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Que mange-t-on ce midi à la cantine scolaire ?

Le 30 Déc 20

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Vers une alimentation équilibrée, savoureuse et durable

En Belgique, près d’un enfant sur 5 est en surpoids. Conscients de ce phénomène, la Ministre de la Santé et de l’Égalité des chances, Fadila Laanan, la Ministre de l’Enseignement obligatoire, Marie-Dominique Simonet, et le Ministre de l’Enfance et du Développement durable, Jean-Marc Nollet, ont décidé de lutter ensemble pour une meilleure alimentation des jeunes en Fédération Wallonie-Bruxelles. Les trois ministres entendent agir dès le plus jeune âge via la cuisine de collectivité afin d’éduquer les papilles, de retrouver les saveurs et le plaisir du bien manger et du manger ensemble.

L’objectif : favoriser une alimentation équilibrée et savoureuse, réinventer la cuisine de collectivité et prouver que manger sain, équilibré et durable ne coûte pas nécessairement plus cher. Une alimentation durable est une alimentation dont les impacts sur l’environnement sont réduits, et dont la production et la commercialisation se font dans le respect de certaines règles sociales et éthiques.

Que ce soit dans les écoles ou les centres de vacances, plusieurs cantines ont déjà fait des efforts substantiels pour améliorer le contenu des assiettes, notamment par rapport aux critères d’équilibre diététique. Cependant, il n’existait pas jusqu’à présent d’outil de référence.

Avec l’appui de l’État fédéral (Service public fédéral santé publique, sécurité de la chaîne alimentaire et environnement) et des quatre hautes écoles de diététique de la Fédération Wallonie-Bruxelles, un cahier spécial des charges complet a été rédigé.

Ce document de référence est destiné à contribuer à l’amélioration des repas de collectivité pour les enfants de 3 à 18 ans. Il s’adresse en particulier aux pouvoirs organisateurs des écoles et des centres de vacances, aux directions des écoles maternelles, primaires et secondaires et des centres de vacances, aux services PSE et centres PMS, aux centres locaux de promotion de la santé, aux réseaux d’enseignement ainsi qu’aux fédérations des associations de parents.

Le cahier spécial des charges peut être utilisé tel quel pour lancer un marché public vers les fournisseurs de repas chauds mais il peut aussi être modulé en fonction des spécificités de chacun.

Lors du lancement de cette initiative importante, Guislaine Defourny, coordinatrice pédagogique du Département diététique de la Haute école Lucia de Brouckère, a détaillé les 6 éléments à prendre en considération pour évaluer les offres :
– prix des repas (critère pesant 30% dans la détermination du choix parmi les soumissionnaires);
– plan alimentaire (qualité, variété, saisonnalité, saveur et équilibre, grammages des aliments, etc. pour 30%);
– garantie de qualité (modes de cuisson respectueux des nutriments, circuits courts de distribution, fraîcheur et continuité dans la provenance des aliments, traçabilité, procédures internes de respect des élément précédents, le tout pour 20%);
– information sur l’alimentation durable, éducation au goût (10%);
– impact sur l’environnement, la santé, le personnel (5%);
– performance en insertion socio-professionnelle des publics en difficulté (5%).

Un accompagnement personnalisé gratuit ainsi que des formations pour les cuisiniers également gratuites sont prévus pour favoriser la mise en application du cahier des charges. Caroline De Cock, coordinatrice des stages en diététique, Haute école de la province de Liège, a détaillé l’offre de formation (des séances de 3 x 4 heures alternant cours magistraux et exercices pratiques) ainsi que les possibilités de coaching destinées à permettre aux pouvoirs organisateurs d’analyser les offres.

Concrètement, des responsables de l’Institut Saint-André de Ramegnies-Chin (Tournai) et la directrice de l’asbl Jeunesse à Bruxelles (qui gère chaque année de 40 à 60.000 journées de plaines de jeu et stages pour les jeunes de la Ville de Bruxelles) ont évoqué leurs initiatives en la matière.

Virginie Vandermeersch, chargée de projets à l’asbl Coordination Éducation Santé, a aussi eu le loisir de nous rappeler les nombreux outils élaborés par Cordes dans ce domaine depuis une quinzaine d’années, et de nous présenter en primeur les grandes lignes de sa nouvelle production, ‘Se mettre à table’, qui sortira début de cette année. Et que nous ne manquerons pas de vous présenter prochainement dans nos colonnes !

Certains se sont étonnés du caractère non contraignant de cette initiative ministérielle vu l’importance de l’enjeu de santé pour les enfants et les adolescents. Ce serait sans doute vouloir changer trop brutalement les habitudes, mieux vaut peut-être une implantation en douceur. Il sera d’autant plus intéressant de dresser un premier bilan en fin d’année scolaire…

Pour en savoir plus: https://www.enseignement.be , https://www.sante.cfwb.be , https://www.one.be. Courriel: cantine.sante@cfwb.be

‘Goûtez-moi ça !’

Le 30 Déc 20

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Un jour de semaine, à 11h30, activité intense chez «Les Uns et les Autres», restaurant social situé au cœur de Molenbeek. Carlo de Pascale, connu pour être le fondateur d’un magasin de cuisine et le chroniqueur culinaire de la chaîne de télé publique, a relevé le défi lancé par la Mutualité Socialiste-Solidaris : cuisiner un repas trois services pour moins de 3,50 euros par personne. Le tout en 40 minutes, secondé par l’équipe du restaurant. Les journalistes présents sont mis à contribution pour mitonner l’entrée : un carpaccio de tomates. Suivront dans les assiettes un tajine de légumes de saison et un dessert composé de fromage blanc et de compote de prunes.
Un régal pour les papilles. Mais que cherchent-ils donc à nous prouver ?

Manger : un acte quotidien pas si banal

Bref rappel de Jean-Pascal Labille, Secrétaire général de l’Union nationale des mutualités socialistes : le cœur du métier de la mutualité, c’est la santé. L’intérêt pour l’alimentation trouve son origine dans un triple constat. Tout d’abord, d’après l’Organisation mondiale de la santé, la moitié des maladies dans le monde seraient dues à l’alimentation, que ce soit par excès, défaut ou déséquilibre. Ensuite, on observe des inégalités sociales de santé frappantes dans cette matière. Enfin, il est possible de mettre en place des choses simples pour améliorer l’alimentation. L’objectif général du projet: favoriser l’accès de tous à une alimentation de qualité.

Des chiffres

Une enquête téléphonique a été menée en février 2012 auprès de 1000 personnes affiliées à la Mutualité Socialiste-Solidaris en Wallonie. L’objectif : sonder les habitudes alimentaires des affiliés. Pierre Baldewyns, responsable du Service promotion santé, nous en expose les résultats. Ce qu’il en ressort ? Si le message des «5 fruits et légumes par jour» est connu, seulement 46 % le mettent en pratique… et 36% dans les groupes sociaux modestes.

Les raisons le plus régulièrement invoquées : le manque de goût pour les fruits et légumes; au sein des groupes sociaux élevés, le manque de temps; et pour les groupes sociaux modestes, le coût de ces denrées.

Des stratégies multiples

Sur base de ces constats, différentes stratégies sont mises en œuvre. Le réseau associatif de la Mutualité va s’engager dans des actions auprès des publics spécifiques qu’il rencontre. Le fil conducteur ? Les plaisirs liés à l’alimentation.

Un livre blanc va être diffusé en 2013, comportant des recommandations politiques. Une enquête de plus grande envergure est également prévue en 2013. Le projet en lui-même est prévu pour s’étaler sur 2 ans et demi, jusque fin 2014, donc. Notons que différents supports et outils du projet se sont déjà vu attribuer le label de qualité du Plan national nutrition et santé.

Et pourquoi une mutualité se mêle-t-elle de faire de la promotion de la santé ?

Bon, outre le fait que c’est indiqué dans un texte de loi de 1990, la Mutualité Socialiste-Solidaris estime qu’elle dispose de quelques atouts ! D’abord, comme le souligne Jean-Pascal Labille, avec ses 3 millions d’affiliés, elle est à même de constituer une caisse de résonnance non négligeable et de faire bouger des choses.

Ensuite, le Service promotion de la santé, en quelque 25 années d’existence, a acquis de solides bases théoriques et pratiques. «Il est important de définir ce qui est éducable et ce qui ne l’est pas», nous précise Catherine Spièce, responsable de projet au sein du service, et par ailleurs co-fondatrice de l’Outilthèque Santé. «En matière d’alimentation, tout n’est pas éducable, car tout n’est pas du ressort de l’individuel.»

Pierre Baldewyns renchérit : «Nous avons construit un modèle explicatif pour répondre à la question ‘Qu’est-ce qui favorise l’accès à une alimentation de qualité ?’ Divers éléments ont été mis en évidence, répartis en trois grands pôles: éléments individuels, éléments de contexte, éléments liés aux produits. Nous avons planché plusieurs mois sur un document de référence, qui constitue le cadre théorique des actions qui vont être menées.»

Et chaque action menée au sein du réseau mutuelliste, pour être labellisée «Goûtez-moi ça !», devra mettre en jeu au moins deux pôles du modèle, autrement dit: ne pas se concentrer sur les pratiques individuelles, mais élargir la vision.

Les projets entendent donc activer différentes stratégies de la charte d’Ottawa. Si, comme le souligne Catherine Spièce, il n’y a pas encore de partenariat avec d’autres acteurs du secteur, des contacts ne manqueront pas d’être noués dans la réalisation concrète des projets de terrain. Et le projet est déjà intersectoriel, dans la mesure où différents services de la mutualité travailleront main dans la main.

Un projet d’envergure se met donc en place. Nous nous en ferons l’écho dans ces pages encore l’une ou l’autre fois d’ici fin 2014. Bon appétit !

‘11 bouge’ avec la Mutualité chrétienne

Le 30 Déc 20

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C’est à l’adolescence, lorsque les jeunes voient leur corps se transformer, rapidement et sans qu’ils puissent le contrôler, que l’apparence physique est plus que jamais un objet de préoccupation. L’acquisition d’une image corporelle saine et positive est une étape importante dans le cheminement vers l’âge adulte. Pourtant, c’est aussi la plupart du temps à cette période qu’ils décrochent de toute activité physique. La Mutualité chrétienne a choisi de réagir face à ce constat, avec son programme ‘11bouge – Défis entre nous’.

En 2007, Infor Santé, le service de promotion de la santé de la Mutualité chrétienne, a commandité une enquête qualitative (1) sur la pratique de l’activité physique chez les 12-30 ans. La conclusion était claire : le public à sensibiliser est celui des jeunes autour de 15 ans, avec une attention particulière pour les jeunes filles et les milieux moins favorisés.

Ces constats confirment ceux de l’enquête HBSC 2006 sur la santé des jeunes en Communauté française: diminution de la pratique sportive autour de 15 ans, avec une différence suivant les filières d’enseignement; augmentation de la surcharge pondérale selon le niveau d’activité; augmentation de la sédentarité et du nombre d’heures passées devant la télévision à partir de 13 ans, avec une différence marquée entre les garçons et les filles, ainsi qu’entre les filières d’enseignement.

Les experts en psychologie du sport expliquent ce phénomène par le manque de plaisir lors de la pratique d’un sport, le manque d’estime de soi, une mauvaise image du corps et le manque de stimulation et de persévérance. À l’inverse, les jeunes qui pratiquent régulièrement une activité physique souhaitent améliorer leurs aptitudes physiques, s’amuser et être avec des amis.

La Mutualité chrétienne entend réagir avec son programme ‘11bouge – Défis entre nous’ (2). Celui-ci propose à des groupes de jeunes de 14 à 16 ans des activités-défis à réaliser pendant ou en dehors de leurs heures de cours, dans leurs milieux de vie (écoles, maisons de jeunes, AMO…). Son objectif premier est bien sûr de promouvoir l’activité physique mais aussi d’amener les jeunes à prendre conscience de leurs capacités, de favoriser la découverte et de les aider à faire le lien entre l’activité physique et le bien-être physique, psychique (estime de soi) et social (plaisir d’être en groupe).

Concrètement, les jeunes, accompagnés d’adultes référents, réalisent en groupe une série de défis tout au long de l’année (jeux de ballons, acrobaties, sports originaux ou peu connus, street dance, sauvetage en piscine…). Les activités proposées sont accessibles à tous, sportifs ou moins sportifs, et peuvent être réalisées dans le cadre scolaire ou dans un autre milieu de vie. Idéalement, le groupe réalise au moins un défi dans chacune des thématiques proposées, en les répartissant sur une année scolaire.

Afin de favoriser la mobilisation, il est souhaitable que ce projet soit porté par un maximum d’enseignants et d’éducateurs entourant le groupe des jeunes, et qu’il devienne un projet transversal au sein de l’école ou du groupe.

Il est à noter qu’une charte des valeurs qui sous-tendent le projet est proposée aux adultes et aux jeunes; la charte du participant peut d’ailleurs être imprimée et distribuée aux jeunes. L’idée est que les jeunes se mobilisent autour de ce programme et se positionnent par rapport à ces valeurs axées sur la coopération plutôt que sur la compétition.

Mais encore…

‘11bouge’ a concocté des fiches indispensables pour ceux qui décident de se lancer dans le programme.
Une fiche d’auto-évaluation permet à chaque jeune de définir son profil personnel en matière d’activité physique. Les items sur lesquels il est invité à s’auto-évaluer portent sur sa place dans le groupe, la connaissance de son corps ainsi que la perception de son bien-être et de son estime de soi. Il complète la fiche dans une couleur en début d’année, la place dans une enveloppe fermée conservée par l’adulte encadrant. À la fin de l’année, il la récupère et complète, dans une autre couleur, ses résultats personnels. Il peut ainsi comparer les deux. Il lui est aussi possible de se fixer un objectif personnel en début d’année (sur base de l’auto-évaluation) et de vérifier si cet objectif est atteint en fin d’année.

Une fiche ‘Échauffements funs’ accompagne le groupe toute l’année. Il y puise des idées d’échauffements ludiques, à faire avant chaque défi (l’unijambiste, le nœud humain, le jeu de l’horloge…).

Une fiche ‘Petits exercices pour situations particulières’ peut être utilisée par les jeunes, soit en groupe soit individuellement, tout au long de l’année, lorsqu’ils se trouvent dans une situation particulière (stress, manque d’énergie, anxiété…).

Les défis transversaux

La fiche ‘Souplesse’ propose aux jeunes d’évaluer la progression de leur niveau personnel de souplesse.
La fiche ‘Petites pauses pour bouger’ reprend des exercices de musculation et d’étirement à faire partout et à tout moment (durant les intercours, à domicile…). Ils peuvent être passés en revue avec tout le groupe durant une semaine, les jeunes se réapproprient les exercices et les réalisent ensuite individuellement.

Pour soutenir ceux qui choisiraient de se lancer, un site Internet a été créé. Il est composé de pages publiques et de pages réservées aux enseignants, aux éducateurs et à tous les professionnels en contact avec les jeunes de cette tranche d’âge.

Tous les défis y sont illustrés en vidéo et sont présentés dans une fiche pédagogique reprenant leurs objectifs, le matériel nécessaire, la durée et le lieu recommandé. Le site propose également quelques références pour en savoir plus sur la santé des jeunes, l’activité physique, l’estime de soi, une foire aux questions et quelques témoignages. Il y a aussi un formulaire d’évaluation du programme.

Une simple inscription en ligne suffit pour avoir accès à tous ces contenus. Alors rendez-vous dès à présent sur https://www.11bouge.be.

À la date du 6 décembre 2012, près de 180 personnes ont activé leur compte personnel sur le site. Nous reviendrons vers elles d’ici quelque temps pour recueillir leurs impressions et témoigner sur la dynamique qui se sera enclenchée avec les jeunes.

Suite à un prochain numéro donc…

Pour en savoir plus : Infor Santé, Alliance nationale des mutualités chrétiennes, chaussée de Haecht 579/40 – 1031 Bruxelles. Tél.: 02 246 48 51. Courriel: infor.sante@mc.be. Internet: https://www.11bouge.be.

(1) À l’asbl Question Santé, https://www.questionsante.org
(2) 11bouge est une réalisation d’Infor Santé, le service de promotion de la santé de la Mutualité chrétienne, en partenariat avec la Fédération Royale Sportive de l’Enseignement Libre et l’asbl Jeunesse & Santé.
(3) Coopération, Ballon, Cirque, Dynamique de groupe, Piscine, Confiance en l’autre, Et toi t’en penses quoi, Expression des émotions, Découverte, En plein air.

Prévenir la cyberdépendance chez les moins de 12 ans, c’est tout un art !

Le 30 Déc 20

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Le 6 novembre dernier, des élèves de 6e primaire de l’école fondamentale de Xhovémont à Liège ont improvisé une fiction devant les caméras de l’émission Ma classe fait sa télé sur le thème de la cyberdépendance.

C’est l’histoire d’un jeune adulte, rompu aux jeux vidéo depuis ses vertes années, qui rencontre l’âme sœur sur un jeu en ligne. Il se marie et sa belle lui donne un fils. Plongée dans la réalité de la vie, la jeune maman arrête de jouer pour s’occuper du bébé et du ménage. Malheureusement, il n’en va pas de même pour le papa qui a quitté son travail et ne participe pas à la vie de famille car il passe tout son temps à jouer. Les disputes sont fréquentes au sein du couple. Un jour, la femme délaissée décide de piéger son mari en jouant en ligne avec lui. Elle utilise un pseudo, séduit l’homme sur Internet et lui donne rendez-vous dans un restaurant. Arrivé sur place, l’homme découvre sa femme. Celle-ci veut sauver son couple et leur vie de famille. Comme dans les jeux, elle lance un défi à son mari : «Tu arrêtes de jouer !». Au début, il a du mal à se passer de jouer et à montrer sa souffrance. Mais il résiste et au fil du temps, il parvient à se libérer de l’enfer des jeux vidéo. Il retrouve un travail, joue au foot avec son fils sous l’œil bienveillant de sa femme.

Atteindre les 10-12 ans

Cette histoire a été imaginée par les élèves et leur institutrice, Catherine Méan. Le tournage est une étape d’un projet global lancé par Infor-Drogues qui a eu l’idée de publier un ouvrage de prévention pour les 10-12 ans sur le sujet des dépendances 1. Contacté par l’asbl, l’auteur Nicolas Ancion se souvient que l’association était à la recherche d’un écrivain prêt à écrire de manière souple. «Le roman devait pouvoir être utilisé de façon complexe et provoquer un débat », retrace Nicolas Ancion, venu spécialement de France pour assister au tournage. « Il fallait parvenir à parler des assuétudes à travers un sujet que les enfants de cette tranche d’âge connaissent bien. »

Avec le soutien de la Ministre de la Santé de la Fédération Wallonie-Bruxelles Fadila Laanan, un travail de recherche-action a été effectué auprès de diverses classes de l’enseignement primaire. Nicolas Ancion est allé à la rencontre des élèves. «Pour parler des dépendances, on ne pouvait pas s’appuyer sur les drogues, l’alcool, les cigarettes, car ça n’avait pas de sens pour des enfants de cet âge», raconte l’auteur. «Après avoir pris le temps de parler avec des élèves, le thème de la cyberdépendance s’est imposé puisqu’il s’est avéré que tous les enfants ont recours aux jeux vidéo.»

Ce travail a abouti à l’écriture d’un livre intitulé J’arrête quand je veux !, mais aussi à la publication d’une brochure et à la réalisation d’un site Internet.

Provoquer le débat

«Le but est d’interpeller les écoles et les jeunes sur la cyberdépendance, de les sensibiliser et de déclencher un débat», explique Fadila Laanan, également présente sur le tournage.
Pour aller plus loin encore dans l’interpellation des enfants du primaire sur les dangers de la cyberdépendance, le cabinet de la Ministre de la Santé a contacté Patrice Biarent, le réalisateur de l’émission Ma classe fait sa télé, diffusée sur La Trois, pour lui demander de réaliser une animation sur les assuétudes en partant du livre de Nicolas Ancion.

«C’est ainsi que Patrice Biarent s’est tourné vers notre école», raconte Catherine Méan. «C’était début octobre. Il a fallu faire vite! Pourquoi dans notre école? Simplement parce que Nicolas Ancion, né dans le quartier, a fait ses classes chez nous. Les enfants ont lu le livre, se sont passionnés pour l’histoire et nous avons construit notre scénario sur l’addiction aux jeux vidéo.»

Un danger bien réel

Par ailleurs, la Ministre a expliqué combien il est difficile de faire de la prévention auprès des 10-12 ans. «La dépendance, ça ne leur parle pas, contrairement aux adolescents qui comprennent bien de quoi il s’agit. Mais nous voulons faire de la prévention chez tous les jeunes pour éviter qu’ils ne basculent dans la dépendance à l’adolescence. Il faut savoir que 12,5% des jeunes de 12 à 20 ans passent plus de 4 heures par jour sur les réseaux sociaux, sur Internet ou devant leur console de jeux, même les jours d’école. Or, certains experts estiment qu’une consommation de jeux vidéo est abusive lorsqu’elle atteint ou dépasse quatre heures par jour.»

Fadila Laanan a aussi pris le temps de parler aux élèves qui se sont montrés soucieux de savoir si les enfants de la ministre jouent aux jeux vidéo… Oui, mais la maman pose des limites. «Quand j’achète un jeu pour mes enfants, je regarde la limite d’âge. Certains jeux sont très violents et les enfants ne réalisent pas à quel point ils peuvent être dangereux. L’enfance est un monde particulier qui passe vite. Il faut veiller à ce que vous puissiez vous occuper de choses qui appartiennent à votre monde.»

Pour en savoir plus:

Le livre «J’arrête quand je veux», Nicolas Ancion, Éd. Jourdan, Paris-Bruxelles, 2009
La brochure «J’arrête quand je veux», éditée par Infor-Drogues.
Le site Internet https://www.jarretequandjeveux.org

(1) Voir l’article d’Alain Cherbonnier ‘J’arrête quand je veux’ , Éducation Santé n° 260, octobre 2010.

La contraception, business utile et rentable

Le 30 Déc 20

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À l’occasion de la Journée mondiale de la contraception du 26 septembre dernier, la Fédération laïque des centres de planning familial (FLCPF) a organisé à Bruxelles un colloque d’une demi-journée sur la thématique. Professeurs d’université, médecins, gynécologues, journalistes et surtout, praticiens en centres de planning étaient de la partie. Éducation Santé en était également et vous en propose deux moments intéressants.

L’étude européenne «CHOICE» ou l’impact du counselling dans le choix d’une méthode contraceptive

En Belgique, environ 70% des femmes utilisant un moyen contraceptif ont choisi la pilule classique, 20% le stérilet et 10%, d’autres moyens tels que le patch, l’implant ou l’anneau vaginal. Mais parmi elles, lesquelles ont réellement choisi leur moyen de contraception ? Ont-elles reçu toutes les informations utiles pour faire leur choix ? Et parmi celles qui les ont reçues, combien ont choisi le moyen qui convient le mieux à leur situation personnelle ?

«En Belgique, une femme sur six connaissant une grossesse non désirée avorte. Or, 50% d’entre elles n’utilisaient pas de contraceptif (ou un contraceptif peu fiable) et 15% utilisaient des préservatifs», a souligné lors du colloque le Dr Merckx, gynécologue participant à l’étude et co-présidente de la VVOG (Vlaamse Vereniging voor Obstetrie en Gynaecologie). Face à ce constat, l’étude CHOICE (1) (The Contraceptive Health Research Of Informed Choice Experience), menée dans 11 pays européens dont la Belgique, avait pour objectif principal de mesurer l’impact d’un modèle structuré de conseils appliqué par les gynécologues durant leur entretien avec les femmes, au sujet des méthodes contraceptives hormonales combinées (pilule combinée, anneau vaginal et patch transdermique).

Concrètement, les gynécologues ont reçu un schéma à suivre durant les entretiens avec leurs patientes. Ce guide de counselling contenait les informations utiles sur ces 3 méthodes de contraception. Il décrivait leur efficacité, leur mode d’action, leurs risques, leur fréquence d’administration et les aspects pratiques de leur utilisation. Avec ce support, les 121 gynécologues participant ont évoqué avec leurs patientes leur style de vie et cherché, avec elles, le dispositif correspondant à leurs habitudes de vie. Les quelque 1800 femmes du panel ont été interrogées quant à la méthode contraceptive à laquelle elles envisageaient d’avoir recours avant l’entretien. À la fin de celui-ci, on leur a demandé quelle méthode elles avaient finalement choisie et dans quelle mesure celle-ci différait de leur choix initial.

Les résultats sont surprenants : 39% d’entre elles ont modifié leurs intentions de base ! De 66,7% envisageant la pilule avant l’entretien, elles n’étaient plus que 52,6% après celui-ci. En ce qui concerne le patch transdermique, le pourcentage est passé de 2,6 à 5,3%; et pour l’anneau vaginal, la proportion est passée de 9,1 à 27% (2). Le principal transfert s’est fait d’une méthode quotidienne à une méthode hebdomadaire (le patch) ou mensuelle (l’anneau), ce qui tombe plutôt bien puisque l’oubli de la pilule contraceptive explique le pourcentage élevé d’échecs de contraception, entraînant de fréquentes grossesses non désirées.

Quant aux indécises avant l’entretien (11,1%), elles étaient moins nombreuses après avoir discuté avec leur gynécologue (6,3%). Enfin, celles qui n’avaient pas de préférence spécifique ont finalement suivi l’avis de leur gynécologue dans 80% des cas !

Côté professionnels, le counselling aurait également du bon, témoigne le Dr Merckx, «(…) la participation à cette étude fut pour moi une expérience particulière (…). Au fil des années, on a le sentiment de connaître le sujet et on se permet de passer certains éléments en revue plus rapidement. Ici, nous devions évoquer de la même manière structurée tous les moyens contraceptifs. Cela permet de travailler en tenant davantage compte de la patiente.»

Évidemment, prodiguer ce genre de conseils leur prend bien plus de temps. «Je n’ai jamais eu autant de retard dans mon cabinet qu’au moment de cette étude», témoigne-t-elle encore. Mais cela permet aussi, dit-elle, d’atteindre un plus grand niveau de satisfaction, et une meilleure compliance des femmes.

Reste donc aux professionnels à adapter le nombre et la durée de leurs consultations pour pouvoir conseiller utilement leur patientes et leur permettre de faire un choix contraceptif éclairé. Qui sait…

Les enjeux économiques de la contraception

Henri Houben, chercheur (3) au GRESEA (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative) est venu nous parler du marché du contraceptif, car oui, c’est un business, et un business qui se porte plutôt bien, alors que la crise touche la plupart des autres secteurs de l’industrie. Comme pour les poudres à lessiver, malgré une apparente concurrence, le marché belge de la contraception, qui compte plus de 100 marques, ne concerne que quatre firmes pharmaceutiques (4), qui détiennent le plus souvent un monopole sur un segment particulier. À titre d’exemple, Bayer détient la moitié du marché belge !

Ces grandes sociétés se sont développées massivement dans les années ’70 et leur chiffre d’affaires n’a fait qu’augmenter ces vingt dernières années (plus précisément, il a triplé). Le prix des médicaments/produits qu’elles commercialisent augmente sans cesse du fait de leur position de monopole. Ces profits engrangés sur le dos des patients ou de la sécurité sociale couvrent les frais de recherche mais bien au-delà, comme chacun sait. Ces bénéfices approvisionnent en réalité surtout les actionnaires en dividendes.

Le but de ces firmes, explique donc l’économiste, n’est pas de ‘sauver l’humanité’, mais bien d’engranger un maximum de profits. Et elles y parviennent très bien grâce à l’un ou l’autre produit phare protégé pendant 20 ans par un brevet et pour lequel elles tenteront de prolonger cette période par la modification (parfois subtile !) de la composition du médicament. D’autres vont jusqu’à produire eux-mêmes le générique de leur propre médicament ou attaquent systématiquement en justice les sociétés qui auraient l’audace de vouloir produire la même molécule. Même si ces grandes firmes sont parfaitement conscientes de l’issue défavorable du procès, elles choisissent de dissuader par la peur leurs potentiels concurrents.

Ces constats, même s’ils ne nous révèlent pas un phénomène déjà largement connu, soulignent une fois de plus le fait singulier que la santé est un marché d’un genre particulier, n’obéissant pas aux règles habituelles. Le ‘malade’ ne choisit pas de l’être, il est en quelque sorte un client obligé. Même pas besoin de le convaincre : le corps médical s’en charge le plus souvent ! Le chercheur conclut un peu désabusé que, pour ces raisons, la santé devrait rester du domaine public…

La Fédération laïque de centres de planning familial (FLCPF)

Née en 1972 du regroupement des premiers centres de planning familial en Belgique, la Fédération Laïque de Centres de Planning Familial est la première fédération de centres de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle rassemble aujourd’hui une quarantaine de centres à Bruxelles et en Wallonie. La moitié de ces centres pratiquent l’avortement.
En Belgique, le mouvement du Planning familial a contribué à l’émergence de changements sociaux et politiques notables: libre accès à la contraception, dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse, développement de l’éducation sexuelle et affective.

L’action de la FLCPF a pour objectif global de protéger ces acquis, d’étendre leur champ d’application et de promouvoir la qualité et la spécificité du travail en centre de planning familial. Elle se donne comme ligne conductrice la reconnaissance des droits sexuels et reproductifs comme des droits humains fondamentaux.

La FLCPF défend ses valeurs et se bat pour ses objectifs dans des actions politiques et publiques. Elle prend régulièrement position dans des conférences et des débats et propose des formations professionnelles en promotion de la santé sexuelle (voir https://www.planningfamilial.net/index.php/formations/presentation) et met à la disposition du public un centre de documentation spécialisé qui publie brochures et dossiers d’information (le CEDIF – voir plus bas).

La FLCPF coordonne également le projet Sex&Co de promotion de la santé sexuelle et affective en milieu festif ( https://www.sexandco.info/Sex-Co, ou sur Facebook) et dispose d’un centre de ressources sur le handicap et la sexualité.

La FLCPF est agréée comme organisme général d’éducation permanente par la Fédération Wallonie-Bruxelles et est agréée comme organisme représentatif de ses membres par la Commission communautaire française de la Région de Bruxelles-Capitale. La FLCPF bénéficie également de subsides en promotion de la santé de la Fédération Wallonie-Bruxelles et est soutenue par Actiris.

Fédération Laïque de Centres de Planning Familial, rue de la Tulipe 34, 1050 Bruxelles. Tél.: 02 502 82 03, fax: 02 503 30 93,courriel: flcpf@planningfamilial.net.

Le CEDIF – Centre de documentation et d’information sur la vie affective et sexuelle

Le CEDIF est le seul centre de documentation de la Fédération Wallonie-Bruxelles spécialisé dans les questions liées au planning familial et, plus largement, à la vie affective et sexuelle. Il fut créé en 1980 afin d’assurer aux centres de planning familial et au grand public un service d’accès à la documentation et à l’information de qualité.
Le CEDIF c’est:
une bibliothèque de plus de 600 ouvrages;
plus de 20 revues spécialisées dépouillées;
près de 30 dossiers de presse thématiques;
de nombreux travaux, mémoires, rapports et enquêtes;
une vidéothèque et des outils pédagogiques.

Une base de données informatisée reprend plusieurs centaines de références d’articles, livres et documents et permet une exploitation maximale du fonds documentaire.

Dans le cadre de sa mission d’éducation permanente, le CEDIF assure également la réalisation et la diffusion de publications et d’une revue de presse mensuelle. Ces réalisations ont pour objectif de proposer aux citoyens une information pertinente et fiable leur permettant d’exercer leur libre choix responsable en matière de droits sexuels et reproductifs.

Le CEDIF collabore à différents réseaux documentaires ce qui permet de partager pleinement l’information et d’échanger la documentation pour une meilleure prise en charge des demandes du public.

Pour découvrir et commander en ligne les brochures d’informations de la FLCPF: https://www.planningfamilial.net/index.php/documentation/publications/brochures-d-information
Pour les dossiers thématiques de la FLCPF: https://www.planningfamilial.net/index.php/documentation/publications/dossiers-thematiques
Pour les outils pédagogiques:
https://www.planningfamilial.net/index.php/documentation/publications/outils-pedagogiques

Pour tout autre information, le centre de documentation est accessible à tous gratuitement, du lundi au vendredi de 9h à 12h, le mercredi de 14h à 17h.

CEDIF, rue de la Tulipe 34, 1050 Bruxelles. Tél.: 02 502 68 00, fax: 02 503 30 93, courriel: cedif@planningfamilial.net.

(1) Lire à ce propos Merckx M., Donders Gilbert G., Grandjean P., Van De Sande T., Weyers S., Does structured counselling influence combined hormonal contraceptive choice?, The European Journal of Contraception and Reproductive Health Care, December 2011 (16), pp.418–429.
(2) Il est toutefois curieux que l’anneau, grand ‘gagnant’ de l’étude, soit justement le moyen de contraception commercialisé par la firme sponsor de l’étude…
(3) Dans le secteur de l’automobile! Mais, a-t-il confié à l’auditoire, ce qui est applicable au secteur automobile l’est également à l’industrie pharmaceutique. À la bonne heure…
(4) Johnson & Johnson, Merck, Pfizer et Bayer (et 2 ou 3 producteurs de génériques, tout de même). À plus grande échelle, ce sont 12 firmes seulement qui contrôlent le marché mondial du médicament. Leur taux de rentabilité est nettement supérieur à la moyenne industrielle.

Icaps: le grand bond en avant

Le 30 Déc 20

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Pour promouvoir l’activité physique des enfants et des jeunes, l’Inpes (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé – France) mise depuis 2010 sur la stratégie Icaps (intervention auprès des collégiens centrée sur l’activité physique et la sédentarité). Et les projets fleurissent… comme par enchantement ?

Un premier appel à projets fut lancé en 2011, suivi d’un autre en 2012. À ce jour, 15 projets ont été retenus par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), qui leur accorde une subvention pour promouvoir l’activité physique des jeunes. Tous portent les couleurs d’Icaps et ont pour ancêtre commun une expérience scientifique débutée en 2002 dans l’Est de la France. Pendant 6 ans, le Prof. Chantal Simon, médecin et enseignant-chercheur en nutrition et son équipe ont passé au crible les pratiques d’activités physiques d’une cohorte de 954 élèves de 6e dans des collèges du Bas-Rhin, traquant les changements de comportement et d’éventuels effets bénéfiques sur la santé, en particulier l’indice de masse corporelle et le risque cardiovasculaire.

Ainsi ancrée en milieu scolaire, l’étude ciblait des enfants aux profils sociaux variés. Plusieurs questions préoccupaient les chercheurs. Ils voulaient notamment savoir s’il est possible de modifier le niveau d’activité physique des adolescents alors qu’il existe déjà une offre d’activités importante à l’école comme en dehors. Et si oui, comment maintenir dans le temps cette modification ?

Deux groupes d’élèves ont été constitués : le premier bénéficiait d’interventions spécifiques permettant aux jeunes d’augmenter leur niveau d’activité physique et de participer à une réflexion sur ses bienfaits; le second groupe suivait le programme scolaire habituel et servait de groupe de référence.

Les résultats de l’étude montrent une augmentation de l’activité physique hebdomadaire des enfants (+54 minutes en moyenne), une diminution du temps passé devant la télévision (-20 minutes par jour) et une limitation significative de la prise de poids à l’issue de l’intervention, qui a duré 4 ans. Des effets toujours observables deux ans plus tard et qui s’avèrent plus marqués chez les jeunes des milieux les moins favorisés, notent les auteurs. Une conclusion qui n’est pas sans rappeler les principaux enseignements de la campagne américaine VERB mise en place à la même période (voir Éducation Santé n°279 de juin 2012). Ainsi démontrée, l’efficacité de la méthode a eu tôt fait d’arriver aux oreilles de l’OMS qui l’a approuvée en 2009. Deux ans plus tard, c’est au tour de l’Inpes d’inciter les opérateurs de terrain à s’engager dans la démarche.

Un modèle d’approche écologique

Les actions Icaps qui se déploient actuellement entendent donc participer à la lutte contre l’obésité et le risque vasculaire chez les jeunes Français. Plus largement, il s’agit de favoriser une pratique de l’activité physique régulière et source de plaisir dans l’enfance et l’adolescence. Une sorte de pari sur l’avenir puisqu’il est établi que cette habitude comme ses bienfaits se prolongent à l’âge adulte.

Pour ce faire, l’approche Icaps prône une intervention à trois niveaux, dite socio-écologique ou systémique. D’autres encore la nomment ‘outil de catégorisation des résultats’. Elle consiste à cibler l’individu au travers de ses connaissances, sa motivation, ses attitudes et ses compétences; son entourage afin qu’il valorise l’activité physique, relaie l’information et soutienne les changements de comportements; et enfin l’environnement en impliquant les partenaires, pour fournir les conditions matérielles et institutionnelles de pratique et assurer la promotion auprès des intéressés. Pas de label Icaps sans cette triple mobilisation qui est sa signature et lui confère sa légitimité parmi les actions d’éducation pour la santé conçues dans l’esprit de la charte d’Ottawa. Pour ceux qui sont rompus à l’exercice du montage de projets en promotion de la santé, la recette n’est pas nouvelle. Mais couchée noir sur blanc dans un guide (1) édité par l’Inpes, elle prend une allure officielle et gagne en visibilité auprès des professionnels de l’éducation, associations sportives, parents d’élèves, animateurs de centres de loisirs ou collectivités locales ciblés qui voudraient initier de telles actions.

Essai transformé sur le terrain

Au-delà de l’objectif principal partagé et valorisé auprès de l’Inpes, les ambitions poursuivies par les uns et les autres divergent. Pour une association comme Hérault Sport spécialisée dans l’éducation par le sport, l’étiquette Icaps et son corollaire, celle d’un projet soutenu par l’Inpes, ont eu pour effet de rassembler les partenaires autour d’un objectif commun: développer la pratique du judo dans un club sportif pour des jeunes d’un quartier en difficulté. “Le projet a permis de mettre un coup d’accélérateur auprès d’un public dont on s’occupait déjà”, explique Véronique Brunet, chef du secteur société/solidarité à Hérault Sport. Faire découvrir une activité “porteuse de valeurs de respect qui nous sont chères”, en pérenniser la pratique, développer les liens avec les familles et les enseignants du quartier… “Aujourd’hui 50% des licenciés sont des filles. Cela n’a pas été facile mais la mixité est enfin installée.”

Le centre socio-culturel Beaudésert à Mérignac (Gironde) a lui aussi reçu l’aide de l’Inpes pour développer son offre sportive. “Faire de l’éducation physique et sportive auprès des jeunes n’est pas notre vocation première, nous y avons recours ponctuellement”, précise son directeur François Castex. Qu’importe : la fin justifie les moyens. La subvention allouée a permis d’une part de négocier l’accès à une salle de sport privée du quartier essentiellement fréquentée jusqu’alors par les salariés des entreprises alentour, d’autre part de monter un atelier de boxe éducative. “Depuis, on a vu arriver des jeunes qui ne fréquentaient pas le centre avant.

Le projet de l’Office d’hygiène sociale (OHS) de Nancy, déjà investi dans la thématique du surpoids et de l’obésité, cible quant à lui les jeunes de 13 à 21 ans pris en charge au sein de l’OHS. Mini-conférences sur la nutrition et ateliers d’activités physiques en composent le motif. Certaines ont lieu dans l’enceinte du centre social de l’OHS, d’autres à la Maison des adolescents, avec le concours de la Ville de Nancy. «Nous avions conscience que pour faire évoluer les comportements des enfants, impliquer les parents est indispensable», raconte Vanessa Balthazard, coordinatrice du projet. «La surprise est venue d’ailleurs car nous n’avions pas anticipé que les parents ne transmettent pas toujours à leurs enfants ce qu’ils ont appris et s’appliquent à eux-mêmes, comme les règles d’hygiène de vie.» D’où l’idée, pour la seconde phase du projet en cours d’élaboration, de mettre l’accent sur le lien parent-enfant en travaillant sur un soutien à la parentalité. «Après la phase de découverte, l’appropriation des habitudes est l’un des enjeux pour la suite.»

(1) Document téléchargeable en version intégrale sur le site de l’Inpes: https://www.inpes.sante.fr/icaps/

10 ans d’existence de l’Agence Intermutualiste

Le 30 Déc 20

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L’Agence Intermutualiste (AIM) existe depuis un peu plus de dix ans. Lors du séminaire organisé le 18 décembre dernier au Palais des Académies à l’occasion de cet anniversaire, les mutualités ont dressé un bilan et un état des lieux, tout en se projetant aussi dans le futur. En effet, l’AIM veut continuer à assister les autorités dans leur recherche de l’équilibre entre qualité, accessibilité et maîtrise des coûts dans le secteur des soins de santé.

Rôle de l’AIM

L’implication des mutualités dans l’exécution de l’assurance maladie fait en sorte qu’elles disposent de toute une série de données, comme le profil de maladie des Belges et des profils des institutions et prestataires de soins. Par le biais de l’AIM, les mutualités peuvent rassembler ces données et les mettre à disposition de manière codée (anonyme).
Sur base de ces données, les mutualités, les autorités publiques et les institutions fédérales peuvent effectuer des analyses permettant la préparation et l’évaluation de mesures prises dans la politique de santé et la réalisation d’études scientifiques. Ainsi, ces données contribuent à l’orientation de la politique de soins de santé et peuvent aider à améliorer l’accessibilité et la qualité des soins de santé.

Réalisations

Au cours de ces 10 ans un certain nombre de réalisations ont vu le jour grâce au travail de l’AIM. Ces projets sont souvent effectués à la demande de ou en collaboration avec des partenaires, à savoir l’INAMI, le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE), le SPF Santé publique, les Communautés et Régions.

Quelques exemples.
Le feedback individuel vers les médecins généralistes et spécialistes relatif à leur comportement de prescription d’antibiotiques et d’autres médicaments. L’AIM a fourni les données et produit les fichiers de résultats de cette campagne.
Le feedback individuel de l’état des lieux des campagnes de dépistage cancer du sein envoyé aux médecins généralistes et gynécologues, ainsi que les différents rapports relatifs à ces campagnes de dépistage ont été réalisés sur base des analyses de l’AIM (Éducation Santé évoque régulièrement ces rapports dans ses colonnes).
L’AIM met à disposition de manière permanente des données codées détaillées et longitudinales relatives à 1 assuré social sur 40, soit plus de 250.000 personnes, connues sous le nom ‘d’échantillon permanent’. Un outil d’aide à la décision sans doute unique au monde! Sur demande, les chercheurs peuvent également recevoir accès à ces données.

Projets futurs

L’AIM a l’intention de continuer à réaliser de tels projets, mais elle veut également faire face à de nouveaux défis.
Les données nécessaires pour effectuer les bons choix dans la recherche d’un équilibre entre qualité, accessibilité et maîtrise des coûts seront mises à disposition des autorités publiques et des partenaires dans la gestion des soins de santé. Avec l’aide de l’AIM et des mutualités, cela permettra aux autorités publiques de concevoir des mesures socialement justifiées.

L’AIM a par conséquent l’ambition de rester un point de référence pour les autorités publiques, grâce au rôle des mutualités comme intermédiaires à tous les niveaux de décision et de mettre à profit son expertise dans le débat actuel de la communautarisation partielle des soins de santé.

Enfin, l’AIM souhaite participer activement au développement d’indicateurs de qualité des soins, tant au niveau fédéral que communautaire. Elle collabore déjà activement au projet d’indicateurs de qualité développés pour les hôpitaux flamands.

Dans cet environnement futur, l’AIM s’interroge sur le fait de trouver un meilleur équilibre entre le droit au respect de la vie privée du prestataire et les intérêts de la santé publique. Suite à son étude récente montrant de grands écarts des taux d’accouchements par césarienne entre hôpitaux, l’AIM a ainsi publié des comparaisons entre institutions hospitalières qui ont fait grincer quelques dents…

Agence Intermutualiste, avenue de Tervuren 188A, 1150 Bruxelles (nouvelle adresse depuis la mi-janvier). Internet : https://www.cin-aim.be

Encore une histoire d’oignons ? C’est quoi cette salade ?

Le 30 Déc 20

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L’asbl Cordes a diffusé en 2010 dans toutes les écoles et auprès des acteurs éducatifs et de santé du secteur non marchand une affiche intitulée «Une année… aux petits oignons». Elle vient de sortir un guide d’accompagnement pour faciliter l’exploitation pédagogique et éducative des 26 questions qui la composent. Une belle occasion pour démarrer l’année… avec des propositions pour intéresser les élèves… aux petits oignons !

Genèse d’un nouvel outil

Tout d’abord un mot sur le processus de création de cet outil «Une année… aux petits oignons» pour aborder le sujet des fruits et des légumes : l’idée de l’affiche didactique illustrée sur cette page nous est venue, à force d’entendre de temps en temps, des réflexions à propos de l’affiche «En rang d’oignons» telles que: «On ne reconnait pas les fruits et les légumes», «Les dessins sont trop enfantins pour nos élèves», même si le kit pédagogique est parfois utilisé dans des cours d’alphabétisation ou dans des salles d’attente de maison médicale pour susciter la parole des adultes et des enfants sur le sujet des fruits et des légumes et des pratiques alimentaires.

Nous avons donc imaginé une proposition équivalente mais avec des illustrations réalistes, un esprit plus «documentaire» pour une approche du sujet plus «sérieuse», à destination des plus grands. Ce sont les dessins d’ Anna Simon (la même illustratrice que pour «En rang d’oignons») qui nous ont servi de point de départ pour construire cet outil. À chaque dessin correspond une question qui ouvre à chaque fois sur un aspect différent des fruits et des légumes. Nous étions persuadées que celles-ci stimuleraient la curiosité des élèves et justifieraient la mise en route de recherches, d’observations, d’explorations, voire de projets…

Les techniques variées utilisées pour représenter les fruits et les légumes et le style de dessins, au trait, à l’aquarelle, des croquis réalistes ou pas, nous semblaient aussi une porte intéressante pour inspirer des activités «artistiques»… En faisant entrer des aliments dans la classe pour les observer et les dessiner, il y a fort à parier que ce soit aussi l’occasion pour les élèves de les sentir, les toucher, les goûter, les découvrir et s’y intéresser.
Les questions de l’affiche abordent chacune une dimension différente: la biodiversité, les modes de production, les modes de conservation ou de cuisson, l’intergénérationnel, la proximité, les apparences, les goûts et dégoûts, les habitudes, le vocabulaire, les expressions, les usages, les coutumes, les normes, le jardinage, l’agriculture, les couleurs, les formes, les déchets, le gaspillage, les cycles, les traditions, l’économie, le coût de la vie, la santé, la solidarité, les rapports Nord-Sud, l’exotisme, la publicité… Une multitude de notions à aborder de mille façons, à relier entre elles, autant de prétextes pour se documenter, se forger une opinion, échanger et s’exprimer.

Mais les retours que nous avons eus suite à une première diffusion de l’affiche en 2010 nous ont donné à penser que celle-ci, telle quelle, avec ses images et ses questions, ne suffisait pas à ouvrir l’imaginaire pédagogique des enseignants. «Toutes ces questions sans réponses…».
L’affiche suscitait l’intérêt, on la trouvait belle et attrayante mais on ne voyait pas bien comment l’exploiter…

Un livret pour se jeter à l’eau

C’est alors que nous avons rectifié le tir ou – pour être moins «militaires», que nous avons cherché à répondre à ce besoin des enseignants. Nous nous sommes donc attelées à l’élaboration d’un guide d’accompagnement. L’idée de ce livret n’est pas de donner des réponses aux questions de l’affiche, mais chaque question est développée avec des propositions pour soutenir les démarches éducatives dans un objectif de promotion de la santé et de développement de compétences :
– des pistes pédagogiques à sélectionner selon les objectifs éducatifs et à adapter selon les âges,
– des références commentées de livres issus de la littérature de jeunesse ou à usage des adultes,
– des ressources et des sites web pour explorer le sujet, construire des séquences pédagogiques ou mener un projet,
– et des pavés «matière à réflexion» pour aller plus loin et interroger nos habitudes de vie et de consommation de manière critique.

Bref 56 pages pour aborder le sujet des fruits et des légumes de mille et une manière et en créant au travers des questions des liens entre les thématiques abordées.

Ce cheminement a mis en évidence les passerelles entre la promotion de la santé et les missions de l’école (telles que définies dans le Décret missions de l’enseignement de 1997) et plus particulièrement la nécessité de développer l’esprit critique pour rendre les élèves acteurs et citoyens dans la société.

Au cœur de nos réflexions et de nos intentions au travers de cet outil, on retrouvera aussi le souci de faire participer les élèves et d’impliquer les acteurs concernés. De même qu’une manière délibérée d’aborder la santé et ses déterminants, de façon ludique, globale et complexe plutôt que sous l’angle prescripteur pour modifier les comportements alimentaires et créer des habitudes favorables à la santé.

Interactivité dès le début

Pour obtenir l’outil, nous demandons aux enseignants de nous raconter leurs expériences d’activités ou de projets autour de la thématique de l’alimentation. Quels sont les sujets qu’ils abordent, comment s’y prennent-ils ? Qu’observent-ils, comment réagissent leurs élèves ? Quelles idées d’activités ont-ils ? Comment collaborent-ils avec leurs collègues, avec les parents ? Quels partenariats ont-ils tenté ? Avec quel résultat ? Enfin, ce qu’ils ont envie de partager à propos de leurs pratiques dans le domaine et ce que nous aimerions savoir pour élaborer des outils au plus près de leurs besoins.

Nous espérons, grâce à ces échanges avec les utilisateurs de nos outils, continuer à explorer de nouvelles questions, de nouvelles pistes d’exploitations pédagogiques, publications, ressources et continuer à partager toutes ces informations et bonnes idées.

Démarches pertinentes

Nous avons reçu depuis septembre une trentaine de récits. À travers ceux-ci, nous avons pu identifier les thématiques ou les démarches que ce guide et l’affiche «Une année aux petits oignons» allaient soutenir. En voici quelques-unes :
– en accompagnement de la distribution hebdomadaire de fruits ou de légumes organisée dans certaines écoles dans le cadre de la campagne «Fruits et légumes à l’école» avec le soutien financier de l’Union européenne, de la Région wallonne et de la Région bruxelloise. De fait, nos outils diffusés aux écoles participantes concrétisent une mesure pédagogique de la Fédération Wallonie-Bruxelles en soutien de ce programme tout en contribuant à le faire connaître;
– pour développer des activités en lien avec la mise sur pied d’un potager dans l’école ou aux abords de celle-ci, ou encore l’installation d’un compost;
– pour accompagner des expériences de germination, de plantations;
– pour étoffer des activités de cuisine (ateliers, concours…) ou encore l’ouverture d’un petit magasin de collations;
– pour sensibiliser les résidents dans des lieux de vie pour personnes handicapées mentales;
– pour accompagner l’organisation de petits déjeuners ou de repas thématiques à l’école;
– en renforcement de démarches éducatives pour aborder l’équilibre alimentaire, la visite d’une ferme, d’une exploitation bio, d’un potager, d’un magasin;
– pour susciter l’intérêt pour les fruits et les légumes de saison, locaux ou anciens, des élèves et des enseignants des formations techniques aux métiers de l’horeca.

Les projets et actions des enseignants cités ci-dessus illustrent à merveille le foisonnement d’activités sur la question des fruits et légumes et plus généralement de l’alimentation qui se déroulent depuis belle lurette à l’école. Cela peut venir d’initiatives personnelles des enseignants qui font les liens avec le programme scolaire et les matières d’éveil scientifique, de morale, d’expression orale et écrite, etc.; cela peut être suite à l’intervention d’animateurs associatifs sur la question de l’environnement ou de la santé par exemple; ou encore suite à la réception d’outils pédagogiques et de propositions pédagogiques qui leur arrivent tous azimuts, parmi lesquelles les nôtres subsidiés par la Fédération Wallonie-Bruxelles dans le cadre de notre programme de promotion de la santé.

La distinction avec les outils produits par l’industrie agro-alimentaire n’est pas toujours évidente à faire par les directions d’école souvent saturées par le flot de courriers et de sollicitations. Mais les enjeux éducatifs et de santé ne peuvent cependant pas être confondus avec les enjeux commerciaux tout aussi défendables qu’ils soient, mais alors sur les marchés, ce que l’école n’est point !

Bien évidemment, l’intérêt pour le sujet de l’alimentation à l’école – et dans notre société de manière générale – s’est encore accru depuis l’émergence du concept de développement durable et d’alimentation durable avec tout le questionnement que cela implique sur nos modes de consommation et de production; ou pour le voir sous l’angle négatif, les préoccupations alimentaires se sont accrues dans les milieux éducatifs et de santé depuis la diffusion de données mettant en évidence les désordres alimentaires affectant la santé : obésité, anorexie, surpoids, alimentation déséquilibrée, excès de sucre, ajoutés au manque d’exercice physique.

Vu sous l’angle de la promotion de la santé et de l’analyse critique, on pourrait affirmer qu’ils sont davantage conséquences et reflets des désordres relationnels, sociaux et économiques qui découlent de notre société au libéralisme exacerbé. Ne serait-ce qu’une hypothèse ? Le tout est de voir comment et par où commencer pour y remédier…

En tout cas, la diffusion d’un nouveau cahier spécial des charges pour des cantines santé couplé à des formations gratuites pour les cuisiniers (voir l’article de Christian De Bock dans ce numéro) est un autre pas dans la bonne direction. Voilà sans doute de quoi mieux démarrer une nouvelle année… aux petits oignons!

Contact : Claire Berthet et Cristine Deliens , asbl Cordes (cordes@cordes-asbl.be)

Des communes en mouvement pour la santé de leurs habitants

Le 30 Déc 20

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Les périodes électorales voient fleurir les mémorandums en tous genres. C’est d’autant plus vrai dans notre pays qui doit gérer un grand nombre de scrutins à tous les niveaux, vu sa complexité institutionnelle. Le secteur socio-sanitaire est rompu à ce type d’exercice, étant donné le morcellement des compétences ayant trait à la santé en Belgique.

On s’attend moins sans doute à ce que les élections communales inspirent à leur tour un travail de sensibilisation des politiciens à l’échelon local sur des enjeux qui semblent se régler à un tout autre niveau, fédéral, régional ou communautaire.

Ce n’est pas l’opinion de la Plate-forme d’action santé et solidarité (voir encadré), qui a profité des élections d’octobre 2012 pour rédiger à l’intention des candidats un mémorandum très ‘engagé’.
Ce document de 16 pages (téléchargeable sur le site https://www.sante-solidarite.be ) propose trois pistes aux décideurs locaux (extrait) :

Une politique de santé transversale et intersectorielle

Certains pays ont une politique plus développée qui fait systématiquement concorder différents champs de compétences politiques à la politique de santé et vice versa. En Belgique il est donc également important que la politique de santé des communes soit transversale et intersectorielle. Elle peut agir via la promotion de la santé, la prévention et l’éducation pour la santé, notamment en agissant sur les déterminants sociaux de la santé par un travail en collaboration avec tous les acteurs locaux concernés. La répartition des revenus, le marché de l’emploi, l’habitat, l’aide sociale, l’enseignement, les activités socioculturelles, l’égalité des chances, l’environnement et l’aménagement du territoire doivent faire l’objet d’une politique locale intégrée et holistique afin d’assurer une bonne santé à tous les citoyens.

Le lien entre la politique socio – économique et la santé devrait être intégré dans l’organisation des politiques communales. L’échevin de la santé, le cas échéant, devrait travailler en étroite collaboration non seulement avec le président du CPAS de la commune mais aussi en synergie avec l’ensemble des autres échevins au bénéfice de la santé. Toute mesure prise par les pouvoirs publics devrait être évaluée au regard de son impact sur la santé de tous ses habitants, à l’instar de ce qui existe au Québec par exemple.

Des initiatives locales au service de la population

La prévention et la promotion de la santé doivent aller à la rencontre de toutes les personnes concernées, dans leur milieu de vie, par le biais d’actions locales. L’universalité des services et des initiatives est une condition pour conserver et consolider une base forte pour la protection sociale. L’universalité de la santé s’appuie sur une accessibilité (financière, culturelle, géographique, etc.) pour tous.

Le principe de l’universalité ce n’est pas, «faire la même chose pour toutes et tous». Il faut une approche diversifiée selon les publics pour offrir les mêmes services pour toutes et tous.

La précarité économique est un déterminant prépondérant sur la maladie. Agir contre la précarité via une approche par quartier est une responsabilité de l’ensemble des politiques communales et pas seulement des CPAS. Dans une approche par quartier, une politique de santé locale et globale doit concerner tous les domaines d’activité. C’est-à-dire viser à améliorer l’environnement et les espaces collectifs, encourager le développement de services (crèches, haltes garderies, politique de mobilité, accès à la culture et au sport…). Mais aussi, concrétiser le développement des compétences (formation, apprentissage, insertion professionnelle) et revaloriser les quartiers et l’habitat au moyen de projets locaux d’économie sociale au sein desquels les habitants peuvent trouver un emploi.

Plus encore qu’une collaboration entre les divers échevinats et les acteurs locaux, la création d’un contexte dans lequel les habitants peuvent participer pleinement à la vie politique et sociale de leur commune est fondamentale. La participation à la politique, via les conseils consultatifs par exemple, et le développement d’une vie sociale locale ont de façon indirecte une influence sur la santé : celui qui sent qu’il a son mot à dire dans la société est en meilleure santé.

Une gouvernance locale au service de la santé des habitants

La gouvernance, la collaboration entre les représentants et l’implication citoyenne dans l’élaboration et la mise en oeuvre de stratégies politiques, est un élément fondamental. Ce principe présente de nombreuses facettes. Nous en retiendrons deux qui peuvent avoir un impact sur l’amélioration de la santé des habitants de la commune.

Transparence et participation citoyenne

Les mécanismes de transparence et de participation citoyenne sont fondamentaux, à savoir l’implication dans l’élaboration et la mise en oeuvre des politiques communales des forces vives, telles que les associations locales, de fait ou de droit, les mutualités, les entreprises et les personnes ou groupes de personnes qui ont des activités sur le territoire de la commune. Dans cette optique, la commune est appelée à développer et renforcer le rôle des techniques de participation citoyenne, notamment la généralisation du droit d’interpellation directe lors des conseils communaux, la facilitation de la mise en oeuvre des consultations populaires communales, le développement de la technique des budgets participatifs.

Rôle d’exemple en matière de conditions de travail de ses travailleurs et de concertation sociale

À l’heure de la dégradation continue des conditions de travail, notamment par le biais du développement de contrats de travail atypiques et la mise à mal de la concertation sociale, l’administration communale a plus que jamais un rôle d’exemple à jouer pour promouvoir des emplois durables, des conditions de travail dignes et la promotion d’emplois de qualité, ainsi qu’une politique de concertation sociale large et ouverte. Elle sera d’autant plus crédible à promouvoir de telles politiques sur son territoire, qu’elle les appliquera elle-même.

Des porte-paroles éloquents

Lors de la présentation de cette initiative citoyenne, nous avons été frappé par la forte conviction des trois intervenants de la plate-forme.

Jean Hermesse (Mutualités chrétiennes) rappela toute l’importance du niveau communal dans une approche globale de la santé, importance souvent sous-estimée par les élus locaux. Il souligna aussi que les inégalités sociales de santé se marquent fortement à l’échelon local, un exemple bruxellois très frappant à l’appui. En citant quelques leviers de l’action communale en la matière, il montra aussi que des choix judicieux en termes d’impact sur la santé des habitants ne nécessitent pas des moyens hors de portée des finances communales, mais plutôt l’intégration d’un ‘nouveau’ paradigme valorisant les déterminants non biomédicaux de la santé.

Isabelle Heymans (Fédération des maisons médicales) plaida avec beaucoup de vigueur et quelques exemples séduisants pour l’implantation d’un véritable axe de la santé au niveau local, et pas seulement pour la mise en place d’échevinats de la santé cantonnés à une stricte politique sanitaire.
Elle mit aussi en évidence le rôle intermédiaire des provinces (le scrutin d’octobre se jouait aussi à ce niveau dont l’utilité est régulièrement contestée depuis quelques années), défendant le travail de certains observatoires non seulement en matière de récolte et d’analyse des données épidémiologiques, mais aussi d’interventions de promotion de la santé.

Pour sa part, Jean-Marie Léonard (ancien du SETCa) mit en évidence l’impact délétère des ‘rationalisations’ en cours dans les services locaux à la population (fermeture de bureaux de poste, de mutuelle…), car si la richesse des contacts sociaux contribue à la santé, la raréfaction de ceux-ci renforce évidemment l’isolement, en particulier des moins mobiles, des plus fragiles. Il déplora aussi l’‘angle mort’ entre le monde du travail et celui de la santé, quand la première ligne est amenée à gérer autant que faire se peut les conséquences de la souffrance au travail.

Plate-forme d’action santé et solidarité

La Plate-forme est née de la rencontre de personnalités issues des mutualités, des syndicats, d’associations, d’ONG et de personnalités du monde académique. Elle considère que la santé est un droit pour tous, et plaide en faveur d’une politique de santé progressiste et égalitaire en Belgique, en Europe et dans le monde.

Concrètement, l’objectif principal de ces acteurs est d’unir leurs travaux et leurs forces sur trois plans principaux. D’une part, analyser d’un oeil critique les soins de santé en Belgique, en Europe et dans le monde, mais également les facteurs sociaux qui déterminent la santé et la maladie. D’autre part, informer et sensibiliser les professionnels et la population sur les conséquences des attaques des politiques néolibérales sur la protection sociale et le service public des soins de santé. Enfin, proposer, encourager et défendre des politiques de santé et de promotion du bien-être solidaires.

Dans cette perspective, la Plate-forme stimule la rencontre et l’échange, le travail de lobby et l’action, avec une attention particulière au grand public.

Plate-forme d’action santé et solidarité, chaussée de Haecht 53, 1210 Bruxelles. Tél.: 02 209 23 64. Courriel: info@sante-solidarite.be. Internet: https://www.sante-solidarite.be.

Comme le soulignait aussi Jacques Morel (Écolo), les valeurs défendues par la Plate-forme impliquent un nouveau mode de gouvernance au niveau local (et pas que local d’ailleurs ndlr), pour rompre avec le compartimentage des compétences au sein des majorités. Elles nécessitent aussi un gros travail auprès des élus locaux, dont la perception de la responsabilité communale en santé est encore très faible aujourd’hui.

Le mémorandum n’en est donc que plus pertinent. Il sera intéressant d’observer son impact concret en cours de législature…

‘0-5-30 Combinaison prévention’

Le 30 Déc 20

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Déclinaison belge d’une formule québécoise

Les élections communales et provinciales du 14 octobre dernier ont inspiré une campagne de sensibilisation des candidats et élus locaux aux bienfaits du ‘0-5-30 Combinaison prévention’. Une manière de plus d’affirmer que le niveau local est décidément incontournable pour promouvoir la santé des populations.

Extraits

En tant qu’organisations ayant comme objectif d’améliorer le bien-être et la santé de toute la population, il nous semble primordial d’attirer votre attention sur l’impact positif que peuvent avoir vos décisions sur le capital santé de vos concitoyens. (…)

En effet, trois habitudes de vie – tabagisme, alimentation déséquilibrée et sédentarité – ont un impact non négligeable sur l’apparition de nombreuses maladies chroniques dans la population belge, et dans nos sociétés modernes en général. De multiples études scientifiques et rapports, émanant notamment de la Commission européenne ou de l’OCDE, mettent en avant ces mauvaises habitudes de vie comme facteurs de risques majeurs de problèmes de santé fréquents, tels que l’hypertension artérielle, le diabète, l’obésité, de nombreuses affections respiratoires, le cancer, etc. Les conséquences sont très graves et se marquent, non seulement dans les années de vie perdues, mais également dans la perte de qualité de vie, altérée par la maladie.
Actuellement, selon l’Enquête de santé nationale 2008, 48% de la population belge est en surcharge pondérale… Mais ces chiffres ne sont pas des fatalités ! Ils peuvent et doivent diminuer, avec votre appui.

Le saviez-vous ?

La recherche montre que pour chaque euro investi en promotion de la santé, le ratio coût/avantages obtenus dans les 5 années qui suivent le lancement des campagnes varie entre 3 et 8 !
Dans les trois habitudes de vie citées plus haut, il y a bien sûr les choix que pose chaque individu. «Je préfère boire de l’eau plutôt qu’un soda sucré; je choisis de conduire mon enfant à l’école à pied plutôt qu’en voiture; j’essaie d’arrêter de fumer, mais ce n’est pas facile… »

Mais ces choix sont très largement influencés par l’environnement dans lequel nous évoluons. En tant que décideurs, vous avez le pouvoir d’améliorer les conditions dans lesquelles vos administrés vivent !
Par exemple : «Mon école met de l’eau à notre disposition, c’est fun et c’est gratuit: pourquoi dépenser mes sous dans un distributeur ? Mon enfant se rend à l’école à pied ou à vélo : les chemins sont sécurisés; il peut même faire les trajets en groupe et accompagné, il le demande car il y rencontre déjà ses copains ! Depuis que la circulation des voitures a été modifiée dans ma ville, j’aime m’y promener, c’est calme et l’air que l’on respire est meilleur. J’ai 65 ans, la commune organise dans mon quartier des séances de tai chi. Cela me fait un bien fou. Et puis c’est une occasion de voir les copines …»

Concrètement, que pouvez-vous faire? (…)

0 comme 0 fumée de tabac, 5 comme 5 portions de fruits et de légumes par jour, 30 comme 30 minutes d’activité physique par jour

Le concept ‘0 5 30’ est utilisé avec succès par nos amis Québécois et diffusé largement par certains acteurs de la santé en Belgique. Simple et tellement efficace pour la santé !

Le 0 vise l’accès à un air exempt de fumée de tabac et l’arrêt du tabagisme; les lois interdisant de fumer dans les lieux publics et au travail permettent de faire reculer le tabagisme et de protéger les non-fumeurs. Décidez d’aller plus loin ! Oeuvrez dans votre commune ou votre province pour une qualité de l’air optimale ! Une loi n’est efficace que si, en pratique, elle est contrôlée !

Le 5 vise non seulement l’augmentation de la consommation des végétaux (fruits et légumes) mais également à promouvoir une alimentation saine, savoureuse et variée. Et si vous tentiez d’optimiser la qualité de toute la restauration collective dont vous avez la responsabilité : celle des écoles, des homes de personnes âgées, des repas servis par le CPAS, des hôpitaux, de votre personnel communal ou provincial, etc.

Le 30 vise l’activité physique minimale recommandée à chacun, par jour. Qu’avez-vous comme infrastructures sportives dans votre commune ? N’y a-t-il pas moyen de les ouvrir à plus d’utilisateurs ? D’autres initiatives de promotion de l’activité physique sont-elles possibles ? Y a-t-il des circuits pédestres organisés ? Des séances de gymnastique douce pour les ainés dans les écoles de quartier ? Les cages d’escaliers de vos bâtiments publics sont-elles agréables ? A-t-on envie de les emprunter ? Et les moyens de déplacements actifs – à vélo, à pied –, sont-ils favorisés ? Sont-ils sécurisés ? Faut-il les développer ? C’est bon pour la santé des utilisateurs, ça améliore la qualité de l’air et favorise le contact social.
Dans votre commune, vous pouvez aussi susciter la collaboration de nombreux partenaires locaux : écoles, pouvoirs organisateurs des écoles, services de promotion de la santé à l’école, clubs sportifs…

Nous sommes persuadés qu’oeuvrer à la qualité de vie de vos concitoyens est le moteur de votre engagement politique. La santé étant notre bien le plus précieux, vous ne pouvez qu’être concerné par celle de vos concitoyens. Faites en sorte que les conseils donnés par les professionnels de la santé deviennent accessibles. Intégrez le concept ‘0-5-30 Combinaison prévention’ dans vos projets et déclinez-le de telle sorte que, dans votre commune, votre province, les familles évoluent dans un cadre agréable, favorable à leur bien-être et à leur santé.

Fondation Happy Body (1) et les cosignataires de ce mémorandum : Observatoire de la Santé du Hainaut, Union Professionnelle des Diplômés en Diététique de Langue Française, Belgian Association for the Study of Obesity, Société Belge des Médecins Nutritionnistes, Panathlon, Département de la Santé mentale et Prévention-Santé de la Province de Luxembourg, Fondation Contre le Cancer, Société Belge de Nutrition Clinique, Société Scientifique de Médecine Générale, Ligue Cardiologique Belge

(1) « La Fondation d’utilité publique ‘ Happy Body ‘, avec la campagne du même nom , est un appel au rassemblement des forces dans la lutte contre l’obésité . Initiée par la Fédération de l’industrie alimentaire ( FEVIA ), le Comité Olympique et Interfédéral Belge ( COIB ) et l’asbl NUBEL , cette campagne vise à promouvoir un changement d’attitude et d’environnement en faveur d’un style de vie équilibré .»

10 ans de pratique médicale basée sur les preuves

Le 30 Déc 20

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Très beau succès pour la journée d’études organisée par le Centre belge pour l’Evidence-Based Medicine (CEBAM) pour fêter ses 10 ans : plus de trois cents personnes réunies un samedi au Square, le palais des congrès de Bruxelles. Un lieu accueillant, situé à côté d’une gare et en plein centre de Bruxelles, une organisation sans faille (1), un respect scrupuleux des horaires, des intervenants de qualité, on aurait eu tort de bouder son plaisir… Ce qui nous a frappé d’emblée, c’est l’absence de toute présence de l’industrie pharmaceutique, ce qui est appréciable lors d’une réunion de professionnels de santé. On n’attendait pas autre chose, bien sûr, mais cela fait quand même plaisir (2). Un peu comme quand on arrive dans une salle de cinéma après l’écran publicitaire, juste avant le début du film…

De la matinée plénière, composée de quatre conférences, nous retiendrons la première, particulièrement passionnante. Richard Smith, ancien ‘editor in chief’ du British Medical Journal, nous a expliqué d’une façon percutante ‘Ce qui cloche avec les revues médicales’ (3) (comprenez, les revues médicales de référence comme le BMJ, pas les éponges à publicités pharma). Au cours de son exposé corrosif, l’absence d’éthique de ces titres prestigieux apparut de façon criante, et forcément très documentée de la part de quelqu’un qui était dedans voici quelques années à peine.

Il énuméra et détailla une série d’écueils. Par exemple, on a du mal à savoir à quoi ces revues servent, car elles ont une influence modeste sur la pratique des médecins. Mais cela n’est peut-être pas si grave, vu la faible qualité de ce qu’elles publient, voire le caractère dangereux de leurs contenus, dixit Smith (4) !
Il souligna aussi la pauvreté de la validation par les pairs (peer review), considérée à tort comme une vertu cardinale. Il stigmatisa également la mode des auteurs multiples, dont la moitié ne répondent pourtant pas aux critères qualifiant une contribution significative à un article, et dont 20% n’ont même strictement rien écrit de ce qu’ils cosignent…

Vous en voulez encore ? Il y a évidemment la question des conflits d’intérêt minant le travail de la plupart des auteurs, qui ‘oublient’ quasi systématiquement de les signaler. Authentique : il cita le cas (pas du tout isolé) de la réimpression d’un article du Lancet à la demande d’une firme pharmaceutique, qui rapporta 1.300.000 £ à la revue. Pour un seul article ! À ce prix-là, le texte concluait sûrement à l’absence de démonstration de l’efficacité d’un médicament de la firme…

Pour l’anecdote, il cita aussi des cas célèbres de tricheries caractérisées pourtant publiées dans ces revues, ou de comportements éditoriaux indécents (5), pour terminer par accuser un ‘business model’ qui s’enrichit en rationnant l’accès aux idées nouvelles et aux recherches.

Rassurez-vous, il termina cet exposé terrible sur une note résolument optimiste, en pariant sur le caractère inévitable dans un futur proche de l’accès public à toutes les sources et données, qu’il est de plus en plus difficile d’empêcher en ces temps de triomphe de l’immédiateté électronique (6).

Après ce feu d’artifice, les exposés de Wolfgang Gaissmaier, ‘Aider médecins et patients à comprendre les statistiques de santé’, d’ Isabelle Boutron, ‘L’évaluation des risques de biais’, et de Hans Maanen ‘Comment tromper la presse’ (ce dernier au titre pourtant engageant), pour intéressants qu’ils fussent, manquaient un peu de sel…

L’ensemble brossait un tableau peut-être trop sévère de la situation, mais ne signifiait nullement que la pratique peut se passer de références robustes, au contraire. Le remarquable travail du CEBAM depuis 10 ans en est précisément la preuve vivante !
Merci à Xavier de Béthune et à Stéphanie.

Le CEBAM, Centre belge pour l’Evidence-Based Medicine

Le CEBAM a pour but premier de former les soignants et les patients à la démarche de l’EBM (la médecine basée sur les preuves): consulter et analyser les informations médicales scientifiques, pertinentes, validées et les intégrer dans les décisions qui concernent les soins de santé.
En tant que branche belge de la Cochrane Collaboration , le CEBAM est responsable de
diffuser les revues systématiques existantes (il en existe plus de 2.000), et de contribuer à en créer de nouvelles.
Le centre propose également de valider de nouvelles recommandations de pratique clinique en soins de santé .
Il veille aussi à donner une aide méthodologique aux personnes intéressées pour augmenter la qualité de leurs travaux dans les trois domaines ci-dessus. En outre, sa Digital Library of Health (DLH) permet aux soignants d’accéder en ligne à des sources d’information de grande qualité, qui couvrent la littérature médicale et paramédicale. Cette bibliothèque se veut une interface d’excellence, à un prix très abordable.

CEBAM, Kapucijnenvoer 33 Blok J Bte 7001, 3000 Leuven. Tél.: 016 33 26 97. Fax: 016 33 74 80. Courriel: info@cebam.be. Site: https://www.cebam.be

(1) À un détail près, l’usage de l’anglais pour la séance plénière. C’est toujours un peu pénible d’entendre des gens dont ce n’est pas la langue maternelle le martyriser sous prétexte de faciliter la communication. Si les deux premiers conférenciers étaient très à leur aise, les deux suivants l’étaient beaucoup moins, et les questions des participants étaient à ce point incompréhensibles qu’ils ont dû toutes les répéter! De grâce, alstublieft, utilisez plutôt nos langues officielles!
(2) Les sponsors principaux étaient le Service public fédéral santé publique et l’INAMI. Parmi les autres, on notera la présence de Bodytalk , le mensuel santé grand public de Roularta. On a donc échappé au Journal du médecin …
(3) Richard Smith, ‘The Trouble with Medical Journals’, London. Royal Society of Medicine Press, 292 p., 2006.
(4) Il ne résista pas au plaisir de citer ce jugement de Drummond Rennie ( JAMA ): « On dirait qu’il n’existe pas d’étude trop mal ficelée , ni d’hypothèse trop futile , de littérature trop partiale ou trop égocentrique , de conception trop tordue , de méthodologie trop bâclée , de présentation de résultats trop inexacte , trop vague et trop contradictoire , d’analyse trop intéressée , d’argument trop circulaire , de conclusions trop insignifiantes ou injustifiées , ni de grammaire et de syntaxe trop révoltantes pour empêcher qu’un article ne finisse par être imprimé .»
(5) Très jolie performance de cet auteur qui publia 63 de ses textes dans sa revue, modifia la prose de collègues sans leur demander leur avis, publia une lettre qu’il s’envoya lui-même sous pseudonyme, et répondit aussi sous pseudonyme pour discréditer un collègue. Un vrai sans faute!
(6) Comme pour lui donner raison, quelques jours plus tard, une journée d’études sur l’accès libre aux publications scientifiques était organisée au Palais des Académies, avec la signature par les diverses autorités politiques de tutelle de la Déclaration de Bruxelles engageant résolument la Belgique sur les voies de l’accès libre aux publications scientifiques et de la ‘science ouverte’.

Votre avis sur Éducation Santé

Le 30 Déc 20

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À intervalles réguliers, nous vous demandons votre avis sur notre publication mensuelle. Il est important pour nous de bien connaître nos lecteurs: qui ils sont, ce qu’ils lisent dans Éducation Santé, leurs rubriques préférées, leurs attentes à notre égard, leur intérêt pour le site Internet de la revue et ses autres aspects électroniques.
Ces informations nous sont précieuses pour améliorer la revue et lui donner des impulsions nouvelles. Plus prosaïquement, si les résultats sont positifs, cela nous aide également à argumenter toute nouvelle demande de subsides !

Que voulions-nous savoir ?

En 2010, nous avions focalisé nos questions sur les déclinaisons électroniques de la publication. Cette année, nous avons voulu avoir une image plus complète de la perception d’Éducation Santé par ses abonnés.
Qui lit la revue (âge, sexe, formation, activité, lieu principal d’activité, nombre de lecteurs par exemplaire diffusé) ? Est-ce que la revue permet aux lecteurs de mieux appréhender la promotion de la santé? Comment la revue et ses rubriques sont-elles appréciées ?

Parmi les rubriques paraissant sporadiquement, souhaitent-ils en retrouver certaines plus souvent ? Combien les abonnés seraient-ils prêts à payer pour Éducation Santé si nous étions contraints de faire appel à eux pour financer la publication ? Accepteraient-ils que la revue contienne de la publicité ?
Connaissent-ils et visitent-ils le site https://www.educationsante.be, apprécient-ils ses divers aspects (page d’accueil, module de recherche, régularité des mises à jour, téléchargement PDF…) ? Sont-ils intéressés par la page Facebook que nous venons de lancer en septembre ?

Pratiquement

Nous avons adressé courant mai 2012 une enquête d’une vingtaine de questions à nos abonnés résidant ou travaillant en Belgique, 1832 personnes après soustraction des ‘retours’ de la poste. À la date de clôture de l’enquête (30 juin 2012), nous avions reçu 514 réponses, 102 en ligne et 412 par courrier. Cela représente un taux de réponse très appréciable de 28 % (1).

Évolution par rapport à nos enquêtes précédentes, nous offrions cette fois-ci aux abonnés la possibilité de répondre directement en ligne (voir encadré), sans devoir passer par un formulaire papier et un envoi postal. Cette alternative nous arrangeait plutôt, puisqu’elle nous dispensait de saisir les réponses d’une partie de nos lecteurs! Espoir quelque peu déçu: 20% seulement de réponses en ligne !

Google Documents, un outil simple et performant

L’application gratuite Google Documents permet de réaliser très facilement un questionnaire (qui s’appelle ‘formulaire’), et ce même si on n’est pas spécialiste des enquêtes.
De plus, dès qu’un questionnaire complété est envoyé par un répondant, la base de données des réponses est automatiquement mise à jour, et un résumé des réponses avec graphiques est instantanément généré. Le tout avec un degré de précision acceptable quand l’enquête n’a pas vocation scientifique.
Même si on n’est pas obsédé par le goût d’aujourd’hui pour l’immédiateté en toutes choses, il est intéressant de connaître à peu de choses près l’opinion des abonnés alors que l’enquête est toujours en cours!

Quelques résultats

Profil des abonnés

Les lectrices sont toujours très majoritaires, plus de 76%, comme il y a 5 ans.
Les hommes âgés de 55 ans et plus sont proportionnellement nettement plus nombreux que les femmes âgées de 55 ans et plus. Ils forment près de la moitié de cette tranche d’âge alors qu’ils ne représentent qu’un quart du lectorat.

La revue imprimée

Chaque numéro est lu par 2,5 personnes en moyenne, ce qui représente 5000 lecteurs tous les mois pour 2000 abonnés. Explication : la revue se trouve dans de nombreuses bibliothèques d’écoles, avec de fréquentes consultations par les étudiants.

Certains répondants signalent d’ailleurs qu’ils utilisent la revue pour donner leurs cours : «Les élèves de Techniques Sociales y trouvent un outil appréciable à leurs recherches et peuvent ainsi alimenter leurs TFE», «J’emploie votre revue pour expliquer la promotion de la santé à mes étudiants», «Je me sers d’Éducation Santé pour mes cours de français destinés à des étudiantes néerlandophones en secrétariat médical» …

À noter aussi que la revue peut appuyer des démarches plus collectives à côté de l’information-formation individuelle, comme par exemple pour la mobilisation du collectif des acteurs francophones de la promotion de la santé à l’occasion de l’annonce de la réforme du secteur en 2011.

Rares sont les répondants qui lisent entièrement la publication (19%). La plupart des gens lisent certains articles (71,5%) ou la feuillettent (9,5%). Une majorité des abonnés conserve tous les numéros.

Appréciation générale

Globalement, Éducation Santé est appréciée par une très large majorité des ses lecteurs, quelle que soit leur tranche d’âge.

Qu’apporte concrètement le mensuel à ses abonnés ?

96,2% des répondants estiment que la revue leur permet (au moins partiellement) de prendre connaissance d’initiatives locales et à l’échelle de la Communauté française.
97,4% des répondants estiment que la revue leur permet (au moins partiellement) de mieux approcher les concepts et méthodes liés à la promotion de la santé.
92,8% des répondants estiment que la revue leur permet (au moins partiellement) de mieux comprendre les stratégies d’action mises en place en Communauté française.
90,5% des répondants estiment que la revue leur permet (au moins partiellement) de faire le lien entre leur pratique quotidienne et une perspective globale de la santé.

Comment sont perçues les différentes rubriques ?

Tableau 1 – Appréciation des rubriques de la revue imprimée

Rubrique – Excellent – Bon – Moyen – Faible
Initiatives (n=489) – 79 (16,2%) – 361 (73,8%) – 46 (9,4%) – 3 (0,6%)
Essentiel (n=488) – 87 (17,8%) – 344 (70,5%) – 54 (11,1%) – 3 (0,6%)
Outil (n=490) – 122 (24,9%) – 303 (61,8%) – 61 (12,4%) – 4 (0,9%)
Réflexions (n=487) – 114 (23,4%) – 329 (67,6%) – 40 (8,2%) – 4 (0,8%)
Stratégie (n=481) – 73 (15,2%) – 333 (69,3%) – 70 (14,6%) – 5 (0,9%)
Lu pour vous (n=485) – 101 (20,8%) – 317 (65,4%) – 63 (13%) – 4 (0,8%)
Matériel (n=487) – 111 (22,8%) – 301 (61,8%) – 72 (14,8%) – 3 (0,6%)
Vu pour vous (n=483) – 90 (18,7%) – 325 (67,3%) – 64 (13,3%) – 4 (0,7%)

Quelles sont les rubriques moins fréquentes à publier plus souvent d’après les abonnés ?

La ‘documentation’ pour 45,1% d’entre eux, la ‘locale’ (22%), les ‘données’ (17,3%). Voilà un véritable plébiscite pour la documentation, auquel nous ne nous attendions pas, en tout cas pas dans de telles proportions. Il est vrai qu’Éducation Santé compte un grand nombre de bibliothécaires et de documentalistes parmi ses abonnés. Nous allons relancer cette rubrique en 2013 avec la collaboration de RESOdoc UCL.
La nouvelle maquette (2) est jugée excellente par 19% des lecteurs et bonne par 74,2%.

Le site Internet

En 2012, rares (5,5%) sont les abonnés qui n’ont pas de connexion Internet, et 60% d’entre eux connaissent le site de la revue. L’évolution au fil des ans est nette.

Tableau 2 – Connaissance du site https://www.educationsante.beAnnée

Connaissance du site de la revue (en %)
2003 – 26,5
2007 – 41
2012 – 58,4

Tableau 3 – Appréciation du site https://www.educationsante.be

Item – Excellent – Bon – Moyen – Faible
Page d’accueil (n=229) – 14 (6,1%) – 146 (63,8%) – 53 (23,1%) – 16 (7%)
Module recherche (n=229) – 28 (12,2%) – 145 (63,9%) – 50 (21,8%) – 6 (2,1%)
Présentation articles (n=229) – 24 (10,5%) – 159 (69,5%) – 36 (15,7%) – 10 (4,3%)
Impression articles (n=221) – 25 (11,3%) – 156 (70,6%) – 31 (14%) – 9 (4,1%)
Rythme mise à jour (n=222) – 26 (11,7%) – 167 (75, 2%) – 27 (13%) – 2 (0,1%)
Agenda (n=224) – 29 (12,9%) – 163 (72,8%) – 29 (12,9%) – 3 (1,4%)
Brèves (n=227) – 21 (9,3%) – 166 (73,1%) – 34 (15%) – 6 (2, 6%)

Certains commentaires font état du caractère austère et statique de la page d’accueil, qui explique en partie le plus faible indice de satisfaction sur ce point. C’était une volonté de notre part au début, mais ce n’est sans doute plus tenable aujourd’hui… Le design commence à dater pour plusieurs personnes; un abonné (sans doute paléontologue) parle même «d’un graphisme datant du premier envol de l’archéoptérix» !
Pour nuancer, précisons que d’autres personnes apprécient précisément la neutralité et la sobriété de l’apparence du site, qui favorisent selon elles l’appréhension de ses contenus.

D’autres réponses soulignent l’avantage du module de recherche par rapport à la version papier, «qui justifie à lui seul le recours au site» selon une répondante.

Le rythme de mise à jour, une fois par mois pour les articles, une fois par semaine pour les infos ponctuelles, convient à une large majorité des lecteurs/surfeurs.
Cela dit, la mesure mensuelle du trafic sur le site donne des résultats stables après une progression forte et régulière les premières années. Elle tourne autour de 200.000 visiteurs par an (soit 600 par jour) et un demi-million de pages vues.

Réseaux sociaux

Au moment de faire cette évaluation, nous préparions l’entrée du magazine dans les réseaux sociaux. Nous en avons donc profité pour sonder l’intérêt de nos abonnés à ce sujet. 12% ont promis de s’inscrire à notre nouvelle page Facebook, et 20% ont assuré qu’ils iraient ‘voir ce que c’est’.
Après 4 mois de fonctionnement, nous avons publié plus de 400 informations sur les réseaux sociaux et nous sommes suivis par environ 300 personnes sur Facebook et sur Twitter.

Éléments complémentaires d’évaluation

Enregistrement des contacts

Nous gardons une trace des contacts utiles générés par la revue au fil des mois. Nous pouvons estimer ainsi le pourcentage qui débouche sur une information concrète partagée avec nos lecteurs, dans la revue papier, sur le site ou, depuis peu, sur notre page Facebook .
Pour les huit premiers mois de 2012, nous avons pu exploiter ainsi 219 infos sur 339 reçues, c’est beaucoup plus qu’à l’époque où notre seul outil de communication était la revue imprimée.

Sujets traités et articles les plus populaires

Depuis que le contenu de la revue est archivé sur le site, nous disposons d’une base de données en constante progression (plus de 1500 articles à ce jour). Il est relativement aisé d’y suivre certaines problématiques par mot-clé, au départ des statistiques de consultation. Les cinq mots-clés les plus demandés sont: alimentation – alcool – tabac – obésité – diabète. Ce n’est pas d’une originalité bouleversante !
Il est aussi possible d’établir un palmarès des articles les plus consultés sur une période donnée. Le plus populaire à ce jour a été ouvert plus de 7500 fois. Son sujet étant ‘Les jeunes et le porno’, il y a peut-être un léger biais…

(1) Il est sensiblement plus élevé par exemple que celui obtenu pour l’évaluation de ‘Santé pour tous’, le semestriel de la Fédération Wallonie-Bruxelles (5%).
(2) Depuis janvier 2012.

ROSALIE – Un réseau d’échanges, de partage d’expériences et de savoir-faire pour faire face aux inégalités sociales de santé

Le 30 Déc 20

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En Belgique, comme dans toute l’Europe de l’Ouest, l’accès à la santé est très inégal et ce, malgré les progrès thérapeutiques et technologiques et malgré le renforcement de l’accès aux soins. Même lorsque les services sont financièrement accessibles, les personnes socialement défavorisées sont en moins bonne santé et meurent plus jeunes. Le réseau liégeois ROSALIE a été mis sur pied pour tenter de répondre aux besoins de ces populations et des professionnels qui les accompagnent.

«Monsieur, porteur du sida, raconte que ce sont les gens de son village qui lui ont jeté un sort. La nuit, dans sa chambre, il les entend parler et rire.», «Comment cette dame qui a subi des mutilations génitales peut-elle être soignée alors qu’elle est sans-papiers?», «Voilà plusieurs fois que Monsieur et Madame n’amènent pas leur enfant à un rendez-vous médical important. On m’a dit qu’ils étaient candidats réfugiés politiques et qu’ils venaient de recevoir une décision négative. Mais je ne sais pas exactement ce que cela signifie…».

Les professionnels qui développent des projets à l’attention des publics précarisés sont souvent confrontés à des situations pour le moins délicates, et doivent réagir dans l’urgence la plupart du temps. Comment intervenir avec ces personnes ? Comment interpréter leurs paroles et leurs actes ? Comment communiquer dans le respect des différences ?

ROSALIE est le Réseau d’observation des réalités sociales et de promotion de la santé sur l’arrondissement de Liège. Il est composé de nombreux professionnels de l’arrondissement de Liège (1) qui ont souhaité renforcer le travail en réseau pour construire une vision partagée des liens entre santé des populations précarisées et réalités sociales de terrain.

Ses finalités sont à la fois de soutenir le lien entre professionnels, d’adapter au mieux leur travail aux besoins et aux attentes des populations précarisées, et de faire prendre en compte ces réalités (et l’impact de toute nouvelle mesure les concernant) aux institutions et représentants politiques.

Plus précisément, il s’agit :
– d’élaborer une connaissance partagée des liens entre la santé des populations précarisées et les réalités sociales de l’arrondissement de Liège (sur base des observations et de l’expérience des acteurs de terrain, mais aussi sur de données chiffrées fournies par les membres du réseau);
– de relayer ces connaissances aux structures et institutions d’observation existantes;
– de créer du lien entre professionnels et représentants politiques et de relayer ces connaissances à ces derniers;
– de créer du lien entre professionnels (sur base de valeurs partagées);
– de créer du lien entre les réseaux.

Concrètement, ROSALIE est l’occasion pour les représentants de différents réseaux, les acteurs de seconde ligne et les responsables institutionnels de se rencontrer et d’échanger afin d’identifier les publics précarisés (sur base d’indicateurs de précarité partagés), les besoins exprimés et les données disponibles, les acteurs et leurs pratiques, les atouts et difficultés (dans les pratiques), les enjeux éthiques, les spécificités liégeoises et le type de lien à développer avec les décideurs politiques.

Le processus est basé sur l’échange de savoirs et de pratiques. L’ensemble des partenaires a exprimé son intérêt pour une approche systémique et intersectorielle des inégalités sociales de santé, qui tienne compte des spécificités locales. Chacun a souligné l’intérêt d’un décloisonnement afin de mettre en place des actions concertées et pertinentes.

Afin d’officialiser leur appartenance à ROSALIE et de s’accorder sur des valeurs communes, ses membres ont rédigé collectivement et signé une Charte d’engagement reprenant la philosophie du projet et ses objectifs, ainsi que les attentes vis-à-vis des membres. En 2011, il s’agissait d’abord d’élaborer une définition commune de la précarité à partir de la vision qu’en a chacun. Il s’agissait ensuite, sur base d’une grille construite collectivement, d’inviter chaque membre à présenter ses données quantitatives et qualitatives utiles au réseau (afin d’identifier ce qui se fait, ne se fait pas et ce qu’il faudrait faire). Il a également fallu définir des actions et recommandations opérationnelles (2). Enfin, le réseau a poursuivi la diffusion du cahier de recommandations auprès des représentants politiques.

Les premiers constats se dégageant des présentations et des échanges ont mis en évidence que :
– une part de plus en plus grande de la population de l’arrondissement de Liège se retrouve dans une situation de précarité;
– parmi ces personnes, on trouve une proportion croissante d’étrangers sans statut ni droits sur le territoire belge;
les professionnels qui accompagnent les populations précaires sont de plus en plus souvent confrontées à des situations inextricables;
– les personnes vivant dans la grande précarité sont souvent désocialisées, en rupture avec la norme sociale, au point de ne plus pouvoir exprimer leurs besoins. Ainsi, leurs besoins primaires ne sont même pas couverts;
l’accès aux soins pour tous n’est plus assuré, même au sein d’organismes pour lesquels c’est une priorité;
– les questions de santé mentale liées à la grande précarité et aux situations de migration interpellent les intervenants. La fragilité mentale qui s’ajoute aux autres difficultés maintient les personnes dans la précarité.

Dans un avenir proche, ROSALIE envisage de:
– préciser la définition de la précarité à l’aide d’un modèle théorique;
– poursuivre les présentations des organismes participant au réseau;
– définir des dimensions prioritaires sur lesquelles travailler à partir des indicateurs de précarité identifiés;
– identifier les représentations des personnes précarisées concernant leur santé;
– porter cette réflexion auprès des professionnels de première ligne et des réseaux, par le biais d’un événement;
– porter le résultat de la réflexion auprès des représentants politiques;
– développer des actions collectives et concrètes telles que, par exemple, le projet de formation «santé et diversité culturelle» (voir encadré);
– élargir le réseau;
– améliorer la communication et renforcer la visibilité de ROSALIE;
– renforcer le lien avec les Plans de cohésion sociale des autres communes de l’arrondissement.

Un projet de formation sur base des constats de ROSALIE

Le 2 mars 2012 a eu lieu une matinée de réflexion, d’échanges et d’analyse des besoins de formation des travailleurs psycho-médico-sociaux sur le thème des «enjeux de santé dans un contexte interculturel».

Cette matinée poursuivait un triple objectif : identifier les difficultés des professionnels à analyser les demandes; prendre en charge ou orienter leur public étranger; mettre en lumière certaines ressources existantes et envisager la création d’une formation permettant d’outiller les travailleurs psycho-médico-sociaux confrontés à un décalage culturel avec leur public étranger et souhaitant élargir leurs compétences en matière de prise en charge.

Les principales difficultés relevées par les participants, quel que soit leur contexte de travail, sont :
– le décalage culturel avec le public;
– la complexité de la législation liée aux procédures de demande d’asile;
– la complexité des liens entre santé mentale et problématique sociale;
– le manque de clarté quant à la manière et au moment de relayer certaines demandes du public.

Il est évident que chaque partenaire du réseau pourrait amener des éléments de réflexion utiles pour gérer ces difficultés mais les démarches de formation proposées par certains organismes rencontrent un intérêt limité, sans doute parce qu’elles sont trop spécifiques et que les acteurs qu’elles visent ne se sentent pas concernés. Il s’avère donc opportun de coordonner les offres/ démarches de formation, de les adapter aux besoins des intervenants, afin de proposer une formation plus globale, plus transversale, s’adressant à un public large (à savoir tous les professionnels confrontés à un décalage culturel avec leur public étranger).

Pour ce faire, il était nécessaire d’identifier les besoins en formation et les modalités convenant aux professionnels. Les thématiques et enjeux émergents sont :
– l’importance de la décentration face aux décalages culturels;
– la prise de recul par rapport aux représentations et référents culturels;
– la place de l’interprète (collaboration, secret partagé, professionnalisme, confiance);
– la question du genre (rapports hommes/ femmes);
– le travail sur la relation, la rencontre et la communication interculturelle;
– le parcours d’accueil et les procédures de demande d’asile;
– le système de représentations de la santé et du bien-être des personnes d’origine étrangère.

Prochaine étape pour ROSALIE : la co-construction de la formation à proprement parler (sur base de l’analyse des besoins) et l’élaboration du programme.
Éducation Santé suivra cela de près et vous tiendra volontiers informés de la suite des activités du réseau liégeois.

Le CLPS de Liège, genèse d’un processus de concertation

Le Centre liégeois de promotion de la santé est une asbl agréée et subsidiée par la Communauté française dans le cadre du Décret du 14 juillet 1997 portant organisation de la promotion de la santé. Pour assurer ses missions et adapter ses actions aux réalités locales, le CLPS a mis en place un processus de concertation dès 1998. Son premier défi a été de se positionner par rapport aux nombreux réseaux existant sur la province, d’être accepté et de gagner de la légitimité sur le territoire liégeois. Ce travail a impliqué, dans un premier temps, d’identifier les organismes et les actions développées sur le terrain.

La Première journée liégeoise de promotion de la santé (2002) a ensuite permis de récolter les attentes des professionnels, pour pouvoir instaurer une dynamique sur le long terme. En réponse à ces attentes, des rencontres ont été organisées, des formations, des plateformes et des groupes de travail ont été mis en place.

Cette dynamique a abouti à l’organisation de la Deuxième journée liégeoise de promotion de la santé (2008), qui avait pour objectif de faire le point sur le chemin parcouru et d’envisager de nouvelles perspectives. Ainsi, 16 recommandations (3) ont été rédigées par les professionnels, interpellés par les inégalités sociales de santé et soucieux de faire part de leurs préoccupations aux responsables politiques et institutionnels.

ROSALIE est la concrétisation d’une des recommandations nées des acteurs locaux lors de cette seconde journée liégeoise. Le rôle du CLPS est de co-construire ce projet afin de poursuivre la dynamique et de susciter davantage d’échanges entre secteurs et acteurs.

Pour en savoir plus sur ROSALIE ou pour en faire partie : Centre liégeois de promotion de la santé, Place de la République française 1 (4e étage) – 4000 Liège. Tél.: 04 349 51 44, fax 04 349 51 30, courriel: promotion.sante@clps.be. Internet: https://www.clps.be.

(1) Centre de référence sida, CLPS, Centre Régional pour l’Intégration des Personnes Étrangères, Département des sciences de la santé publique de l’ULg, Intergroupe liégeois des maisons médicales, Mutualité chrétienne, Mutualité socialiste – Solidaris, Département Santé et Qualité de vie de la Province de Liège, Département Égalité des chances de la Province de Liège, Plan de Cohésion sociale de Liège, Relais social du Pays de Liège, Relais Santé du CPAS, Service de Promotion de la Santé à l’École de la Ville de Liège, Observatoire de la pauvreté et de la santé, Réseau liégeois d’aide et de soins en assuétudes, Seraing Ville Santé et SIDASOL.
(2) Ces recommandations ont fait l’objet d’une publication disponible sur https://www.clps.be.
(3) Ces recommandations ont fait l’objet d’une publication «Promotion de la santé et inégalités sociales de santé. Constats et recommandations à l’intention des responsables politiques» , disponible sur https://www.clps.be.

www.chat-accueil.org : un outil jeune pour un public jeune

Le 30 Déc 20

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Le site https://www.chat-accueil.org est une plateforme de Chat ouverte chaque soir de la semaine de 19 à 23 heures. Elle est le fruit d’une étroite collaboration entre Télé-Accueil Bruxelles (1) et SOS Amitié France (2). Depuis octobre 2005, toute personne qui éprouve des difficultés, qui souhaite s’adresser à quelqu’un dans l’anonymat et la confidentialité, peut se connecter sur ce site sécurisé et entrer en communication avec un écoutant bénévole spécialement formé.

Le Chat vise un public jeune, il permet aussi à des gens en grande difficulté d’expression orale ou d’audition d’échanger avec quelqu’un instantanément par écrit.
Ces six années d’expérience nous posent en témoin des difficultés des jeunes dans la société actuelle. Elles nous ont donné aussi à réfléchir sur cette rencontre particulière sans le support de la voix, sans la présence perceptible de l’autre.

De (très) jeunes appelants

En 2011, le site https://www.chat-accueil.org a enregistré 32.504 visiteurs dont la plupart viennent de France et de Belgique mais aussi de 102 autres pays dont les principaux sont le Maroc, l’Algérie, le Canada, les États-Unis, la Tunisie et la Suisse.
Plus de la moitié des appelants ont moins de trente ans. Un appelant sur six est âgé de moins de vingt ans.

De quoi parlent-ils ?

Ce qu’ils disent au Chat-Accueil ressort essentiellement de quatre grands types de problématiques : la dépression, les difficultés relationnelles, la solitude et le suicide.
Souvent, c’est grandir qui pose problème, devenir adulte, faire sa place dans la société, dans le groupe, dans la famille. L’amitié et ses trahisons, l’amour et ses complications, les parents, les études, le premier boulot… Le jeune est au coeur d’une tourmente sans fin.

Ce mal-être, les adolescents et les jeunes adultes l’expriment de façon variable : repli sur soi, tentation suicidaire (seul ou à plusieurs), automutilation. Les causes de leur malaise ne sont pas toujours explicites mais les écoutants remarquent qu’elles sont souvent les séquelles d’abus ou de maltraitance.

Ces appelants sont en rupture de communication. Le Chat-Accueil et son univers familier leur permet de renouer un dialogue avec un adulte: un adulte qu’ils viennent sciemment chercher, en lieu et place de leur parent ? En tout cas un tiers, un témoin de leurs questionnements. Le Chat-accueil est un lieu où ils peuvent raconter leur vécu, faire part de leurs erreurs, de leurs doutes sans faire souffrir leurs proches, sans les confronter, mais peut-être en s’y exerçant. Le Chat-Accueil est en effet un lieu où ils peuvent s’essayer, développer leur point de vue sans entrer en conflit avec une autorité, se livrer sans risquer un retour de manivelle. Un lieu de construction de leur identité.

Il est interpellant que des ados en rupture parentale viennent s’adresser à un autre adulte, à un «père», plutôt qu’à des camarades, à des pairs. Ces jeunes seraient sans doute moins en rupture qu’on ne le pense et le regard de l’adulte – fût-il un «étranger», un lointain anonyme, reste, quoi qu’ils en pensent, important pour eux.

Cette ouverture, cet espace pour parler de soi, est rendue possible par l’outil lui-même. La familiarité des jeunes générations avec l’informatique est un adjuvant mais ce n’est pas le seul. L’écrit, par la secondarisation de la pensée, permet à l’appelant d’avancer, même sans être lu. Quelle que soit la réponse que l’écoutant apporte, un travail personnel est en route grâce à la mise en mots, grâce à la construction des représentations mentales. Nous pouvons établir un parallèle entre le Chat-Accueil et le journal intime, ce confident souvent cher à la jeunesse. À la différence près qu’ici, il lui répond…

Écrire plutôt que parler

Bien qu’écrire laisse des traces indélébiles, des traces fixées qui peuvent aussi bloquer le fait de se raconter, bien qu’écrire trahisse parfois les limites de la pensée ou de son expression, il semble qu’une communication passant par l’écrit aide au développement de ces sujets particulièrement durs « parce qu’il est plus facile de se lire que de s’entendre ». Au Chat, cette communication est aussi plus morcelée. À plusieurs reprises, les appelants s’expriment par bribes, cette avancée progressive de paragraphe en paragraphe permettant peut-être d’accoucher de problématiques si difficiles à exprimer d’emblée.

Le Chat est un outil anonyme et neutre. L’anonymat permet de se préserver du jugement et des émotions. Sans voix, on dit encore moins qui on est. Curieusement cette distance rapproche, en ce sens qu’elle protège. Paradoxalement elle offre aussi à l’appelant une grande maîtrise du déroulé de la conversation. C’est lui qui l’alimente essentiellement, qui peut s’en retirer à tout moment, qui choisit de dire, de ne pas dire, de ne pas tout dire. Par analogie à la problématique de l’automutilation par exemple, il permet de reproduire cette relation complexe entre exposer son problème tout en ne le montrant pas complètement.

Appeler le Chat-Accueil, un premier pas vers une thérapie ? Il semble qu’écrire convienne particulièrement à ces appelants, qu’ils disposent ou non de facilités littéraires.
Osons donc dire que si parler peut faire du bien, écrire également. Consulter un thérapeute peut par ailleurs effrayer. Au Chat , l’appelant expérimente une expression de soi qui le met moins à nu que par la parole et les émotions qu’elle véhicule. Peut-être en trouve-t-il des bénéfices immédiats, par le simple fait de réfléchir à la formulation de son message, par sa relecture possible tout au long de l’échange.

Le Chat-Accueil met en branle un premier travail personnel, même inconscient. Il pallie aussi l’échec d’une tentative thérapeutique: quand ça n’a pas marché avec un professionnel, l’appelant reste avec sa demande d’écoute qu’il peut exprimer en ligne, parfois même dans l’immédiat de la crise.

Télé-Accueil

(1) Télé-Accueil Bruxelles. Numéro de téléphone national gratuit: 107. Site: https://www.tele-accueil-bruxelles.be
(2) SOS Amitié France. La liste des numéros régionaux est disponible sur https://www.sos-amitie.org. Ce site fournit aussi un accès au service de messagerie.

Les inégalités sociales de santé dans le Brabant wallon

Le 30 Déc 20

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La Mutualité chrétienne du Brabant Wallon souhaite mettre son grain de sel dans les projets qui visent la réduction des inégalités sociales de santé

Le 22 mars dernier, le centre mutuelliste de santé (CMS) de la zone Ottignies Louvain-la-Neuve a proposé à l’ensemble des professionnels de la santé de la zone et de la province de découvrir des données chiffrées sur les inégalités sociales de santé mais aussi des initiatives locales qui visent à les réduire.
Nous avons pu accueillir différents professionnels qui ont cette même vision que la Mutualité chrétienne, la défense du plus faible et dénoncer les injustices.

La journée a vu différentes interventions telles que :
– Inégalités de santé, indicateurs géographiques et socio-sanitaires par Hervé Avalosse, Service Recherche et Développement ANMC (voir l’ article dans ce numéro);
– Que peut mettre en place une AMO pour réduire les inégalités ? Approche communautaire avec l’exemple des jeunes face au cannabis par Luc Descamps, Directeur de la Chaloupe et thérapeute;
– Approche des soins et précarités: quelles réponses développer quand les inégalités en santé viennent submerger la filière de soins ? par le Dr Thierry Wathelet, Maison Médicale d’Ottignies
– Expériences en promotions de la santé pour réduire les inégalités sociales et de santé: pistes, réflexion et soutien par Maryline Nicolet, CLPS Brabant wallon (voir l’ article de Carole Feulien dans ce numéro).

Tous avaient ce même message : réduire les clivages sociaux persistants n’est pas une utopie. Les acteurs de l’action sociale et de la santé peuvent unir leurs efforts et se coordonner pour un meilleur accès aux soins et à la santé.
Grâce à notre Service de Recherche et Développement, nous avons pu mettre en avant des catégories de la population pour lesquelles nous devons avoir une attention particulière en tant que professionnel de la santé ou d’autres domaines.

Pour relever ce défi, la Mutualité chrétienne a réalisé un outil pédagogique «Santé et inégalités» qui a pour objectif de faire prendre conscience de l’existence des inégalités et qui elles touchent. Il aborde les sujets suivants :
-synthèse de l’étude réalisée par la Mutualité chrétienne : «Les inégalités de santé, ou pourquoi pauvreté ne rime pas avec santé»
-initiatives pour favoriser l’accès aux soins de santé
-santé et travail
-santé et femmes
-santé et jeunes
-logement
-relations avec les prestataires
-la consommation de médicaments
-isolement social: précarité sociale et financière
-santé mentale
-invalidité
-pour une promotion de la santé émancipatrice.
Cet outil a rencontré un énorme succès auprès des professionnels présents à notre colloque.

Ainsi, le CMS a pu leur proposer des partenariats. Dans un premier temps, les services Infor Santé du Brabant Wallon et de Hainaut Picardie ont proposé une formation de deux demi-journées sur cet outil pédagogique. Cette formation visait à exploiter au mieux l’outil pédagogique avec son équipe professionnelle ou son public.

Nous espérons que ce colloque sera une porte d’entrée pour d’autres projets avec la maison médicale d’Ottignies mais aussi d’autres partenaires : les Plans de cohésion sociale des différentes communes brabançonnes, les CPAS, les régies de quartier…

Le CMS a en tout cas réussi son pari : rassembler des professionnels autour des inégalités sociales de santé et susciter le partenariat avec la Mutualité chrétienne du Brabant Wallon.
Suite au prochain épisode…

Pierre Squifflet, Infor Santé (le service de promotion de la santé de la Mutualité chrétienne)

Des recherches en consommation

Le 30 Déc 20

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Dis-moi dans quoi tu manges…

Les travaux d’ Olivier Corneille portent sur l’influence psychologique. Récemment, ce chercheur a étendu ses intérêts de recherche aux comportements alimentaires, en particulier à l’influence de l’environnement quotidien sur ces comportements, soit l’impact du packaging, de la taille de la vaisselle, des quantités de nourriture servie, etc. sur la consommation des gens.

Deux questions sont au centre de ses recherches : quel est l’impact de la quantité de nourriture servie sur la consommation ? Qu’est-ce qui pousse les gens à augmenter leur consommation : le volume de nourriture, le packaging ou la conjonction des deux ?

Premier constat : les gens alignent leur consommation sur la quantité de nourriture qui leur est servie. L’attention n’est plus portée sur ce que l’on mange ni sur la faim que l’on éprouve. Résultat, les gens consomment plus que nécessaire. Or, lorsque l’on prend en compte le fait que la taille des assiettes a augmenté ces dernières années, que les quantités proposées par l’industrie alimentaire ne cessent aussi de gonfler, on peut aisément faire le lien entre la surconsommation et l’obésité grandissante de la population.

Deuxième constat : la taille du contenant a clairement un impact sur le volume de nourriture ingérée par le consommateur.
Pour arriver à ce constat, Olivier Corneille a mené récemment une expérience sur trois groupes pilotes d’étudiants à qui l’on a donné un bol de M&M;’s à manger devant la TV : le premier groupe a reçu une quantité moyenne de M&M;’s dans un bol moyen; le deuxième groupe a reçu la même quantité moyenne de M&M;’s dans un grand bol; le troisième groupe a reçu une grande quantité de M&M;’s dans un grand bol. La question était évidemment de savoir quel groupe allait ingurgiter le plus de nourriture. L’expérience indique que, sur une même durée, le deuxième groupe a consommé deux fois plus de M&M;’s que le premier et autant que le troisième. Pourquoi ? Lorsque l’on verse une quantité X dans un grand contenant, cette quantité paraît moindre que si elle était contenue dans un petit récipient. Du coup, les gens consomment davantage.

Parmi les bons gestes à adopter, pour faire face à cette surconsommation spontanée, Olivier Corneille préconise de ne pas agir sur la volonté des gens, qui peut être faillible, mais plutôt sur l’environnement : utiliser des contenants plus petits, que ce soit des assiettes pour le repas ou des bols pour les apéros ou le grignotage; remplir le contenant plus petit au maximum afin d’inciter à consommer moins; se concentrer sur son comportement alimentaire et éviter de manger dans des contextes inappropriés, dans lesquels l’attention est détournée (télévision, cinéma, travail).

Droit des consommateurs : le client d’abord

Durant les années ‘80, le slogan «le client d’abord» a été affiché sur les supports publicitaires utilisés par une grande enseigne belge de distribution. Pour cause : il n’allait pas de soi, à l’époque, que les entreprises et de façon générale les acteurs économiques et sociaux se soucient avant tout des consommateurs.
La Belgique vivait alors dans une économie de «planification» et de «cohésion».

Planification d’une part, vu qu’une grande partie de l’économie était prise en charge par l’État. Celui-ci organisait les activités en fonction d’objectifs qu’il jugeait essentiels. Le rôle du consommateur était réduit. Il devait accepter ce qui lui était proposé. Cohésion d’autre part, étant donné que les bonnes relations étaient essentielles au sein de la société. À cet effet, on régulait la concurrence qui aurait autrement opposé les acteurs. Par exemple, il n’était pas question de comparer ses prestations, dans une publicité, à celles du voisin.

Ce modèle est mis à mal depuis une vingtaine d’années. En cause, principalement, la construction de l’Union européenne. Pour créer l’Europe, nous avons dû renoncer aux règles qui avaient été négociées au fil des siècles dans la société belge. Les marchés se sont ouverts. Il a fallu produire davantage, vendre, consommer.

Dans ses recherches, Paul Nihoul, responsable du Centre de droit de la consommation de l’UCL, étudie ces développements du point de vue du consommateur :
– dans le nouveau modèle de l’UE, le consommateur se voit confier un rôle essentiel, celui de choisir les produits et les services répondant à ses besoins et, à travers eux, les groupes humains qui les fournissent (entreprises mais aussi États où sont situées ces dernières);
– les règles liées à la consommation changent. On privilégie aujourd’hui une approche fondée sur l’information: les firmes doivent informer le consommateur pour lui permettre de réaliser ses choix. On s’écarte des attitudes de protection où des comportements étaient interdits;
– l’État doit se désinvestir d’une série de secteurs qu’il avait massivement investis. De nombreux secteurs sont affectés par cette transformation: télécommunications, services postaux, énergie.

Dans ce nouveau contexte, un concept a reçu la mission de concilier l’intérêt public, la liberté à reconnaître aux acteurs et le choix à donner au consommateur. Il s’agit du «service universel». Ce concept désigne des prestations reconnues comme étant essentielles dans une société et, pour cette raison, devant être rendues accessibles à tous sur l’ensemble du territoire à des conditions raisonnables.
Les enfants et ados, cibles du marketing

Claude Pecheux, professeure de marketing à l’UCL, étudie le comportement des enfants (principalement entre 8 et 12 ans) en tant que consommateurs. Dans la mesure où les jeunes publics disposent de capacités cognitives et sociales différentes des publics adultes, leur compréhension de certaines «techniques» marketing ou de l’utilisation de symboles, trucages ou métaphores est forcément parcellaire et en fait des cibles plus vulnérables, favorisant la consommation de certains produits.

Les travaux de recherche de Claude Pecheux visent à identifier les pratiques marketing néfastes pour les enfants afin de mettre en place une réglementation ou un contrôle ad hoc, histoire de protéger ces enfants. Les débats concernant la réglementation de la publicité sont légion et les arguments avancés pas toujours soutenus scientifiquement. Il est donc important d’argumenter ces débats à l’aide de résultats probants issus d’études scientifiques rigoureuses.
Une pratique qui semble désormais acquise, c’est le fait d’intervenir sur le contenu de certaines annonces publicitaires susceptibles d’influencer le comportement de l’enfant, plutôt que d’interdire purement et simplement la publicité à destination des enfants. Le but des travaux de Claude Pecheux est d’étudier ces contenus potentiellement problématiques et de trouver des alternatives convenables n’ayant pas d’impact néfaste sur le comportement de l’enfant.

Claude Pecheux cherche aussi à comprendre la réaction des enfants à divers stimuli afin de pouvoir développer et mettre en place des programmes de marketing social (promotion de l’alimentation équilibrée; sensibilisation à la culture, etc.) dans le non-marchand.

L’application des concepts et techniques de marketing s’est élargie aux sphères non-marchandes (ONG par exemple), permettant d’éduquer et de mieux protéger certains publics vulnérables. En outre, il existe aujourd’hui de plus en plus de programmes de marketing social, à savoir l’utilisation des outils de marketing pour promouvoir des comportements socialement acceptables. Les exemples sont nombreux : campagnes de l’IBSR pour la sécurité routière; campagnes de sensibilisation aux dangers de la cigarette ou de l’alcool; promotion de l’alimentation équilibrée afin de prévenir l’obésité; sensibilisation au tri des déchets et à l’adoption de comportements respectueux de l’environnement; etc.

Ces programmes prennent encore plus de sens chez les enfants dans la mesure où ces derniers peuvent être des «ambassadeurs» à l’origine des changements de comportements dans la famille. Certaines recherches ont d’ailleurs montré qu’en matière de prévention de comportements «addictifs», les 8-12 ans constituaient une cible idéale, susceptible d’influencer leurs parents. Ainsi, une des recherches UCL récentes s’est intéressée à la promotion de l’alimentation équilibrée auprès des enfants via des messages persuasifs et à la communication qui s’en suit dans la famille. Conclusion: conscientiser les enfants pour éventuellement éduquer ou corriger certains mauvaises habitudes chez les parents, ça fonctionne !

Communiqué par l’UCL

Drogues : inverser le système pénal, une idée fumeuse !

Le 30 Déc 20

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Le gouvernement belge a décidé cette année de changer fondamentalement le système pénal mis en place en 1921 par la loi «anti-stupéfiants». En effet, la Conférence interministérielle Drogues a annoncé son projet (1) de passer du ‘tout autorisé sauf exception’, au ‘tout interdit sauf exception’. Pour Infor-Drogues cette nouvelle stratégie va impliquer des changements majeurs pour les citoyens. Par ailleurs, l’asbl se demande ce que cela va apporter comme efficacité en terme de santé publique, objectif pourtant prioritaire des politiques drogues.

En matière de drogues, depuis 1921, la Belgique pratique une stratégie d’interdiction qu’on pourrait appeler spécifique et ce comme nombre d’autres pays. En effet l’interdiction est limitée à certaines substances bien particulières, la structure moléculaire de chaque substance stupéfiante devant être décrite et mentionnée en tant que telle dans un arrêté royal. Dès lors, pour contourner la loi, les trafiquants fabriquent des substances ayant des molécules quasi similaires à celles qui sont interdites, ces nouvelles molécules présentant des propriétés très proches tout en étant légales. On retrouve le même type de course poursuite entre États et trafiquants dans le dopage. Un produit stupéfiant et/ou dopant n’est donc repéré, analysé, et finalement interdit que lorsqu’il est déjà utilisé depuis un certain temps. Comme pour le dopage, le gendarme est donc toujours en retard sur le trafiquant.

Face au nombre de plus en plus important de nouvelles substances stupéfiantes (2), le gouvernement belge veut changer radicalement de stratégie afin d’arrêter cette course contre les trafiquants. D’une politique du ‘tout est autorisé sauf exception mentionnée explicitement’, la loi interdirait d’office toutes les substances psychoactives (exception faite des boissons alcoolisées, du tabac, de certaines denrées alimentaires et des médicaments) (3). Le principe serait donc d’interdire toute substance dès lors qu’elle est susceptible de produire des effets psychoactifs. Ainsi, les trafiquants auraient beau mettre sur le marché de nouvelles molécules, elles seraient interdites d’office au nom de leurs effets psychoactifs.

Le citoyen sera dès lors confronté à un interdit pénal très large puisqu’il vise de très nombreux produits, y compris des produits inconnus à l’heure actuelle. Cela amènera deux difficultés majeures. D’une part, l’effet n’est perçu qu’après la consommation du produit, donc après l’infraction (La Palice en aurait dit autant), ce qui constitue une insécurité juridique contraire au principe de légalité (4). D’autre part, comment reconnaître un effet psychotrope ? Chaque produit ayant un effet différent, comment les regrouper ? Ainsi par exemple, toutes les tisanes calmantes devront-elles faire l’objet d’une autorisation explicite ? Faudra-t-il atteindre un «seuil» d’effet psychoactif pour être autorisé et/ou pénalisé ? Si oui, comment le déterminer ?

Face à de telles questions et de telles incertitudes, Infor-Drogues plaide pour une grande prudence vis-à-vis d’un tel renversement pénal. Le principe du ‘tout est interdit sauf ce qui est explicitement autorisé’ n’a-t-il pas été abondamment utilisé par les dictatures du monde entier ? Imaginons ce type de réglementation qui régenterait notre vie en société : nous serions dans une société totalitaire.

De plus, au nom de quoi regroupe-t-on ces substances pour les interdire ? Si la raison invoquée est la santé publique, on se demandera très vite pourquoi le tabac et l’alcool ne sont pas interdits étant donné le nombre de décès qui leur est imputable, nombre incomparablement supérieur à toutes les drogues actuellement illégales réunies !

Par ailleurs, l’objectif explicite du gouvernement étant de lutter contre les futures nouvelles drogues, il s’agit d’interdire des produits qui ne sont pas encore sur le marché ou qui n’existent même pas encore ! C’est-à-dire des substances dont a priori rien n’indique une toxicité ou une dangerosité telle qu’un interdit soit nécessaire.

Enfin, en terme d’efficacité, quel sera le résultat de cette nouvelle stratégie ? L’interdit a-t-il, depuis plus de 90 ans qu’il existe en Belgique, prouvé son efficacité ? Au contraire, les produits illégaux sont facilement disponibles. Avec cette nouvelle stratégie, l’État belge va devoir contrôler et vérifier un nombre encore bien plus important de substances… et avec quels moyens ?

Et de toute façon, les tendances de nouvelles consommations de drogues indiquent de plus en plus l’utilisation détournée de produits industriels et ménagers vendus un peu partout tels les colles, les solvants, les éthers, les essences et autres produits pétrochimiques. Ces produits sont, presque toujours, au moins aussi toxiques que les cannabinoïdes ou que les amphétamines synthétiques à l’origine de la nouvelle stratégie gouvernementale. Cette dernière n’aura pourtant aucun effet sur ces produits qui devraient demeurer légaux, notre société de consommation ne pouvant s’en passer…

En conclusion, même si la réaction politique à un phénomène aussi complexe que la consommation de drogues est un sujet sensible et extrêmement délicat, la Belgique a déjà montré sa capacité d’aborder de telles thématiques avec courage et lucidité. Les exemples de l’euthanasie et de l’interruption volontaire de grossesse en sont de bonnes preuves. Pourquoi ne serait-ce pas possible en matière de drogues ?

Infor Drogues
Autres signataires: Modus-Vivendi asbl, Prospective Jeunesse asbl

(1) Voir le communiqué de presse du 15 mai 2012 «La Conférence interministérielle Drogues intensifie la lutte contre les nouvelles drogues» : https://www.presscenter.org/fr/pressrelease/20120515/la-conf%C3%A9rence-interminist%C3%A9rielle-drogues-intensifie-la-lutte-contre-les-nouvel
(2) La Conférence cite les chiffres de l’Eurobaromètre 2011: 41 nouvelles substances en 2010, 49 en 2011, et 27 au cours du premier trimestre 2012.
(3) Communiqué de presse du 15 mai 2012.
(4) Le principe de légalité en droit pénal indique que le droit pénal ne peut pas réprimer un comportement sans que l’interdiction n’ait été préalablement et clairement établie par la loi.

Les acteurs aux commandes

Le 30 Déc 20

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Qui réalise l’évaluation ? L’évaluation étant un jugement sur valeur d’un objet, il paraît souvent opportun de rajouter que l’on ne saurait être juge et partie. Ainsi, l’évaluation serait idéalement conduite par un observateur externe, position garante de neutralité et d’objectivité. Nous avons, en d’autres lieux, développé les limites de notions de neutralité et d’objectivité en matière d’évaluation (1). Dans ce domaine, le point de vue externe est fréquemment survalorisé.

L’évaluation externe est une possibilité de l’évaluation. Cependant dans le secteur de la promotion de la santé, très peu financé, porté par une grande diversité d’acteurs, dont de nombreux acteurs associatifs, c’est l’évaluation interne qui a connu le plus de développement au cours des trente dernières années. Cette variété est souvent identifiée à de l’autoévaluation. Pour certains, reprenant l’argument juge et partie, parler d’autoévaluation est une manière de tracer une frontière nette entre savoir scientifique, «la vraie évaluation», et savoir pratique, «l’évaluation de convenance».
Cela est bien commode, mais assez faux ! Peut-on imaginer qu’un acteur soit à ce point isolé qu’il puisse pratiquer une autoévaluation totalement autonome ? L’évaluation interne, comme tout acte d’évaluation, s’inscrit dans un contexte social, politique et pratique. Si les acteurs préfèrent tout naturellement les évaluations dont les résultats ont une utilité directe pour orienter et améliorer leurs pratiques, ils ne sont pas imperméables aux priorités des politiques du moment ou aux conditions exigées pour les financements. Et encore, ils sont soucieux de rigueur même si parfois ils manquent d’outils techniques. Et surtout, ils maîtrisent les aspects «micro» de leur projet qu’un regard externe aurait du mal à anticiper.

En effet, chaque acteur développe une connaissance fine de son projet. Une connaissance presque intime fondée sur l’expérience et l’observation. Cette connaissance est fréquemment tout en nuance et en exception, l’écheveau du projet est serré et les motifs complexes. Les réticences fréquentes à utiliser des outils ou des démarches d’évaluation standardisées ne sont pas les manifestations d’un manque de recul par rapport à la réalité de la part des professionnels, mais leur prise en compte d’une réalité qui s’accommode assez mal de subdivisions jugées triviales.

Dès les années 80, la Communauté française de Belgique a investi dans le soutien méthodologique aux démarches d’évaluation. C’est dans ce contexte que l’APES, service aux éducateurs, puis service communautaire de promotion de la santé, a développé diverses formes d’appui et d’accompagnement à l’évaluation interne. « Il s’agit d’accompagner le demandeur dans la définition et la mise en place d’un protocole d’évaluation réaliste de son projet en lui proposant une démarche rigoureuse et explicite de distanciation par la production de nouvelles informations ( nouveaux faits et nouvelles structurations ) dans le but d’améliorer la qualité du projet mené ou à mener ». (définition de l’équipe APES, 1997)

Pour les accompagnateurs, les enjeux d’une telle démarche sont nombreux. Le rôle de l’accompagnateur est tout d’abord de favoriser un décodage du projet et d’éclaircir les attentes par rapport à l’évaluation. Il participe avec les porteurs de projets à l’analyse du contexte et des enjeux de l’évaluation projetée, puis il aide à en définir les priorités et les finalités.

Cette étape passée, l’accompagnateur propose des appuis plus techniques lors du processus de construction de l’évaluation. Il peut reformuler, réorganiser les questions évaluatives, les objets, les critères et indicateurs, proposer des exemples d’outils de collecte et d’analyse des informations, aider à en construire de nouveaux, aider à synthétiser les informations disponibles dans un rapport. Il peut attirer l’attention et anticiper sur certaines difficultés techniques.
Le plus important et le plus difficile demeure de ne pas se substituer aux acteurs. Ces derniers sont aux commandes de l’évaluation, et il ne faut que la compétence de l’accompagnateur, ou sa position, l’autorise à parler à la place des acteurs. Les suggestions, les questions, les avis ne doivent pas être des impositions pour les acteurs. Sans cette précaution, l’autoévaluation dépossède les acteurs de terrain de leur expertise. Elle tendrait même à devenir stéréotypée, l’évaluateur laissé seul reproduisant ses propres schémas, utilisant ses propres conceptions.

Nous présentons ci-après les témoignages de deux associations qui ont placé l’évaluation au centre de leurs préoccupations et qui petit à petit, ont acquis une autonomie dans le traitement des questions d’évaluation. Ces articles explorent comment les acteurs s’emparent de l’évaluation et construisent, à partir de leur expérience, une formalisation de leur cadre de référence en évaluation au service de la qualité de leurs actions. Les modalités d’accompagnement sont différentes dans l’un et l’autre cas, s’adaptant à l’histoire et à la composition de l’une et l’autre équipe, aux mandats et missions qui sont les leurs, et aux compétences spécifiques de leurs membres, et enfin aux contraintes institutionnelles du moment.

Terminons en remerciant les équipes des « Pissenlits » et de « Cultures et santé » et à travers elles tous les autres acteurs qui au fil des ans ont noué un partenariat méthodologique avec l’APES. Les expériences d’accompagnement sont le plus souvent riches de convivialité, d’occasions de nourrir nos propres réflexions et pratiques en évaluation et enfin, de partage d’un projet commun de promotion de la santé pour les populations de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Gaëtan Absil , Marie-Christine Miermans , Chantal Vandoorne , SCPS APES-ULg(1) Absil G, Vandoorne C, Coupienne V, Leva C, Anceaux P, Bastin P, et al. L’évaluation des projets de prévention des assuétudes. L’Observatoire. 2006;51-52: 139-45. https://hdl.handle.net/2268/5284