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Le jeu en promotion de la santé : expérimenter, combiner et détourner  

Le 1 Déc 25

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La ludopédagogie ouvre de nouvelles perspectives en promotion de la santé, en plaçant les compétences psychosociales au cœur des pratiques. 

Le 3 octobre dernier, une mobilisation peu commune se jouait chez Solidaris à Namur. Une centaine de professionnel.es, parmi lesquel.les des joueurs et joueuses invétéré.es ont participé à la deuxième édition de la Journée « La Santé en Jeu(x) ». L’occasion de découvrir des pratiques, de faire des rencontres et d’échanger sur les apports du jeu en promotion de la santé, en particulier dans le développement des compétences psychosociales (CPS1). 

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Des participants à un atelier Ludovortex durant la journée Santé en Jeu(x) du 3 octobre 2025 – (crédit Santé en Jeux)

Les équipes de promotion de la santé de Solidaris ont en effet recentré leur mission d’analyse ludopédagogique sur les thèmes de la santé mentale, du bien-être et des CPS dans le cadre de l’agrément remis par la Région wallonne (lire ci-dessous notre encadré « Au revoir PIPSa, bonjour Santé en Jeux »). Ce choix repose sur un constat : le développement des CPS est une des stratégies de promotion de la santé, mais les CPS sont rarement désignées comme telles. « Or on est dans une époque où c’est utile d’identifier pour objectiver tout ce que les professionnels du social santé et de l’éducation font depuis toujours que ce soit sur l’EVRAS ou l’alimentation, et parce que les CPS se travaillent tout au long de la vie » explique Emilie Scenna du Centre Local de promotion de la Santé (CLPS) de Liège. 

Le nouveau site Santé en Jeux propose d’accompagner les professionnels pour qu’ils s’approprient les jeux, acquièrent une culture ludique et développent des pistes d’animation adaptées à leurs publics sur les CPS. Dans cette optique, Santé en Jeux s’appuie sur les conseils et l’expertise des CLPS et des ludopédagogues, notamment Karine Minidré, Quentin Daspremont et Michel Van Langendonckt, qui ont lancé la journée. 

Le but du jeu 

Le jeu favorise un engagement dans l’activité et dans les apprentissages des publics et aussi dans la pratique des professionnels. « Le jeu est éducatif par nature, mais avant d’être éducatif, il est clinique parce qu’il répond à l’essence même de notre nécessité à expérimenter, à apprendre, à oser prendre des risques et à se faire plaisir », explique Michel Van Langendonckt, un des créateurs du Ludovortex (lire notre article ci-dessous « Ludovortex pour explorer vingt-mille jeux sous les mers »). Il aime d’ailleurs citer cet extrait de l’essai “La création littéraire et le rêve éveillé”, du psychanalyste Sigmund Freud écrit en 1908 : « Le jeu n’est pas l’inverse du sérieux, c’est l’inverse de la réalité ». Le jeu constitue en effet une nouvelle réalité temporaire : un état modifié de conscience qui pousse à affronter des défis aux issues incertaines, mais aux conséquences perçues comme moins graves que dans la vie réelle. Les règles d’un jeu sont également plus explicites. 

« En santé et en santé mentale, le jeu apporte un côté relationnel et émotionnel qui va renforcer l’estime de soi, précise le ludopédagogue. Même s’il est fragilisé, le participant peut accepter de s’engager dans l’inconnu de la prise de risque parce qu’il ne ressentira pas la pleine piqûre du réel s’il se plante ». 

D’ailleurs, pour l’acquisition des CPS, les recommandations de Santé Publique France sont très claires : les interventions sont efficaces si elles passent par l’expérientiel, que ce soit le jeu de rôle, le partage d’expériences ou les observations lors d’ateliers, mais aussi si, et seulement si, elles s’inscrivent dans la durée et dans un environnement soutenant. « Une animation one shot n’aura pas d’effet », décrit Julie Sarlet du CLPS de Liège qui joue un rôle de conseil auprès des équipes de Santé en Jeux. 

Mais cet engagement du public présente des risques. « Avec les CPS, on touche à l’intime, à la connaissance de soi, a des besoins profonds. Ça peut être déroutant, confrontant. On ne se rend pas toujours compte de la posture dans laquelle on peut mettre nos publics » prévient-elle. Un outil doit d’abord valoriser les compétences que les personnes ont déjà, leurs ressources et la manière dont ils les utilisent dans le groupe.  

D’où la nécessité de jouer d’abord en équipe en interne pour ne pas proposer un outil qui va faire peur ou générer de l’angoisse. Ce temps de réflexion est important en amont pour clarifier les objectifs, les enjeux, et sécuriser le cadre, pour que l’utilisation de l’outil soit réfléchie au mieux dans une séquence d’animation.  

S’approprier les jeux 

Jeux d’ambiance, jeux de connaissance, jeux coopératifs, casse-tête. « En promotion de la santé, on peut détourner tous les jeux », s’amuse Christine Dejode, documentaliste au CLPS du Brabant wallon, lors d’un des ateliers qui ponctuaient la journée. En guise de brise-glace, elle propose souvent aux participant.es de se présenter en choisissant un personnage des livres pour enfants monsieur/madame. Puis le jeu Texto ! permettra de réactiver des connaissances, comme une mise en bouche avant l’animation. A l’entendre, les potentialités des jeux existants paraissent illimitées ! Toutefois, en 2010, le CLPS du BW a produit son propre jeu de méthodologie de promotion de la santé, Domino, actualisé depuis par rapport aux approches One Health et de littératie en santé. Il permet de questionner un projet pour voir s’il s’inscrit bien dans les stratégies de promotion de la santé (en amont de la mise en projet) ou en évaluation. Une véritable boussole.  

« Je suis venue pour me renouveler pour éviter de rester dans ma zone de confort », explique Sophie de Latitude Jeune. Tout comme Arthur, qui se dit « preneur d’astuces pour adapter des jeux et découvrir des techniques d’animation » car il utilise des jeux de société comme un vecteur d’information auprès de son public, des adultes en insertion. Nathalie, ergothérapeute en gérontologie au CHU Saint Pierre à Bruxelles, cherche quant à elle « toujours de nouvelles idées d’animation car elle joue énormément avec les patients pour travailler le cognitif ». Enfin, Victoria « a l’habitude de créer plein de jeux avec trois bouts de ficelles ». Le dernier en date ? « Question pour un poumon », pour sensibiliser à l’effet de la pollution de l’air sur la santé lorsqu’elle travaillait pour Les Chercheurs d’Air, avant de rejoindre l’asbl Toi, mon endo. 

Au cours de l’atelier, Christine Dejode propose aux participant.es de créer leur propre Frasbee : un jeu de mise en débat assez connu des professionnels depuis qu’il a été développé dans la cadre du projet « Et toi t’en penses quoi ? » de la MC (lire notre article paru en 2023 Un outil de débats entre ados). Des idées reçues sont rédigées sur une carte plastifiée avant d’être débattues dans un groupe. Les participant.es s’essaient à l’exercice. « Chaque groupe a pour mission de rédiger des « prêt-à-penser » sur le thème de son choix pour que son public puisse travailler sur ses représentations », précise Christine Dejode. Au bout de 10 minutes seulement, l’expérience est concluante et plusieurs prototypes sur le cyberharcèlement, le tabac ou encore l’âgisme sont prêts à l’emploi. 

Combiner les jeux  

Dans l’accompagnement sur les compétences psychosociales, les CLPS préviennent les professionnels qu’ils ne trouveront pas forcément l’outil parfait, mais qu’ils peuvent les adapter : enlever des cartes, utiliser la mécanique d’un jeu existant, créer leurs questions. Il propose une analyse de la demande au cours d’un rendez-vous pour identifier les besoins, le contexte, les freins et les ressources des professionnels, et ceux des publics. 

Par ailleurs, dans l’acquisition de compétences psychosociales, tout est affaire de gradation. Quentin Daspremont, travailleur social de formation et ludopédagogue combine rarement deux jeux en un. « Je propose plutôt une gradation dans les mécaniques. Par exemple, pour amener un groupe à jouer à un jeu tel que Pandémie qui nécessite de mobiliser plusieurs compétences (très stratégique, très collaboratif et où chaque joueur a un rôle bien défini), je propose d’abord de jouer à un jeu assez simple : un escape game pour travailler en collaboration. A la fin du premier round, on débriefe, puis on passe au second jeu, comme Magic Maze qui assigne des rôles à chacun. Et enfin, une fois que ces apprentissages sont installés, on joue à Pandémie ».  

Le principe de la ludopédagogie est de faire le point après chaque partie pour prendre du recul et identifier « qu’est-ce qu’il s’est passé ? », « comment ? », « qu’est-ce qu’on peut améliorer ? » Le moment du debrief est essentiel pour poser des mots sur l’expérience vécue par les participants. « Le jeu s’inscrit dans quelque chose de plus vaste – il ancre des pratiques, il esquisse des possibles », décrit Emilie Scenna. 

S’inspirer de la mécanique d’un jeu existant pour créer son jeu 

A partir de quel moment faut-il adapter ou créer son jeu ?  « A partir du moment où on a fait le tour de tous les jeux et qu’on n’a pas trouvé ce qui nous convient, malgré les adaptations, il est possible de s’inspirer de la mécanique d’un jeu et de créer son jeu propre », explique Quentin Daspremont.  

C’est ainsi qu’en 2017, la FéBUL (Fédération Bruxelloise Unie pour le Logement) s’est inspirée du Trivial Pursuit pour créer un outil didactique qui permet d’explorer, de manière ludique, le fonctionnement du logement social à Bruxelles : “Le social pursuit”. Le jeu a été adapté en 2024. Réparties en quatre catégories, les questions permettent d’aborder les aspects juridiques et la réglementation, les droits et devoirs des locataires en matière de travaux et rénovation, la participation citoyenne et les gestes du quotidien dans son logement. 

En ce 3 octobre, Alix trie ses prototypes de carte à jouer minutieusement. Ce sont des photocopies recto-verso du jeu qu’elle est en train de créer « pour sensibiliser les médecins généralistes à la transition écologique ». La médecin généraliste assistant de 27 ans est une joueuse avertie. Pour son mémoire de fin d’études, elle a eu l’idée d’adapter la fresque du climat sous la forme du jeu Timeline. Une des cartes affiche le chiffre-clé de 5,5% – la part des émissions de gaz à effet de serre du secteur de la santé en Belgique – « C’est énorme, surtout si on le compare au GES de l’agro-industrie – 11% -, c’est seulement moitié moins » explique la créatrice, qui veut montrer aux généralistes « comment ils polluent et quels sont leurs leviers d’action ».  

A ce titre, de nombreuses cartes sont consacrées à la prescription de médicaments, pour montrer l’impact écologique de la production pharmaceutique. « Par exemple, un puff de Ventolin avec gaz, c’est l’équivalent de 2 km de trajet en voiture, alors qu’il existe des puffs sans gaz depuis des années ». Ce jour-là, elle en profite pour présenter son prototype de jeu de manière informelle à des experts en ludopédagogie et prend rendez-vous pour être aiguillée plus précisément et s’inspirer de leurs conseils. Idéalement, elle aimerait que son jeu puisse être joué sans animateur, en toute autonomie. 

Cette deuxième édition de la journée espère essaimer les enthousiasmes dans toute la Belgique francophone. Intégrer le jeu dans les pratiques, c’est bousculer les habitudes, sortir des formats classiques et envisager l’engagement actif des publics. C’est reconnaître que l’apprentissage passe par l’émotion, la coopération et parfois l’imprévu. En osant cette approche, les professionnels ne se contentent pas d’animer : ils ouvrent un espace où chacun peut expérimenter, se tromper et recommencer joyeusement. 

Liens :  
– Pour se former à la ludopédagogie, il existe un bachelier en Sciences et Techniques du jeu à la Haute Ecole Bruxelles-Brabant. 
Jeu(x) te découvre : le 1er juillet dernier, les fédérations wallonnes et bruxelloises de promotion de la santé organisaient une journée d’interconnaissance. L’après-midi a été consacré aux outils ludiques. Il a permis de tester de nouveaux outils mais aussi de faire plus ample connaissance avec ses partenaires de jeux.
Compétences psychosociales et bien-être des jeunes : retrouvez les outils développés par la MC pour les professionnel.les. 

1 Le concept de CPS est mouvant, ce qui explique qu’il soit difficile de créer une culture commune autour. Santé publique France a édité un référentiel en mars 2025 à destination des professionnels.  

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Au revoir PIPSa, bonjour Santé en Jeux 

« Nous avons le sentiment d’avoir été longtemps en gestation – comme dans un papillon dans son cocon avant de déployer ses ailes », s’enthousiasme Anne Gérard, coordinatrice du programme « Santé en Jeux » autrefois nommé PIPSa (Pédagogie Interactive en Promotion de la Santé).  

La mission de Santé en Jeux reste similaire, il s’agit d’outiller et de favoriser l’appropriation du matériel par les professionnels. Mais le but de la journée était aussi de positionner le projet, comme « un acteur de liaison entre le secteur de la ludopédagogie et les professionnels de la promotion santé, du social, de la santé et de l’enseignement en Wallonie et à Bruxelles », précise-t-elle. Une ouverture qui répond aux besoins de transversalité des secteurs.  

Santé en Jeux a également choisi de restreindre son champ d’action en documentant désormais les sujets de la santé mentale et du bien-être global. Pourquoi ? « Parce qu’il était impossible de couvrir tous les axes proposés par l’AVIQ lors du dernier appel à agrément dans le cadre du WAPPS, nous avons donc dû nous positionner sur un seul axe : celui de la santé mentale, car les jeux et les compétences psycho-sociales (CPS) s’y intègrent naturellement ». 

Comme une partie des jeux, même s’ils tournent autour du sujet de l’alimentation ou des assuétudes, visent à renforcer le bien-être global des publics, ils auront encore toutes les chances d’être répertoriés sur le site de Santé en Jeux. 

Entièrement repensé et mis en ligne le 20 juin dernier, il met en avant des jeux pédagogiques, d’expression ou de société avec des labels coups de cœur, des sélections par public, par thématique (bien-être au travail, stéréotypes et discriminations, compétences psychosociales) ou encore par contexte d’utilisation.  

Il propose aussi des techniques d’animation et des ressources documentaires, notamment grâce à la base de données des centres locaux de promotion de la santé (CLPS). 

Le site est aussi beaucoup plus interactif qu’avant, car il est possible de créer son compte utilisateur pour accéder à des ressources personnalisées. Le compte personnel permet aussi de consulter les avis, d’émettre le sien, de créer sa liste de jeux et de l’imprimer. 

D’ici janvier, les équipes de Santé en Jeux proposeront des manières de combiner des jeux existants après avoir fait eux-mêmes des tests de progression pour éprouver leurs futures propositions. 

– Le site Santé en Jeux
– Un agenda présente les activités et les formations à venir. 
– Pour s’abonner à la newsletter de Santé en Jeux, il est nécessaire de remplir le formulaire d’abonnement en ligne. 

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Ludovortex pour explorer vingt-mille jeux sous les mers 

Ludovortex est le fruit de 6 ans de maturation. En 2018, PIPSa avait mené une enquête sur les besoins des acteurs de la promotion de la santé bruxellois : ceux-ci se demandaient comment mettre le ludique au service du pédagogique, quels ressorts ludiques privilégier pour atteindre leurs objectifs de santé en tenant compte des caractéristiques de leurs publics, et quelle démarche suivre. 

En effet, le jeu – vu son potentiel d’attractivité et de participation – est souvent privilégié par les concepteur.trice.s pédagogiques pour travailler des contenus ou des dynamiques de promotion de la santé avec leurs publics. « Le résultat reste malheureusement souvent peu convaincant à l’usage, par manque de culture ludique des auteurs, et donc de ludicité dans le produit fini. On joue sur base de la culture ludique que l’on possède… ou pas » décrit Michel Van Langendonckt. 

En 2019, Ludo ASBL, l’association des ludothèques, de promotion culturelle et des sciences et techniques du jeu, a donc noué un partenariat avec Santé en Jeux (ex-PIPSa) pour développer Ludovortex. L’idée était de créer « quelque chose » soutenant l’adaptation/création de jeu pédagogique en prévention/promotion de la santé, facilitant cette articulation du pédagogique et du ludique et ouvrant les possibles au-delà des habitudes et du connu. 

Le nom « Ludovortex » évoque le tourbillon emmenant le joueur en immersion dans un monde parallèle le temps du jeu. Une première version a été proposée en mars 2023 lors de la première édition de la journée Santé en Jeux, avant d’être remaniée au fil des formations et animations.  

Dans sa version de juin 2025, Ludovortex propose désormais 10 jeux : 
– Concevoir un jeu / Il était un jeu 
– Adapter un jeu / Il était un autre jeu 
– Raconter une histoire / Poulpe fiction 
– Analyser et indexer un jeu / Ludo-take-care 
– Tester ses connaissances ludiques / La bataille ludique / Pitchampion / Game us 
– Animer une séance de jeu / Animaction 
– Transmettre une règle de jeu / Le téléphone ludique 
– Évaluer les qualités d’un jeu, confronter ses expériences / Jeu t’aime 
Structurer un débriefing ludique 

Le site LUDOVORTEX – Vingt mille jeux sous les mers
Le site de l’association Ludo Asbl : Ludobel | Association des Ludothèques, de promotion culturelle et de sciences et techniques du jeu

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One Health : faciliter le dialogue avec Wagyl 

Le 1 Déc 25

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L’équipe d’ESPRIst-ULiège a créé le jeu Wagyl en 2023 pour faire vivre l’approche One Health de manière concrète dans les pratiques de promotion de la santé et dans le secteur de l’éducation relative à l’environnement. Sa conception s’est nourrie des nombreux questionnements que soulève la mise en pratique du One Health. 

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Le plateau de jeu Wagyl conçu pour s’approprier le concept « One Health » par l’ULiège – Copyright ESPRIsT ULiège

Depuis 2004 et l’identification des « Principes de Manhattan », le concept One Health  (Une seule Santé) s’est progressivement imposé comme un terme de référence dans le champ de la santé pour souligner l’interdépendance entre santés humaine, animale et environnementale. 

Cependant, il n’est pas évident de faire vivre cette approche en dehors des déclarations d’intentions et du monde de la recherche scientifique. Comment la rendre opérationnelle et concrète, notamment dans les pratiques de promotion de la santé ? 

En 2023, l’équipe d’ESPRIst-ULiège, qui pratique la ludopédagogie de longue date1, a créé le serious game Wagyl autour du concept de OneHealth. Le projet s’est inscrit dans le cadre d’un appel à projets du SPW Environnement, financé par le Plan de relance de la Wallonie.  

Le Wagyl, un drôle de nom aux sonorités wallonnes, fait en réalité référence à une figure de la mythologie aborigène d’Australie. C’est le nom d’un serpent arc-en-ciel, gardien des eaux, à l’origine des rivières et des sources. Il symbolise le lien vital entre le ciel, la terre et les êtres vivants. 

Au bout d’une année de testing auprès de publics internes et externes, puis d’adaptations, Wagyl est allé à la rencontre d’un large éventail de publics : étudiant·es, professionnel·les de santé, écologues, animateur·rices en éducation à l’environnement, chercheur·ses, membres d’administrations publiques et de cabinet ministériel. En 2025, le SPW Environnement a prolongé son soutien, afin de permettre à Wagyl d’approcher des étudiant·es du supérieur, et d’organiser plusieurs formations à destination de professionnel·les de tous horizons, dans une dynamique d’appropriation et de diffusion du concept One Health. 

Un laboratoire de coopération 

Autour d’un plateau représentant un territoire où s’entrelacent les trois santés, les participantes et participants sont invités à incarner différents métiers (chercheur, vétérinaire, élu local, enseignant, influenceur, agriculteur,… ). Sous forme de jeu de rôle, les joueurs réagissent à des cartes « actualité » en imaginant des actions à mener. Chacun situe son action sur l’une ou l’autre des santés et en explicite les raisons. Au fil du jeu, ces actions se croisent, s’ajustent, se renforcent, favorisant la collaboration entre participants et métiers incarnés. Grâce à cette mécanique, Wagyl devient un laboratoire du dialogue intersectoriel. Il ne cherche pas à convaincre mais à révéler les conditions, parfois fragiles, souvent fécondes, de la coopération.  

Se décentrer 

Jouer avec Wagyl, c’est avant tout se déplacer, se décentrer. En endossant un rôle familier ou non, chacun s’aventure sur un terrain étranger et tente de ressentir, de percevoir, de penser à partir d’un autre point de vue. Il ne s’agit pas de reproduire fidèlement la réalité, mais de la rejouer, de la questionner autrement. Le point de départ n’est jamais neutre : Wagyl s’appuie sur les représentations, les savoirs et les expériences propres à chaque participant. C’est à partir de cette matière intime que se construit la réflexion collective. Le jeu de rôle devient alors un moyen d’encapacitation, une manière d’habiter une autre posture et d’imaginer la coopération telle qu’on aimerait la vivre. 

La mécanique encourage la collaboration entre métiers : aucune action n’est pleinement efficace sans l’appui d’autres secteurs, d’autres savoirs. Mais cette dynamique ne conduit pas toujours au consensus. Certains joueurs peuvent questionner ou remettre en cause la logique de collaboration. Une approche One Health n’est pas affaire d’unité de pensée, mais de dialogue entre des visions parfois contradictoires. 

Dès lors, une question s’invite en filigrane : comment coopérer quand les points de vue divergent ? Le dialogue devient ici la condition du mouvement et le désaccord, une ressource. Le décloisonnement qu’encourage une démarche One Health n’efface pas les divergences ; il les rend utiles. Penser systémique, c’est accepter ces ‘frottements’ et s’y engager avec curiosité. 

Le territoire comme ancrage 

Le jeu se déroule sur un territoire imaginaire, véritable fil conducteur de la partie. 
Cette notion est essentielle : elle oblige à penser les interactions entre acteurs et à les situer dans un espace commun et partagé. Les discussions s’enracinent toujours dans un lieu précis : un quartier, une école, un hôpital, une ZAD, un jardin. Chaque partie fait émerger son propre territoire, façonné par les échanges et les imaginaires des joueurs. Les paroles recueillies témoignent de la diversité des manières d’habiter ce territoire One Health. 
 

Pour les uns, il devient un lieu d’engagement : « Une approche One Health nécessite un effort de militance ». Pour d’autres, ce territoire relie des univers qui ne se parlent pas toujours : « Une approche One Health demande d’apprivoiser le langage de l’autre ». Pour des médecins généralistes, il constitue avant tout un levier d’action contre les inégalités sociales de santé : « C’est sur un territoire que se tissent les liens d’appartenance et de confiance ». Les écologues et les animateur·rices en éducation à l’environnement, eux, ont pu évoquer un territoire plus large, pensé à l’échelle des écosystèmes, où la prévention devient centrale. « Penser le territoire, c’est apprendre à agir en amont plutôt qu’à réagir dans l’urgence ». 

 Comprendre le territoire, c’est accepter qu’il soit traversé d’ambiguïtés. Le jeu ne les évite pas : il les fait émerger. 

 Penser avec les tensions 

Les propos recueillis au fil des sessions sont multiples et parfois contradictoires : ils témoignent des tensions qui traversent la démarche. Sous ses airs ludiques, Wagyl ne les gomme pas. Au contraire, il les expose. Lors d’une partie, une carte « ratons-laveurs » s’invite sur le plateau. L’actualité évoque la présence croissante de ces animaux sur le territoire : faut-il les protéger ou les éliminer ? Autour de la table, les échanges s’animent, chacun tentant de saisir ce que cette question dit, au fond, de notre rapport au vivant. 

Les voix se croisent : « Le One Health n’est-il pas une utopie ? », « Et quand on ne se sent pas légitime pour l’appliquer, que faire ? », « Tout cela dépend aussi de l’action politique ». Le jeu n’apporte pas de réponses toutes faites mais rend visibles les contradictions : entre prévention et réparation, care et contrôle, anthropocentrisme et écocentrisme. Car Wagyl n’impose pas un modèle : il ouvre un espace de pensée partagée. Penser One Health, c’est peut-être cela : apprendre à coexister dans la complexité. 

 Debrief et retour collectif 

Une fois la partie terminée, vient le temps du retour collectif. Les participants sont invités à mettre des mots sur ce qui s’est joué sur le plateau : coopération, prévention, systémique, interdisciplinarité… autant de notions issues de la définition officielle du One Health, revisitées à la lumière de l’expérience vécue. Ce moment de mise en commun relie la pratique au concept, le jeu à la réflexion, le terrain aux théories. 

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Le jeu a été pré-testé à de nombreuses reprises et sert de base ludique pour la formation des professionel.les au concept « One Health » – Copyright ESPRIsT ULiège

Mais la partie ne s’arrête pas là. Au-delà du jeu, Wagyl peut devenir un outil pour celles et ceux qui souhaitent prolonger cette réflexion : pour ouvrir une discussion interdisciplinaire, penser un projet, préparer une action locale ou interroger sa propre posture professionnelle ou citoyenne. Selon le contexte, il devient un support de formation, un facilitateur de dialogue ou un point de départ pour imaginer de nouvelles coopérations. 

Actuellement, dans le cadre d’un appel à projets de l’ARES, Wagyl est utilisé pour accompagner la construction participative d’un plan d’action “Développement durable” au sein d’un établissement d’enseignement pour adultes. Ancrée dans une démarche collective, cette utilisation montre comment le jeu peut aider une institution à formuler ses priorités, à renforcer le travail collaboratif et à intégrer la réflexion One Health dans des dynamiques très concrètes de transition. 

Un outil libre et évolutif 

Wagyl est disponible gratuitement en ligne : le kit complet peut être téléchargé sur wagyl.be. Il contient le jeu, un guide d’animation, un lexique offrant des repères théoriques, une mindmap et des pistes d’analyse pour entamer ou prolonger la réflexion.

Une version physique est également accessible en prêt auprès d’ESPRIst – ULiège, du réseau IDée et des CLPS. 

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Un kit pour une sexualité bienveillante 

Le 1 Déc 25

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La sexualité ne se limite pas à la prévention des maladies et des grossesses : elle inclut aussi le plaisir et la découverte, dans le respect de soi et de l’autre. À Tournai, le centre de planning familial « Au Quai » a développé « TKT, t’as ton kit », une invitation à découvrir l’intimité de manière positive, inclusive et ludique. 

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Les risques d’infections sexuellement transmissibles (IST), la contraception, la bonne technique pour mettre un préservatif : en santé publique, la question de la sexualité est souvent abordée de manière très médicalisée et quelquefois anxiogène. Les dimensions de bien-être et de plaisir, comme si elles allaient de soi, sont le plus souvent passées sous silence. Pourtant, les récentes prises de conscience autour des violences sexistes et sexuelles ont rebattu les cartes : aujourd’hui, éduquer les jeunes à la sexualité, c’est d’abord les éduquer au consentement, à l’égalité et à l’inclusivité. 

Premières fois 

C’est dans cet esprit que l’équipe du centre de planning familial « Au Quai » a mis sur pied « TKT, t’as ton kit ». « Nous cherchions un projet d’équipe qui puisse nous fédérer et qui refléterait les spécificités de notre planning, raconte Sabine Mahieux, coordinatrice. Notre expérience de terrain nous a donné envie de mettre en place un projet autour de la bienveillance dans la sexualité et plus particulièrement autour des premières fois. »  

Comme la première fois suscite souvent des inquiétudes : peur d’avoir mal, de ne pas « y arriver » ou de ne pas avoir de plaisir – la brochure « TKT, t’as ton kit » incite à démystifier et à dédramatiser ce moment : « Et même si ta première fois semble être décevante…, rappelle-toi que cela ne va pas déterminer ta vie sexuelle à tout jamais, explique ainsi le document. La bonne nouvelle est que tu auras plein d’opportunités pour recommencer… et rendre les choses de plus en plus agréables ! Il est normal de tâtonner, de découvrir son corps, le corps de l’autre. Avec l’expérience, tu seras plus confiant.e et tes peurs s’envoleront ! As-tu fait le marathon dès que tu as commencé́ à marcher ? Eh bien non ! »  

« On voulait un outil inclusif, qui ne soit pas seulement hétérocentré ou phallocentré, ce qui amène à dire qu’il n’y a pas UNE mais DES premières fois », commente Sabine Mahieux. L’occasion de rappeler aux jeunes que « trop souvent, nous pensons que faire l’amour se résume à̀ la pénétration (le pénis dans le vagin) », alors qu’il existe plusieurs types de pénétrations et que celle-ci n’est d’ailleurs pas obligatoire…  Le but ? Rassurer les adolescents et rappeler que la sexualité n’est pas quelque chose d’automatique, d’obligatoire ou de figé, mais plutôt un « voyage », qui comme tel se prépare ! Dans cet esprit, le kit propose une « check-list » à compléter avant de se lancer dans l’aventure : être consentant, oser dire non, être en confiance, savoir entendre et être écouté, prévoir de quoi se protéger contre les IST, prévoir du lubrifiant, communiquer, écouter son « gps », trouver un moyen de contraception adapté.  

Cinq sens  

Abordant les questions d’orientation sexuelle, d’intersexualité ou encore d’asexualité, la brochure, illustrée par la dessinatrice tournaisienne Marion Crayon, reflète aussi la diversité des corps comme des parties génitales, sources de complexe pour bien des ados. « Comme pour les fringues, on n’est pas obligé de suivre la mode. Tu t’épiles ou te rases comme tu le veux… ou pas d’ailleurs. Les poils ne sont pas sales, sinon pourquoi on laisserait nos sourcils, nos barbes et nos cheveux ? C’est ton corps, tu en fais ce que tu en veux. »  

Le kit comprend par ailleurs une série de petits « goodies », comme un préservatif, un miroir « TKT, t’es canon » pour souligner l’importance de l’estime de soi, un savon et un bonbon à la menthe pour rappeler qu’une bonne hygiène favorise les rapprochements, une plume pour rappeler que le sexe, c’est d’abord de la douceur, un pin’s et même un QR code pour accéder à une playlist chill « propice à l’amour » sur Spotify. « On voulait quelque chose de matériel, qui fasse appel aux cinq sens et qui sorte les jeunes du tout numérique. Qu’ils puissent toucher, manipuler des objets et repartir avec quelque chose », explique la coordinatrice du planning familial. 

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Communiquer ses envies 

Dans « TKT, t’as ton kit », on trouve aussi des cartes détachables, avec des suggestions à explorer à deux, telles que « avec toi, j’aimerais… », « j’ai très envie que tu… », « j’aimerais beaucoup qu’on refasse… ».

« Bien sûr, c’est une occasion pour les jeunes de parler de sexualité entre eux, mais l’envie, ça peut aussi être de se balader ensemble dans les bois… c’est très ouvert », poursuit Sabine Mahieux. L’objectif est dans tous les cas d’inciter à exprimer ses envies, ses désirs, ce qu’on aime et ce qu’on n’aime pas, préalables incontournables à une sexualité épanouie. Enfin, toujours dans l’objectif de favoriser une bonne communication, un jeu de dés permet de lancer des invitations à l’autre comme embrasser sur la bouche, mordiller les fesses…

« Il y a aussi une carte pour dire ‘stop’, précise Sabine Mahieux, car la question du consentement est centrale dans notre manière d’aborder les choses. Et puis on ne distribue jamais le kit comme ça. Nous proposons dans les écoles une animation autour de ce thème. Et nous faisons confiance aux institutions pour déterminer à quel type de jeunes ces kits peuvent être donnés. Certains adultes peuvent trouver que ça va un peu loin, mais l’idée, c’est de ne pas laisser le jeune seul face à ces découvertes. Bien sûr, pour certains jeunes de 14 ans, ça peut paraître un peu tôt, mais pour d’autres, il est plus que temps de parler de tout ça… »

Parce que la sexualité fait partie du bien-être, un tel outil a tout son sens dans une démarche de promotion de la santé, estime ainsi la coordinatrice. « Quand on se sent aimé, on se sent mieux dans sa peau, dans sa tête… Au-delà de la prévention des risques, nous avons donc aussi pour mission de favoriser une sexualité et des relations épanouies. »  Et cela, dès que possible : car même si elles sont multiples et renouvelables, les premières fois influencent durablement le reste du voyage.
 

Pour retrouver le kit en téléchargement : 
auquai.be/tkt-tes-premieres-fois-download/ 

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“L’activité physique adaptée : un levier de santé et d’émancipation”  

Le 1 Déc 25

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L’activité physique sur prescription se développe en Belgique et se structure progressivement. Qu’en est-il chez nos voisins français ? Claire Perrin, sociologue du sport et de la santé, Professeure à l’université Lyon 11 intervenait le 13 mars dernier à la faculté de santé publique de l’UCLouvain. Cette rencontre a été l’occasion de s’entretenir sur l’opérationnalisation de l’Activité Physique Adaptée (APA) en France, et de découvrir un ensemble de pratiques inspirantes pour le secteur de la promotion de la santé. 

Cet article est le deuxième d’une série d’entretiens menés par le RESO, le service universitaire de promotion de la santé de la faculté de santé publique de l’UCLouvain. Il fait suite à l’intervention de Claire Perrin dans le cadre du cours Comportements et Compétences de santé qui s’adresse aux étudiants désireux d’approfondir leur connaissance des dimensions relationnelle, pédagogique et éthique de la santé aux côtés d’acteurs du terrain.

Camille Guiheneuf : Comment l’offre et la formation en APA se sont-elles développées en France ? 

Claire Perrin : L’APA est née au Québec dans les années 1970 de la rencontre d’universitaires francophones, dont le professeur belge Jean-Claude De Potter, docteur en Éducation Physique (aujourd’hui Sciences de la Motricité). L’objectif était de rendre la pratique physique ou sportive accessible aux personnes privées de cette possibilité en raison d’un handicap ou d’une maladie. 

Les premières formations universitaires se sont développées en France dans les années 1980 et ont soutenu une professionnalisation des étudiants dans les secteurs du handicap et de la santé. Leur activité s’est initialement développée en dehors de toute prescription médicale, dans les établissements qui accueillent des personnes en situation de handicap, dans les établissements médicaux, dans des associations sportives spécialisées (handisport, sport adapté). Dans le secteur médical, elle peut faire aujourd’hui l’objet d’une prescription du médecin.  

Elle est dispensée par des professionnels du sport formés par la filière universitaire Activité Physique Adaptée et Santé (APA-S) en STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives). Après une première année commune à l’ensemble des licences STAPS, les étudiants peuvent choisir de se spécialiser en APA-S et obtenir une licence (équivalent du bachelier en Belgique), voire un Master. Le niveau licence permet d’intervenir auprès des publics vivant avec une maladie chronique, affectés par l’avancée en âge ou en situation de handicap – ces prérogatives étant fixées par la loi depuis 2004 – et le niveau master atteste de compétences de coordination en APA-S.  

La formation permet d’acquérir des savoirs sur les pathologies et les déficiences, leur prise en charge et leur accompagnement en APA, sur les bénéfices et les risques de l’activité physique, et des compétences en enseignement et développement de l’autonomie dans un cadre éthique et des compétences en évaluation. Elle permet aussi de développer une approche qui prend en compte les inégalités sociales de santé, l’engagement des personnes dans une transformation de leurs habitudes de vie, l’empowerment, etc.  Donc les enseignants en APA (EAPA) ont une formation théorique assez longue, avec beaucoup de stages et ils savent encadrer des activités physiques individuellement ou en groupe. Leur diagnostic n’est pas centré sur l’activité physique et le sport, mais sur les personnes, leurs besoins, leurs attentes et leurs ressources bio-psycho-sociales et environnementales.   

Chronologie du développement de l’APA en France  

En 2008, les professionnels de l’APA ont décidé de prendre une part active dans la professionnalisation de leur activité en créant la Société Française des Professionnels en Activité Physique Adaptée. Cette organisation leur a permis de prendre leur place quand, en 2012, un premier Plan national (Plan Sport, Santé, Bien-être), entièrement dédié à l’activité physique, a vu le jour. En 2016, l’article 144 a été introduit dans la loi sur la modernisation du système de santé. Cet article incite les médecins à prescrire de l’APA aux patients en affection de longue durée (ALD). En visant la catégorie administrative de l’ALD qui donne accès à un remboursement intégral des soins des patients concernés, la loi visait à terme d’inclure le remboursement, ce qui n’est toujours pas obtenu, excepté dans le cadre de financements dérogatoires (article 51).  
Ce cadre législatif a été renforcé par la loi de démocratisation du sport en 2022. Enfin, la Stratégie Nationale Sport-Santé (2019-2024) avait fixé l’objectif de développer 500 maisons Sport-Santé pour 2024, année d’accueil des Jeux Olympiques à Paris. L’ensemble de ces outils législatifs définissent une structure au déploiement de l’APA en France. 

Repère :  Les Maisons Sport-Santé 

Les maisons Sport-Santé offrent, à toute personne intéressée, la possibilité d’être accompagnée par des professionnels de la santé et du sport. Regroupées au sein d’un réseau et identifiées sur l’ensemble du territoire français, les maisons Sport-Santé se déclinent sous diverses formes : collectivités locales, centres hospitaliers, associations sportives, établissements publics, plateformes numériques, et structures mobiles. 

sports.gouv.fr/les-maisons-sport-sante-un-outil-d-egalite-des-chances-et-d-acces-au-droit-de-la-sante-par-le-sport

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Un réel enjeu semble se dessiner à propos de l’intersectorialité concernant le sport et la santé. Comment la collaboration entre ces secteurs s’opérationnalise-t-elle ? 

Un des principes des maisons Sport-Santé est de faire collaborer des professionnels de la santé, des EAPA et des éducateurs sportifs dans un même réseau. Ce type de structure est important, car malgré les textes de loi, les médecins étaient en difficulté pour savoir vers qui orienter les patients et avaient donc tendance à peu prescrire de l’APA. Il y avait une confusion entre les éducateurs sportifs (niveau de qualification 5 pour une intervention auprès d’un public ordinaire) et les EAPA (niveau de qualification 6 ou 7, avec des compétences d’adaptation aux publics fragiles, vulnérables et/ou en situation de handicap. De récents travaux sociologiques (Perrier & Perrin, 2025) ont mis en évidence l’importance du rôle « d’entrepreneur frontière » joué par les EAPA coordinateurs, mais aussi par les EAPA et les infirmières Asalée². Ils sont des acteurs charnières dans les parcours de soins et de santé, en étant à la fois des professionnels du sport et de la santé, capables de se relier aux acteurs de ces deux mondes professionnels.  

Un des enjeux est de rendre possibles des parcours en APA qui commencent dans des structures de soins, se poursuivent dans des maisons Sport-Santé, pour ensuite orienter les patients vers des dispositifs de droit commun, quand cela est possible. Actuellement, nous sommes dans une étape de transition pour que ce parcours fonctionne vraiment. Il s’agit donc de mobiliser les bonnes compétences professionnelles à chaque étape du parcours, au service du développement de l’autonomie du patient dans le cadre de réseaux qui offrent un accompagnement adapté pour que la pratique physique perdure. S’ils n’en bénéficient pas, et si les professionnels impliqués – qu’ils soient issus du secteur de la santé ou du sport – n’ont pas suffisamment conscience de la plus-value du rôle de chacun, il est à craindre que ce type de parcours en APA ne fonctionne pas.  

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Par ailleurs, il faut être vigilant à ne pas déprofessionnaliser ceux qui ont des compétences spécifiques, ce qui serait contre-productif. Quand la coordination est par exemple confiée à des professionnels qui n’ont pas suffisamment connaissance des problématiques de réengagement dans l’activité physique, de gestion du ratio coût/bénéfice et qui sont éloignés des pratiques d’enseignement, on constate que les interventions tendent à se résumer à une mise en exercice des personnes sans développement de capabilités et sans visée d’émancipation. 

Comment une approche par le territoire a-t-elle été réfléchie pour assurer la disponibilité et la proximité de professionnels qualifiés, ainsi que d’infrastructures adaptées ? 

Les incitations de l’État ont pris appui sur des innovations du terrain. Par exemple celles des réseaux de diabète, puis des réseaux de santé qui ont intégré l’APA dans les parcours de soins, comme je l’ai étudié. La ville de Strasbourg a proposé le Sport Santé sur ordonnance, modèle qui a été essaimé dans le cadre du réseau « Villes-Santé » de l’OMS (Dizin E., 2024). Des acteurs comme les mutuelles se sont révélés forces de propositions, certaines allant jusqu’à proposer 500€ par an pour financer la pratique en APA des adhérents vivant avec une maladie chronique. Mais, dans le cadre de ces initiatives, on constate des inégalités territoriales importantes. Dans les villes universitaires, on retrouve davantage de professionnels qualifiés en APA et de stagiaires. Tandis que dans les milieux ruraux, il y a moins d’offres. L’action publique mobilise des acteurs dont les compétences sont disparates pour couvrir l’ensemble du territoire.  

En France, l’État a décidé du développement du Sport-Santé dans les territoires, en revanche il ne l’impose pas, ni ne le contrôle directement. Il utilise des instruments pour que des initiatives se produisent comme un cahier des charges pour l’obtention d’un label Sport-Santé, sur fond de promesse diffuse d’augmentation du nombre d’adhérents dans les clubs. Des financements ont par ailleurs été attribués aux dispositifs reconnus Maison Sport Santé. 

Dans un article co-écrit avec Jean-Christophe Mino en 2019, vous posiez la question : Comment une pratique physique initiée dans un parcours de soins peut-elle trouver une place dans un parcours de vie avec une maladie chronique ? Est-ce que vous avez de nouveaux éléments de réponse à nous proposer ? 

C.P. : Quand un patient âgé, malade ou fragilisé commence l’APA dans une structure de soins, il prend confiance dans un cadre particulier.  Dès qu’il sort de l’hôpital et qu’il doit aller vers une maison Sport-Santé, la démarche se complique, d’autant plus s’il n’a pas de culture sportive dans son histoire de vie. Ce n’est pas une démarche facile, cela demande de se déplacer, d’aller dans un environnement inconnu. Il y a quand même beaucoup de personnes qui abandonnent. Il paraît important de renforcer encore la coordination entre le monde du soin, les organisations intermédiaires (maisons Sport Santé, associations de patients, enseignant en APA libéral) et le mouvement sportif. Il faut s’appuyer sur les entrepreneurs frontières qui apparaissent dans l’étude (Perrier, Perrin, 2025). 

Ce qui est également important c’est de créer des communautés qui regroupent des personnes qui vivent les mêmes expériences pour qu’elles puissent se retrouver, s’entraider, faire des covoiturages, etc. Le but n’est pas uniquement d’augmenter l’activité physique et de limiter la sédentarité. C’est aussi de réfléchir sur la manière de se faire plaisir, de se retrouver à plusieurs pour s’entraider, partager des pratiques. Je pense que pour inciter les personnes à entrer en mouvement, il faut favoriser la pair-aidance et la pair-émulation.  

La prescription d’APA ne fait pas tout. Elle doit arriver au bon moment et permettre aux patients d’avoir le choix, de pouvoir décider et de s’emparer de cette décision. Et puis l’éducation suppose l’émancipation en encourageant l’exploration des sensations, leur partage et le questionnement du rapport à l’effort. Bien sûr, tout le monde n’a pas le même niveau d’autonomie, et quand nous tombons malades, l’autonomie est souvent réduite. Il y a donc des moments, dans les parcours de soins, où le soutien devient très important. En outre, il est important de permettre aux patients de décider, de se projeter et de devenir un interlocuteur à part entière.  

Avez-vous un message pour le secteur de la promotion de la santé ? 

Les activités physiques correspondent à des pratiques sociales qui ont un sens pour les personnes. Il faut se méfier d’une approche qui travaillerait uniquement sur la quantification ou l’intensité. Par exemple, si je viens à un cours de sport et que j’essaye d’exécuter ce qu’on me dit, je risque de ne pas avoir une sensation de bien-être. Je vais peut-être être stressée, être préoccupée de savoir ce que les autres vont penser de moi ou si ce que je fais, je le fais bien ou mal… Une intervention adaptée doit permettre d’aller vers l’émancipation des personnes. Il ne s’agit pas de les accrocher encore plus à leur téléphone et de les rendre dépendantes du nombre de pas qu’elles font. La pratique physique, sportive ou artistique ne se décrète pas : elle se construit, se partage et suppose à la fois des compétences techniques et le développement du plaisir de pratiquer. 

1 Claire Perrin est responsable pédagogique du master intitulé Intervention, Gestion et Évaluation en Activité Physique Adaptée et Santé et également présidente de l’institut ReCAPPS (Recherche Collaborative sur l’Activité Physique et la Promotion de la Santé). Ses principales thématiques de recherche sont la vulnérabilité et les innovations sociales, avec une attention particulière à l’activité physique et à la santé. 

2 « Asalée » signifie Action de Santé Libérale en Équipe. C’est un dispositif qui vise l’amélioration de la prise en charge des pathologies chroniques en se structurant à partir d’une étroite collaboration avec les médecins généralistes. 

Pour aller plus loin 

Perrier C. et Perrin C. (2025). Mailler les réseaux sport-santé, Rapport pour le ministère des Sports, Pôle Ressources National Sport-Santé.

Activité physique adaptée : promouvoir la santé des populations. (2022). La santé en action, 462.

Gasparini, W. et Knobé, S. (dir.). (2022). Le sport-santé. De l’action publique aux acteurs sociaux. Staps, 138(4), 141-144.

Perrin, C., Perrier, C. et Issanchou, D. (dir.) (2022). Bouger Pour la Santé ! Analyses sociologiques d’une injonction contemporaine. Presses universitaires de Grenoble.
 
Perrin, C. et Mino, J.C. (2019). Activité physique adaptée et enjeux normatifs dans les trajectoires de maladie chronique aux points de rencontre des approches interactionnistes et de la philosophie de Georges CanguilhemCorps, 17(1), 103-112.

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Le 31 Oct 24

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Inactivité physique : les acteurs se mettent en ordre de marche 

Le 31 Oct 24

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Journées d’étude, publications, partenariats locaux, concertations à l’échelon fédéral. Les acteurs de l’activité physique du plat pays ne risquent pas d’avoir des fourmis dans les jambes. Le secteur se structure pour mettre en lumière l’effet protecteur de l’activité physique sur la santé et capitaliser sur des dispositifs innovants. 

Dans le monde, près de 1,8 milliard d’adultes sont exposés à un risque de maladie en raison d’un manque d’activité physique, soit un adulte sur trois selon les dernières estimations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). La Belgique ne fait pas exception, un.e Belge sur trois bouge suffisamment, selon Sciensano. 

Mais que signifie « bouger suffisamment » ? L’OMS recommande aux adultes de pratiquer chaque semaine 150 minutes d’activité physique modérée et 75 minutes d’activité physique intense, ou a minima d’atteindre 10 000 pas par jour. En Belgique, les hommes (36 %) sont plus nombreux à se conformer à ces recommandations que les femmes (25 %). Les habitants de Flandre (37 %) et les personnes ayant un diplôme de l’enseignement supérieur (38 %) aussi. 

Chez les plus jeunes, les chiffres sont alarmants : seulement un garçon sur cinq (20 %) et une fille sur huit (13 %) âgés de 11 à 18 ans satisfont aux recommandations de l’OMS. Pour un enfant, il est bon de consacrer 60 minutes par jour à une activité physique modérée à vigoureuse – progressivement à partir de l’âge de 7 ans. 

Certaines communes tentent de lever les freins financiers en proposant des chèques-sport revalorisés pour les filles. D’autres mobilisent leur CPAS pour organiser des activités sportives pour des publics éloignés de la pratique sportive. Depuis une dizaine d’années, de plus en plus d’acteurs font la promotion de l’activité physique en Belgique. 

Les initiatives se sont particulièrement structurées en milieu hospitalier dans le cadre des soins de support pour les personnes qui font face au cancer, notamment au sein des maisons de ressourcement. Pour rappel, la Fondation contre le cancer avait mené entre 2007 et 2018 le projet Raviva qui avait permis de remettre 15 000 personnes en mouvement (lire notre article).  

En Flandre, le projet européen (EUPAP) a aussi permis d’expérimenter le modèle suédois de prescription de l’activité physique. Les médecins généralistes peuvent ainsi prescrire à leurs patients un accompagnement avec un coach motivationnel qui va les inciter à reprendre une activité physique (adaptée ou non à une potentielle pathologie) et les amener à changer d’habitudes de vie. Ce projet pilote a convaincu le gouvernement flamand de légiférer en 2018 pour l’implémenter au niveau régional. 

En Wallonie, divers modèles coexistent : suédois, français ou suisse, et les initiatives sont très nombreuses, notamment en activité physique adaptée, sur prescription ou non. Toutes ces initiatives ont un socle commun : elles martèlent que l’inactivité physique et la sédentarité sont des facteurs de risque majeurs pour la santé. Mais qu’ils sont facilement modifiables. (Lire aussi l’interview de Léna Frateur, chargée de promotion de la santé et prévention, référente pour l’alimentation et l’activité physique au sein de l’AViQ Vers une harmonisation des pratiques ?)

Des astuces pour lutter contre la sédentarité 

« Le fait d’être assis plus de huit heures par jour (plus ou moins en continu) est un signe de sédentarité, même si on va faire deux heures de sport le week-end », explique ainsi Frédérique Bernard, kiné et experte en activité physique à la Fondation contre le Cancer. 

En Flandre, l’institut Gezond Leven a ainsi mis au point une pyramide de l’activité physique très didactique pour expliquer comment lutter au mieux contre la sédentarité. 

Le triangle de l'activité physique

  

Activité physique, sédentarité, activité physique adaptée (Selon la ligue cardiologique belge et l’ONAPS) 

La sédentarité : est définie comme étant l’absence de mouvement corporel, d’où une faible dépense énergétique (repos pendant le sommeil, position assise lors de la lecture, devant les écrans, etc.). 

Activité physique modérée  : exercices physiques d’intensité moyenne, praticables par la majorité d’entre nous sans compétence particulière : marche à pied ou marche rapide, natation ou cyclisme de loisirs, gymnastique douce, yoga, etc. 

Activité physique intense  : exercices physiques d’intensité élevée, correspondant à la pratique d’un sport : jogging, natation sportive, sports de balle (tennis, padel, badminton, basketball, volleyball…), aérobic, etc 

L’activité physique adaptée (APA) : joue un rôle crucial dans la promotion de la santé et du bien-être, particulièrement pour les personnes en situation de handicap ou souffrant de maladies chroniques. 

Un effet protecteur contre les maladies chroniques  

L’activité physique a un effet protecteur face à certains cancers (côlon, sein et endomètre) de manière certaine. Il est possible qu’elle réduise aussi le risque d’autres cancers (poumon, œsophage, foie, prostate, etc.), mais des études scientifiques sont encore nécessaires.  

Cet effet protecteur s’explique par plusieurs mécanismes :  

  • De façon directe : l’activité physique réduit le taux de certaines hormones (comme les œstrogènes) et de certains facteurs de croissance (comme l’insuline) qui favorisent le développement des cellules, y compris les cellules cancéreuses.  
  • De façon indirecte : l’activité physique favorise le contrôle du poids corporel. Elle aide à lutter contre l’obésité et le surpoids, qui sont associés à plusieurs types de cancer.  

L’AP a aussi un effet sur les maladies chroniques :   

  • Diabète de type 2 : l’exercice physique améliore la sensibilité à l’insuline et aide à maintenir des niveaux de sucre dans le sang plus stables. Cela peut réduire le risque de développer le diabète de type 2 chez les personnes prédisposées.  
  • Obésité : l’activité physique aide à brûler des calories et à maintenir un poids corporel sain.  
  • Ostéoporose : l’exercice régulier, en particulier les exercices de résistance et les activités de charge, peut stimuler la densité osseuse et réduire le risque d’ostéoporose, une maladie caractérisée par une faible densité osseuse et un risque plus grand de fractures  
  • Dépression et anxiété : l’activité physique libère des endorphines, des hormones de bien-être, qui peuvent améliorer l’humeur et réduire les symptômes de dépression et d’anxiété.  
  • Maladies respiratoires : l’exercice peut améliorer la fonction pulmonaire et renforcer les muscles respiratoires.  
  • Maladies neurodégénératives : des études suggèrent que l’exercice physique peut réduire le risque de maladies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer et la maladie de Parkinson ou ralentir leur progression chez certaines personnes.  

Agir en promotion de la santé pour l’activité physique 

L’asbl Cultures & Santé a publié deux documents de référence sur l’Activité physique. Le plus récent est baptisé « Promouvoir l’activité physique et le mouvement : un enjeu pour la santé de toutes et tous » (mars 2024 Focus n°6). 

Ce dossier présente : 

  • des repères théoriques (des définitions, l’explicitation d’enjeux de santé et de société, des recommandations, les déterminants de l’activité physique et du mouvement, un focus sur trois facteurs d’inégalités), 
  • des leviers pour l’action (six balises générales et cinq leviers concrets), 
  • une grille réflexive, 
  • des ressources (organismes, outils, sites et articles) pour aller plus loin. 

Cultures & Santé avait également réalisé une revue de littérature scientifique en décembre 2022. Et elle organise un grand colloque au premier semestre 2025. 

Vers des politiques publiques favorables au développement de l’activité physique en Wallonie  

Depuis 2022, Sciensano anime un groupe d’experts sur l’activité physique sur prescription auquel participent des universitaires, des acteurs de terrain, des coachs et des représentants des pouvoirs publics. « Ce groupe permet de créer un continuum entre ce qui se passe au local, régional et national », explique la chercheuse Shérihane Bensemmane qui anime le réseau et a cartographié les initiatives dans le cadre de son doctorat. « Comme il n’existe pas de directive au niveau national, des programmes co-existent sur le territoire, ils sont parfois similaires, parfois complémentaires. Notre rôle est d’amener un savoir sur ce qui doit être soutenu, pérennisé et étendu pour idéalement : capitaliser ensuite sur l’existant, ça peut être une force ».  

A la demande de l’AVIQ, Sciensano va aussi intervenir comme centre d’expertise sur la thématique. L’institut va mener des études SWOT sur les programmes structurés existant en Wallonie. « On veut être un point d’appui, ajoute Fanny Pandolfi, pour définir les changements nécessaires, améliorer les systèmes, et les harmoniser si c’est pertinent ».  

Charte, appel et mobilisations pour le droit à l’activité physique 

Après l’appel de Toronto en 2010, c’était au tour de l’Unesco de publier en 2015, la Charte internationale de l’éducation physique, de l’activité physique et du sport. 

L’organisme rappelle en préambule que l’éducation physique, l’activité physique et le sport peuvent apporter toutes sortes de bienfaits individuels et sociaux, comme la santé, le développement social et économique, l’autonomisation des jeunes, la réconciliation et la paix. 

Article premier – La pratique de l’éducation physique, de l’activité physique et du sport est un droit fondamental pour tous. 

L’Article 2 rappelle les bienfaits de l’activité physique : 

1/ Développer la maîtrise, le bien-être, la santé, et les aptitudes physiques des participants en améliorant l’endurance, la force, la souplesse, la coordination, l’équilibre et le contrôle. Savoir nager est une compétence vitale pour quiconque est exposé à des risques de noyade. 

2/ Améliorer la santé mentale et le bien-être et les capacités psychologiques : 

– en renforçant l’assurance physique, l’estime de soi et l’efficacité personnelle, en atténuant le stress, l’anxiété et la dépression,  

– en développant les fonctions cognitives et en faisant acquérir un large éventail de compétences et de qualités, comme la coopération, la communication, le leadership, la discipline ou l’esprit d’équipe, qui sont des facteurs de succès dans la participation, l’apprentissage et d’autres aspects de la vie. 

3/ Favoriser les aptitudes et le bien-être sociaux en multipliant et resserrant les liens communautaires et les relations avec la famille, les amis et les pairs, en créant un sentiment d’appartenance et d’acceptation, en faisant acquérir des attitudes et des comportements sociaux positifs et en rapprochant des personnes de milieux culturels, sociaux et économiques différents dans la poursuite d’objectifs et d’intérêts communs.  

4/ Contribuer à la prévention de la toxicomanie, de l’abus d’alcool et de tabac, de la délinquance, de l’exploitation et de la misère, et à la réadaptation des personnes exposées à ces risques.  

Et enfin dans l’article 3 : L’Unesco appelle toutes les parties prenantes à concourir à la définition d’une vision stratégique, en identifiant les options et priorités politiques. 

Lien vers le document : unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000235409_fre 

Structurer la filière sport-santé en oncologie : la Fondation contre le Cancer interpelle les autorités 

Meilleur sommeil, meilleure récupération après les traitements, baisse du niveau de stress et de douleur. La Fondation contre le Cancer appelle à légiférer pour faciliter la pratique d’une activité physique adaptée. Dans un plaidoyer publié en mars dernier, la Fondation demande aux autorités de structurer cette filière d’onco-revalidation. Les bénéfices seraient colossaux pour améliorer la prise en charge et l’espérance de vie de toutes les personnes touchées. 

La Fondation s’est appuyée sur un groupe de travail pour dresser la liste des besoins structurels : 

1. Créer une nomenclature spécifique pour ces prestations de soins, élargissant ainsi l’accès à la revalidation des patients vivant avec ou après un cancer en fonction de leurs besoins physiques, psychologiques et sociaux. Cela implique de trouver un consensus national en revalidation oncologique, reconnue avec critères de qualité et remboursement officiels.   

2. Une coopération étroite dans le cadre de cette revalidation oncologique entre les hôpitaux, les acteurs médicaux et paramédicaux extra-muraux, le secteur sportif traditionnel et les communes devrait être initiée.    

3. Une formation appropriée (avec un label de qualité) et une reconnaissance professionnelle particulière devraient garantir la qualité de ces soins. Ces soins devraient être basés sur une revalidation oncologique s’appuyant sur des preuves scientifiques, comprenant une activité physique et un encadrement psychosocial.   

4. L’évaluation systématique des besoins de revalidation de tous les patients atteints de cancer est indispensable et doit être améliorée. Actuellement elle n’existe pas de manière structurelle en Belgique. Une évaluation systématique des besoins individuels en matière d’onco-revalidation, tant pendant la phase de traitement que pendant la phase de postcure, afin d’aboutir à un programme d’onco-revalidation et à un trajet de soins adaptés aux patients vivant avec ou après un cancer (jusqu’à minimum 6 mois après les traitements oncologiques). Cette évaluation devrait impliquer plusieurs prestataires de soins de santé et spécialités, en premier lieu le médecin et le kinésithérapeute, puis les professionnels du mouvement, avec une formation appropriée.   

5. Les hôpitaux devraient être davantage encouragés à mettre en place des programmes de revalidation oncologique et/ou à augmenter leur capacité. Le personnel hospitalier devrait également soutenir le développement des soins hospitaliers trans- et extra-muros en vue d’un encadrement plus large.   

 

Sources :  

  • 1,8 milliard d’adultes sont exposés à un risque de maladie en raison d’un manque d’activité physique (OMS)
  • L’activité physique sur prescription en Belgique (Sciensano)

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Alcool : des étudiants dézinguent la guindaille 

Le 31 Oct 24

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Une poupée Barbie déguisée en mère Noël se penche pour vomir dans les toilettes. Au-dessus d’elle, se déploie un slogan frappant « Bois ou ne bois pas, c’est toi qui vois ! ». C’est l’affiche d’une exposition immersive sur l’alcool baptisée « Sans pression » réalisée par et pour les étudiants. Après une première édition qui s’est tenue du 7 au 18 octobre à Bruxelles, elle cherche à se prolonger dans de nouveaux lieux. 

affiche expo sans pression 1

L’injonction à boire de l’alcool est inhérente à la vie estudiantine. Cinq étudiants en Master de communication culturelle et sociale (MACCS) à l’Institut des Hautes Etudes des Communications Sociales (IHECS) ont choisi de démonter cette pression et d’y consacrer une exposition immersive dans le cadre de leurs travaux de fin d’études. Elle s’adresse aux 18-25 ans et aborde de manière ludique les facteurs qui influencent les jeunes et les étudiants à boire de l’alcool.  

La collaboration a débuté en 2023. Dans le cadre de leur mémoire médiatique, Julie Delberghe, Shana Hourez, Clara Lebrun, Arthur Simon, Inès Wéry voulaient travailler ensemble sur l’alcool. « Mais le sujet est vaste, il y a beaucoup d’angles, la santé, la famille, la société… Ce qui nous a le plus parlé ça a été la pression sociale » raconte Clara. 

Ne pas boire et devoir se justifier 

Les étudiant.es ont pensé et mis en commun leurs expériences et leurs vécus. « Je consomme de l’alcool, oui, dit Shana. Mais parfois je n’ai pas envie de boire car je dois prendre le volant, ou j’ai des soucis de santé, ou tout simplement, parce que je n’ai pas envie. Et à chaque fois, on doit se justifier, et c’est « ah bah t’es nulle » et toute des phrases clichées. On voulait vraiment relever qu’on ne peut pas dire qu’on n’a pas envie d’alcool sans être jugé, sans devoir se justifier ».   

Et en effet, la part de la pression sociale à consommer de l’alcool peut peser parfois très lourd, au point d’adopter un comportement non par envie mais par volonté de se conformer et de s’intégrer au groupe de pair. Dans une étude réalisée par l’Agence de Sécurité Routière Wallonne en 2022, 40% des jeunes wallons (18-34 ans) pensent que ne pas boire en soirée est mal perçu. Et cette perception de la pression sociale rejoint les pratiques puisqu’un Wallon sur trois déclare consommer plus qu’il ne le souhaite, et un sur quatre déclare boire de l’alcool alors qu’il ne le souhaite pas parce que les personnes qui l’accompagne l’y ont poussé. (voir l’encadré ci-dessous) 

Pour les étudiant.es, les sorties sont les occasions au cours desquelles il est le plus difficile de résister à la pression de l’entourage et de l’environnement à consommer de l’alcool. Selon l’Observatoire de la vie étudiante, un étudiant sur quatre estime ne pas pouvoir y résister dans ce contexte et plus d’un tiers déclare que leur consommation d’alcool a augmenté depuis leur entrée à l’Université, selon l’Enquête sur les assuétudes publiée en septembre 2023 de l’Observatoire de la vie étudiante. 

Immersion dans la guindaille ordinaire 

De septembre à décembre 2023, les cinq étudiant.es ont d’abord travaillé le cadrage théorique de leur sujet : recueil de données, rencontre avec le médecin et alcoologue Thomas Orban, le chercheur Pierre Maurage et le psychologue et addictologue Maurizio Frisina. Une fois le contenu récolté sur le sujet, ils ont entamé leurs réflexions sur le dispositif à mettre en place. Pour aborder la pression sociale à boire de l’alcool dans le milieu étudiant, ils ont choisi de se concentrer sur les moments où il est le plus difficile d’y résister : les soirées. Appuyés par un crowfunding, et l’obtention d’une Bourse Canon, ils ont imaginé une exposition immersive dans une soirée-type.  

Trois objectifs sous-tendent l’exposition : conscientiser sur les conditionnements sociaux qui poussent à boire de l’alcool, augmenter les connaissances sur les facteurs d’influence, et modifier les comportements de consommation. « Ne pas être barbant ni moralisateur », précise Clara, pour déterminer le contenu et la mise en place de l’exposition. 

L’exposition retrace les six étapes d’une soirée de guindaille ordinaire : l’invitation, l’organisation, la pré-soirée, la soirée, l’after et le lendemain. La narration chronologique permet de développer différents axes comme les pressions sociales des pairs et de l’environnement, en particulier celle des médias et du lobbying alcoolier, à chaque moment-clé du déroulement de la soirée, suivi de conseils et de messages de prévention pour le lendemain. Il s’agit de montrer comment l’influence à consommer est systémique. 

Prendre le contrepied des alcooliers 

Cette narration inclut des supports médiatiques interactifs comme les jeux, quizz, sondage d’opinion, et des supports plus contemplatifs comme les vidéos de témoignages et les panneaux de lecture. Le caractère transmédia de l’exposition a été choisi afin que « la lecture soit entrelacée de jeux, de vidéo, etc. pour permettre une meilleure acquisition de l’information » explique Arthur.  

L’inscription du dispositif dans l’univers de l’alcool festif et de ses rituels permet de « jouer sur les codes de la soirée festive : chaque élément se rapporte au décor de l’univers festif en apportant de l’information sur le support, ou joue sur ces codes de l’alcool, de nos habitudes de consommation » détaille Arthur. L’information est ainsi incrustée sur des bouteilles, dans des cuvettes de toilettes, un abribus reconstitué ou encore dans des jeux de soirée, autant d’éléments appartenant à l’univers de la fête. 

Le jeu sur les codes de la guindaille s’ancre dans une charte graphique qui donne l’impression ludique et humoristique de prendre parfois le contrepied des alcooliers. Le dispositif fonctionne comme une marque qui résiste à la pression dans l’univers festif. Il est pensé pour susciter questionnements et réflexions sur soi et sur son environnement en déconstruisant les mécanismes qui poussent à consommer de l’alcool et ainsi à se réapproprier son consentement mais aussi à respecter celui de l’autre. Son slogan : « Bois ou ne bois pas, c’est toi qui vois ! ». 

En quête de perspectives 

En attendant les résultats de l’évaluation de leur projet, durant les heures d’ouverture de l’exposition, leurs créateurs assurent une permanence où ils rencontrent les visiteurs, des cercles qui viennent en groupe s’informer ou encore des acteurs de la santé. Cette permanence leur a permis de récolter les réactions « à chaud » et de disposer d’un espace de discussion autour de leur projet et des consommations d’alcool.  

Selon les retours des visiteurs, un des points forts du dispositif est d’avoir su choisir les bonnes expressions, de saisir la culture de la guindaille, car d’une région à l’autre, et d’un cercle à l’autre les expressions peuvent différer. L’exposition est visible sur Instagram. Ses créateurs souhaitent que d’autres acteurs s’en saisissent ou l’accueillent. Force est de constater qu’elle rappelle aux acteurs de la santé à quel point associer les publics destinataires est essentiel pour aller à leur rencontre.  

Pour faire venir l’exposition, vous pouvez contacter les auteur.es du projet :  Julie Delberghe, Shana Hourez, Clara Lebrun, Arthur Simon, Inès Wéry sur l’adresse mail : sans.pression.pro@gmail.com

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L’alcool en Belgique : une consommation répandue, problématique et banalisée 

La Belgique se situe au-dessus de la moyenne européenne en termes de consommation d’alcool. Chaque année, les Belges âgés de 15 ans et plus boivent 10,3 litres d’alcool pur, contre 9,2 litres pour les pays européens qui sont les plus gros consommateurs et producteurs au monde.  

Ces statistiques sont le signe que la consommation d’alcool est culturellement et socialement ancrée. Elle occupe une place quasi « naturelle », et surtout impensée, dans nombre d’interactions sociales, et associé à l’univers festif et à la convivialité, selon l’OMS.

La consommation d’alcool y est répandue et banalisée puisque 82% des personnes âgées de 15 ans et plus consomment et 45% des 15-24 ans ont commencé à en consommer avant 16 ans, comme le montrait l’Enquête de santé 2018 de Sciensano. Si la tendance ces 40 dernières années est à une baisse globale des quantités consommées, il n’en reste pas moins que les consommations les plus préjudiciables pour la santé comme le binge drinking (6 unités en 2h pour les hommes, 4h pour les femmes) ou l’hyper-alcoolisation (6 unités ou plus par occasion) n’ont pas baissé et restent à des niveaux élevés. Or, ces types de consommation sont d’abord pratiqués par les jeunes et les hommes.  

Les jeunes (15-24 ans) qui boivent de l’alcool ont en effet tendance à concentrer sa consommation sur un à deux jours par semaine, le plus souvent lors des sorties. A ces occasions, ils boivent des quantités équivalentes à celles que consomment les adultes plus âgés mais réparties sur tous les jours de la semaine ou presque, avec une consommation par occasion plus modérée. Les profils de consommation et des risques pour la santé varient avec l’âge (lire notre article SATRAQ – Pour une réduction de la consommation d’alcool au quotidien).  

D’où l’importance de messages de santé publique différenciés selon les profils de consommation et les publics visés. L’abus d’alcool au cours d’une même occasion est donc plus courant et plus fréquent chez les plus jeunes : 37,5% des 15-24 ans s’hyper-alcoolisent au minimum une fois par mois, 19,7% pratiquent le binge drinking tous les mois voire chaque semaine, et 1 jeune sur 10 présente une consommation problématique d’alcool. 

A lire :

Global status report on alcohol and health and treatment of substance use disorders. Geneva: World Health Organization, 2024