanges fut aussi opéré avec la salle, laissant entrevoir les potentiels mais aussi les limites inhérentes à ce type d’outil, comme tout outil quel qu’il soit…

Objet et contenus du guide

C’est à la question du « Comment faire ?« , en forme de poupées russes, que s’attèle à répondre le « Guide d’élaboration d’un diagnostic social-santé local ». Publié au mois de mai 2022 par la Commission communautaire commune [1], le guide est la co-production d’un consortium d’acteurs issus de divers centres de recherche, associations et institutions issus du secteur social-santé bruxellois.

Ces acteurs sont : le Centre de recherche de Bruxelles sur les inégalités sociales (Crébis – Le Forum-Bruxelles contre les inégalités et le Conseil bruxellois de coordination sociopolitique (CBCS)) ; le Centre de recherche interdisciplinaire en Approches sociales de la santé (CRISS) de l’École de santé publique de l’ULB ; l’Institut de gestion de l’environnement et de l’Aménagement du territoire (IGEAT) et le Réseau des études bruxelloises (EBxl) de l’ULB ; le Centre de diffusion de la culture sanitaire (CDCS asbl) et le Centre interdisciplinaire de recherche Travail, État et Société (Cirtes) de l’UCLouvain.

A l’origine de ce projet, un cahier des charges lancé par l’Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles-Capitale en collaboration avec Pespective.Brussels et le Centre de Documentation et Coordination Sociale (CDCS-CMDC). Ce projet s’est esquissé au départ du constat d’un besoin de divers professionnels des secteurs du social et de la santé d’être mieux outillés pour observer, comprendre et analyser leur territoire, mais aussi leur cadre d’intervention et les attentes de leur(s) public(s). En ce sens, le besoin de diagnostic fait écho à la nécessité de s’adapter pour répondre aux défis nombreux et complexes qui se posent dans ces secteurs d’activités. A ce constat de terrain est venu se greffer la dynamique du réseau interdisciplinaire Care in the City [2], porté par Perspective.Brussels. Care in the City constitue depuis 2017 un espace de réflexion commune entre plusieurs acteurs régionaux bruxellois autour d’une meilleure intégration du bien-être et de la santé dans la planification urbaine.

On l’a évoqué en tête de cet article, le guide est le fruit d’une démarche de co-construction. Afin de proposer un outil à destination des professionnels de terrain qui tienne compte de leurs besoins, attentes et conditions de travail, le consortium s’est adjoint un groupe de personnes-ressources (GPR). Ce groupe était composé de 21 professionnels de terrain issus d’associations/institutions diverses et aux missions complémentaires parmi les secteurs social-santé bruxellois [3]. Leurs apports ont été essentiels pour mettre en exergue les questionnements concrets qui animent le terrain et ainsi guider progressivement le consortium de recherche dans la co-construction du guide. A ce GPR se sont adjoints quatre partenaires-testeurs [4] qui ont accepté de tester des sections de l’outil, en conditions réelles, sous l’angle de son niveau de cohérence et de praticabilité sur le terrain.

A l’arrivée, le guide se compose de deux volets qui communiquent naturellement l’un avec l’autre. On retrouve d’une part le guide principal qui fournit des balises conceptuelles et méthodologiques en vue de s’orienter tout au long d’un parcours de diagnostic social santé et, d’autre part, le guide de ressources locales qui propose une série d’éléments d’approfondissements, de récits d’expériences locales et de pistes en matière d’accompagnement. Voyons plus en détails ces deux documents complémentaires.

Le Guide d’élaboration d’un diagnostic social-santé local se déploie au travers de six cahiers également complémentaires. Le fil rouge de ces cahiers est celui de la temporalité des questions et des enjeux posés avant, pendant et après la réalisation d’un diagnostic. Leur lecture s’opérera, selon les besoins et connaissances de chacun-e, en tout ou en partie, dans l’ordre ou le désordre. Des liens entre cahiers sont également faits, ce qui permet à chacun-e de naviguer entre ceux-ci, en fonction de ses zones d’intérêt spécifiques.

  • Le cahier introductif permet au(x) porteur(s) de diagnostic d’opérer un bilan de leur situation avant de débuter la démarche de diagnostic et d’identifier les ressources nécessaires et disponibles à cette fin avant de se lancer. Ce cahier constitue donc un point de repère en démarrage de dynamique, tout particulièrement utile pour des personnes n’ayant aucune expérience préalable en réalisation de diagnostic. Dans cette optique de bilan initial, un « questionnaire d’entrée » figure en fin de cahier en vue de guider le(s) porteur(s) de diagnostic dans leur démarche.
  • Le cahier Statistiques et comptages axe l’essentiel de son propos sur la mobilisation de données préexistantes. Ainsi, il présente et balise l’utilisation de ressources librement accessibles en matière de données statistiques et de recensement de l’offre socio-sanitaire en Région bruxelloise, notamment à l’échelle communale et du quartier. Il passe également en revue une sélection de données statistiques dont les caractéristiques principales sont synthétisées. Afin de compléter ce tableau, le cahier se clôture sur une série de suggestions s’adressant au(x) porteur(s) de diagnostic qui souhaiteraient collecter quelques données quantitatives.
  • Le cahier Méthodes qualitatives pose, quant à lui, les balises pratiques, méthodologiques et éthiques pour véritablement déployer une démarche qualitative dans le cadre du processus de production d’une démarche diagnostique. La collecte, l’analyse et l’exploitation d’un matériau qualitatif est ainsi décrite en étapes, et en reconnaissance des contraintes que peut poser un travail de diagnostic mené en dehors du contexte scientifique. La lecture de ce cahier pourra tout particulièrement s’articuler avec celle du cahier ‘Statistiques et comptages’ en vue de combiner les approches qualitatives et quantitatives dans la démarche de diagnostic.
  • Le cahier Mise en forme et diffusion aborde et invite à anticiper l’étape de diffusion du diagnostic, en regard notamment des partenaires à mobiliser ou de la temporalité induite par les choix qui seront posés en la matière. Différents supports ainsi que canaux de diffusion sont envisageables dans le cadre d’une diffusion de diagnostic ; ces options et leurs points positifs et/ou négatifs sont présentés.
  • Le cahier Recommandations et/ou Pistes d’action amorce la phase succédant au diagnostic, en abordant deux modes distincts mais souvent complémentaires d’utilisation du diagnostic. Le cahier développe en ce sens des points de repère et des conseils pour faire émerger des pistes d’action ainsi que pour rédiger et diffuser des recommandations.
  • Le cahier Co-construction se positionne, lui, en tant qu’approche spécifique et transversale à la démarche de diagnostic. Afin de mieux appréhender ce que constitue et apporte la démarche de co-construction, ce cahier présente des balises théoriques et pratiques. Celles-ci passe en revue plusieurs questions-clé dans cette démarche : quelle posture adopter ? Quels niveaux d’implication envisager pour les parties prenantes, habitants, usagers des services ? Quels défis sont posés ? Comment y faire face ?

Le Guide des ressources bruxelloises pour construire un diagnostic social-santé a, pour sa part, été conçu comme une « boîte à outils », complémentaire aux six cahiers précédemment décrits. Des liens viennent en ce sens égrener la lecture des six cahiers et inviter chacun-e à approfondir l’un ou l’autre aspect via ce guide de ressources. Le guide n’ambitionne pas le relevé exhaustif de ressources mais plutôt un set de ressources librement accessibles et pertinentes pour des acteurs engagés dans la construction d’un diagnostic santé-social en contexte bruxellois. Diverses initiatives inspirantes menées dans des communes bruxelloises sont décrites, et quelques organismes dédiés à l’accompagnement de démarches diagnostiques et notamment actifs en région de Bruxelles-Capitale sont présentés. A ces deux catégories de ressources viennent s’ajouter références d’outils de diagnostics publiés en France et en Belgique.

Quelles suites?

Les échanges avec la salle lors de la présentation du guide ont remis en lumière la tension fondamentale à laquelle sont confrontés les acteurs des secteurs social-santé : une paucité de moyens et des ambitions conséquentes. A ce titre, le guide invite à la modestie dès l’entame du processus de démarche diagnostique. En effet, la démarche de diagnostic ne peut s’opérer sans un minimum de ressources présentes au départ. Des données sont toutefois déjà régulièrement en partie collectées, ici ou là, et souvent potentiellement très utiles pour venir enrichir le diagnostic. Mais elles sont pour partie peu disponibles en première intention ; il peut s’avérer utile de les rechercher et de s’y intéresser. Parmi ces données riches et déjà collectées, mais peu visibles, figure – comme cela a été soulevé lors de la matinée du 12 mai – la multitude de diagnostics déjà réalisés par les professionnel-le-s des secteurs social-santé bruxellois…  A qui et à quand d’en assurer l’accès dans une logique de capitalisation des savoirs en matière de diagnostics social-santé bruxellois ?

Le Guide d’élaboration d’un diagnostic social-santé local et son Guide des ressources bruxelloises sont librement téléchargeables sur le site de l’Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles-Capitale, en français et en néerlandais : https://www.ccc-ggc.brussels/fr/observatbru/publications/guide-delaboration-dun-diagnostic-social-sante-local

 Ils peuvent également être obtenus en format papier via l’envoi d’un mail à l’adresse suivante : observat@ccc.brussels

[1] Téléchargeable gratuitement sur la page : https://www.ccc-ggc.brussels/fr/observatbru/publications/guide-delaboration-dun-diagnostic-social-sante-local

[2] Le réseau est composé : CDCS-CMDC ; OBSS ; Kenniscentrum WWZ ; Huis voor Gezondheid ; Brusano ; CBCS et coordonnée par Perspective.Brussels – https://perspective.brussels/fr/enjeux-urbains/social-sante

[3] Ces professionnels sont issus des services suivants: les CPAS de Saint-Gilles et de Forest; le SSM Le Méridien; Brusano; Maison BilobaHuis; le KennisCentrumWWZ vzw; asbl Aidants proches; le projet LAMA; l’ONE; le SMES; le Foyer du Sud; la mutualité chrétienne; Infirmiers de rue; la Febul; le CAFA asbl; Medikuregem; asbl Connivence; Foyer vzw – Interculturele Bemiddeling.

[4] Le SESO; le contrat local social-santé (CLSS) du CPAS de Forest; le SSM Le Méridien et le contrat local social-santé (CLSS) du CPAS de Schaerbeek.

happy young family with newborn baby and little girl enjoying time together at home.

Le site web Born in Brussels est né !

Le 23 Août 22

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Born in Brussels est un site abordant la naissance et la petite enfance en Région bruxelloise. Mis en ligne fin avril, il continue chaque jour de s’étoffer avec toujours plus d’actualités, de témoignages et de bons plans. Grand public et professionnels y trouveront de nombreuses informations et un carnet d’adresses bien fourni.

Historique

L’idée de ce site vient d’une réflexion faite, en 2014, entre plusieurs acteurs de la santé bruxelloise : le Centre d’Expertise et de Ressources pour l’Enfance, l’Observatoire de la Santé et du Social et Hospichild. Ensemble, ils imaginent lancer un projet afin d’informer et de soutenir la parentalité, la naissance et l’épanouissement du jeune enfant en Région bruxelloise. Les années passant, d’autres associations et acteurs ont rejoint le mouvement : Brusano, Bruss’help, Volle Maan Expertisecentrum Kraamzorg, Droits Quotidiens et même des stagiaires pleines d’idées ! Les phases de conception du projet sont soutenues financièrement depuis 2019 par la Commission communautaire commune de Bruxelles-Capitale. Fin 2021, un subside a été accordé au CDCS-CMDC asbl pour donner vie à ce qui est aujourd’hui Born in Brussels.

Un long moment créatif

Pour concevoir un contenu de qualité, de nombreuses têtes se sont penchées sur le site. Tout d’abord, il y a eu l’équipe d’Hospichild (CDCS-CMDC) qui possède une expérience de plus de 15 ans dans les thématiques liées à l’enfance gravement malade et hospitalisée. C’est cette équipe, accompagnée de deux étudiantes en santé publique, qui a rédigé la plupart des textes du site. Une fois créés, ceux-ci ont également été soumis à divers professionnels pour validation. Ensuite, pour les répertoires d’adresses utiles à Bruxelles, c’est l’équipe de Bruxelles Social (CDCS-CMDC) qui s’est attelée à la tâche. En effet, les bonnes adresses qu’on retrouve sur le site Born in Bruxelles sont directement liées à la base de données de Bruxelles Social et elles sont, de ce fait, automatiquement remises à jour. Après cela, il a fallu s’attaquer à la partie juridique qui se situe sous l’onglet « Droits et démarches ». Pour cela, le CDCS-CMDC a collaboré avec l’asbl Droits quotidiens pour importer du contenu sur le site Born in Brussels. Celui-ci sera donc automatiquement actualisé en cas de mise à jour. Enfin, une nouvelle collègue a rejoint l’équipe du CDCS-CMDC pour venir en renfort et soutenir le projet. Aujourd’hui, trois personnes sont ainsi aux commandes du site Born in Brussels : Emmanuelle Van Besien, coordinatrice et initiatrice du projet, Rebecca Lévêque, coordinatrice adjointe et Sofia Douieb, attachée à Hospichild, en soutien.

Le site

En perpétuel développement, le site comprend de nombreuses pages informatives sur le désir d’enfant, la grossesse, l’accouchement et la petite enfance de 0 à 2,5 ans. Il dispose également de deux répertoires d’adresses utiles à Bruxelles. L’un permet de trouver des associations en lien avec les thématiques abordées sur le site, l’autre, appelé “SOS”, permet d’obtenir des adresses en lien avec l’aide d’urgence. Le site comporte aussi une large rubrique sur les droits des parents et les démarches administratives à accomplir à Bruxelles. Créée en collaboration avec Droits Quotidiens asbl, elle offre des informations juridiques en langage clair, rédigées par des juristes spécialisés et bénéficie d’une mise à jour automatisée. Enfin, le site comprend des actualités, des témoignages, un agenda d’événements liés à la périnatalité à Bruxelles et une liste de bons plans. Il est complété par une newsletter, une page Facebook, un compte Twitter et LinkedIn.

Un plus pour les citoyens bruxellois

Lorsqu’un futur ou jeune parent bruxellois se pose des questions sur la naissance et la petite enfance et qu’il effectue quelques recherches sur le web, une myriade d’informations lui sera proposée par de nombreux sites commerciaux, institutionnels et étrangers. Avant Born in Brussels, rien n’était spécifique à Bruxelles. La population bruxelloise possède pourtant ses particularités. Une frange de la population vit malheureusement dans la pauvreté (en 2019, 41 % des enfants et adolescents se trouvaient dans un ménage dont le revenu se situait sous le seuil de risque de pauvreté. C’était pire encore pour les familles comportant plusieurs enfants. Avec trois enfants le taux grimpait à 46 %, avec plus de trois enfants, il était de 56 % (1)), l’interculturalité est omniprésente, le bilinguisme est une nécessité et les acteurs, services et règlementations sont parfois bien différents du reste de la Belgique. D’où l’importance d’un site neutre avec un contenu identique en français et en néerlandais, un carnet d’adresse bruxellois, un accent sur les familles précarisées et des témoignages de vrais locaux. Tout ce qu’offre aujourd’hui Born in Brussels ! Et puis, les familles représentent tout de même une belle part de la population (en 2021, la Région bruxelloise comptait 559 260 ménages dont 30 % comportait 3 personnes ou plus (2). Elle comptait également 38 990 petites filles de 0 à 4 ans et 41 048 petits garçons (3). En outre, près de 65 000 familles monoparentales vivent en Région bruxelloise (4). Il est donc primordial d’en tenir compte et de leur offrir les informations dont elles ont besoin. Enfin, environ 22 000 naissances sont enregistrées chaque année à Bruxelles (5), ce qui prouve bien que la naissance et la petite enfance sont des éléments importants de la vie bruxelloise.

Un soutien pour les professionnels

Outre les informations et adresses qui pourront soutenir le travail des professionnels du secteur périnatal, Born in Brussels se veut être un acteur phare de la périnatalité en Région bruxelloise en favorisant l’émergence d’un réseau collaboratif entre eux. Ils pourront, par exemple, promouvoir leurs activités (atelier portage, groupe de parole, workshop diabète de grossesse ou grossesse gémellaire, entraide entre mamans solos, etc.) via l’agenda ou un article sur le site. Des annonces pourront aussi être faites via la newsletter. Born in Brussels est prêt également à mettre son énergie au service de projets divers, toutes les idées sont donc les bienvenues ! En ce moment, une collaboration a déjà débuté avec “Docteur Coquelicot” (Société Scientifique de Médecine Générale) en vue de créer un e-book rempli de recommandations sur la santé environnementale avant, pendant et après la conception d’un enfant. Affaire à suivre, donc !

En conclusion

Le site Born in Brussels est accessible via www.bornin.brussels. Il compte plus de 550 pages et, comme tout bébé en pleine forme, il poursuivra encore sa croissance durant de belles et longues années. Un évènement de lancement et une large communication grand public sont prévues pour la rentrée !

Coordonnées

Coordinatrice : Emmanuelle Van Besien
www.bornin.brussels
info@bornin.brussels
02 639 60 29

CDCS-CMDC
https://www.cdcs-cmdc.be/

Rue de l’Association 15
1000 Bruxelles

gluten free food. two healthy loaves of bread with grain and ears on dark table. gluten free rye bread

“Le pain santé. Quel pain choisir ? ” :  
une démarche communautaire

Le 22 Juin 22

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“Le pain santé. Quel pain choisir ? ” est une brochure de savoirs coconstruits à destination de tous, sur un aliment de tous les jours. Cet article revient sur l’expérience de création de l’outil avec le groupe des personnes diabétiques de l’asbl Les Pissenlits.

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Une asbl de démarche communautaire  

L’asbl Les Pissenlits se situe à Cureghem, un quartier d’Anderlecht, une des communes de la Région bruxelloise. Elle s’ancre dans une démarche communautaire de promotion de la santé. Elle valorise l’importance du réseau social, de l’expertise du vécu et vise le développement des compétences psychosociales de chacun. L’asbl invite des personnes de différents horizons, cultures, âges, mais aussi des personnes sourdes et des personnes entendantes à faire lien afin de construire ensemble des actions visant un mieux-être tant avec soi-même et les autres mais aussi avec son quartier et sa société. Dans le cadre de ses activités de proximité, l’asbl travaille sur diverses thématiques : connaissance et accessibilité aux ressources, activité physique, échanges de savoirs créatifs, soutien à la parentalité, santé au féminin, mobilité… Le diabète est une de ces thématiques.

Le groupe des personnes diabétiques

En 2003, l’asbl Les Pissenlits a ouvert le groupe des personnes diabétiques. Un vendredi matin par mois, des personnes concernées par ce problème de santé se retrouvent autour d’un petit-déjeuner équilibré. Les participants discutent de leur vécu de la maladie, de leurs difficultés et échangent librement astuces et conseils. Les réunions sont ponctuées de rencontres avec un professionnel (éducateur en diabétologie, diététicien, médecin…) pour discuter d’un sujet plus spécifique.

La réunion est habituellement animée par l’asbl en facilitation visuelle et un interprète en langue des signes est présent. L’intention est que chacun puisse participer.

« Ça fait déjà plus de 15 ans que je suis avec eux. Les Pissenlits, c’est un lieu qui dépasse les conseils de santé. C’est un lieu entre nous où on peut vider son sac de problèmes et commencer à réagir. C’est une famille. »

Fatima, membre du groupe des personnes diabétiques 

Création d’outils, diffusion et évaluation

Avec le soutien de l’asbl Les Pissenlits, le groupe des personnes diabétiques mène de nombreuses actions qui se construisent collectivement.

Amélie Plateau, responsable de projets au sein de l’asbl explique : « Depuis le début et la naissance du groupe, il y a un double objectif pour les participants. D’une part, c’est d’accumuler des savoirs sur le diabète, sur le mieux vivre avec la maladie et sur la santé de manière globale. Mais, un autre grand souhait est de diffuser les savoirs acquis parce que les membres du groupe sont conscients du désarroi que peuvent rencontrer les personnes qui apprennent avoir le diabète, pour l’avoir vécu eux-mêmes ».

Le groupe s’implique donc dans des activités comme la sensibilisation au diabète sur le marché des Abattoirs d’Anderlecht ou la diffusion de la démarche communautaire auprès d’étudiants de hautes écoles et d’universités.

Le groupe contribue également à la réalisation d’outils. Il y a d’abord eu un petit feuillet explicatif sur les premiers symptômes du diabète qui a été distribué à grande échelle dans les pharmacies, maisons médicales et quartiers. Puis, il y a eu un DVD sur la question de vivre avec le diabète qui a été récemment complété par une traduction en langue des signes et mis en ligne sur le site internet de l’association. La brochure « Le pain santé. Quel pain choisir ? » est le troisième outil créé par le groupe.

« Le pain santé. Quel pain choisir ? »

Une accumulation de savoirs et savoir-faire

Fatima, membre du groupe des personnes diabétiques explique le commencement du projet : « Tout a commencé par un questionnement lors de réunions : comment choisir un pain bon pour sa santé ? » Jean, un autre participant du groupe complète : « Le pain est un aliment que nous mangeons tout le temps. Nous souhaitions comprendre l’impact sur notre santé de cet aliment si souvent consommé ».  

Le groupe a donc commencé à rassembler des informations et savoir-faire : diététicien, boulanger, meunier… sont autant d’experts que le groupe a rencontrés pour comprendre le pain sous tous ses aspects.

De la coconstruction pour une brochure accessible

Après avoir accumulé autant de connaissances et de savoir-faire, le groupe a souhaité en faire profiter un plus large public. Un groupe de travail s’est constitué avec des participants du groupe des personnes diabétiques et  les responsables de projets de l’asbl Les Pissenlits afin de proposer un outil qui reprendrait tout le savoir coconstruit.

L’accessibilité de l’outil était un enjeu important du projet. Le choix s’est porté sur une brochure, pas trop épaisse, avec des informations simples. L’idée était que l’outil puisse être aussi utile aux personnes qui ne sont pas à l’aise avec le français ou l’écrit. La brochure a donc été réalisée en facilitation visuelle, avec des phrases simples et des illustrations pour faciliter la compréhension.

De même, il fallait que les conseils sur le choix d’un pain bon pour sa santé puissent être facilement mis en pratique. Vérane Vanexem, co-coordinatrice et responsable de projets aux Pissenlits précise : « on cite dans la brochure le fait que le pain peut être fait avec de la levure ou du levain ; que l’idéal c’est avec du levain mais c’est déjà pas mal si les personnes consomment de préférence du pain complet. Il y a eu un travail non seulement sur l’accessibilité en termes de compréhension mais aussi l’accessibilité de mise en pratique. Il faut que les personnes puissent adapter leur consommation aux informations qu’ils ont reçues. Si c’est trop compliqué, c’est décourageant. »

Le travail en coconstruction a apporté beaucoup à l’outil ; les membres du groupe de personnes diabétiques partageaient les points d’attention et les aspects prioritaires, d’après leurs expériences. Vérane Vanexem raconte un exemple : « une proposition du groupe a concerné la quantité de pain à manger par jour. Le groupe a dit que cela ne suffisait pas de parler uniquement en termes de tranches de pain car cela dépend de l’épaisseur. » La brochure reprend donc également des informations sur le poids et l’épaisseur des tartines.

Vérane Vanexem souligne : « on voulait vraiment qu’il y ait des interactions avec le groupe de personnes diabétiques, qu’ils donnent leur avis et fassent des propositions. C’est pour cela qu’il y a eu plusieurs allers-retours et des réunions régulières du groupe de travail. Cela aussi prend du temps. Mais le bénéfice qu’on en retire est tellement grand qu’on n’envisageait absolument pas de travailler autrement. »

Les enjeux des démarches communautaires

Amélie Plateau souligne l’importance d’une participation libre dans la philosophie des Pissenlits : « il y a beaucoup de liberté et de latitude quant à la participation : vient qui peut, qui veut, avec l’énergie que la personne porte à ce moment-là. On prend les énergies et les volontés qui sont là sur le moment. Et évidemment, il y a des personnes qui ont participé à presque tout le processus mais notre politique est de laisser venir les personnes. »

Pour la réalisation de la brochure sur le pain santé, l’enjeu a été de maintenir la participation sur un long terme. Pour les chargées de projet de l’asbl, c’est justement cette ouverture et cette souplesse par rapport à la participation qui permet de tenir sur un long terme. « J’ai l’impression que le fait de ne pas demander d’engagement encourage les personnes justement à participer. Puisqu’elles se sentent libres et n’ont pas de soucis à être absentes une ou deux fois, elles ne se sentent pas mal à l’aise si elles ne viennent pas à toutes les réunions. Mais elles restent impliquées dans le projet » explique Vérane Vanexem.

Elle souligne également l’importance de donner les outils et ressources aux participants pour que leur implication soit réellement possible, dans toutes les étapes de la réalisation : dans la réflexion sur les objectifs de l’outil et la relecture, l’avis et l’évaluation de l’outil pour encourager la motivation des participants. Amélie Plateau poursuit : « il est important d’accepter le savoir des personnes. On peut donner beaucoup de conseils sur la santé, mais ceux-ci doivent être mis dans la réalité des personnes avec les différences culturelles, familiales… On sait que les injonctions à la santé ne suffisent pas à améliorer la santé. Tous les témoignages dans la brochure sont également présentés pour cette raison : les savoirs expérientiels sont tout aussi valables. »

Une double richesse : processus et résultats

Outre la richesse de l’outil réalisé dans cette démarche participative, le processus a été particulièrement enrichissant pour les acteurs impliqués. Amélie Plateau mentionne : « les participants, en venant sur place et en vivant le projet, font des expériences qui sont bénéfiques au-delà de la thématique qu’on est en train de travailler ; le fait de donner son avis, de participer à l’évaluation, de voir que l’avis donné a été pris en compte, de voir que dans l’évaluation, ce qu’on a dit est pertinent, que d’autres pensent la même chose… tout cela est très valorisant pour les participants ».

Vérane Vanexem précise : « Tout ce qui est fait aux Pissenlits respecte les balises méthodologiques de coconstruction, d’échanges de savoirs, de déhiérarchisation des savoirs. Chacun·e apporte son expérience, son vécu, ses opinions et avis. Cela a un impact multiplié sur les personnes qui contribuent. L’objectif n’est pas uniquement le résultat mais l’objectif est surtout basé sur le processus. »

C’est le grand atout des outils créés dans des démarches communautaires qui ont des effets aussi bien à court, moyen et long terme tant pour les participants que pour les personnes qui pourront bénéficier de l’outil créé, porteur de savoir expérientiel.

La brochure, destinée à tous, est disponible sur demande auprès de l’asbl Les Pissenlits.

Contact :

Site Web : https://www.lespissenlits.be/

Tel : 0032 (0)2 521 77 28

Mobile : 0032 (0)479 24 22 79

Courriel : asbl@lespissenlits.be

round table discussion at business and entrepreneurship convention.

Coconstruction du Diagnostic communautaire
à Saint-Josse et Schaerbeek

Le 22 Juin 22

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Pour l’équipe communautaire du SSM Le Méridien

Le 9 mai dernier, le service de santé mentale Le Méridien et le comité de pilotage du diagnostic communautaire réalisé sur les communes de Saint-Josse et de Schaerbeek conviaient un public large et varié pour la présentation du rapport final et la mise en débat des recommandations et pistes d’action issues de celui-ci. Nous vous proposons de revenir sur cette journée, ouverte par Mme Barbara Trachte, Ministre-Présidente du Collège de la Commission communautaire française (COCOF), en charge de la Promotion de la Santé, ainsi que sur le processus qui a abouti à celle-ci. Le caractère innovant de ce projet, reposant sur une démarche participative de coconstruction d’expertise autour des problématiques et ressources d’une population, pourra en effet intéresser d’autres acteurs.trices du champ de la promotion de la santé.

Après plus de 3 années d’un travail soutenu, le rendez-vous était donné aux Halles de Schaerbeek le lundi 9 mai à 9h. Près de 200 personnes – parmi lesquelles de nombreux.ses habitant.es – sont venues entendre les conclusions de ce travail, fruit d’une collaboration minutieusement tissée entre des acteurs.trices – associations, habitants et acteurs publics et politiques – qui partagent un même territoire : la commune de Saint-Josse ainsi que les quartiers limitrophes Brabant et Josaphat de la commune de Schaerbeek.

Le Méridien

Ce Service de Santé Mentale agréé par la COCOF intervient sur le territoire de la commune de Saint-Josse et Schaerbeek. Il est accessible à toute personne en difficultés psychiatriques, psychologiques ou sociales, quels que soient son âge, son statut social et ses origines. Les équipes offrent un lieu d’écoute et d’intervention qui tient compte des dimensions sociales, psychologiques, culturelles et administratives de chaque situation rencontrée.

Le pôle communautaire est porté par une équipe spécifique qui a acquis une expertise dans ce domaine. Les pratiques communautaires visent notamment à renforcer le lien social, la confiance en soi et les ressources des personnes. L’équipe développe aussi un travail de formation continue, d’évaluation participative et d’intervision à destination de professionnels ayant des pratiques de santé mentale communautaire.

Pour tout renseignement : www.ssmlemeridien.be

Un diagnostic au plus près des expériences des habitants

Il y a une vingtaine d’années, l’équipe communautaire du service de santé mentale Le Méridien, situé à Saint-Josse-ten-Noode, avait déjà réalisé un premier diagnostic sur les quartiers de son champ d’action. Vu l’évolution des réalités économiques, sociales et politiques de ces quartiers, le Méridien a souhaité réinitier la démarche afin d’actualiser les données et pouvoir, au besoin, réajuster ses pratiques. Ce projet s’est déroulé de 2018 à 2021, et a été soutenu et financé par la Commission communautaire française dans le cadre des Initiatives en Promotion de la santé.

Ce diagnostic vise à mieux comprendre les besoins de la population au travers d’analyses fines et qualitatives des contextes et réalités socio-économiques vécues par les personnes vivant sur les territoires concernés. Les recherches quantitatives et les statistiques existantes offrent un regard éclairant sur ces réalités mais le processus de recherche envisagé dans le cadre de ce diagnostic communautaire permet une tout autre approche qui se veut au plus près des expériences des habitants, de leurs perceptions des réalités, de leurs vécus, s’appuyant sur la conviction que ce sont les personnes vivant des réalités sociales particulières qui sont les mieux à même d’en parler et que leurs propositions peuvent alimenter avec pertinence une réflexion collective.

Nous ne sommes donc pas partis d’« hypothèses préalables à tester », mais plutôt de questions très larges, ouvrant sur toutes les thématiques et questions possibles : « qu’est-ce qui, selon vous, permet de bien vivre dans votre commune ? Qu’est-ce qui rend la vie difficile ? De quoi auriez-vous besoin pour vivre mieux ? » Et à partir de là, nous avons fait émerger des thématiques récurrentes, à savoir : la santé et ce qui fait soin, l’enfance et la jeunesse, les rapports aux institutions et citoyenneté, les rapports aux autres. Thématiques qui ont ensuite servi de fil conducteur pour nos analyses et recommandations.

Ce diagnostic émanant d’un service de santé mentale, la thématique de la santé et de la santé mentale occupe certainement une place prépondérante dans notre recherche. Néanmoins, l’ouverture sur d’autres thématiques et l’intégration d’acteurs.trices des différents secteurs du champ social dans le comité de pilotage constituent sans nul doute un atout non négligeable dans le cadre d’une approche globale de la santé et de ses déterminants sociaux.

Une démarche communautaire et participative incluant habitant.es, professionnel.les de la santé et du social et responsables politiques locaux

Le processus initié fin 2018 a permis de réunir, autour d’un même projet, différents acteurs sociaux locaux : des habitant.es, des professionnel.les issus d’institutions et d’associations travaillant sur le territoire, des élu.es. Une quarantaine de partenaires, tant professionnels qu’habitants, se sont montrés intéressés et se sont impliqués tout au long de la démarche, ce qui a facilité la participation communautaire et la mise sur pied d’un comité de pilotage mensuel, élément organisateur et central de notre démarche.

Ce travail s’appuie sur le modèle de la « participation active » et notamment celui du « cercle vertueux de la participation ». Celui-ci préconise la participation active citoyenne – en particulier celle des populations vulnérables ou marginalisées – et la considère comme un déterminant social de la santé. Cet engagement aurait un impact positif sur la santé des personnes, sur la maîtrise de leur vie (empowerment), ainsi que sur les liens de solidarité, d’empathie, de cohésion sociale au sein d’une communauté. On a en effet pu constater, tout au long de ce diagnostic, la pertinence de ces espaces réguliers de dialogue dans lesquels les membres d’une communauté, d’un quartier, d’une commune peuvent s’engager dans une « gouvernance de proximité ». La valorisation des savoirs, y compris « expérientiels », et des compétences de la population a été un parti pris dès le départ.

Il existe peu de processus de participation incluant habitants, professionnels et élus dans une relation de coconstruction, d’expertise réciproque, de partenariat et de mise en place d’actions sur un territoire. Le caractère innovant de ce projet réside certainement dans cette démarche participative, incluant ces différentes catégories d’acteurs, et ce tout au long du travail, depuis le choix des méthodes, la récolte des données, l’analyse de celles-ci et l’élaboration des recommandations.

Nous avons constamment été attentifs à viser une certaine « symétrie du pouvoir », une attribution égale de valeur aux paroles échangées, qu’elles émanent des professionnel.les ou des habitant.es. Ce ne fût pas toujours facile et la question de la légitimité s’est souvent invitée au sein de nos débats : savoirs expérienciels versus savoirs professionnels mais aussi savoirs de ceux qui habitent le territoire versus savoirs de ceux qui n’y habitent pas (ce qui était le cas de la plupart des professionnel.les). En effet, certains habitants participant aux comités de pilotage ont parfois renvoyé que les professionnels qui n’habitaient pas le territoire n’avaient pas une « vraie connaissance » des réalités des quartiers, contrairement à ceux qui y habitaient. Nous avons également pu constater, et certains partenaires nous l’ont également renvoyé, que les professionnel.les ne se sentaient pas toujours «légitimes » à apporter un autre point de vue que celui des habitants, dont la parole a alors parfois pris beaucoup de place au sein des réunions du comité de pilotage. Afin d’aider à avancer en collectif et à apaiser les tensions, divers supports méthodologiques participatifs ont été utilisés et une charte a été rédigée par l’ensemble des participant.es.

Une méthodologie soutenant l’auto-analyse des participant.es

Le diagnostic communautaire a été envisagé à partir de récoltes et d’analyse de données venant d’une « large palette » de dispositifs : plus de 35 entretiens individuels, 25 focus groupes (avec une moyenne de 20 participants), 15 marches exploratoires, 5 « maraudes » (balades spontanées), des séances d’analyse selon la méthode MAG (méthode d’analyse en groupe), une animation dans l’espace public intitulée « Les porteurs de paroles », etc.

Tout au long du processus, nous avons fait le choix de privilégier les ressources, savoirs et interprétations venant des participant.es.

Nous avons ensuite retranscrit et capitalisé toutes les paroles, témoignages, échanges, observations, etc., dans un document ethnographique de 350 pages. Toutes ces données ont été regroupées selon différentes thématiques :

  • « La santé et ce qui fait soin » concerne l’accès aux soins de santé, les réseaux informels « qui font soin », le rapport des habitants et des professionnels autour du corps et de l’intime, les liens entre soins et interculturalité, les pratiques communautaires ou religieuses, etc.
  • « L’enfance et la jeunesse » se propose de rendre compte des réalités vécues par les jeunes enfants et les adolescents, les rapports intergénérationnels, les relations parents-enfants, la scolarité (et le sens de l’école), les activités extra-scolaires, etc.
  • La partie sur « Les rapports aux institutions et la citoyenneté » entend analyser les relations entre les citoyens et les associations du territoire, la manière dont les habitants se perçoivent en tant que citoyens, les rapports qu’ils entretiennent avec les politiques et les élus locaux, les forces de l’ordre et les différentes structures de prévention au service de la sécurité de la population, la participation citoyenne et la solidarité, la notion d’émancipation au sein des quartiers.
  • La partie consacrée aux « Rapports aux autres » se propose d’aborder les appartenances identitaires, les regards que les uns portent sur les autres, les dynamiques interculturelles, le contrôle social et, son versant, la liberté individuelle, la mixité sociale et le vivre ensemble, les rapports de genre.

Chaque thématique a regroupé des membres du comité de pilotage, habitant.es et professionnel.les, autour de tables rondes (2 à 3 par thématique, soit plus de 12 tables rondes), puis de groupes de travail pour approfondir les analyses issues des tables rondes. Les analyses, convergences et divergences entre les interprétations des participants ont été reprises dans un écrit synthétique, qui évoluait au fur et à mesure des relectures et des réajustements, et était in fine validé par le comité de pilotage.

Il nous est difficile de relater ici ces résultats, tant ceux-ci sont nombreux et nécessiteraient un développement nuancé. Nous invitons les lecteurs/trices intéressé.es à se référer au rapport complet qui est disponible sur simple demande au SSM Le Méridien (via un mail à l’adresse communautaire@ssmlemeridien.be ).

Un diagnostic pour mettre en place des projets qui répondent aux besoins de la population

L’objectif de tout diagnostic communautaire est de parvenir à des changements et des projets adaptés aux réalités de la population. Il s’agit donc de rendre possible de nouvelles collaborations et de renforcer celles qui existent déjà en vue de développer des projets qui pourront s’appuyer sur les constats et les recommandations émanant du diagnostic. Ces projets, imaginés et coconstruits avec les partenaires du diagnostic, pourront être soit des projets existants « améliorés », soit de nouveaux projets.

Outre la présentation des résultats, la journée du 9 mai aux Halles de Schaerbeek avait justement pour objectif de passer à cette étape plus concrète. L’après-midi était en effet consacrée à des tables rondes thématiques autour des recommandations et pistes d’actions formulées dans le rapport. Nous en citerons quelques-unes :

  • Créer des lieux d’échanges pour aider à mieux se connaître et porter ensemble des actions collectives (entre habitants, professionnels et pouvoirs locaux). Mettre en place des lieux de rencontre accessibles (plateforme, panel, forum) et reconnaître davantage les actions citoyennes portées par les citoyen.es et les réseaux informels.
  • Engager des connecteurs de proximité, des référents de quartiers. Développer une fonction de « relais-habitants » entre les différentes ressources existantes, formelles et informelles, en vue de favoriser la cohésion sociale et l’accessibilité des services. 
  • Faciliter l’accès à l’information et aux services pour la population (en particulier les publics les plus en marge). Renforcer les « points information/contact » de quartier, portés de manière mixte (commune et associatif). Multiplier les canaux de diffusion de l’information.
  • Favoriser l’accès à un logement digne et de qualité et lutter contre les discriminations au logement. Créer des services pour prendre en charge ces demandes (les services existants sont débordés), créer une structure de défense des locataires. Renforcer l’accompagnement juridique dans les conflits locatifs et s’assurer que les services généralistes soient mieux outillés pour accompagner les locataires.
  • Développer une vision globale de la santé. Renforcer les services de soins de proximité ou en créer davantage. Faire en sorte que les communes s’impliquent dans des programmes de promotion de la santé.
  • Favoriser les relations entre parents et écoles/enseignants. Renforcer ou réactiver des espaces de dialogue « parents-école » où diverses problématiques pourraient être abordées. Favoriser l’ouverture des écoles sur le quartier.

Cette journée ne sonne pas la fin du travail collaboratif et participatif autour du diagnostic communautaire. Un comité d’actions, organe opérationnel des changements proposés au travers du diagnostic, s’est rapidement mis en place avec pour mission le développement de projets ou actions pouvant répondre aux recommandations qui auront été jugées prioritaires (un vote a d’ailleurs eu lieu à la fin de la journée du 9 mai au cours duquel les participant.es étaient invité.es à donner leur voix à l’une ou l’autre des recommandations proposées). Et, comme l’a suggéré une habitante participant à la journée, « rendez-vous dans un an », pour évaluer ensemble ce qui aura pu être mis en place. Défi relevé !

Le portail CAPS pour la capitalisation des expériences en promotion de la santé

Le 30 Juin 22

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Le projet de Capitalisation des expériences en promotion de la santé, mené depuis 2017 par un Groupe de travail national Capitalisation[1] coordonné par la Fédération Nationale d’Éducation et de Promotion de la Santé (FNES) et la Société Française de Santé Publique (SFSP), s’inscrit dans l’ile cadre d’InSPIRe-ID (Initiative en Santé Publique pour l’Interaction entre la Recherche, l’Intervention et la Décision) dont l’objectif est d’élaborer un dispositif national de partage de connaissances en santé publique.

La capitalisation d’expériences, c’est « transformer le savoir en connaissances partageables ». Elle produit des connaissances dont les acteurs pensent qu’elles sont utiles à partager à d’autres. Grâce à un procédé qui s’inspire de méthodes de recherche en sciences sociales, la structuration synthétique du récit du porteur de projet éclaire et illustre une pratique. Elle ne débouche pas sur des recommandations mais tire des enseignements pour comprendre comment se déroulent les interventions et les rend tangibles et accessibles pour d’autres.

Le Portail CAPS

Afin de partager les capitalisations d’expérience en promotion de la santé, le Groupe de travail national Capitalisation a œuvré pour l’ouverture du Portail CAPS.

Ce Portail vise à remplir trois grandes fonctions :

1 – Partager avec l’ensemble des actrices et acteurs de la santé publique :

  • Les fiches de capitalisation produites sur diverses thématiques, mettant en avant différentes stratégies, décrivant différents contextes d’information et mettant en lumière les enseignements tirés de ces expériences par les porteurs de projets
  • Les analyses transversales réalisées sur la base de plusieurs capitalisations

2 – Diffuser la méthode de capitalisation afin de permettre à chacun·e de se l’approprier et de contribuer à la production de récits d’expérience

Vous trouverez dans ce sens sur le Portail CAPS :

  • Toutes les informations concernant la formation à la capitalisation – un module a été développé par le Groupe de travail national CAPS, en partenariat avec l’EHESP
  • Des guides et des outils pour vous approprier les enjeux, les objectifs et la méthode de capitalisation

3 – Développer une Communauté de pratiques autour de la capitalisation des expériences en promotion de la santé.

Pour aller plus loin

[1] Le Groupe de travail national Capitalisation est composé de représentant.e.s d’institutions, d’associations, de chercheurs et de personnes qualifiées. Sont notamment membres : Aides, ARS Haute Normandie, Collège de Médecine Générale, EHESP, Fabrique Territoires Santé, France Assos Santé, FNES, Institut Renaudot, IREPS Auvergne Rhône Alpes, IREPS Bourgogne Franche Comté, Le Réverbère, Promotion Santé Normandie, Promo Santé Ile de France, Santé Publique France, Société Française de Santé Publique, Université de Lorraine, Université Côte d’Azur.

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Les Pâtes au beurre :
un nouveau lieu d’accueil pour les familles à Bruxelles

Le 27 Avr 22

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Le 19 novembre dernier a eu lieu le lancement officiel de l’antenne belge Les Pâtes au Beurre Bruxelles. Education Santé vous présente ce projet de soutien à la parentalité et ses spécificités. Un projet au plus proche des familles et des quartiers.

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Au départ, des parents, un réseau, une rencontre…

Le Groupe Santé Josaphat est un centre de planning familial situé à Schaerbeek. Depuis plusieurs années, l’équipe mène un projet de soutien à la parentalité, avec la double volonté de territorialiser son action et de travailler en réseau avec des partenaires hors du champ médico-social. L’équipe propose ainsi aux parents concernés un accueil collectif avec une prise en charge globale et davantage psycho-sociale. En effet, l’aspect collectif permet d’éviter l’individualisation des difficultés et de tenir compte, entre autres, de la dimension culturelle du public. L’équipe a ainsi mené de nombreuses animations de soutien à la parentalité au sein des institutions partenaires, ce qui lui a permis d’élaborer une série de constats et de lancer le projet Atouts Parents en 20161 : des groupes de soutien à la parentalité, un comité de pilotage et un travail en réseau lors de séminaires et de journées de réflexion.


Depuis 2019, le projet a évolué : en plus des groupes de soutien pour les parents, une permanence complémentaire a été mise en place avec un accueil sans rendez-vous, gratuit et anonyme. Encadrées par deux accueillants soucieux de partir des ressources des parents, cet espace se veut plus convivial, plus « contenant » et sécurisant. L’équipe, attentive à l’évolution du projet, ses atouts et ses limites, a poursuivi sa réflexion et a eu la chance de croiser la route de Sophie Marinopoulos, fondatrice du dispositif Les Pâtes au Beurre, en 1999, à Nantes. Ce nouveau lieu d’accueil des parents et familles Les Pâtes au beurre répondant aux attentes et questionnements du Groupe Santé Josaphat, un nouveau chapitre s’ouvre pour l’équipe du planning.

Les premiers pas du lieu d’accueil Les Pâtes au Beurre

Inspirée des travaux de Selma Fraiberg2 , pour qui prendre soin de l’enfant, c’est d’abord soigner la parentalité, Sophie Marinoupoulos crée le premier lieu d’accueil Les pâtes au beurre en 1999 à Nantes. Psychologue, psychanalyste, spécialisée dans les questions de l’enfance et de la famille, elle est également présidente de la Fédération Nationale (française) pour la Prévention et Promotion de la Santé Psychique3 . Intervenant dans un centre médico-psychopédagogique à l’époque, elle est interpellée par les listes d’attente et les demandes de soutien importantes de la part des familles. Un lieu d’accueil pour toutes les familles lui semblait plus que nécessaire : un espace où les familles peuvent trouver écoute, soutien et pouvoir y déposer leurs préoccupations en toute confiance avec des professionnels.

A ce jour, le lieu d’accueil Les Pâtes au beurre  est présent dans 14 villes françaises, et sa première antenne belge vient d’être inaugurée à Bruxelles.

Le concept Pâtes au beurre 

Les Pâtes au beurre  est un lieu d’accueil collectif de prévention où les familles peuvent venir gratuitement, de manière anonyme, avec ou sans enfant (sans limite d’âge) et sans rendez-vous. C’est un lieu favorisant l’échange et prenant en compte la personne dans son devenir et son être parent.

Le lieu d’accueil est composé de trois pièces : l’espace cuisine, l’entre deux et la pièce pour les enfants. Les parents sont accueillis par des professionnels dans un espace cuisine autour d’un café et d’une collation. Le choix du lieu et sa symbolique ne sont pas anodins : la cuisine est une pièce familière, remplie d’objets du quotidien. Comme l’explique Sophie Marinopoulos, elle joue un rôle important dans l’appui aux parents.  « C’est un espace d’accueil où l’on peut exercer une éthique du care : être disponible à la vulnérabilité de l’autre. Cette pièce familière permet une présence à la dimension relationnelle, une disponibilité psychique et une ouverture ».

Pendant ce temps, les enfants peuvent circuler d’une pièce à l’autre. L’espace enfants n’est pas surveillé. Cela peut être une source d’anxiété pour certains parents, mais aussi une occasion de se séparer de son enfant, de le découvrir dans un autre environnement.

Une “santé du lien” avant tout

Pour Sophie Marinopoulos, l’attention est accordée à la restauration des liens parents-enfants et au soutien aux parents pour qu’ils prennent un temps de qualité avec leur enfant. Chaque parent qui pousse la porte du lieu vient chercher à comprendre ce qu’il vit dans la relation à son enfant : ses doutes, ses crises, ses conflits, ses problèmes de communication, pour améliorer la qualité de leurs relations. Dans ces lieux, on parle de vulnérabilités, de bouleversements (celui de devenir parent, d’être envahi…)

Quand on perd la capacité d’agir sur son histoire personnelle, on perd l’espérance. Nous sommes des sociétés un peu désespérées. On a besoin de comprendre ce que l’on vit sinon on ne sait plus où on en est. 

Sophie Marinopoulos

C’est d’autant plus important, insiste Sophie Marinopoulos, que cette part “relationnelle” de la santé a été fortement estompée par une vision sanitaire dominante.

Les lieux d’accueils Les Pâtes au beurre ont retenu de Selma Fraiberg les notions d’ « étayage » et de valorisation des ressources parentales, au travers de l’empathie mais aussi de la fonction “contenante”. Il s’agit de « restaurer les parents dans leur capacité de penser, à distance de tout modèle parental normatif et disqualifiant et en contact avec les ressources singulières de leur parentalité en devenir »4

L’étayage peut prendre plusieurs formes. Etre présent, à côté, c’est déjà de l’étayage. Montrer plusieurs fois, répéter, c’est de l’étayage. Il faut emmener son enfant un peu au-delà de ce qu’il sait faire mais pas trop, l’aider à se dépasser dans sa zone d’apprentissage, dans sa « zone proximale de développement ». C’est à dire qu’il faut l’amener un peu plus loin mais en lui proposant toujours des choses accessibles”5

La place des professionnels

Les professionnels qui encadrent cet accueil aux parents et familles sont des psychologues et des psychomotriciens. Ils exercent un rôle de « reliance » : prendre soin par une disponibilité psychique.

Leur rôle est de rendre le parent acteur : « nous aidons à mettre des mots, sans parler à la place du parent » pour aider celui-ci à faire face à certaines situations compliquées, des attitudes, des réflexions, etc. Le professionnel est là en soutien, pour décoder la situation et permettre une ouverture. En effet, les interventions des parents visent à créer les conditions pour que les adultes en position parentale trouvent par eux-mêmes des solutions aux difficultés qu’ils rencontrent et comprennent les effets de leur comportement sur celui de leur enfant. Elles visent à créer un contexte de changement en travaillant sur les perceptions et croyances qui concernent leur rôle parental (forces et faiblesses) et les comportements parentaux.

L’intervention du professionnel a pour objectif d’amener « la personne à prendre conscience de son potentiel d’action pour se voir davantage comme un agent de transformation et, par ce biais, permettre la manifestation de ses compétences »6

Les premiers pas des Pâtes au beurre Belgique 

L’équipe du Groupe Santé Josaphat a ainsi rejoint la Fédération Nationale française Les Pâtes au beurre7 et ouvert son lieu d’accueil sur la commune de Saint-Josse-Ten-Noode à Bruxelles.

Cette commune fait partie du « croissant pauvre » de la capitale, cette zone où se concentrent les groupes de population les plus défavorisés et formant un croissant autour du centre-ville. C’est dans cette zone d’ailleurs que l’on retrouve un nombre relativement plus important de familles avec enfants8.

La permanence parentalité du Groupe Santé Josaphat, devenue ensuite le lieu d’accueil Les Pâtes au beurre, a accueilli à ce jour un public composé de deux tiers de parents présentant une configuration familiale monoparentale et un tiers de parents avec une configuration familiale en couple. La majorité des familles étaient accompagnées de leur(s) adolescent(s), âgé(s) (entre 11 et 16 ans), et un tiers étaient accompagnées de leur(s) enfant(s) (entre 3 et 8 ans).

Les questions soulevées par ces parents concernent souvent l’épuisement maternel, la question des limites, de l’autorité, l’équilibre dans les relations conjugales et familiales, les violences intrafamiliales et conjugales. Ces violences étant exacerbées par la promiscuité, la précarité économique notamment. Mais d’autres questions apparaissent aussi, touchant aux relations avec leur(s) adolescent(s), leurs difficultés liées au décrochage scolaire, aux faits de primo-délinquance, etc. Les accueillants ont également relevé l’anxiété que vivaient ces parents durant la crise sanitaire.

Enfin, la place du réseau d’acteurs tissé au fil du temps par le Groupe Santé Josaphat autour du soutien à la parentalité reste primordiale. Les partenaires (médiateurs scolaires, AMO, ONE, centre d’alphabétisations, SSM, centre d’hébergements, planning familial etc.) orientent certains parents vers le lieu d’accueil mais l’équipe oriente également les parents en fonction des problématiques soulevées vers des acteurs susceptibles de leur fournir un soutien.

Les professionnels des Pâtes au Beurre accueillent à La Maison de la Famille de Saint-Josse, Rue de la Poste 51-53, 1210 Saint-Josse-ten-Noode.

Renseignements : 0499 38 75 44 – bruxelles@lespatesaubeurre.fr – www.lespatesaubeurre.fr

Découvrez le lieu en images :  https://www.youtube.com/watch?v=EpzWJQ-Dl4g

[1] Le projet “Atout Parents” a été financé dans le cadre de l’appel à projet de la Ministre Frémault sur le burn-out parental

[2] https://www.cairn.info/revue-lettre-de-l-enfance-et-de-l-adolescence-2003-2-page-75.htm

[3] https://www.lespatesaubeurre.fr/la-federation-missions-actions/

[4] https://www.cairn.info/revue-lettre-de-l-enfance-et-de-l-adolescence-2003-2-page-75.htm

[5] https://www.gynger.fr/le-jeu-et-la-motricite-dans-le-developpement-de-lenfant/

[6] Promouvoir la santé dès la petite enfance, p.96 https://www.santepubliquefrance.fr/docs/promouvoir-la-sante-des-la-petite-enfance-accompagner-la-parentalite

[7] https://www.lespatesaubeurre.fr/la-federation-missions-actions/

[8] https://www.ccc-ggc.brussels/sites/default/files/documents/graphics/tableaux-de-bord-de-la-sante-/etat_des_lieux_sante_mentale_bruxelles_fevrier_2020.pdf

Campagne « Ecoles Futées au Soleil »

Le 7 Avr 22

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La Fondation contre le Cancer relance la campagne de prévention «  Écoles Futées au Soleil « . 

En Belgique, le nombre de cas de cancer de la peau continue d’augmenter. Mais saviez-vous que 75% des cancers de la peau peuvent être évités grâce à une protection solaire adéquate dès le plus jeune âge ?  

Vous aussi, vous vous souciez de la santé et du bien-être de chaque enfant. C’est pourquoi nous souhaitons vous faire connaître notre action pour qu’un maximum d’écoles adoptent une politique « Ecoles Futées au Soleil ».

Pourquoi les « Écoles Futées au Soleil » sont-elles si importantes ?
Les enfants passent beaucoup de temps à l’école, mais aussi en plein air, à l’heure du déjeuner, lors d’excursions et d’activités physiques.  Les écoles peuvent également jouer un rôle important pour diminuer le risque de cancer de la peau.

Comment une école peut-elle devenir une « Ecole Futée au Soleil ?


Une école peut obtenir gratuitement des informations et du matériel pédagogique sur notre site web www.cancer.be/devenez-une-ecole-futee-au-soleil :

  • Une boîte d’outils reprenant des conseils et astuces sur les crèmes solaires, les structures d’ombrage, une liste pour une politique Futé au Soleil,
  • Un coffret pédagogique pour la classe (uniquement pour l’école primaire) pour informer et former les enfants
  • Du matériel de communication tels que des affiches, des dépliants pour les parents, etc.

Tous les documents peuvent être téléchargés, commandés et empruntés gratuitement.

La campagne commence maintenant et se poursuit tout au long de l’année scolaire.

Elle est destinée aux écoles primaires et utilise une approche basée sur les politiques et le slogan « Ombre, vêtements et crème solaire ».

Vous pouvez faire connaître notre campagne de prévention grâce à :

  • La distribution du matériel
  • La publication du lien de notre campagne dans vos supports de communication (newsletter, site internet, …)
  • L’encouragement active des écoles de se rendre sur notre site internet

Des questions ou des suggestions ? Contactez-nous via : futeausoleil@cancer.be.

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Ensemble vers un nouveau souffle :
naissance d’une nouvelle campagne

Le 24 Mar 22

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« Ensemble Vers Un Nouveau Souffle » est une campagne de prévention et de gestion du tabagisme à l’initiative du Plan Wallon Sans Tabac (PWST) coordonné par le FARES asbl. Cette campagne est lancée avec le soutien de l’Agence pour une Vie de Qualité (AVIQ) dans le but de mettre en valeur les aides et les ressources disponibles pour initier un changement et une réflexion sur la consommation du tabac. Elle prendra place du 11 avril 2022 au 12 juin 2022 en Wallonie et à Bruxelles, à la fois en présentiel et en virtuel. La campagne se structure en 3 temps : un mois d’action entouré de 3 semaines de préparation en amont et de 2 semaines de bilan en aval.

ensemble vers un nouveau souffle visuel

« Ensemble Vers Un Nouveau Souffle » (EVUNS) est à la fois une campagne de sensibilisation au tabagisme et aussi une opportunité pour les professionnel.les et le grand public de se rassembler autour de priorités partagées, comme le besoin de retisser des liens sociaux et de découvrir des activités qui contribuent à la santé et au bien-être. L’article va vous partager la philosophie promotion de la santé dans laquelle cette campagne s’inscrit ainsi que les axes d’appui proposés aux professionnel.les en vue de faciliter leur mobilisation : formations, accompagnement, outils, inspirations d’actions locales.

Origine de la campagne

Chaque année la Journée mondiale sans tabac se tient le 31 mai à l’initiative de l’Organisation Mondiale de la Santé. A cette occasion, les partenaires du Plan Wallon Sans Tabac (PWST), soutenus par l’Agence pour une vie de qualité (AVIQ), orchestrent différentes activités destinées à former, outiller et accompagner des professionnel.les relais et à mobiliser le grand public.

Le PWST et ses actions reposent sur la collaboration des partenaires, le travail en réseau, les ressources existantes et la complémentarité des interventions. Au départ, ces activités se cantonnaient autour de la journée du 31 mai. Progressivement, une journée est devenue une succession de plusieurs jours, pour évoluer vers une semaine et enfin s’étendre à un mois d’action entouré de 3 semaines de préparation en amont et de 2 semaines de bilan en aval.

Pour enrichir la réflexion autour de la préparation du projet, les partenaires du PWST ont entrepris des démarches exploratoires autour du concept « Mois Sans Tabac » dans les pays voisins. Ces recherches ont mené à une rencontre avec Santé Publique France ainsi qu’avec l’équipe des Hauts-De-France Addictions. Ces fructueux échanges ont enrichi la planification et la structuration de la campagne en différents axes de travail ainsi que la production des outils (kit, affiches personnalisables, guide…).

Un intitulé plein de sens

Ce nom est né d’un processus collaboratif, nourri par la concertation entre partenaires et par plusieurs sondages réalisés auprès du grand public et des professionnel.les. Le nom de la campagne devait refléter la philosophie dans laquelle elle s’inscrit. Tout en invitant à la réflexion et au changement, celle-ci se veut bienveillante, inclusive et encourageante. Elle ne se limite pas à un challenge incitant à l’arrêt du tabagisme mais propose un temps axé sur les alternatives ou encore les bénéfices à l’arrêt ou à la réduction de la consommation, et ce dans la perspective d’un bien-être au sens large.

« Ensemble vers un nouveau souffle » est synonyme de mouvement… Ce nom souligne le cheminement, à la fois individuel et collectif, que chacun.e parcourt à son rythme par rapport au tabagisme. Le souffle renvoie à la vie, au vécu, à l’expérience, aux ressources, à l’élan vers un changement mais il est aussi un clin d’œil à l’un des bénéfices à l’arrêt du tabac, lequel permet de faire du lien avec la thématique tout en l’inscrivant dans une démarche défocalisée ; il n’est en effet pas nécessaire de parler du produit pour faire de la prévention concernant les assuétudes.

L’arbre, logo de la campagne, symbolise quant à lui l’enracinement de l’individu, ses capacités d’épanouissement mais aussi la diversité des choix et chemins possibles accompagnant changements et évolutions tout au long de son existence.

Une structure en 3 temps (je me prépare, j’agis, je me maintiens)

Le tabagisme de chaque fumeur.se est unique, il résulte de la rencontre entre une personne et un produit qui a un sens particulier dans son contexte de vie. De ce fait, pour vivre les étapes du processus allant de la préparation à un changement de comportement, chaque fumeur.se cheminera à sa mesure, avec ses besoins propres, et depuis le point où il se situe. D’où l’optique de la campagne « Ensemble vers un nouveau souffle » de proposer une participation rythmée par les étapes de ce processus naturel de changement.

structure de la campagne

Pour envisager de changer sa consommation, la première étape est de préparer son projet : observer sa consommation (fréquence, contexte, humeur…), faire la balance des avantages et inconvénients du fait de continuer/arrêter de fumer, identifier les bénéfices d’une vie sans tabac, réfléchir à ses attentes en termes de santé et de bien-être… Cette première phase de préparation et de réflexion permet à la personne de comprendre ses motivations et d’identifier les ressources nécessaires pour entreprendre son voyage vers une “destination sans fumée”.

La seconde étape est celle de l’action et de l’expérience. La personne peut tester un changement de consommation pour lequel elle se sent prête : diminution, réduction des risques, substituts, arrêt… La personne a la possibilité d’élaborer son projet avec des professionnel.les de soutien, capables de la guider dans la démarche entreprise. L’entourage peut aussi accompagner la personne fumeuse et participer aux activités alternatives de recherche de bien-être.

Dans la troisième étape du processus, il s’agit de prendre le temps de faire le bilan de l’expérience d’une modification de sa consommation :  quels ont été les freins et les bénéfices dans le changement testé, quels sont les apprentissages faits à partir de ses besoins et de son fonctionnement personnel. L’idée est de repérer ce qui peut consolider les changements amorcés, de maintenir les motivations identifiées, de prévenir la re-consommation, voire d’envisager d’autres petits pas possibles vers les différentes dimensions de la santé qui participent au bien-être.

EVUNS, c’est justement l’occasion pour les professionnel.les, pour les fumeur.euses et pour l’entourage de s’appuyer sur un canevas structuré qui respecte le rythme propre à chacun.e pour lui permettre de vivre son voyage du changement et une expérience de la santé qui lui correspond.

Une campagne ancrée dans la promotion de la santé

Une approche globale et systémique

Construit autour de la philosophie de la promotion de la santé, le projet cible les déterminants sociaux de la santé par ses actions dans des milieux de vie variés (milieu familial, éducatif, extra-scolaire, professionnel, hospitalier, résidentiel, communautaire…) et en s’adressant à des personnes de tout âge ayant des besoins spécifiques ou non.La diversité des actions permet de toucher différents axes comme la création d’environnements favorables à la santé, l’influence du milieu politique et la mobilisation de la communauté. 

La phase d’action est articulée autour de quatre dimensions de la santé : physique, mentale, sociale et environnementale. Cette structure souligne la globalité de l’individu et l’importance d’adopter une approche qui va au-delà d’une vision strictement sanitaire pour intégrer l’environnement de la personne, ses relations sociales, sa santé mentale. En valorisant les ressources individuelles et collectives, les actions locales visent à renforcer la capacité d’agir et les compétences psychosociales des individus par des activités ludiques et créatives, des webinaires informatifs, des ateliers sur la gestion du stress, la méditation pleine conscience… qui agissent comme facteurs de protection vis-à-vis des assuétudes.

Une campagne inclusive et accessible 

La réflexion autour de l’inclusivité amenée dès le départ et portée tout au long du processus de conception a pour objectif que toute personne ait une place au sein de la campagne. Que cette dernière tende à répondre aux besoins de tou.tes et soit une opportunité de participation sociale, d’inclusion, d’accessibilité et d’adaptation. Plus concrètement, un point d’attention a été porté à l’usage de l’écriture et d’illustrations inclusives, à la diffusion de kit de sensibilisation en version papier pour pallier la fracture numérique, à l’ajout sur le site web d’un onglet « accessibilité » permettant de garantir une navigation confortable facilitant la compréhension du plus grand nombre. De plus, l’un des projets donne la parole aux professionnel.les de première ligne comme les tabacologues sous la forme de capsules vidéo : cela permet de lever le voile sur la profession, de démystifier certaines informations et d’encourager à aller consulter en toute confiance.

Une démarche participative, plusieurs angles possibles

La campagne s’est inscrite dans une démarche participative dès le départ. A titre d’illustration, lors du processus de sélection du nom de la campagne, les partenaires ont consulté l’avis des particuliers via les réseaux sociaux sous forme de sondages. Ceci a permis de s’assurer d’un choix concerté, parlant à la majorité des répondant.es. Par la suite, les compétences artistiques de jeunes du secondaire ont été mises en valeur par le biais d’un concours de dessin. Ce dessin a ensuite été glissé dans les kits de sensibilisation afin d’y proposer une activité créative propice à la gestion du stress. Enfin, pour mettre à l’honneur la parole du grand public vis-à-vis de la thématique, les partenaires ont récolté des témoignages sous différentes formes (écrites, orales et en vidéo) à diffuser dans le but de revaloriser la parole des citoyen.nes, de leur expérience, leur vécu et leur expertise.

Le travail en partenariat et concertation  

Grâce au travail collaboratif, les membres du PWST ont mis en commun leurs ressources et leurs expériences pour lancer ensemble une campagne de grande envergure, conçue autour d’objectifs communs, comme la prévention/gestion du tabagisme et le renforcement des dimensions de la santé de la population. Des origines de la campagne jusqu’à sa mise en route, les partenaires ont organisé des temps de réflexion en grand groupe, alternant avec des moments de rencontres en sous-groupes auxquels étaient attribués des tâches thématiques, afin d’orchestrer la maturation et la naissance du projet. Pour assurer la cohérence autour d’une philosophie d’action et d’une déontologie partagées, mais aussi avec une attention toute particulière portée à la complémentarité des différentes associations au service d’une perspective commune, une charte d’engagement a été co-construite par les partenaires du PWST. Dans le même esprit, tout.e professionnel.le souhaitant prendre part à la campagne est amené.e à adhérer à une charte, proposée sur le site.

Un processus d’évaluation et de valorisation

Au terme des actions du mois de mai, une évaluation sera proposée aux différents supporters de la campagne. Afin de faciliter cette étape, un mémo est d’ores et déjà disponible sur le site web afin que chaque supporter puisse connaitre à l’avance les indicateurs auxquels être attentif.

Ce processus d’évaluation a son importance pour tous les acteurs de la campagne. Cela permettra aux membres du Plan Wallon Sans Tabac de mesurer la pertinence des actions menées, la qualité des collaborations ou encore l’incidence sur les publics. Mais ce sera également l’occasion pour les supporters de faire le point sur leur implication et les démarches mises en place ainsi que d’en évaluer l’intérêt par rapport à leur propre réalité de terrain en vue d’une éventuelle pérennisation de celles-ci.

Une offre de services pour les professionnel.les de tout secteur

Se mobiliser autour de la campagne, c’est aussi l’opportunité, pour les acteur.trices de terrain de renforcer leurs connaissances et leurs compétences autour de la thématique du tabagisme et pour certain.es, l’occasion de se mettre en mouvement avec le soutien des partenaires du Plan Wallon Sans Tabac (PWST). En effet, depuis mi-février de nombreux modules de formations, webinaires, outils, supports de communication sont mis à disposition afin de soutenir les professionnel.les relais dans leur démarche de prévention avec leurs patient.es/bénéficiaires/citoyen.nes, et ce quel que soit le niveau d’action.

  • Les acteurs de terrain, les moteurs de la campagne et de ses actions locales !

Les structures ayant manifesté, jusqu’à présent, un intérêt pour cette campagne sont nombreuses et variées : communes, CPAS, maisons médicales, CAF®, Plans de Cohésion Sociale des communes, pharmaciens, médecins…. Selon leurs ressources (temps, ressources humaines, budget, matériel), elles participent chacune à leur niveau soit en communiquant en masse, soit en se formant, soit en accompagnant une personne dans sa démarche de changement via la distribution d’un kit de sensibilisation ou encore en organisant une action locale.

Ces actions locales (en présentiel ou en virtuel) permettent de proposer à tout un chacun de se mettre en mouvement quel que soit son statut tabagique, en valorisant les bénéfices à l’arrêt du tabac, en proposant des alternatives au tabagisme ou encore en s’ouvrant à la notion de bien-être global (ex : ramassage de mégots, séance de yoga, escape game, marche, groupe de parole, stand de sensibilisation…). Dans le respect de la charte des supporters locaux, les professionnel.les ont ainsi eu l’occasion, en s’inspirant de la boite à idées, de valoriser leurs actions dans l’agenda en ligne des actions locales (désormais accessible au grand public) après avoir complété une fiche descriptive de leur activité.

  • Les outils de communication – le mot d’ordre : faire un maximum de bruit ! 

Le site web https://ensembleversunnouveausouffle.be/ est la première interface virtuelle où les supporters locaux peuvent trouver tous les renseignements nécessaires. Sur celui-ci, ils pourront notamment retrouver l’intégralité de l’offre de services ainsi que l’agenda des actions locales à destination du grand-public.

Pour communiquer en masse autour de cette campagne, différentes affiches sont téléchargeables et donc imprimables. Pour celles/ceux qui souhaitent promotionner leurs actions locales, des affiches à personnaliser sont également libres d’accès.

Enfin, un bandeau de signature mail a également été conçu pour compléter le panel d’outils de communication.

  • Les partenaires du PWST, aux côtés des professionnel.les 

Les partenaires du PWST peuvent bien entendu accompagner les professionnel.les qui souhaitent se mobiliser lors de cette campagne. Il est également possible de poursuivre la collaboration sur du plus long terme, la campagne étant une porte d’entrée pour travailler la thématique avec l’ensemble des parties prenantes.

Un guide à destination des supporters locauxreprenant toutes les informations clés et les étapes pour participer à la campagne a été réalisé. Les professionnel.les sont invité.es à en prendre connaissance pour s’imprégner de la dynamique. Un module de formation « philosophie d’action »présentant la campagne et sa philosophie a également été animé à plusieurs reprises. Ceci constituait un lieu d’échanges, de réseautage et de ressources qui se voulait adapté aux besoins des relais de terrain. Des repères de communication et d’informations concrètes pour pouvoir s’engager à différents niveaux dans l’action y étaient aussi partagés. Pour aller plus loin, un kit de sensibilisation (brochures, dépliants, dessin de différents partenaires du PWST) est à disposition des professionnel.les qui souhaitent impulser une discussion avec leur public demandeur d’entamer une réflexion et un éventuel processus de changement.

  • Des formations disponibles en continu

Transversalement et afin de répondre aux besoins de terrain, différents modules et webinaires sont proposés jusqu’à la mi-juin. Pour rencontrer la diversité des profils, certaines formations sont ouvertes à tout.e professionnel.le souhaitant aborder la thématique et/ou mettre en place une action de prévention/gestion du tabagisme, alors que d’autres  formations font davantage écho à la tabacologie, accessibles quant à elles aux professionnel.les de santé et aux tabacologues.

L’approche multidimensionnelle du tabagisme (physique, sociale, mentale, environnementale, psychologique…) sous-tend la diversité des sujets des formations proposés : la découverte d’outils pédagogiques/ludiques et de guides pratiques, des repères de communication motivationnelle, la mise à jour de connaissances autour des produits du tabac et ses produits dérivés/associés (e-cigarette, joint, chicha…), des webinaires relatifs à la question de l’environnement, du CBD, du genre, etc. Optant pour une proposition de formations, la plupart gratuites, en format court et en virtuel, le PWST a veillé à favoriser l’accessibilité de celles-ci.

En bref, comment s’impliquer concrètement ?

  • Venez découvrir le site internet de la campagne et ses multiples facettes https://ensembleversunnouveausouffle.be/ 
  • Retrouvez le calendrier des formations/webinaires et inscrivez-vous !
  • Communiquez en masse autour de la campagne en relayant les différents supports mis à votre disposition (affiches, signature mail, site internet, calendrier des actions locales à destination du grand public…)
  • Bloquez déjà l’édition 2023 dans votre agenda et réfléchissez à vos possibilités d’action

Prenez contact avec le FARES asbl, coordinateur du Plan Wallon Sans Tabac pour toutes questions (info@fares.be)

Le Plan Wallon Sans Tabac

Le Plan Wallon Sans Tabac (PWST) développe une approche globale du tabagisme, depuis la promotion de lieux de vie sans tabac jusqu’à la prise en charge des fumeurs. Ses actions, dans l’esprit de la promotion de la santé telle que définie par la Charte d’Ottawa, s’articulent autour de trois objectifs : la prévention, la cessation/réduction tabagique et la diminution de l’exposition à la fumée du tabac. Les stratégies utilisées sont : la formation des professionnels, un travail ciblé sur les personnes les moins favorisées au niveau socio-économique, une approche globale des assuétudes et l’évaluation de l’efficacité des actions.

Les membres du PWST sont :

  • le Fonds des Affections RESpiratoires (coordination)
  • l’Agence pour une Vie de Qualité (AVIQ)
  • le service Tabacstop
  • le Centre d’Aide aux Fumeurs – CAF® de l’Institut Bordet
  • la Société scientifique de Médecine Générale
  • la Fédération des Maisons Médicales
  • l’Association des Unions de Pharmaciens
  • le Service d’Étude et de Prévention du Tabagisme – Fedito wallonne
  • l’Observatoire de la Santé du Hainaut
  • le Service Itinérant de la Province de Liège – I PROM’S

Le FARES asbl

Depuis sa création en 1986, le Service Prévention Tabac du FARES est une référence belge en matière de prévention et d’aide à la gestion du tabagisme. Il vise à renforcer la capacité des personnes à prendre des décisions favorables à leur bien-être en permettant à tout un chacun de questionner le tabagisme sans jugement ou parti pris. Le Service Prévention Tabac partage ses compétences avec les professionnel.les-relais des secteurs de l’éducation, de la santé et du social. Toutes ses actions de sensibilisation, de diffusion, de formation et d’animation en matière de prévention et d’aide à la gestion du tabagisme s’inscrivent dans une perspective de promotion de la santé. Enfin, le Service Prévention Tabac du FARES coordonne entre autres le PWST mais également le Plan bruxellois en collaboration avec la VRGT sous l’antenne BELTA.

Agir en prévention des assuétudes,
une campagne en parle…

Le 24 Mar 22

Publié dans la catégorie :

Assuétudes : les services spécialisés vous aident à intervenir auprès de vos publics ». Tel est le message principal de la campagne Agir en prévention que lance un collectif d’associations afin de sensibiliser les professionnel.le.s à leur rôle en tant qu’acteurs.rices de prévention.

agir en prevention

Quand la question des assuétudes vient sur la table et, en corollaire, celle de la prévention, d’autres questions sous-jacentes jaillissent dans le chef de celles et ceux qui l’abordent dans le cadre de leur travail. Suis-je légitime pour parler des dépendances avec les personnes que je rencontre ? Comment en parler ? Quel regard porter sur leurs comportements à risques ? Et surtout comment les accompagner ?

En tant que professionnel.le.s en contact avec des publics (jeunes et/ou adultes), il est légitime de se poser ces questions. Il est même indispensable. Car les travailleur.euse.s de la santé, du social et de l’éducation sont les premier.ère.s acteur.rice.s de la prévention des assuétudes.

Pour sensibiliser à cette évidence une campagne est née. Son objectif : rappeler la place prioritaire que devrait occuper la dimension prévention en matière d’assuétudes et de santé dans nos pratiques professionnelles.

Se former pour mieux prévenir

A travers la campagne Agir en prévention, les services spécialisés en assuétudes tentent de rappeler l’offre de formation et d’accompagnement (entre autres) qui existe pour soutenir les professionnel.le.s désireux.euses de renforcer leurs compétences en la matière.

Le site web www.agirenprevention.be propose un répertoire des services spécialisés dans la prévention des assuétudes en promotion de la santé, actifs sur l’ensemble du territoire de la Belgique francophone.

On y retrouvera également une série de ressources permettant d’aller plus loin dans l’appropriation des notions de prévention des assuétudes et de promotion de la santé.

Des webinaires pour partager les expériences de terrain

Agir en prévention, c’est un site web, une vidéo et surtout une série de webinaires programmés tout au long de l’année 2022 pour partager les bonnes pratiques en matière de prévention des assuétudes au sein de différents secteurs (santé mentale, insertion socioprofessionnelle, aide à la jeunesse, aide sociale, jeunesse, ect.).

Découvrez l’agenda des webinaires sur : https://agirenprevention.be/webinaires/

Pour en savoir plus : https://www.agirenprevention.be/