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La ligne Tabacstop

Le 30 Déc 20

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Évaluation d’un outil du sevrage tabagique

Depuis le 1er janvier 2011, un numéro de téléphone 0800 111 00 est inscrit sur tous les paquets de cigarettes. Il s’agit du numéro de Tabacstop, un projet mis en place par la Fondation contre le Cancer depuis 2004.
Son but est d’offrir une oreille attentive aux fumeurs désireux de stopper le tabac, de leur donner des conseils, de les orienter vers les centres d’aide aux fumeurs, médecins et tabacologues.
Elle veille également à informer toute personne ayant des questions liées au tabac, fumeurs, entourage des fumeurs, non-fumeurs, professionnels de santé…
Tous les services proposés par Tabacstop sont gratuits et la ligne téléphonique est anonyme.

L’équipe Tabacstop

Les répondants téléphoniques de Tabacstop sont des professionnels rémunérés, médecins, infirmières et psychologues formés en tabacologie. Cette formation est proposée aux professionnels de la santé et aux psychologues par le Fares ( https://www.fares.be ).
Les permanences téléphoniques de Tabacstop ont lieu de 15 h à 19 h en semaine. Quand la ligne est occupée ou en dehors des heures de permanence, les numéros des correspondants sont enregistrés et les appelants sont recontactés dans les jours qui suivent.

Un accompagnement personnalisé

Tout fumeur a son histoire. Il est donc nécessaire de proposer à chacun des conseils qui lui conviennent, et de suivre individuellement l’évolution de chaque tentative d’arrêt. Un tel accompagnement permet de renforcer les chances de réussite.
Tabacstop propose donc également des accompagnements téléphoniques personnalisés sur une période d’environ 3 mois avec en moyenne 8 entretiens par individu. Les personnes qui s’inscrivent à cet accompagnement sont toujours suivies par le même tabacologue qui les appelle lors de rendez-vous convenus à l’avance.

Une aide financière aux plus démunis

L’argent ne doit pas être un frein à l’arrêt tabagique. Malheureusement, il l’est souvent, notamment en ce qui concerne l’achat de produits d’aide à l’arrêt, tels que les substituts nicotiniques. Tabacstop a donc mis en place une aide financière destinée aux personnes à faibles revenus. Si le demandeur répond aux critères Omnio/BIM, il peut bénéficier du remboursement intégral de ses substituts nicotiniques durant six semaines de traitement. Un coup de pouce qui peut faire toute la différence.

Un contact par courrier électronique

Via l’adresse conseil@tabacstop.be, des tabacologues prennent le temps de répondre aux questions qui leur parviennent par courriel et fournissent conseils et soutien adaptés à chaque situation.

Un programme d’aide au sevrage tabagique sur Internet

Accessible 24 heures sur 24 via le site https://www.tabacstop.be , le Coach Tabacstop s’adresse à des fumeurs qui désirent gérer leur arrêt tabagique à leur rythme, ne souhaitent pas un entretien face à face ou préfèrent communiquer via Internet. Une fois inscrit au service, le fumeur reçoit quotidiennement des conseils personnalisés par courriel. Il a également la possibilité de compléter un journal en ligne, de réaliser des tests ou encore d’échanger son expérience sur un forum.

Faire connaître le numéro et l’adresse du site

Grâce au soutien de la Communauté française, le spot télévisé «Arrêter de fumer, c’est possible!» a été diffusé gratuitement en mars et en juin 2010 sur AB3, La Une, La Deux, et Be TV.
Le but de ce spot était d’inciter les fumeurs, et plus particulièrement les fumeurs en situation financière précaire, à prendre contact avec Tabacstop afin d’entamer une démarche de sevrage tabagique.
Ces campagnes ont eu un joli succès puisque le nombre d’appels total reçus a quasiment doublé.
Les appelants étaient issus principalement des Provinces du Hainaut, Liège et Bruxelles.
Le public cible de ces campagnes semble avoir été atteint. En effet, le spot visait plus particulièrement le public défavorisé. Le niveau d’étude et le statut professionnel des appelants montrent que le spot a eu un impact plus élevé sur les fumeurs en situation plus précaire.
Le spot semble également avoir touché davantage les hommes que les femmes.
Les 16 – 25 ans ont été nombreux à appeler. Le spot a donc eu un impact sur les adolescents et les jeunes alors qu’on pourrait penser que dans ce public les fumeurs se seraient sentis moins concernés par la problématique et auraient moins éprouvé l’envie de prendre contact avec Tabacstop.
Lorsqu’on interroge les personnes sur l’origine de leur connaissance du numéro, ils mentionnent le spot de Tabacstop à 42% et 33% selon la campagne. Ils mentionnent aussi assez souvent la présence du numéro sur les paquets de cigarettes (respectivement 20% et 19% selon la campagne).
Quant au motif principal de l’appel, c’est bien sûr avant tout le souhait d’arrêter de fumer (respectivement 75% et 71%).
84% et 61% des appelants disent que le spot Tabacstop fournit une motivation pour se lancer dans un processus d’arrêt tabagique.
En plus de l’impact sur le nombre d’appels téléphoniques reçus par Tabacstop, le spot paraît avoir eu aussi un impact sur la fréquentation du site internet https://www.tabacstop.be . On constate en effet une augmentation des visites de l’ordre de 50% pour les périodes concernées.
Concrètement, les appels ont abouti très souvent à un projet d’arrêt. La grande majorité des appelants ont été orientés vers un tabacologue extérieur. Des inscriptions pour l’accompagnement personnalisé de Tabacstop ont également été proposées.
Compte tenu de ce succès, la campagne a été reprise en juin 2011 et le sera encore en octobre.
Régine Colot , psychologue tabacologue à Tabacstop – Fondation contre le Cancer
Adresse de l’auteure : Fondation contre le Cancer, chée de Louvain 479, 1030 Bruxelles. Courriel : rcolot@cancer.be. Internet: https://www.tabacstop.be et https://www.cancer.be .

Le sommeil

Le 30 Déc 20

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Un Belge sur quatre souffre de troubles du sommeil et c’est généralement à partir de 45 ans que cela se complique, car plus on avance en âge plus les plaintes deviennent nombreuses.
Alors que le sommeil des hommes se détériore plus tôt, ce sont les femmes qui s’en plaignent d’abord. Cela s’explique en partie parce qu’elles consultent davantage leur médecin et peut-être aussi à cause de la condition des femmes dans la société. Au–delà de 60 ans, une personne sur deux n’est pas satisfaite de son sommeil.

Méconnaissance

Comme l’a montré une enquête de la Belgian Association of Sleep Research (BASS), les Belges n’ont pas une idée très réaliste de leur sommeil. Parmi les idées reçues, on note la méconnaissance de la durée d’une nuit de sommeil qui reste invariablement estimée à huit heures pour 61% des personnes interrogées. Plus fondamentalement, les gens ignorent surtout que le sommeil se modifie au cours de l’existence, autrement dit que des changements apparaissent au fil du temps dans la qualité du sommeil. L’ignorance de ces changements physiologiquement normaux attribuables au vieillissement conduit à des malentendus qui ont des répercussions inquiétantes en matière de santé publique et plus particulièrement dans la population âgée.
Par exemple, beaucoup de gens sont persuadés qu’à l’âge adulte une bonne nuit est une nuit ininterrompue faite d’un sommeil de plomb. Or, les réveils intra-sommeil conscients peuvent apparaître vers la quarantaine. Ainsi, des phénomènes strictement normaux sont pris pour de l’insomnie. Simultanément, l’attente irréaliste insatisfaite produit des comportements contreproductifs vis-à-vis du sommeil, ce qui renforce encore les difficultés. En consultation, il est frappant de constater combien des personnes pourtant sensées peuvent se montrer bien peu ‘malignes’ en matière d’hygiène de sommeil! C’est ainsi que les Belges sont, avec leurs voisins Français, les champions de la consommation d’anxiolytiques et de somnifères. On pourrait s’interroger sur cette étonnante caractéristique probablement due à des éléments culturels et à la formation du corps médical.
Le vieil adage “Les heures avant minuit comptent double” est-il vrai ou faux?
Une nuit de sommeil comporte deux types de sommeil distincts: du sommeil lent et du sommeil paradoxal. La majeure partie du sommeil lent qui est considéré comme le plus réparateur physiquement a lieu en début de nuit. Avant l’invention de l’électricité, les gens se couchaient beaucoup plus tôt qu’aujourd’hui. Ils avaient alors l’impression d’avoir déjà très bien dormi s’ils se réveillaient après minuit.

Question de quantité…

La quantité de sommeil nécessaire pour éprouver l’impression subjective d’avoir bien dormi est variable d’un individu à un autre mais dépend aussi du besoin de sommeil. Ce dernier varie en fonction de l’âge: il est maximum chez le nourrisson, reste élevé chez l’enfant, est important chez l’adolescent puis commence à décroître avec l’âge adulte. Ce besoin est sans doute lié au développement.
La durée du sommeil dépend aussi de l’importance ou non des activités mentales et physiques diurnes, de la présence de maladie physique ou mentale, de l’état de grossesse chez la femme. Le maintien d’activités physiques et mentales tout au long de la vie y compris à un âge avancé est un gage de bon sommeil. Une retraite mal préparée ou mal assumée peut entraîner des changements radicaux de ces activités avec des effets pernicieux sur le sommeil.
L’état physiologique est un autre facteur qui affecte la durée du sommeil. Une maladie physique ou mentale peut augmenter la durée du sommeil. Les maladies aiguës augmentent généralement la durée du sommeil alors que dans certaines maladies mentales on assiste à des hypersomnies ou à des insomnies. C’est le cas, par exemple, dans la dépression.
L’état de grossesse est bien connu comme situation modifiant la quantité et la qualité du sommeil. Les modifications hormonales bouleversent la manière habituelle de dormir. En début de grossesse, un besoin impérieux de dormir se fait sentir alors qu’au troisième trimestre l’insomnie prend le dessus.
Les enquêtes révèlent que la majorité des gens (62%) dorment, en moyenne, entre 7 et 8 heures. Ils sont 13% à dormir entre 9 et 10 heures et 2% plus de 10 heures. À l’inverse, on observe un peu plus de courts dormeurs que de long dormeurs puisque 15% de la population dort entre 5 et 6 heures et 8% moins de 5 heures. Dans chacune de ces catégories, la quantité de sommeil lent profond reste identique (environ 100 minutes) parce que c’est le «cœur» du sommeil indispensable à la survie. La différence se marque par davantage de sommeil léger et paradoxal chez les longs dormeurs. Parfois, les personnes qui disent bien se porter et dormir peu font de courtes siestes dont elles ne sont pas conscientes à certains moments de la journée.
Il semble bien que la quantité de sommeil nécessaire pour un individu donné dépende davantage de caractéristiques innées que de l’apprentissage. Au cours du vieillissement la durée du sommeil est modifiée principalement à cause des éveils conscients intra-sommeil qui deviennent plus longs et plus nombreux.
Ces éveils physiologiques sont plus mal vécus par les femmes d’âge moyen ou plus âgées.
De fait, le sommeil vieillissant se caractérise par un allègement. Avec l’avancée en âge, le sommeil léger (NREM, stades 1 et 2) domine alors que le sommeil profond et très profond à ondes lentes (stades 3 et 4) diminue. Mais comme c’est, probablement, ce dernier type de sommeil qui procure la récupération physique, l’impression d’avoir bien dormi se déprécie.
Mais concrètement, le temps consacré au sommeil n’est pas véritablement modifié car, par habitude, le temps passé au lit reste identique. On peut faire l’hypothèse que la durée du sommeil est fonction d’éléments innés et acquis comme on peut le constater dans certaines familles où on peut observer une agrégation familiale du phénomène ‘mal dormir’.
Comme tant d’autres comportements, c’est au sein même de la famille que des apprentissages défectueux se transmettent, a fortiori en ce qui concerne la manière de dormir qui relève de l’intime. D’un autre côté, accepter cette hypothèse est encourageant dans la mesure où il est toujours possible d’inculquer des comportements plus favorables au sommeil par des stratégies appropriées.
Il existe une relation entre la durée du sommeil et la longévité. Un taux plus élevé de mortalité quel que soit l’âge est observé chez les très courts dormeurs (4 heures ou moins) et chez les longs dormeurs (10 heures ou plus).
Dans une étude récente en France, on a constaté que le passage à la retraite chez des personnes bénéficiant de 80% de leur ancien salaire s’accompagnait d’une diminution des troubles du sommeil, surtout chez les hommes avec une augmentation de la quantité de sommeil. La garantie de ressources suffisantes pour l’avenir lève probablement ainsi une source potentielle de tracas.
En ce qui concerne les maladies du sommeil liées à la durée, l’insomnie se caractérise, entre autres symptômes, par une plainte relative à une durée insuffisante de sommeil. Les insomniaques ont une très mauvaise perception de la durée de leur sommeil et il est courant de les entendre dire qu’ils ne dorment pas et même, pour certains depuis des années! Pourtant, l’observation objective en laboratoire de leur sommeil indique bien la présence de sommeil, mais d’un sommeil de mauvaise qualité. À l’inverse, les insomniaques ont tendance à valoriser davantage leurs périodes d’éveil. Cette perception erronée de la durée du sommeil pourrait être due à un trouble mnésique.
Par opposition, l’hypersomnie beaucoup moins présente que l‘insomnie se distingue par une durée excessive de sommeil. Elle est rare ou présente dans un tableau psychiatrique comme la dépression. Le syndrome de Kleine-Levin est une hypersomnie récurrente rare.
Si on compare la durée actuelle du temps moyen consacré au sommeil avec le passé, on constate une diminution de 1h30. Ceci correspond à un cycle de sommeil en moins chez nos contemporains. Cela serait-il en rapport avec l’apparition de l’éclairage électrique et, plus récemment, de la télévision?

… Et de qualité

La qualité du sommeil est appréciée par l’individu de manière subjective. Un être humain considère que son sommeil est de bonne qualité s’il a l’impression d’avoir bien dormi et est, selon la formule consacrée, frais et dispos au réveil. Cette bonne forme acquise grâce au repos procuré par le sommeil permet de vaquer à ses occupations pendant la journée sans trop de fatigue.
Comme on le sait, à partir de la quarantaine, des réveils conscients intra-sommeil se produisent. Selon leur nombre et leur durée, le dormeur peut penser avoir mal dormi. Il est normal de se réveiller une ou plusieurs fois par nuit. Cela ne fait que traduire l’effet du vieillissement sur le sommeil. Par contre, il est particulièrement pénible et anormal de ne pas pouvoir se rendormir assez rapidement après un éveil. Dans ce cas, la qualité du sommeil est diminuée et si cela se produit souvent la qualité de la vie est touchée.
La polysomnographie ou enregistrement polygraphique du sommeil permet d’obtenir des données objectives sur la qualité du sommeil: temps mis pour s’endormir, temps de sommeil total, efficience de sommeil, architecture du sommeil (nombres de cycles, caractéristiques des cycles), électrocardiogramme, analyse de la respiration et des apnées éventuelles, oxymétrie, débit cardiaque, électromyogramme de divers muscles. Il faut remarquer qu’il peut exister des discordances entre les éléments objectifs relevés par l’enregistrement au cours de la nuit et le discours subjectif du dormeur qui apprécie la qualité de sa nuit le matin.
L’indice d’efficience du sommeil (IES) est calculé par le rapport entre le temps de sommeil total divisé par le temps passé au lit et multiplié par cent. On parle d’insomnie à partir d’un IES inférieur à 85%, mais à partir de 70 ans, l’IES est de 79% sans être pathologique.
La mauvaise qualité du sommeil dépend de facteurs extrinsèques et intrinsèques à l’individu.
Parmi les éléments extrinsèques, l’environnement du sommeil comme la nutrition jouent un rôle. Une chambre qui n’est pas seulement réservée au sommeil n’est pas un lieu propice pour obtenir un sommeil de bonne qualité car l’environnement lui-même conditionne l’individu à son insu. Si des activités d’éveil y sont présentes, la chambre sera associée inconsciemment à l’éveil. C’est le cas si on y regarde la télévision, on y mange, on lit ou on pratique n’importe quelle autre activité qui requiert la vigilance. La seule exception concerne les rapports sexuels. Idéalement la chambre devrait être sobre et par là inviter au sommeil.
La literie joue un rôle, mais probablement pas aussi important que le prétendent les marchands. Cependant, il est évident qu’une bonne literie apporte un confort supplémentaire au dormeur. Une chambre doit aussi être régulièrement aérée et si le temps et l’environnement le permettent, il est préférable de dormir avec la fenêtre ouverte.
Chez l’être humain la température a un rythme nycthéméral (variation de + ou – 1 degré) et se trouve à son minimum vers 3 à 4 h le matin. La température trop élevée ou trop basse de la chambre influence la qualité du sommeil. La qualité du sommeil est meilleure si l’on est bien couvert, à l’exception de la tête.
Le bruit perturbe le sommeil dans tous les cas. Ceci dépend à la fois du niveau sonore et du caractère soudain et inhabituel du bruit. Mais il arrive que l’on parvienne à s’habituer à des bruits habituels en fonction du sens qu’on y accorde. À partir du moment où l’individu donne au bruit un sens négatif, le bruit devient souffrance. Les vagissements d’un bébé réveillent sa mère mais n’ont parfois pas d’influence sur le sommeil du père!
Comme le sommeil des personnes âgées est de plus en plus léger et fragile, le bruit est un facteur de réveil très présent. L’isolation phonique des bâtiments et des chambres en particulier est un impératif: le sommeil n’a t-il pas un prix?
La lumière est un stimulant et l’obscurité est l’amie du sommeil. Il est d’ailleurs plus facile de dormir dans le noir ou la pénombre que d’éviter le bruit.
Les excitants sont évidemment préjudiciables au sommeil. La caféine a une demi-vie de 5 à 7 heures en fonction de la tolérance individuelle. La théine/caféine présente dans le thé est moins excitante parce que le thé en contient moins et qu’il est préparé par infusion. Les boissons au cola riches en caféine, les boissons dites énergisantes, la nicotine du tabac et la théobromine du chocolat sont également des excitants qui peuvent nuire au sommeil en fonction de l’heure de consommation. Par précaution et d’autant que l’on a un sommeil de piètre qualité, Il est préférable de les éviter trois à quatre heures au moins avant de se coucher.
Le dernier repas de la journée peut gêner l’endormissement s’il est copieux et composé principalement d’aliments riches en protéines et en graisses. Un repas léger le soir devrait s’imposer. Idéalement, il devrait surtout être composé de glucides à index glycémique bas. Si l’alcool est bien une substance anxiolytique qui favorise l’endormissement, il altère le sommeil qui est fragmenté et agité. À la suite de la consommation d’alcool, une réduction du sommeil profond, des éveils et des cauchemars apparaissent.
Une activité physique intense peu avant d’aller dormir allonge l’endormissement et nuit à la qualité du sommeil. Il est préférable d’arrêter toute activité physique intense après 17h.
Certains médicaments contiennent également des substances excitantes qui déstabilisent le sommeil, autant bien lire les notices ou en parler avec son médecin.
L’état émotionnel dans les moments qui précèdent le coucher joue un grand rôle. C’est Shakespeare qui disait «là où loge le souci, le sommeil ne s’abat jamais». En effet, des soucis obsédants, des ruminations anxieuses créent un climat mental délétère. Les signes physiques de l’angoisse sont divers selon les individus mais la tension musculaire est très souvent présente.
Le sommeil et la tension musculaire sont incompatibles. Dormir s’est s’abandonner au relâchement. Pour tomber dans les bras de Morphée et jouir d’un sommeil réparateur il ne faut pas résister avec une cuirasse musculaire.
Curieusement, la qualité du sommeil dépend aussi de variables sociales. Dans l’ordre, les célibataires, séparés, divorcés et veufs disent avoir un sommeil de moins bonne qualité que les personnes qui vivent en couple mais ce constat vaut aussi pour l’estimation de la santé en général.
Enfin, deux maladies fréquentes altèrent la qualité du sommeil par leurs manifestations pathologiques. Il s’agit du syndrome des jambes sans repos et du syndrome des apnées du sommeil.
La sieste – qui est un pur bonheur – ne nuit pas au sommeil de nuit si on respecte les consignes suivantes: 1. elle doit impérativement se faire entre 12 h. et 15h. car cela correspond à une propension à dormir en fonction des rythmes biologiques; 2. elle ne doit pas être supérieure à 30 minutes.
Il existe aussi la sieste-flash, plus courte. Le peintre catalan Salvador Dali était un adepte de cette sieste. Son truc? il recommandait de s’installer confortablement dans un fauteuil (espagnol de préférence!) avec une clé dans la main et une assiette au sol, sous la clé. Dès que le sommeil s’approfondit le relâchement musculaire fait tomber la clé dans l’assiette et le bruit réveille.

Bien se connaître pour bien dormir

Pour conclure, s’il n’est pas possible de changer de catégorie de dormeur (moyen, court, long) à laquelle on appartient probablement parce que cela dépend de conditions innées, il est possible d’en faire varier la durée et d’en améliorer la qualité.
Si on n’est pas satisfait de son sommeil, il est raisonnable d’examiner jour après jour ses comportements individuels en termes d’activités physiques et mentales, de repas, de prises d’excitants et d’alcool, d’environnement de sommeil et d’état émotionnel avant le coucher.
Ne pas perdre de vue que des facteurs d’environnement interviennent également. Il est bon de faire de sa chambre un lieu paisible exclusivement réservé au sommeil.
À cela s’ajoute la préparation au sommeil. Celle-ci débute une heure avant l’heure du coucher. Elle consiste à produire des comportements favorables au sommeil et à supprimer le plus possible ce qui lui est néfaste. Par exemple, réduire très progressivement tout type d’excitation ou de contrariété, boire une petite tasse (pour ne pas devoir se lever la nuit et se rendre aux toilettes) de tisane aux plantes soporifiques, se détendre physiquement et mentalement, lâcher prise progressivement pour se coucher dès les premiers signes du sommeil. En cas de réveil, s’il s’avère que l’on est incapable de s’endormir, il convient de ne pas faire trop d’efforts pour dormir à tout prix car tout effort génère une tension physique et psychique qui va empêcher le retour du sommeil. C’est plutôt le moment de pratiquer la relaxation ou la visualisation et de se laisser surprendre par le sommeil. Il vient toujours à l’improviste.
Contrairement aux idées reçues, aucun médicament ne procure un sommeil naturel de qualité. Les anxiolytiques et les somnifères, mêmes les plus récents, sont des médicaments utiles dans des situations aiguës comme l’insomnie transitoire mais ne conviennent pas à un usage chronique. Le vrai problème est que ces substances puissantes sont anti-éveils et confortent l’idée mythique que chacun se fait encore de son sommeil.
Bien vieillir n’est-ce pas s’adapter à des conditions nouvelles? Accepter de dormir autrement en est une. Si ces conseils ne suffisent pas il faut savoir qu’il existe un traitement sans médicament de l’insomnie chronique étayé par de nombreuses études. Ce traitement est encore peu répandu principalement faute de praticiens compétents. Mais une formation spécialisée est maintenant proposée aux médecins généralistes, psychologues, kinésithérapeutes, bacheliers en soins infirmiers et en ergothérapie.
Guy Adant , licencié en éducation pour la santé post-gradué en santé mentale, formateur

Comportements quotidiens et habitudes qui peuvent interférer avec le sommeil

Pratiques qui réduisent le besoin homéostatique au moment du coucher
•activité insuffisante durant la journée
•être resté couché à se reposer durant la journée

Habitudes liées au sommeil
•faire des siestes, somnoler durant la journée ou la soirée
•être semi-éveillé durant la soirée
•dormir beaucoup les week-ends Pratiques qui perturbent la régularité du rythme circadien
•exposition insuffisante à la lumière le matin entraînant un retard de phase
•exposition trop précoce à la lumière le matin avec avance de phase Habitudes liées au sommeil
•horaires de sommeil irréguliers
•sommeil matinal les week-ends Pratiques qui augmentent le niveau d’éveil
•fumer durant la soirée
•consommation excessive de caféine ou trop tard pendant la journée
•consommer de l’alcool le soir
•faire de l’exercice tard le soir
•dernier repas trop tard ou trop de liquide ingéré (peut causer un reflux-gastro-oesophagien ou des mictions fréquentes)
•rentrer tard le soir, traînasser avant de se mettre au lit Habitudes liées au sommeil
•appréhension quant au sommeil durant la soirée
•s’éveiller en se préparant à aller au lit
•pas de routines avant le sommeil
•parler au lit de choses stressantes
•regarder la TV, lire, s’engager dans des comportements incompatibles avec le sommeil avant d’éteindre les lumières, tomber endormi avec la radio ou la TV
•faire des efforts pour s’endormir
•regarder l’heure durant la nuit
•rester au lit durant les éveils nocturnes prolongés ou rester longtemps éveillé au lit le matin
•dormir dans un environnement de sommeil inadéquat: partenaire qui ronfle, bruits, lumière vive le matin ou animaux dans la chambre. Adapté de Yang CM, Spielman AJ, Glovinsky PB. Nonpharmacologic strategies in the management of insomnia. Psychiatr Clin North Am 2006;29(4):900; with permission, in Glovinsky A. et al. Nonpharmacologic strategies in the management of insomnia, rationale implementation.Sleep Medicine Clinics, 2008, Vol. 3. N°2. (traduit par Guy Adant)

Si l’insomnie transitoire peut bénéficier d’un traitement pharmacologique, on ne peut, en principe, soigner une insomnie chronique avec des médicaments (somnifères et/ou anxiolytiques). Le traitement de référence est un traitement psychologique fondé sur une approche cognitivo-comportementale. Il consiste d’abord à analyser l’insomnie en fonction d’antécédents immédiats (les événements diurnes qui précèdent le problème), d’en répertorier les conséquences pour l’insomniaque et son entourage et de prendre en compte les antécédents historiques (histoire de l’insomnie, caractéristiques personnelles). Cette analyse est généralement complétée par la tenue d’un agenda de sommeil et par des réponses recueillies grâce à des questionnaires validés.
Le traitement proprement dit consiste à fournir à l’insomniaque d’une part des moyens de lâcher-prise et d’autre part rectifier les croyances erronées à propos du sommeil pour dissiper toutes les fausses interprétations. Ce traitement est basé sur des niveaux de preuves (evidence based medicine (1)) depuis 1994.
G.A.

(1) Le concept d’Evidence-based medicine (EBM) ou médecine basée sur le niveau de preuve est issu des travaux de Cochrane, un épidémiologiste écossais (1972), puis formulé tel qu’il existe aujourd’hui au Canada en 1980.
Il est frappant de constater qu’encore aujourd’hui, certaines pratiques médicales ne sont pas fondées sur des preuves scientifiques mais font partie de l’art médical où l’intuition du praticien, son expertise et/ou la tradition, sont des éléments dominants.
Le principe de l’EBM est de fournir au patient le traitement le plus efficace en fonction des risques et avantages. Ce traitement est basé sur des niveaux de preuves scientifiques hiérarchisés. Du niveau le plus haut au niveau le plus bas, on trouve les conclusions de méta-analyses, les essais contrôlés randomisés, les études de cohorte, les études de cas témoins, et les avis d’experts.
La médecine fondée sur le niveau de preuve ne remplace pas la médecine basée sur le jugement ou l’expérience du médecin (art médical) mais la complète adéquatement (G.A.).

Vaccination contre le papillomavirus et politique de santé publique

Le 30 Déc 20

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Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a décidé d’entamer cette année, dans les écoles de Wallonie et de Bruxelles, la vaccination des jeunes filles contre le cancer du col de l’utérus. Pour Ecolo, cette politique de vaccination pose question et risque de poser problème.
Cette décision induit un coût de 600.000€ à charge du budget communautaire pour un bénéfice-santé escompté évalué à 70 % de réduction des lésions de cancer du col.
Rien n’est cependant moins sûr. Aucune démonstration n’a été faite de l’efficacité, au-delà de 7 années, de ce vaccin qui doit être administré avant les premiers rapports sexuels. Ainsi, au mieux, la jeune fille vaccinée sera partiellement protégée jusqu’à l’âge de 20 ans et ce, avec un niveau de protection imprécis.
Le monde scientifique s’accorde pour dire que les données manquent au sujet de la vaccination contre le papillomavirus et que le recul est insuffisant pour évaluer et préciser des effets positifs ou indésirables à terme.
Ces éléments avaient jusqu’ici conduit légitimement la Communauté française à une posture réservée vis-à-vis de ce vaccin, privilégiant l’information et la promotion du dépistage qui sont, à l’évidence, les meilleurs moyens de prévention du cancer du col.
La position du gouvernement a basculé au lendemain de la décision de la Flandre de se lancer dans cette aventure, en offrant le vaccin gratuitement aux écolières, et la ministre francophone justifie la décision récente par de nouvelles marges budgétaires et une diminution du prix des vaccins, aucun autre paramètre n’ayant évolué.
Si le Conseil supérieur de la santé propose d’inclure le vaccin contre le papillomavirus dans son programme de vaccination, le KCE (Centre fédéral d’expertise des soins de santé) est, lui, plus mitigé (avis de 2007).
Le Répertoire commenté des médicaments de la Santé publique termine même ses commentaires à ce sujet d’une manière assez claire : « l’effet éventuel de la vaccination sur l’apparition d’un cancer du col de l’utérus avec les vaccins actuels est plus faible que celui d’un dépistage cervical bien planifié ».
D’évidence la posture initiale privilégiant l’information et le dépistage dans un programme structuré offrait un cadre plus rationnel à la prévention du cancer du col de l’utérus que l’utilisation du vaccin contre le papillomavirus, aux effets potentiellement positifs à court terme, mais clairement limités. L’illusion de son efficacité, le sentiment de sécurité induit par le vaccin risquent en outre de freiner le recours au dépistage.
Fondamentalement, en cette période de forte contrainte budgétaire, il nous semble que l’appréciation des choix d’investissements en matière de prévention doit nécessairement s’appuyer sur une évaluation solide de leur impact sur la santé.
En l’occurrence, pour ce qui concerne la prévention du cancer du col de l’utérus, il importe de hiérarchiser les stratégies d’action : information contradictoire et claire, accès favorisé au dépistage et puis, option vaccinale. Ces stratégies ont des coûts et des bénéfices à évaluer dans la transparence et avec une indépendance optimale.
Plus largement, Ecolo s’interroge sur les moyens d’aide à la décision que se donnent les pouvoirs publics dans le champ de la santé publique en général et dans le domaine des vaccins en particulier : quels sont les déterminants de la décision ? L’opportunité budgétaire, les lobbies commerciaux, l’expertise, la pression médiatique… ? Autant de paramètres qui pèsent dans les choix et pas toujours au bénéfice unique de la santé publique…
Ecolo plaide donc pour que les acteurs du monde politique et de la société civile initient une réflexion sur l’amélioration de la gouvernance dans ce domaine et sur la mise en place d’outils et de procédures qui en accroissent la qualité au bénéfice de la collectivité.
Jacques Morel et Patrick Dupriez , députés Ecolo

Comment aborder la prévention en médecine générale? Rencontres entre médecins généralistes et patients

Le 30 Déc 20

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Comment aborder la prévention en médecine générale? Voilà la question que l’asbl Promo Santé et Médecine Générale (PSMG) avait envie de poser à la fois à des médecins généralistes et à des patients.

Une opportunité, la sortie du DMG+

La sortie récente du DMG+, le volet prévention du Dossier Médical Global, en faisait effectivement un sujet d’actualité. Quels messages seraient diffusés aux médecins généralistes pour leur donner envie et leur faciliter l’abord de la prévention avec les patients?
Parallèlement à une recherche de littérature, PSMG a décidé de réunir un groupe de médecins et de patients pour réfléchir à la question. La Ligue des Usagers des Services de Santé (LUSS), fédération indépendante des associations de patients en Communauté française, a été contactée pour, ensemble, réfléchir et construire ces rencontres.
La LUSS est évidemment très preneuse de ce type de rencontre d’une part pour développer avec les usagers des aspects de promotion de la santé et de prévention et d’autres part pour initier le débat entre deux acteurs qui se retrouvent rarement dans des conditions comme celles-là.

La rencontre entre deux mondes

La décision a été prise de réunir 6 médecins et 6 patients deux samedis matins. Pas trop de monde pour faciliter les échanges, pas trop de rencontres pour ne pas annihiler nos chances de recruter des volontaires… Une des conditions pour l’invitation des patients était la nécessité d’avoir un médecin généraliste. Du coté des médecins, ce sont des praticiens travaillant en solo plutôt qu’en maison médicale qui ont été invités afin que les messages soient adaptés à la réalité du plus grand nombre.
Au final, 7 médecins généralistes et 5 patients se sont retrouvés lors des rencontres co-animées par la LUSS et PSMG en octobre et novembre 2010.
Premier constat: les uns et les autres sont contents de pouvoir se rencontrer dans ce contexte, en dehors de la consultation. Le dialogue se libère et permet d’entrevoir l’autre dans un cadre différent.

Des pistes à diffuser

Les jeux de rôle et débats utilisés pour atteindre l’objectif de départ ont permis à la fois à PSMG et à la LUSS de dégager d’intéressantes pistes de travail pour l’avenir.
Outre la mise en perspective des réalités de chacun, des recommandations d’attitudes à adopter sont ressorties. Celles-ci, classiquement connues, sont essentiellement adressées aux médecins généralistes et vont dans le même sens que ce que PSMG a pu récolter dans sa recherche de littérature.
Loin d’être spécifiques à la seule prévention, beaucoup de recommandations concernent la relation médecin-patient en général:
-la nécessité d’ être à l’écoute du patient, de ses attentes et de ses préoccupations;
-la nécessité de rendre acteur le patient, de l’impliquer et de reconnaître son expertise;
-la nécessité de l’ informer de manière personnalisée, avec un langage approprié et en fonction de ce qu’il sait déjà, s’assurer que le patient a bien compris;
-la nécessité de respecter le rythme du patient; accepter, par exemple, le choix pour le patient de ne pas envisager d’arrêter de fumer pour le moment;
-la nécessité de valoriser le patient et d’être non culpabilisant;
-la nécessité de prendre en compte l’ entourage du patient.
Concrètement, les participants ont dégagé des pistes simples mais utiles à rappeler qui pourront aider les médecins généralistes à aborder la prévention:
être pro-actif : tirer profit du motif de consultation ou de la saison mais également parler de prévention lors de contacts pour un autre motif (renouvellement d’ordonnance par exemple), proposer des consultations de prévention;
s’organiser : prévoir des plages horaires pour la prévention, tirer parti des logiciels, utiliser des échéanciers;
-rassembler les outils existants.
Des slogans ont même été imaginés.
Pour les médecins: «Je prends du temps pour mon patient, j’en gagne pour nos avenirs».
Pour les patients: «Dans le cadre de la prévention, je dégage du temps, je m’organise avec mon médecin traitant, je gagne en qualité de vie».
Ces préceptes rejoignent également les principes de base de la promotion de la santé tels que les prévoit la Charte d’Ottawa.
La difficulté est pour les uns comme pour les autres de les mettre en œuvre concrètement mais la volonté est là, indéniablement! Et ceci est certainement un des enseignements principaux que nous pouvons retirer, LUSS et PSMG, de ce projet: la volonté de travailler ensemble et de s’améliorer même si bien sûr sur certains points bien précis, des questionnements, voire des divergences sont encore présents, entre autre en ce qui concerne l’information des patients. Quelles sont les limites de l’information? En fait, doit-on y mettre des limites? Quelles sont les informations que le patient veut recevoir? Jusqu’où le médecin doit-il/veut-il aller? Doit-on informer au-delà de la consultation proprement dite?
Une question à ce propos: jusqu’où informer les patients des conséquences des dépistages qu’on leur propose? À ce stade, il n’y a pas de consensus sur la question. Cela reste un débat important entre professionnels et patients.
Ces questionnements vont permettre à la collaboration de continuer, avec pour objectif de proposer aux médecins généralistes des pistes qui pourront à la fois les soutenir dans leur travail au quotidien et correspondre à ce dont les patients ont besoin.

Ne pas oublier les associations de patients

Un message fort des patients aux médecins est celui de faire le lien entre le patient et les associations de patients. Rappelons ici que nos patients, recrutés par la LUSS, étaient tous membres d’associations de patients. Les associations de patients peuvent collaborer utilement avec les médecins généralistes dans le sens où elles réalisent des missions d’information, de soutien et d’entraide.

Valérie Hubens , Promo Santé & Médecine Générale et Carine Serano , LUSS asbl
Adresses des auteures
Promo Santé & Médecine Générale, c/o SSMG, rue de Suisse 8, 1060 Bruxelles. Courriel: coordination@promosante-mg.be. Internet: https://www.promosante-mg.be
Ligue des usagers des services de santé, av. sergent Vrithoff 123, 5000 Namur. Courriel: luss@luss.be. Internet: https://www.luss.be

La prévention sanitaire et ses excès

Le 30 Déc 20

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« L’œil de l’enfant retire de la contemplation du monde des émotions et des pressentiments qui feraient honte à bien des découvertes conquises de haute lutte par l’esprit de l’homme mûr. » (Hölderlin)
La prévention des grands ‘maux’ contemporains, tabac, alcool, drogues, excès alimentaires, s’efforce d’atteindre l’idéal de sécurité absolue pensé par une société obsédée par le risque zéro. Mais l’être humain ‘résiste’, et le culte de la prévention n’atteint pas ses objectifs et ne va pas non plus sans dysfonctionnements éthiques.
Le vendredi 23 septembre 2011, le sociologue Patrick Peretti-Watel , auteur récemment avec Jean-Paul Moatti du remarquable livre «Le principe de prévention, le culte de la santé et ses dérives» (1) était présent à Bruxelles pour échanger sur ces questions, à l’invitation du FARES, d’ Éducation Santé et de l’asbl Question Santé. Il les aborda le matin pendant un séminaire et l’après-midi au cours d’une conférence.

À la croisée de la promotion de la santé et de l’éducation permanente

Comment ‘réinventer’ la prévention, qui semble se trouver aujourd’hui dans une impasse biomédicale peu féconde, à la fois normative et sans véritable prise sur les principaux déterminants de la ‘bonne’ ou ‘mauvaise’ santé?
Le séminaire du matin apporta un début de réponse à cette question cruciale, en nourrissant les réflexions de la vingtaine de participants de l’éclairage apporté tant par la promotion de la santé que par l’éducation permanente.
Animée par Bernadette Taeymans (Question Santé), la matinée permit notamment la relation par Taous Hassaini , assistante sociale au CPAS de Morlanwelz, d’une expérience de remise dans le mouvement du marché de l’emploi de bénéficiaires d’un revenu d’insertion au départ d’animations… sur la santé. À première vue, rien de plus éloigné des préoccupations quotidiennes de personnes en situation précaire que cela. Et pourtant, grâce à un patient travail sur l’estime de soi nourri aux valeurs émancipatrices de l’éducation permanente, cela marche, jusqu’à l’obtention de résultats positifs en termes d’insertion et, fait plus remarquable encore, de pérennisation des emplois (re)trouvés.
Cette stratégie indirecte semble d’autant plus intéressante dans un climat de méfiance générale des populations et des travailleurs en particulier à l’égard des initiatives préventives des pouvoirs publics, soupçonnés d’être plus motivés par l’entretien des ‘outils de travail humains’ que par une protection désintéressée de la santé publique, comme le soulignait Patrick Peretti-Watel dans un de ses judicieux commentaires.
Cela dit, si tout le monde pouvait s’accorder sur la haute valeur à accorder à l’éducation permanente en santé, cela n’empêche nullement de rester lucide quant à ses limites, par exemple quant au petit nombre de bénéficiaires de ses interventions pour guider leurs choix de vie de façon éclairée, ou encore le risque de tomber d’un excès de manipulation à une ‘liberté de décider’ exagérée, qui peut s’avérer nocive elle aussi.

Pour une prévention plus éthique

Dans sa conférence de l’après-midi, donnée devant une bonne cinquantaine de personnes, le sociologue rappela la pertinence des méthodes d’observation pour la santé publique, ironisant sur le fait que l’option constructiviste de la recherche en sciences humaines est souvent perçue comme peu… constructive par les autorités politiques.
Son exposé porta essentiellement sur quelques idées fortes défendues dans son livre, pas nécessairement d’une originalité bouleversante, mais exposées de manière limpide, par exemple la confusion entre le bon et le beau, le malsain et le laid, ou encore la stigmatisation des conduites dénoncées comme dangereuses. Le tout illustré de nombreux visuels souvent spectaculaires, comme cette image d’un homme obèse étranglé par un chapelet de saucisses (‘Obesity is suicide’) pour mettre en garde le gros (à moins que ce soit grand!) public contre les risques associés au surpoids…
Il eut aussi cette jolie formule: ‘La prévention montre les gens du doigt plutôt que de leur tendre la main’. Propos sans doute un peu injuste, mais néanmoins toujours d’actualité de nos jours, les exemples foisonnent.
Il rappela aussi cette évidence que la prévention est souvent le cheval de Troie pour des valeurs conservatrices, notamment en termes d’éducation sexuelle, et que la prévention s’adresse le plus souvent à un personnage de fiction, l’ homo medicus , rationnel, calculateur, autonome, capable de se projeter dans l’avenir et préoccupé fortement par sa santé.
Le propos du conférencier n’était pas pour autant de prôner la liberté sans entrave et sans nuance et de rejeter toute forme de prévention. Ce serait tomber dans le piège dénoncé par un participant, qui rappelait que la valorisation de la liberté de choix et du droit au plaisir sont aussi une stratégie très ancienne, et d’une redoutable efficacité, de l’industrie du tabac, dont la capacité de manipulation perverse est sans égale.
Mais Patrick Peretti-Watel revendique que cette prévention moderne soit plus éthique, plus légitime, plus efficace, et moins médicale… Ce dont il aura convaincu aisément la plupart de ses auditeurs (2).
Pris par son sujet, le conférencier n’eut malheureusement pas le temps de s’attarder sur le domaine spécifique de la lutte antitabac, ce qui eût été bienvenu au FARES… Ce sera peut-être pour une prochaine fois!
Cette journée particulièrement stimulante se termina par le verre de l’amitié à l’occasion des 30 ans d’existence de Question Santé, à laquelle l’auteur de ces lignes rendit un hommage bien mérité! (3)
Christian De Bock
(1) Paru en novembre 2009 au Seuil dans la collection La République des Idées. En vente dans toutes les bonnes librairies!
(2) Nous espérons pouvoir vous proposer son texte dans un de nos prochains numéros.
(3) Voir dans ce même numéro le texte ‘Des questions sans réponse? Encore heureux!’

Vers une représentation professionnelle en promotion de la santé

Le 30 Déc 20

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Au Perron de l’Ilon(1)à Namur, le jeudi 7 juillet 2011 de 10h30 à 12h.

Les premiers résultats diffusés de l’évaluation du dispositif de santé de la Communauté française confirment un constat de longue date: la difficulté pour les professionnels de promotion de la santé de se donner une visibilité suffisante, de faire entendre et de faire comprendre par les représentants politiques au plus haut niveau, mais aussi parfois par des collègues ou des responsables au sein de leurs propres institutions, le sens de leurs actions de même que les conditions nécessaires pour les mener avec qualité et efficacité.
Et pourtant quand l’occasion leur est donnée d’échanger, des personnes de toutes professions, de différents niveaux territoriaux, de différentes thématiques et surtout de secteurs diversifiés partagent des projets de société en synergie avec les finalités et les stratégies de la promotion de la santé.
Si, parmi ces professionnels, les clivages entre le monde médical, le monde social, le monde éducatif et culturel s’effacent, les regards extérieurs sur la promotion de la santé restent largement dominés par une vision curative et biomédicale. Les volontés d’actions communes se heurtent à de nombreux obstacles administratifs ainsi qu’à une difficulté d’appropriation par la plupart des mandataires politiques.
Actuellement le secteur spécifique de la promotion de la santé se voit fondamentalement remis en cause et risque d’être ramené vers des modèles qui ont montré leurs limites, centrés sur l’éducation sanitaire et la prévention médicalisée. Les processus de participation, de concertation, de construction ascendante (‘bottom up’), intrinsèquement liés à la promotion de la santé, pourraient être fortement entravés par un cadre de gestion trop programmatique.
Certains acquis construits au fil de l’histoire ont contribué à développer la qualité des pratiques en promotion de la santé dans un cadre souple; ainsi en est-il par exemple de la mise à disposition d’un soutien méthodologique diversifié, gratuit et indépendant de l’autorité qui contrôle et subsidie… Il importerait de pouvoir capitaliser sur ces éléments qui ont fait de la Communauté française, maintenant appelée Fédération Wallonie–Bruxelles, un exemple souvent cité à l’étranger. Réciproquement, la Fédération Wallonie-Bruxelles pourrait s’inspirer d’expériences récentes, développées dans d’autres pays ou régions, pour améliorer encore son organisation.
Dans ce contexte, disposer d’une association professionnelle en promotion de la santé offrirait un lieu d’échanges aux nombreux professionnels de tous horizons qui prennent pour référence la promotion de la santé. Elle représenterait aussi un outil (actuellement inexistant) pour porter la voix de ces professionnels vers l’extérieur, indépendamment de leurs institutions d’appartenance ou de leur secteur de référence. Cette association s’adresserait en effet à tout professionnel qui développe des actions de promotion de la santé (au sens de la Charte d’Ottawa), qu’il soit ou non subsidié dans ce cadre par la Communauté française. On pourrait par exemple y retrouver des personnes travaillant à l’intersection de la promotion de la santé, de la prévention et des soins, de la cohésion sociale, de l’égalité des chances, du développement durable, de la jeunesse ou de la politique des aînés, etc.
Dans ce contexte, les signataires de la présente vous proposent de participer le 7 juillet prochain à une séance de travail où seront explorées diverses pistes menant à la constitution d’une association professionnelle en promotion de la santé dans les meilleurs délais possibles. À cette occasion, il n’y aura donc pas encore de proposition formelle d’adhésion ou de statuts. En effet, malgré l’urgence, nous sommes soucieux de rester dans une démarche de construction commune, terreau de la promotion de la santé. Nous proposerons à la discussion une série de scénarios ouverts concernant la définition du statut juridique de l’association, de son objet, de ses membres, de son nom, d’une éventuelle charte d’adhésion, etc.
Si vous êtes intéressé à participer à cette rencontre exploratoire, pourriez-vous le signaler par mail auprès de Christian de Bock, revue Éducation Santé , afin que nous prévoyions des modes d’animation de la réunion adaptés au nombre de personnes attendues et que nous vous envoyions des documents préparatoires.
Gaëtan Absil (Apes-Ulg), Benoît Dadoumont (CLPS de Namur), Christian De Bock (rédacteur en chef d’Éducation Santé), Martin De Duve (Univers Santé), Michel Demarteau PhD (Observatoire de la Santé du Hainaut), Yves Gosselain (Fédération des maisons médicales et des collectifs de santé francophones), Dr . Jean Laperche (asbl Promo Santé et médecine générale), Dr . Lise Maskens (APMS), Marie Christine Miermans (PROVAC), Chantal Vandoorne (Apes-Ulg), Catherine Vanesse et Nicolas Menschaert (Fédération laïque de centres de planning familial), Catherine Végairginski (CLPS de Bruxelles)
Pour manifester votre intérêt, envoyez dès que possible un mail à christian.debock@mc.be avec les informations suivantes : nom et prénom, adresse, téléphone, adresse de courriel, fonction actuelle en promotion de la santé.
Veuillez préciser dans votre message si vous participerez à la réunion du 7 juillet 2011 à Namur, ou, dans le cas contraire, si vous êtes intéressé(e) par une telle association et souhaitez être informé(e) du suivi de cette rencontre exploratoire.

(1) Le Perron de l’Ilon est situé place l’Ilon 17, à deux pas de la place du théâtre et de la place d’armes, dans le centre de Namur.

Aborder les souffrances et les peurs du tout-petit

Le 30 Déc 20

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Certaines histoires de vie, ainsi que certains livres ne se terminent pas toujours par «Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants». Pour de nombreux enfants malheureusement, cette phrase semble appartenir au passé. Quand la maladie ou la mort frappe une famille, une nouvelle page de vie s’ouvre, et ce qui s’écrira sur cette page ne sera plus jamais comme avant. Martine Hennuy, Nathalie Slosse et Sophie Buyse ont choisi d’en parler aux jeunes enfants, au travers de livres illustrés.

Quand l’enfant rencontre… la maladie

Les enfants veulent savoir, comprendre et connaître la vérité. Quand on leur cache des choses, pensant les préserver, ils pressentent un climat de danger au travers de phrases chuchotées, de conversations étouffées, de visages angoissés; cela contribue à alimenter leurs peurs, leurs fantasmes et la création de réponses imaginaires plus terrifiantes encore que les secrets eux-mêmes.
Si l’enfant doit savoir, il a besoin de réponses adaptées à son âge, à sa sensibilité, à sa maturité. Le mettre en position d’adulte en lui donnant des explications trop médicales serait lui faire violence et le figer du côté du réel, alors que bien souvent il puise ses ressources dans l’imaginaire, où un monde fantastique peuplé de héros, de princes et de princesses, cohabite à côté de la réalité, en parfaite symbiose avec celle-ci.
L’enfant ne reproduit jamais à l’identique, il réinvente, il crée, il écrit une autre histoire. S’il multiplie les scénarios, c’est pour se confronter émotionnellement à toutes sortes de dénouements, des histoires qui finissent bien et d’autres qui finissent mal. L’enfant n’est pas dupe de son récit, il sait bien qu’il fait semblant, qu’il joue, que «c’est pour du faux». Il a plaisir à entrer et sortir de ses histoires, il n’est ni victime, ni prisonnier de ce qu’il raconte car face à ce qu’il ne peut décider et contrôler dans la réalité, à savoir la maladie du parent, il a l’illusion de maîtriser l’histoire qu’il vient d’inventer. Il devient maître de la destinée de ses personnages et ce pouvoir sur eux le soulage quand il n’a plus prise sur les événements douloureux de sa vie.
Là où certains enfants vont fuir dans le monde imaginaire, d’autres au contraire se réfugieront dans le connu. Quand la maladie et l’hospitalisation entraînent un surcroît de réel dans la vie de l’enfant, tout son quotidien est bouleversé, il perd ses repères, mais aussi un peu de sa capacité de rêverie. Il peut avoir l’impression que les monstres des histoires sont sortis des livres ou de la télévision pour passer dans le monde réel et attaquer son parent. Découvrir que les fées, Saint-Nicolas et le monde enchanté n’existent pas est très décevant. C’est comme si on lui enlevait ses rêves, ses illusions et son insouciance. S’il n’y a pas de baguette magique pour sauver papa ou maman, que va-t-il devenir?
L’enfant peut, en réaction, développer des conduites névrotiques; il va s’accrocher de façon obsessionnelle à la réalité, contrôler la place des objets, nettoyer, ranger, se figer dans des rituels répétitifs, craindre les imprévus, la nouveauté, etc. Un enfant «adultifié» par la maladie de son parent peut se fixer du côté du réel: il ne joue plus, il prend tout en charge dans la maison, s’occupe des petits frères, prépare le repas, comme si l’enfance avait brutalement disparu de sa vie. Voir un enfant devenu si sage, si obéissant, si studieux à l’école, ce qui du point de vue des parents peut sembler rassurant, peut en réalité être le comportement d’un enfant qui a évacué ses désirs, ses frustrations, par un comportement hyper adapté à la réalité. Toutes les émotions négatives sont refoulées, et risquent de réapparaître de façon beaucoup plus violente plus tard. C’est pourquoi il est essentiel pour l’enfant de pouvoir extérioriser ses sentiments par des actes libératoires.

…la mort

En matière de mort, nous n’avons aucune certitude, juste des croyances qui vont elles-mêmes évoluer en fonction de nos expériences de vie et de nos propres confrontations à la mort. C’est sans doute pourquoi il est si difficile de l’aborder avec les enfants.
Pourtant, très tôt, l’enfant va s’interroger sur la mort. Tant qu’il n’y a pas été confronté, elle reste pour lui un mystère, une réalité lointaine. Avant 6 ans, il acquiert d’abord la notion de «séparation», il va plutôt considérer la mort comme un «sommeil prolongé». Il va jouer la mort et mettre en scène sa conception, comme un phénomène passager et provisoire. Il va ensuite acquérir les notions de perte des fonctions vitales, d’irréversibilité, vers l’âge de 8 ans: « La mort , c’est quand on ne respire plus », « On a mis papa dans une boîte et on l’a brûlé ».
Les attitudes des parents vont influencer l’élaboration du concept pour l’enfant, qui posera des questions uniquement s’il sent qu’il peut obtenir des réponses sans blesser ses proches.
La manière dont l’enfant va vivre ses premières expériences de confrontation à la mort va également en influencer sa perception et sa compréhension. L’enfant confronté très tôt à la perte d’un proche comprendra d’autant plus vite la notion de «plus jamais» et ses questionnements seront plus précoces. Ainsi, ce que pense l’enfant de la mort, ce qu’elle suscite en lui, va sans cesse évoluer au fil de son vécu.
Ce que l’enfant imagine de la mort dépend enfin de ses croyances et des conceptions philosophiques du groupe auquel il appartient. Suivant sa culture, la société dans laquelle il vit et ses besoins, il faudra réinventer des rituels (pas forcément religieux) qui constituent un geste ou un ensemble de gestes permettant d’apaiser l’intensité des sentiments qu’il ressent. Ainsi, il est important de poser des actes concrets pour apaiser son chagrin, de fixer un cadre sécurisant (créer une boîte à chagrin, lâcher un ballon…).
Puisque très vite, l’enfant perçoit que la mort inquiète les adultes, quel que soit son âge, il est important de le laisser «dire» sa vérité, son ressenti, sans lui apporter de réponse toute faite.

Le livre, support d’expression entre réalité et imaginaire

Dans les deux livres «Alice au pays du cancer» et «On va où quand on est mort?», les auteurs ont souhaité tenir compte du vécu de l’enfant dans la réalité mais aussi dans son univers imaginaire et symbolique. La lecture des livres avec l’enfant l’emmène en voyage dans son monde intime, il parcourt, à la suite d’Alice ou de Diego, les trois registres du réel, de l’imaginaire et du symbolique.
L’arbre de la connaissance dans Alice, qui répond aux questions, apporte une dimension à la fois symbolique et sacrée. L’enfant s’adresse à l’inconnu, au mystère, à ce qui le dépasse. Cet arbre de la connaissance entretien le lien de l’enfant avec son monde irrationnel. Quand les éléments de la réalité deviennent trop effrayants, il peut être bénéfique pour l’enfant de se créer sa propre fiction.
Diego, dans «On va où quand on est mort?» trouve aussi un réconfort grâce à son animal totem, le lièvre, apparu dans ses rêves et qui lui suggère de construire son temple du souvenir. L’animal de pouvoir, comme l’appellent les chamanes ou les scouts, est l’animal auquel l’enfant peut à la fois s’identifier, se projeter, poser ses questions et confier ses craintes. Les plus petits s’entretiennent avec leur peluche. Pendant ce dialogue intime, ils n’hésitent pas à soigner l’ours malade, le consoler, le punir ou se fâcher contre lui.
Pour les enfants plus petits, le livre «Grand arbre est malade» déplace la maladie sur un arbre attaqué par les vers ou dans un jardin envahi de mauvaises graines. Les tout-petits comprennent et acceptent plus facilement un récit qui transforme la réalité, par exemple une histoire qui parle d’un arbre, d’un jardin, ou d’un animal, plutôt que la confrontation directe avec un personnage humain. Ce déplacement permet d’atténuer la peur, d’amener progressivement des éléments du vécu émotionnel de l’enfant sans qu’il ne se sente menacé par des propos trop directs, trop proches de son monde intérieur.
Le livre est un support (parmi d’autres) qui propose aux enfants un espace d’expression. Il permet de les aider à élaborer leurs propres réponses à leurs questions et observations, par la discussion et le partage. Il permet d’accompagner l’enfant. Il lui propose d’extérioriser ses émotions de colère, de tristesse, de peurs, par identification à Alice qui jette son ours contre le mur ou qui tape sur la pierre qui parle quand elle lui dit de sortir toute sa rage, ou au petit Diego qui a perdu son papa et qui souffle tout son désespoir dans de gros ballons rouges qui s’envolent avec un peu de son chagrin.
Ces images, véhiculées par les livres, en font un véritable outil thérapeutique car ces passages d’expression des émotions et d’évacuation de la détresse sont ceux que les enfants préfèrent. Ils comprennent le sens et la charge symbolique de ces actions.
Le livre est une «passerelle sur les épreuves de la vie». Il permet une vision à distance, un recul sur le problème. Il aide l’enfant à ne pas être absorbé par la maladie ou la mort de son parent, il l’aide à franchir l’obstacle en sachant qu’il n’est pas seul, qu’il a ses propres ressources. Le livre est un outil de création parmi d’autres pour lutter contre la destruction, la dépression. Il met des couleurs sur les images tristes, des mots sur les douleurs, de la poésie et des métaphores, là où les termes médicaux sont très réducteurs. Il facilite l’échange avec le parent sur les thèmes effrayants et inquiétants comme les mots «cancer», «chimio», «tumeur», «mort». C’est d’ailleurs volontairement, que les auteurs ont inséré les mots «cancer» et «mort» dans les titres des ouvrages, pour ne pas se cacher du sujet qui va désormais occuper la première place dans le psychisme du parent souffrant et de son enfant.
Les enfants sont immédiatement attirés par ces livres car ils perçoivent qu’ils abordent des sujets de «grands» et ils sont très intéressés par ces sujets, même ceux qui n’ont jamais été confrontés au cancer ou à la mort d’un proche.
Par le détour des livres, sans l’étalage brutal du réel qui lui ferait violence, l’enfant intègre, avec douceur et chaleur, le parcours éprouvant de la traversée du cancer ou du deuil. Le livre illustré ne minimise pas les épreuves, il permet même d’aborder la culpabilité de l’enfant, mais en tenant compte de ses rythmes, de son univers psychique. Il vit au fur et à mesure de ses lectures, à partir des commentaires que l’enfant amène, de ses ajouts, ses oublis et ses inventions. Il demande souvent plusieurs lectures, pour intérioriser, retrouver, mémoriser les phrases, les images et se préparer aux pages les plus douloureuses. La lecture accompagnée avec le parent amène une ouverture, elle permet un dialogue sur ce qui préoccupe, inquiète. Elle laisse libre cours à l’imagination de l’enfant et lui propose des pistes, sans l’enfermer dans des convictions figées. (1)
Ces trois beaux livres semblent avoir de véritables vertus thérapeutiques tant pour l’enfant que pour ses parents. Ce sont de précieux outils pour les professionnels de l’enfance, les enseignants et le personnel soignant. À découvrir absolument…

« Alice au pays du cancer », rencontre avec Sophie Buyse

Lorsqu’Alice quitte brutalement le pays des merveilles et découvre le pays du cancer, elle se trouve face à un monde menaçant qui lui est complètement étranger. Elle entend parler les infirmières et les médecins et ces mots incompréhensibles et inconnus lui paraissent une langue étrangère. La maladie et les traitements ont également transformé sa maman, elle qui était si forte, si protectrice, paraît soudain si faible, si fragile.
Sophie Buyse est psychothérapeute d’orientation psychanalytique et licenciée en sexologie de l’UCL. Elle consulte en privé et reçoit des enfants, des adultes et des couples.
Depuis 20 ans, elle travaille en collaboration avec l’asbl Cancer et Psychologie, à l’accompagnement des malades cancéreux et de leurs proches. Depuis à peu près 10 ans, elle a créé avec ses collègues des «Espaces Enfants» à l’hôpital dans les services de cancérologie qui accueillent des enfants confrontés à la maladie d’un parent, et des «Espaces Papillons», destinés aux enfants confrontés au décès d’un proche.
Sophie Buyse est par ailleurs présidente et fondatrice de l’asbl «Relais Enfants parents» (2), chargée du maintien des liens entre l’enfant et son parent incarcéré. Elle est aussi auteur de romans et de nouvelles.
Éducation Santé: Qu’est-ce qui vous a poussée à réaliser Alice au pays du cancer ?
Sophie Buyse : Ce sont des patients cancéreux qui se demandaient comment parler de la maladie à leur enfant qui m’ont incitée à mettre quelque chose sur pied, de même que mon expérience avec les enfants des Espaces Enfants à l’hôpital.
ES: Quels sont les objectifs de ce beau livre?
SB : Il s’agit de mettre des mots sur les émotions, d’expliquer la maladie grâce à un récit imagé et expressif qui permet à l’enfant de s’identifier.
ES: Mais pourquoi le cancer?
SB : Il y avait beaucoup de livres sur le divorce des parents, la mort, la séparation, mais peu de livres qui osaient parler du cancer sans voies détournées. Or, pendant la maladie, les enfants connaissent des phases de tristesse, de peur, de révolte, de colère, de culpabilité. Certains traversent cette épreuve en étant trop sages, trop bons élèves, ils veulent préserver leur parent, mais il ne faut pas oublier qu’ils restent des enfants et doivent encore avoir des moments d’insouciance, de bêtise et de vulnérabilité!
ES: Est-ce que le livre peut être utilisé dans d’autres cas que le cancer d’après vous?
SB : Je crois que le livre est aussi lu par des enfants qui ne sont pas confrontés au cancer d’un proche mais qui ont souvent entendu parler de la maladie et désirent être informés. Nous animons d’ailleurs des ateliers dans des classes confrontées à la maladie d’un enfant/parent/professeur, et nous constatons que le livre est un bon outil de communication et d’échange dans un groupe, quelle que soit la maladie.
ES: Comment avez-vous conçu le livre? Avez-vous rencontré des familles confrontées au cancer lors de la conception?
SB : Martine Hennuy et moi-même sommes deux psychothérapeutes de l’asbl Cancer et Psychologie. En fait, nous sommes sans cesse confrontées à cette problématique. Même dans nos proches il y a des personnes malades. Le cancer est malheureusement trop présent dans notre vie et dans notre entourage. Il ne se limite pas au contexte professionnel. Ainsi, nous avons mis en commun notre expérience avec les enfants et les malades. La rédaction du texte s’inspire aussi de témoignages ou de réactions d’enfants. L’illustratrice a été très touchée par ce thème et ses dessins répondaient bien à ce que nous cherchions…
ES: Pourquoi un livre?
SB : Il faut prendre du temps pour lire, et donc pour penser, pour ressentir. Le livre doit être lu de préférence avec un adulte pour permettre un dialogue, un questionnement, donner à l’enfant l’occasion de dire ce qu’il pense, ce qu’il vit. Le livre permet par ailleurs de se projeter tout en restant à distance de ce qui est représenté. Il est à la fois proche et lointain.
ES: Ici, l’histoire se termine bien mais malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. N’est-ce pas une vision trop positive de la maladie? Qu’en est-il pour les enfants pour qui ça ne se termine pas comme ça ?
SB : Il existe maintenant un deuxième livre «On va où quand on est mort?» (voir plus loin dans cet article) qui permet d’aborder avec les enfants la mort, la perte, le chagrin… Ceci dit, Alice se termine avec l’espoir de «ne plus jamais retourner au pays du cancer» mais on ne parle pas de guérison non plus.
ES: Existe-t-il un livret pédagogique pour savoir comment aborder ce livre avec les enfants ?
SB : Non, les personnes qui le souhaitent peuvent s’informer auprès de l’asbl et des auteurs du livre.
ES: Quel usage préconisez-vous?
SB : La lecture peut s’effectuer dans le cadre familial, scolaire, hospitalier… avec ou sans conteur/ lecteur, avec animation dans les écoles, à la maison avec les parents mais de préférence dans la journée pour ne pas ouvrir de questions trop douloureuses et émotionnelles au moment du coucher.
ES: Selon votre expérience, le livre est-il bien reçu par les enfants? Qu’en disent-ils? Et les parents et les animateurs ?
SB : Depuis la parution du livre, nous avons eu des commentaires à propos de son titre, volontairement très explicite qui pouvait heurter. Mais nous voulions appeler un chat un chat, et oser nommer le cancer. Les enfants, justement, sont curieux d’un livre qui porte un tel titre car il s’adresse à eux comme à des «grands».
Le personnel des hôpitaux est très demandeur, depuis les médecins jusqu’aux infirmières. Grâce au Plan Cancer, nous avons pu diffuser un certain nombre d’exemplaires dans les services où nous travaillons. Plusieurs écoles et des professeurs possèdent aussi le livre, après notre intervention dans plus d’une petite dizaine d’établissements scolaires de Bruxelles. Nous espérons que cet outil permettra aux professeurs, à l’avenir, d’intervenir dans leurs classes lorsqu’un élève est confronté à la maladie.
ES: Comment et où le livre est-il diffusé?
SB : Les éditions Alice ont une diffusion dans tous les pays francophones, nous sommes traduits en allemand, en coréen et bientôt en portugais.
ES: D’autres ouvrages pour compléter cette histoire ?
SB : À l’asbl Cancer et Psychologie, il existe également un livre qui aborde le suicide d’un parent, «Comment papa est mort?». Puis, il y a «On va où quand on est mort?». De son côté, la Fondation contre le cancer a édité «Le jardin d’Aurélien» qui traite du cancer d’un parent. Intéressant.
ES: D’autres projets du même type en cours?
SB : Oui, un projet de livre pour enfants qui parle de la réincarnation…
Pour vous procurer «Alice au pays du cancer» de Martine Hennuy et Sophie Buyse, rendez-vous en librairie, sur Internet, ou encore à l’asbl Cancer et Psychologie, avenue de Tervueren 215 à 1150 Bruxelles. Tél./fax: 02 735 16 97, courriel: canceretpsy@skynet.be, site: https://www.canceretpsy.be . Prix: 12,90 euros .

«On va où quand on est mort?», rencontre avec Martine Hennuy

Diego vient de perdre son papa… Au travers de son chagrin, il y a aussi beaucoup d’interrogations et d’incompréhension. Où vont les gens quand ils sont morts? Est-ce qu’ils changent de forme? Que de questions sans réponse! Et lorsque sa maîtresse aborde en classe le sujet de la mort, Diego est surpris par le nombre d’interprétations qui existent de ce sujet dont on parle si peu. Il découvre aussi que chacun vit son deuil à sa façon et que parler de la mort aide à en avoir moins peur…
Le parcours professionnel de Martine Hennuy est très diversifié. D’abord, sa formation de base en logopédie l’a amenée à travailler avec des adolescents en enseignement spécialisé. Elle a ensuite repris une licence en psychologie clinique tout en travaillant en tant qu’éducatrice dans des maisons d’hébergement pour enfants. Au terme de ses études, elle a poursuivi ce travail en tant que psychologue. Martine Hennuy a aussi travaillé pendant 7 ans dans l’enseignement en tant que psychopédagogue en école normale, pour former des institutrices préscolaires.
Depuis 10 ans maintenant, elle a choisi de revenir à un travail plus clinique puisqu’elle propose des consultations psychologiques en maison médicale et en planning familial. Voilà également 10 ans qu’elle travaille pour l’association Cancer et Psychologie. Elle a animé pour l’asbl un Espace enfants parents (Institut Bordet), y a assuré une permanence téléphonique et y est maintenant formatrice dans le domaine de l’accompagnement du deuil.
Au milieu de ces problématiques lourdes, Martine ressent le besoin de se ressourcer. Ainsi, elle organise des voyages en collaboration avec une agence d’écotourisme et est accompagnatrice dans le désert du Sinaï en Égypte!
Éducation Santé : Qu’est ce qui vous a poussée à réaliser « On va où quand on est mort
Martine Hennuy : Le succès d’ « Alice au Pays du Cancer » nous a donné envie de poursuivre l’aventure en nous basant sur des problématiques que nous connaissons bien, dans lesquelles nous évoluons au quotidien. L’idée d’aborder le thème de l’après-vie nous est apparue comme une évidence. Nous sommes donc parties des interventions spontanées d’enfants endeuillés lors d’un Espace Papillon (3) car celles-ci étaient très riches. Nous avons dès lors élaboré le scénario de l’histoire autour de ces interventions.
ES : Pourquoi parler de la mort ? Cela vient il d’une demande ?
MH : La mort reste encore trop souvent un sujet tabou qu’il est important de dédramatiser. Après avoir évoqué le thème de la maladie grave, il semblait important de proposer un support permettant de soutenir et d’accompagner l’enfant sur le thème de la mort et surtout de l’après-vie, peu abordé par la littérature enfantine. Le livre semble répondre à une demande puisqu’il vient déjà d’être réédité…
ES : Quels objectifs poursuiviez vous ?
MH : L’objectif principal est de proposer aux enfants et aux familles des outils pour parler de la mort, pour élaborer ensemble les questions autour de ce thème encore trop souvent tabou. Il est également de légitimer le vécu de l’enfant en faisant passer le message qu’il est normal d’être triste, en colère lorsqu’on a perdu une personne proche, que ces émotions doivent être traversées.
ES : On va où quand on est mort ? N’est il pas ambitieux de vouloir répondre à cette question ?
MH : Effectivement, c’est pourquoi nous n’avons pas l’ambition d’y répondre!
Nous avons simplement souhaité aborder la question, sans y apporter de réponses toutes faites, en proposant à l’enfant des balises, des pistes pour y trouver ses propres réponses, car en matière de mort et d’après-vie, nous n’avons aucune certitude.
ES : Comment avez vous conçu le livre ?
MH : Tout simplement en partant de notre pratique professionnelle, ce qui nous a fourni un matériel très riche. Nous nous sommes également basées sur nos propres recherches et conceptions philosophiques autour de la mort, sans toutefois les imposer à l’enfant, mais en proposant différents points de vue, dans lesquels l’enfant pourra se forger ses propres croyances.
ES : Avez vous rencontré des familles endeuillées lors de la réalisation ?
MH : Non seulement au cours de la réalisation du livre, mais tout au long de notre pratique depuis 10 ans!
ES : Pourquoi un livre ? Pensez vous que cette forme convient particulièrement bien pour aborder la mort avec les enfants ?
MH : Un livre reste, on peut le consulter, le laisser de côté et le reprendre plus tard. Il constitue un support non seulement pour l’enfant, mais aussi pour l’adulte, qu’il soit parent ou enseignant (car nous avons aussi beaucoup de demandes d’interventions au sein des écoles).
ES : Existe t il un livret pédagogique pour savoir comment aborder ce livre avec les enfants ?
MH : Non, car nous n’avons pas voulu rentrer dans une démarche trop pédagogique, ni trop figée. Nous avons préféré laisser chacun utiliser le livre selon ses besoins, selon l’âge de l’enfant aussi.
ES : Quel usage préconisez vous ?
MH : C’est un livre à lire avec l’enfant, que ce soit en famille, à l’école ou à l’hôpital. Il ne concerne pas seulement les enfants endeuillés, mais tous les enfants car la mort est un sujet qui nous concerne tous.
ES : Selon vote expérience , le livre est il bien reçu par les enfants ? Qu’en disent ils ? Et les parents ?
MH : Nous l’avons bien sûr utilisé lors des ateliers ou lors d’animations dans les classes et en avons eu de très bons retours.
ES : Comment et où le livre est il diffusé ?
MH : Il est édité chez Alice Édition et est diffusé en Belgique, en France, en Suisse et au Canada.
On le trouve dans toutes les librairies et il est également possible de le commander à l’association Cancer et Psychologie.
Pour commander « On va où quand on est mort de Martine Hennuy et Sophie Buyse , rendez vous en librairie , sur Internet , ou encore à l’asbl Cancer et Psychologie , avenue de Tervueren 215 à 1150 Bruxelles , Tél ./ fax : 02 735 16 97 , courriel : canceretpsy @ skynet . be , site : www . canceretpsy . be . Prix : 12 , 90 euros .

« Grand arbre est malade», rencontre avec Nathalie Slosse

Frimousse le petit hérisson aime beaucoup Grand Arbre . Quand le docteur des arbres découvre des petits vers sous l’écorce de Grand Arbre , l’univers de Frimousse est complètement bouleversé . Il va pourtant jouer un grand rôle dans sa guérison
Éducation Santé : Pourquoi avoir réalisé ce livre ?
Nathalie Slosse : Quand j’ai été confrontée au cancer du sein en 2007, mon fils n’avait pas encore 2 ans. J’ai cherché ce qui existait pour communiquer sur la maladie grave avec les tout-petits, mais j’ai trouvé très peu de matériel. C’est pourquoi une fois la période la plus pénible du traitement passée, j’ai décidé de créer un outil pour aider d’autres parents et accompagner les jeunes enfants.
ES : Quels sont les objectifs de votre livre ?
NS : En premier lieu, je voulais encourager les adultes à parler de ce qui se passe quand une maladie grave frappe un proche, car je pense qu’il ne faut pas cacher les moments difficiles sous prétexte qu’il ou elle «est encore tellement jeune». Les enfants sentent qu’il y a des gros changements autour d’eux, il est mieux de mettre des mots là-dessous.
J’ai voulu écrire une histoire métaphorique (la maladie étant bien entendu l’attaque des vers) qui laisse beaucoup d’espace pour l’interprétation de l’enfant. Ainsi, l’histoire peut s’adapter à un grand nombre de situations.
ES : Quels sont les thèmes abordés ?
NS : Les effets secondaires (fatigue, perte des cheveux), les amputations, la durée du traitement, la chimiothérapie et la radiothérapie, les émotions de l’enfant (triste, heureux, fâché, inquiet) et le lien illogique entre «rendre malade» (effets secondaires de la chimio) et guérir.
ES : Comment avez vous conçu le livre ?
NS : Pour moi la partie la plus importante est celle avec les idées pratiques de jeux et de bricolages adaptés aux plus jeunes. C’est ça que j’ai pensé à réaliser en premier lieu. Il ne s’agissait pas pour moi, comme dans beaucoup d’ouvrages, de proposer uniquement à l’enfant de dessiner. Parce qu’à 2 ans, un enfant ne sait pas encore s’exprimer par un dessin! Bien sûr, j’avais mon cobaye chez moi à la maison… mon fils. Certaines choses, comme le monstre cancer , je les avais testées avec lui pendant ma maladie. L’idée d’ajouter à ces activités l’histoire de Grand Arbre et Frimousse m’est seulement venue après… Il m’a semblé intéressant de collaborer avec des associations qui ont une expertise dans le domaine de l’enfance et de la santé. C’est pourquoi je me suis adressée à la division jeunesse des Mutualités socialistes et aux psychologues de Cancer et Psychologie. Ils étaient bien placés pour me guider et me dire si un tel outil existait déjà pour la partie francophone du pays…
ES : Comment avez vous « inventé » les animations proposées dans le livret pédagogique ? Vous avez été aidée par un pédagogue ?
NS : Comme expliqué avant, ma rencontre avec des personnes de Cancer et Psychologie m’a beaucoup aidée. Puis, j’aime être créative et bricoler avec les enfants. Donc, quand je regardais des livres avec des idées de bricolages (par exemple pour la fête des mères), j’essayais de les «traduire» dans un contexte de maladie grave. J’ai aussi consulté un livre sur l’aide aux victimes (la gestion des émotions après un choc est très semblable dans beaucoup de cas).
ES : Pourquoi avoir choisi le livre comme support ?
NS : Les enfants aiment écouter les histoires et regarder des images. J’ai pensé que c’était la porte d’entrée la plus facile pour ouvrir un dialogue avec eux sur un sujet si délicat.
ES : Avez vous rencontré d’autres familles confrontées au cancer ?
NS : Oui, mais surtout depuis l’édition du livre, pas tellement avant. Avant, j’ai essayé d’en discuter avec d’autres jeunes mamans via un forum sur Internet notamment.
ES : Pourquoi un arbre et un hérisson ? Est ce que vous pensez que les enfants s’identifient ?
NS : Pour de jeunes enfants, situer une histoire dans un autre milieu que le leur, en l’occurrence celui des animaux, est moins menaçant.
ES : Ici , l’histoire se termine bien mais malheureusement , ce n’est pas toujours le cas
NS : Les contes se terminent toujours bien… Les enfants ont besoin d’un «happy end» même s’ils savent bien que, dans la réalité, tout ne se passe pas comme dans un conte de fée. Ceci dit, j’ai quand même voulu y ajouter une fin ouverte avec Petit Arbre qui commence à pousser… Il signifie que, même si Grand Arbre disparaissait, il nous resterait toujours des souvenirs… Mais je pense qu’il ne faut pas pousser l’enfant à cette conclusion. D’habitude, ils ont assez d’imagination pour y trouver ce qui leur convient le mieux à ce moment-là.
ES : D’après vous , est ce que le livre peut être utilisé dans le cadre d’autres maladies que le cancer ?
NS : Oui, j’ai déjà eu des réactions en ce sens. Dans un journal, j’ai lu un article sur une maman qui l’avait lu à ses enfants après l’amputation d’une jambe et de quelques doigts suite à une attaque de bactérie. Le mot «cancer» n’est pas spécifié, mais le traitement ressemble très fort à la chimiothérapie et radiothérapie, habituellement administrées en cas de cancer.
ES : Quel usage préconisez vous pour le livre ?
NS : Pour favoriser l’usage en famille, j’ai insisté auprès de l’éditeur pour inclure quelques idées dans le livre même, dans la partie «trousse à trucs de Frimousse». Mais dans le manuel plus complet (téléchargeable gratuitement), il y aussi des choses qui sont plus adaptées à une utilisation en classe, par exemple des suggestions pour la discussion en groupe. Enfin, pour l’utilisation par des personnes comme les instituteurs qui ne sont pas familiarisés avec un traitement contre le cancer, des photos de l’hôpital et un glossaire se trouvent également dans le manuel.
ES : Selon votre expérience , le livre est il bien reçu par son public ?
NS : Le livre est très bien reçu par le public, petit et grand. Je n’ai jamais eu la chance de voir la réaction des tout-petits en direct mais j’apprends via les parents qu’ils ont aimé car ceux-ci doivent relire plusieurs fois l’histoire! Il y en a même qui veulent garder le livre avec eux dans leur lit.
Les parents qui ne sont pas confrontés à la situation mais qui ont quand même le courage de lire l’histoire à leurs enfants, l’apprécient également, pour les leçons de vie qu’on peut en tirer.
On me dit même que des enfants de 10-11 ans en profitent. Les animateurs de Cancer et Psychologie, de leur côté, ont tout de suite lu le livre aux enfants de 3 et 4 ans. Ils disent qu’il fonctionne super bien et bien sûr, cela me rend très heureuse!
ES : Comment et où le livre est il diffusé ?
NS : Le livre est en vente au prix de 12,95 euros dans les librairies ou chez le distributeur Weyrich Éditions. On peut aussi le commander chez Latitude Junior ou Cancer et Psychologie.
ES : D’autres projets en cours de votre côté ?
NS : En tout cas, les réactions positives sur ce premier livre m’encouragent à continuer. J’aimerais bien pouvoir éditer encore d’autres livres pour enfants délivrant un message pour les aider sur un sujet difficile… J’aime ce défi et j’ai déjà pas mal d’idées. En ce qui concerne le petit Frimousse, j’ai déjà écrit une suite intitulée «Gouttes magiques», dans laquelle il en apprend davantage sur le chagrin et les façons de consoler quelqu’un. Mais il reste difficile de trouver un éditeur pour des livres pour enfants avec des thématiques lourdes, donc je ne sais pas encore si cette histoire trouvera son chemin vers le grand public…
Pour l’instant, je prépare aussi un projet avec des sacs à jeux composés de plusieurs choses amusantes autour du livre «Grand Arbre est malade», par exemple une petite poupée Frimousse: il est certainement plus agréable pour les enfants d’aller se coucher avec un doudou qu’avec un livre à la couverture dure! Ces sacs seront mis à disposition via les hôpitaux. Mais cette année je vais d’abord lancer le projet en phase expérimentale du côté néerlandophone. Pour suivre tous ces développements, les lecteurs peuvent consulter le site https://www.talismanneke.be .
Pour découvrir l’histoire de Grand arbre et Frimousse : https://grandarbre.over-blog.com .
Pour commander le livre , rendez vous en librairie , sur le site de Weyrich Éditions https://www.weyrich-edition.be/fr/detail-produit/grand-arbre-est-malade.htm , de Latitude Junior https://www.latitudejunior.be/spip.php?article80&var;_mode=calcul ou via Cancer et Psychologie , avenue de Tervueren 215 à 1150 Bruxelles , tél ./ fax : 02 / 735 16 97 , courriel : canceretpsy@skynet.be , site : https://www.canceretpsy.be .

Éducation Santé a aussi rencontré Lisbeth Renardy, illustratrice de «On va où quand on est mort?» et «Alice au pays du cancer»

Éducation Santé : Parlez nous un peu de vous , votre formation , votre parcours , votre métier
Lisbeth Renardy : Je vis et travaille à Liège. J’ai effectué mes études à St-Luc, en illustration. En 2002, fraîchement diplômée, j’ai pris contact avec la maison d’édition Alice Jeunesse et là a commencé une collaboration en tant qu’illustratrice de livres pour enfants. J’ai publié 7 albums entre 2003 et aujourd’hui chez Alice Jeunesse dont « La princesse du jour et le prince de la nuit », « Samuel a peur du noir », et un aux éditions Asteline « Western Bolognaise ». De nouveaux albums sont en cours, dont un chez Alice.
À côté de cela, j’anime des ateliers d’arts plastiques avec un public composé d’enfants principalement. Je suis également conférencière en atelier d’illustration à l’Académie supérieure des Arts. Je n’ai pas encore de site Internet mais on peut voir mes différentes parutions sur le site des éditions Alice ( https://www.alice-editions.be ) et sur celui d’Asteline ( https://www.asteline.be/biolisbeth.html ).
ES : Comment avez vous vécu l’expérience d’ « Alice au pays du cancer » et de « On va où quand on est mort
LR : Je les ai plutôt vécues comme un défi. Illustrer des sujets aussi sensibles n’était pas simple pour moi au départ. Pourtant, j’y ai retrouvé la poésie et l’imaginaire que j’ai l’habitude d’évoquer dans mes illustrations, c’est ce qui m’a spontanément incitée à illustrer ces deux textes.
De plus, comme la plupart d’entre nous, je me retrouvais dans ces histoires car je vivais à cette même période une série de décès dans ma famille, c’était un cauchemar… J’ai alors vu ces livres un peu comme le prolongement du deuil pour moi, je m’y suis donc investie doublement.
Aujourd’hui, je ne regrette pas d’avoir fait le choix d’illustrer ces deux textes, malgré les réticences de nombreux éditeurs, lecteurs et non-lecteurs. Je perçois ces livres comme des outils plutôt que comme des livres d’illustrations qu’on lit aux enfants le soir avant de s’endormir.
Par contre, je sais que je n’en ferai pas d’autres de ce genre. Je ne veux pas être cataloguée comme illustratrice «médicale» ou dépressive! Même si personnellement je trouve qu’ils ne sont en rien déprimants.
ES : Comment « dessiner le cancer / la mort »… Comment choisir les bonnes illustrations pour parler aux enfants difficile comme thèmes , non ? Aviez vous déjà travaillé sur des thématiques similaires ?
LR : Non, c’était une première pour moi. Ce sont effectivement des thèmes difficiles, sensibles et délicats à la base; abordés avec des enfants, ils le deviennent d’autant plus. Le plus important pour moi était surtout de ne pas effrayer l’enfant, en essayant d’y apporter de la douceur et de la couleur. J’ai toujours travaillé avec beaucoup de couleurs, il allait de soi que je continue dans cette voie.
Il n’y a pas une façon de dessiner le cancer/la mort, je n’ai fait que transposer ma propre imagination (issue aussi de l’imagination collective), avec ma sensibilité, mes émotions, la façon dont moi, avec mes yeux d’enfants, je ressentais les choses. Sans perdre de vue qu’il s’agissait avant tout d’un outil, je voulais m’éloigner de l’aspect médical pour accompagner au mieux la poésie du texte et garder une certaine «légèreté» malgré tout.
Propos recueillis par Carole Feulien
Lisbeth Renardy , illustratrice , Rue Fond des Tawes 279 4000 Liège , courriel : lisbeth_renardy@hotmail.com.

(1) Extraits des interventions de Sophie Buyse et Martine Hennuy lors du colloque du 24-02-2010 « Des livres pour le dire », organisé par Cancer et Psychologie, Latitude Junior et Le Wolf.
(2) https://www.relaisenfantsparents.be
(3) Ateliers destinés à des enfants ou à des adolescents confrontés à un deuil. Nous reviendrons en détail sur les activités de Cancer et Psychologie dans un prochain numéro.

Explosion du nombre d’examens de la prostate. La Mutualité chrétienne appelle à une meilleure information des patients

Le 30 Déc 20

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Entre 2000 et 2009, le nombre de tests PSA réalisés en vue de dépister le cancer de la prostate est passé de 850.000 à 1,5 million, avec un coût de 4 millions d’euros à charge de la sécurité sociale, sans compter les coûts de biopsies parfois inutiles ainsi que les traitements et leurs complications éventuelles. Pour la Mutualité chrétienne (MC), le dépistage à grande échelle du cancer de la prostate ne se justifie pas, car des taux élevés de PSA ne prouvent pas l’existence d’un cancer et, inversement, des taux bas de PSA n’offrent pas la garantie qu’il n’y ait pas de cancer. Un dépistage ‘organisé’ risquerait d’entraîner des traitements inutiles ou trop lourds. Par ailleurs, la MC demande aux médecins généralistes de mieux informer les patients qui font la demande d’un test PSA dans le cadre d’un diagnostic précoce, de ses avantages et inconvénients.
En moins de dix ans, le nombre de tests PSA (Prostate Specific Antigen) a augmenté de 76%. Parmi les patients ayant subi un tel examen, un quart ont plus de 50 ans et un tiers ont plus de 70 ans. Plus de la moitié des patients de plus de 50 ans ont subi le test au moins tous les deux ans. Cette pratique vaut pour l’ensemble de la Belgique (un peu moins à Bruxelles qu’en Flandre et en Wallonie).
Ce test a été prescrit dans 80% des cas par un généraliste et semble désormais faire partie des examens de routine. Malgré la forte augmentation du nombre de tests PSA, la Fondation Registre du Cancer enregistre pourtant, chaque année, environ 9000 nouveaux cas de cancer de la prostate et ce de manière stable, depuis 2004.

Lenteur du cancer de la prostate et recours au test PSA comme outil de suivi

Le cancer de la prostate survient surtout chez les hommes de plus de 60 ans et évolue en général très lentement. Cette lenteur est telle que la plupart des hommes atteints d’un cancer de la prostate ne subiront aucun inconvénient de leur maladie et ne décéderont pas de cette cause. Les problèmes urinaires parfois rencontrés chez des patients sont généralement causés par une hypertrophie de la prostate et ne sont que rarement la conséquence d’un cancer. Dans ce contexte, on comprendra aisément l’inutilité d’un test de diagnostic précoce pour un patient de plus de 75 ans.
Le taux de PSA est mesuré par un test sanguin. Une valeur élevée peut être le signe d’une affection de la prostate: une hypertrophie bénigne de la prostate, une inflammation et, parfois, un cancer. Des taux élevés de PSA ne prouvent donc pas l’existence d’un cancer. Inversement, des taux bas de PSA n’offrent pas la garantie qu’il n’y ait pas de cancer de la prostate.
En cas de PSA élevé, le médecin propose généralement à son patient une biopsie. Il faut cependant savoir que cette biopsie peut entraîner des complications (hémorragies ou infections). La biopsie permet de déceler la présence de cellules cancéreuses et indique si l’on se trouve face à un cancer à faible ou à haut risque en termes d’évolution. Seuls les cancers à haut risque doivent être traités. Ces traitements (opération ou radiothérapie) peuvent engendrer des effets secondaires importants tels qu’impuissance ou incontinence. En cas de cancers de la prostate à faible risque, un simple suivi suffira. Le test PSA est alors l’outil de suivi indiqué. Ce test peut également être envisagé dans le cadre d’un diagnostic précoce mais à la demande du patient et après que ce dernier ait été correctement informé de ses avantages et inconvénients.
Alors qu’il est de plus en plus prescrit, le test PSA n’est pas repris dans la liste des examens préventifs recommandés par les deux principales organisations de médecins généralistes, la Société scientifique de médecine générale (SSMG) et Domus Medica. Dans l’état actuel des connaissances scientifiques, la Mutualité chrétienne estime que le test PSA à des fins de diagnostic précoce, chez des hommes ne présentant pas de plaintes et sans une information préalable, n’est pas indiqué.
La MC demande aux organisations de médecins et aux pouvoirs publics de rédiger des directives claires à destination des médecins ainsi que des brochures d’information neutres pour les patients. Par ailleurs, elle invite le Centre fédéral d’expertise des soins de santé à procéder à une mise à jour de son étude de 2006 sur le test PSA.
D’après un communiqué de presse de la Mutualité chrétienne

Les Belges sont conscients des dangers du tabagisme passif

Le 30 Déc 20

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Depuis le 1er juillet 2011, la Belgique est le 20e pays européen (1) à généraliser l’interdiction de fumer dans le secteur Horeca. La Fondation contre le Cancer a souhaité connaître l’opinion des Belges face à cette nouvelle réglementation, et les résultats de son enquête sont éloquents: ils sont 91 % à être conscients des dangers du tabagisme passif, et majoritairement favorables aux cafés sans fumée.
Le tabagisme passif est non seulement inconfortable, mais il peut également mener à de réels problèmes de santé. C’est l’amère expérience vécue notamment par Jean-Pierre Verbeeke , non-fumeur, ancien tenancier de café et aujourd’hui atteint d’un cancer: «Comme ancien tenancier de café, j’ai été pendant longtemps opposé à l’interdiction de fumer. Depuis que mon cancer a été diagnostiqué, bien que je n’aie jamais fumé, je comprends mieux. Je suis maintenant totalement convaincu de l’importance d’une interdiction généralisée de fumer dans l’Horeca. Il ne faut plus me raconter que le tabagisme passif n’est pas si grave» .
Suite à l’introduction de la nouvelle législation sur l’interdiction de fumer dans le secteur Horeca, la Fondation contre le Cancer a souhaité savoir si le public était conscient des dangers du tabagisme passif et de ses conséquences: cancers, maladies cardio-pulmonaires et affections respiratoires. En effet, la fumée secondaire, libérée par la cigarette en train de se consumer entre chaque bouffée, est particulièrement toxique du fait de sa température moindre de combustion. La recherche a démontré (2) que le tabagisme passif est une cause de cancer du poumon chez les non-fumeurs, et qu’il est responsable d’un décès toutes les 17 minutes, rien que dans l’Union européenne.
Une enquête, commanditée par la Fondation contre le Cancer et financée par le Fond anti-tabac, a été réalisée par l’institut de sondages Dedicated Research. Deux mois avant l’introduction de la nouvelle législation, un échantillon représentatif de la population belge a été interrogé (3).
L’enquête a montré que la population belge est particulièrement favorable aux cafés sans fumée:
-73% des personnes interrogées sont favorables à des cafés sans fumée. Ils étaient 65% en 2010, 61% en 2007, et 49% en 2004. Cela montre une nette évolution des mentalités;
-les jeunes sont majoritairement favorables à l’interdiction de fumer dans les cafés: 78% des 15-24 ans sont partisans de la nouvelle réglementation. La jeune génération est donc particulièrement sensible à l’impact du tabagisme dans les lieux publics;
-presque la moitié des fumeurs (46%) et la majorité des non-fumeurs (80%) sont favorables aux cafés sans fumée.
Les dangers du tabagisme passif et les avantages de cafés non-fumeurs sont aujourd’hui connus:
-91% des personnes interrogées déclarent être d’accord sur le fait que «le tabagisme passif dans les cafés peut provoquer un cancer du poumon chez ceux qui y travaillent»;
-61% déclarent être d’accord sur le fait que «l’interdiction de fumer dans tous les endroits publics (y compris les cafés) permet de réduire le nombre d’attaques cardiaques».
Depuis 2007, les restaurants sont non-fumeurs en Belgique et cette réglementation est très appréciée: 96% des personnes interrogées considèrent qu’il est plus agréable de se rendre dans un restaurant où il est interdit de fumer (ils étaient 84% à répondre favorablement à cette question en 2007).
Par ailleurs, les pays européens qui appliquent l’interdiction de fumer dans le secteur Horeca depuis quelques années constatent que les mentalités continuent à évoluer favorablement: les gens apprécient de plus en plus l’absence de fumée de tabac dans les lieux publics. Ainsi, en 2008 – et selon les chiffres de l’Eurobaromètre – la proportion de personnes en faveur de cafés non-fumeurs variait ainsi entre 80% et 94% en Irlande, en Italie et en Suède.
Christian De Bock , d’après le communiqué de la Fondation contre le cancer
(1) Angleterre, Chypre, Croatie, Écosse, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Irlande, Islande, Italie, Lettonie, Lituanie, Malte, Norvège, Slovénie, Suède, Turquie.
(2) Selon le Centre International de Recherche contre le Cancer.
(3) Soit 4000 personnes, dont 30,4 % ont accepté de répondre aux questions. La sélection a été faite dans les annuaires téléphoniques, et 20% des enquêtes ont été réalisées sur des numéros de portables sur base de random digital dialing.

La prévention, une question de principe?

Le 30 Déc 20

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Les trois grands maux de la prévention – stigmatisation des conduites à risque, alliance avec le conservatisme moral, cristallisation d’enjeux commerciaux considérables – apparaissent comme des contraintes structurelles dont il serait fort difficile de se débarrasser (Le principe de prévention, page 52).
Les jeudi 22 septembre et vendredi 23 septembre 2011, l’asbl Question Santé ( https://www.questionsante.org ) (1), le FARES et Éducation Santé ( https://www.educationsante.be ) accueillent Patrick Peretti Watel , auteur récemment avec Jean Paul Moatti du remarquable livre «Le principe de prévention, le culte de la santé et ses dérives».
Patrick Peretti-Watel est sociologue à l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale), membre de l’unité 912 ‘SE4S’, Sciences économiques et sociales, systèmes de santé et sociétés et à l’Observatoire régional de la santé Provence-Alpes-Côte d’Azur (ORS PACA). Il a beaucoup travaillé sur la question du risque et de sa gestion (2), ainsi que sur les assuétudes (drogues légales et illégales).

Conférence «La prévention sanitaire et ses excès»

Le jeudi 22 septembre 2001 de 15 à 18h ( accueil à 14h30 ) en la salle de conférence du FARES , rue de la Concorde 56 , 1050 Bruxelles .
La santé est devenue notre bien le plus précieux. Les recommandations qui saturent l’espace public viennent nous le rappeler quotidiennement: «fumer tue», «évitez de grignoter entre les repas», «mangez cinq portions de fruits et légumes par jour», «lavez-vous les mains fréquemment», etc.
Car pour faire reculer le plus possible la maladie et la mort, il faut traquer le risque partout où il existe. La prévention des excès alimentaires, du tabagisme, de la consommation d’alcool et de drogues s’efforce d’atteindre cet idéal de sécurité totale.
Mais la «mise en risque» du monde ne va pas sans dysfonctionnements. Le culte de la santé disqualifie ceux qui transgressent les conseils des experts. Il enserre les individus dans de nouveaux carcans moraux. Enfin, il est l’allié des industries agroalimentaires et pharmaceutiques à qui il ouvre des marchés particulièrement lucratifs.
Dans leur bref essai d’une centaine de pages, Patrick Peretti-Watel et Jean-Paul Moatti dénoncent à juste titre les excès d’une politique de santé qui tend au risque zéro de manière de plus en plus obsessionnelle, stigmatisant au passage les ‘déviants’ dans un discours moralisateur digne du plus bel obscurantisme religieux.
Le propos des auteurs n’est pas pour autant libertaire sans nuance, ils ne nient pas la nécessité d’une prévention. Mais ils la souhaitent plus éthique, plus légitime, plus efficace, et moins médicale…
En résumé, « conçue pour protéger les citoyens , les enfants , les personnes vulnérables , la prévention doit aujourd’hui être réinventée , sous peine de perdre son âme ».
La conférence de Patrick Peretti-Watel explorera quelques dimensions de la problématique, telles que la médicalisation de la prévention, son caractère parfois réactionnaire, les grandeurs et misères de l’homo medicus que nous sommes tous peu ou prou, ce bon petit soldat essayant vaille que vaille d’intégrer les prescriptions préventives, pour autant qu’il appartienne aux classes sociales favorisées bien sûr.
Il appuiera son exposé notamment sur des exemples issus de la lutte anti-tabac, ce qui tombe bien au FARES… (3)
La conférence démarrera par un bref survol historique de 30 années de pratiques de prévention, à l’occasion du 30e anniversaire de Question Santé. L’intervention du conférencier sera suivie d’un débat avec la salle, et l’après-midi se terminera par un verre de clôture, anniversaire oblige !
L’inscription est gratuite et obligatoire.
Si cette conférence vous intéresse, vous pouvez d’ores et déjà vous inscrire exclusivement par courriel adressé à info@questionsante.org. Ne tardez pas, car le nombre de places est limité. Une confirmation de votre inscription vous sera demandée vers la mi-septembre.

Séminaire «La prévention, entre normes, développement des aptitudes et émancipation»

Le vendredi 23 septembre 2011 de 10 à 13h ( accueil à 9h30 ) en la salle de conférence du FARES , rue de la Concorde 56 , 1050 Bruxelles .
La prévention semble souvent, aujourd’hui, dans une impasse biomédicale peu féconde. Comment revisiter notre position professionnelle dans ce contexte ? Les réflexions croisées des champs de la promotion de la santé, de l’insertion sociale et de l’éducation permanente peuvent-elles éclairer ce questionnement ? Quelles perspectives pouvons-nous ouvrir ?
Au départ de l’analyse brève de deux projets, le séminaire s’articulera autour des enjeux, obstacles, leviers rencontrés par les participants, afin de tracer ensemble des pistes de travail.
Patrick Peretti-Watel éclairera la discussion à la fois par sa vision de sociologue engagé et par un regard décalé toujours stimulant sur nos réalités.
L’inscription est gratuite et indispensable. Une réflexion préalable sera demandée aux participants.
Si ce séminaire vous intéresse , vous pouvez d’ores et déjà vous inscrire par courriel adressé à info@questionsante.org. Ne tardez pas car le nombre de places est limité à 20 personnes ( une personne par institution ).
Patrick Trefois et Christian De Bock

(1) Question Santé co-organise ces deux moments de réflexion dans le cadre de ses activités ‘santé’ et ‘éducation permanente’ pour la Communauté française et de ses activités ‘santé’ pour la COCOF de la Région de Bruxelles-Capitale.
(2) Les Éditions La Découverte ont réédité récemment sa ‘Société du risque’ dans leur collection de poche ‘Repères’.
(3) À ce propos, nous vous invitons à (re)lire ‘La cigarette peut être considérée comme un anxiolytique sans ordonnance’, un entretien de Patrick Peretti-Watel avec Denis Dangaix, publié en 2009 dans ‘La Santé de l’Homme’, et que nous avions eu le plaisir de pouvoir reproduire l’an dernier dans Éducation Santé.

Politique anti-tabac: la Belgique passe de la 8e à la 10e place européenne

Le 30 Déc 20

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Comment juger de la cohérence et de la pertinence des politiques européennes dans la lutte anti-tabac? C’est le but du Tobacco Control Scale (TCS), une méthode permettant d’évaluer l’efficacité des mesures anti-tabac prises par les gouvernements en Europe.
Les résultats de la dernière enquête TCS – qui se base sur les mesures en place au 1er janvier 2011, sont mitigés pour la Belgique, qui perd deux places. La cause? Notre pays fait du surplace, alors que d’autres progressent constamment. Même si la Cour constitutionnelle a annulé, la semaine dernière, les exceptions à l’interdiction totale de fumer dans l’Horeca, la Belgique n’avance pas assez vite dans sa politique anti-tabac. C’est une des conclusions des résultats du TCS.
Le Tobacco Control Scale a été créé en 2005 par Luk Joossens , expert en prévention du tabagisme à la Fondation contre le Cancer, et Martin Raw , spécialiste anglais en santé publique. Cette échelle évalue les mesures concrètes, prises dans 6 domaines essentiels de la lutte anti-tabac, et prônées par la Banque Mondiale et l’Organisation Mondiale de la Santé: le prix, l’interdiction de fumer dans certains lieux, le budget consacré à la lutte anti-tabac, la législation relative à la publicité, les avertissements de santé repris sur les paquets et, enfin, les mesures disponibles d’aide à l’arrêt.
En 2007, l’enquête avait été menée dans 30 pays européens (y compris hors Union européenne). La Belgique s’était alors classée en 8e position. En 2011, la Turquie a été incluse dans l’enquête, portant le nombre de pays concernés à 31. Une entrée remarquée, directement à la 4e place, alors que la Belgique perd deux places et se retrouve à une décevante 10e position.

Qui n’avance pas recule

La Belgique aurait dû être en tête de peloton dans la lutte contre le tabac. Après tout, elle a été le premier pays européen à utiliser des photos en couleur jointes aux avertissements de santé sur les paquets de cigarettes. Mais le classement est sans appel: la Belgique est à la traîne. C’est le résultat d’un immobilisme dans certains domaines de la lutte contre le tabagisme.
Ainsi, la frilosité belge concernant l’interdiction totale de fumer dans l’Horeca a coûté des points à notre pays dans le récent classement, puisqu’il était encore possible de fumer dans les cafés, discothèques et casinos début 2011. Heureusement, les exceptions à la loi concernant l’interdiction totale de fumer dans l’Horeca ont enfin été annulées, et les cafés, discothèques et casinos seront totalement sans fumée à partir du 1er juillet 2011. La Belgique rejoindra donc – enfin! – les 18 pays européens ayant déjà pris cette mesure.

La Belgique doit redevenir pionnière de la lutte anti-tabac

Tout n’est pas négatif dans notre pays. Comme déjà dit, il a été le premier pays européen à placer des photos d’avertissement sanitaire en couleur sur les paquets de cigarettes. Autre première européenne, la mention désormais obligatoire du numéro de Tabacstop sur les paquets depuis le 1er janvier 2011. Rappelons que Tabacstop est le service d’aide à l’arrêt tabagique de la Fondation contre le Cancer, joignable gratuitement par téléphone au 0800 111 00 et également présent sur Internet à https://www.tabacstop.be . Enfin, le remboursement de l’accompagnement à l’arrêt chez un médecin ou un tabacologue permet à la Belgique de grappiller quelques points dans le Tobacco Control Scale.
La Belgique n’en est pas moins à la traîne si l’on compare sa situation avec ce qui se passe à l’étranger. Pour remonter dans le classement, il serait nécessaire de prendre exemple sur d’autres pays, ayant eu le courage de mener leur politique anti-tabac à terme. C’est, par exemple, le cas de la Turquie, qui décroche la 4e place du TCS. Un résultat obtenu, entre autres, en doublant le prix des cigarettes en 5 ans, en consacrant 65 % de la face avant des paquets aux photos d’avertissement sanitaire et en interdisant totalement le tabac dans l’Horeca, y compris dans des pièces réservées à cet effet (fumoirs).

La Fondation contre le Cancer propose des solutions

La Fondation continue son travail d’information auprès des autorités, afin que des mesures essentielles soient prises dans notre pays. Elle avance des propositions concrètes et efficaces pour réduire la consommation de tabac:
1. Les photos illustrant les effets nocifs du tabac devraient être rendues obligatoires sur la face avant et arrière de tous les paquets de cigarettes et de tabac à rouler. Elles devraient couvrir 80 % de la surface disponible. La Fondation recommande également que les paquets de cigarettes deviennent neutres, c’est-à-dire sans logo ou autre élément graphique propre à la marque. Ce point doit justement être discuté lors de la révision de la directive européenne en la matière, qui aura lieu en 2011.
2. Encourager l’accompagnement à l’arrêt tabagique, grâce à une baisse des prix des produits de substitution nicotinique (au moins pour les personnes à faible revenu), un enregistrement des informations relatives au statut d’arrêt tabagique des patients et la possibilité de transférer ces informations (par exemple la participation à Tabacstop ) dans le Dossier Médical Informatisé des médecins généralistes.
3. Augmenter chaque année les taxes sur les produits du tabac, et réduire la différence de taxation entre les cigarettes et le tabac à rouler. L’augmentation annuelle minimum des accises devrait être de 8 % pour les cigarettes et 10 % pour le tabac à rouler.
4. L’interdiction totale de publicité et des étalages de présentation dans les points de vente, et la limitation du nombre de ces derniers.
5. Le budget consacré à la lutte anti tabac devrait s’élever au minimum à 20 millions d’euros, notamment dans le cadre de campagnes d’information. Les différentes autorités devraient également établir clairement la destination de cet argent.
6. Restreindre l’influence de l’industrie du tabac sur la politique de santé publique, notamment en traduisant en loi les directives de l’article 5.3 de la Convention cadre de l’OMS pour la Lutte anti-tabac ( Protection of public health policies with respect to tobacco control from commercial and other vested interets of the tobacco industry ).
D’après un communiqué de la Fondation contre le Cancer

Communication nutritionnelle, n’avalons pas n’importe quoi

Le 30 Déc 20

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Les 27 et 28 mai derniers, la première édition des Journées de nutrition critique avait lieu à l’université de Paris 8 (Saint-Denis), sur le thème ‘Nutrition, intérêts économiques et pouvoir politique: quelle éducation critique?’
Le pari était audacieux pour l’organisateur de ces deux journées, Paul Scheffer , Président de l’ADNC, l’Association de diététique et nutrition critiques. Son ambition n’était pas mince: contribuer à développer dans le domaine de la nutrition une réelle critique de l’influence du secteur agroalimentaire sur les discours et les connaissances, comme cela existe depuis pas mal de temps déjà dans le domaine de la santé et de l’influence de l’industrie pharmaceutique sur les pratiques médicales.
«Il n’existe pas encore à proprement parler de réflexion critique élaborée équivalente pour ce qui touche au rôle de l’industrie agroalimentaire et des dysfonctionnements des institutions régulatrices en matière de nutrition» , affirmait-il d’entrée de jeu avant de céder la parole à un joli panel d’experts ayant fait la preuve de leur indépendance depuis de longues années, en résistant courageusement aux pressions des intérêts économiques, et ce au péril de leur carrière parfois.
Il plaida aussi avec conviction pour une démarche collective de critique du modèle économique dominant, pour l’émergence de l’expertise citoyenne dans les comités d’experts, pour un bon usage de l’arme de la dénormalisation (qui a obtenu d’incontestables succès sur le front antitabac), sans pour autant diaboliser l’industrie, mais en étant quand même le poil à gratter l’empêchant de coloniser trop facilement la santé publique.
Bref, un projet remarquable, défendu au long des deux journées par des intervenants souvent de qualité (mais ne cultivant pas spécialement le consensus entre eux !) qui aurait assurément mérité une audience moins confidentielle de quelques dizaines de personnes. Les absents ont eu tort, comme souvent !

Conflits d’intérêts

Il faut dire que ces journées ne pouvaient sans doute pas mieux tomber. La France, encore toute secouée par l’affaire du Mediator, tente de mettre de l’ordre dans ses comités d’experts trop complaisants vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique, et révise leur composition. Dans la queue de cette tornade, un autre fait est passé relativement inaperçu du grand public: le retrait précipité, en mai, par la Haute autorité de santé (HAS) française, de deux de ses recommandations relatives au traitement médicamenteux du diabète et de la maladie d’Alzheimer qui étaient clairement entachées de conflits d’intérêts.
Ce retrait est dû au Formindep (mouvement ‘pour une formation et une information médicales indépendantes de tout autre intérêt que celui de la santé des personnes’) qui a obtenu là un succès exceptionnel récompensant un incessant travail de fond mené depuis des années avec des moyens dérisoires. Le Dr Philippe Foucras , président du Formindep, a d’ailleurs eu l’honneur (mérité) d’intervenir en dernier avant la clôture du colloque.
Comme évoqué plus haut, l’ADNC s’est donc créée sur l’exemple du Formindep. Et, de fait, quel que soit le bout par lequel on le tirait, le fil rouge du programme ramenait toujours à cette notion – encore si peu admise dans nos mœurs ‘latines’ – de conflit d’intérêt.
Les exemples ont été légion. Pourquoi l’affichage des contenus en sel des aliments n’est-il toujours pas mieux codifié? Pourquoi certains additifs alimentaires, même reconnus cancérigènes, sont-ils toujours autorisés? Pourquoi l’EFSA (European Food Safety Authority) refuse-t-elle de reprendre l’examen du dossier de l’aspartame malgré les nouvelles données qui jettent sur cette molécule de nouveaux soupçons (1)? Pourquoi les risques sanitaires liés au Bisphénol-A ont-ils mis tant de temps à être pris en considération, et pourquoi s’est-on contenté d’interdire les biberons alors que tant d’emballages en relarguent allègrement dans nos denrées alimentaires usuelles? Etc, etc.
Mais on a aussi compris que les choses ne sont pas si simples. Où débute un conflit d’intérêt? Bien sûr, répondre à une question technique, tenir une conférence, voire accepter une invitation à un congrès, ne sont pas nécessairement le signe d’une soumission aveugle aux stratégies de l’industrie. Par contre, siéger au conseil scientifique d’une multinationale ou participer à un think tank financé par l’industrie pour développer des concepts et des standards «industry-friendly» (que les agences de régulation adopteront par la suite), c’est déjà nettement plus compromettant!
Mais les conflits d’intérêts ne sont pas seulement financiers, et l’expertise n’est pas seulement l’absence de compromission. Être confit de certitudes, dans un monde où la science évolue à la vitesse où elle évolue aujourd’hui, ne peut plus être considéré comme une attitude scientifique. Or, remettre en cause ses choix, ses croyances ou ses combats exige autant d’humilité que d’ouverture d’esprit. C’est donc un très difficile équilibre que celui qui maintient l’expert sur ses convictions (car il faut un minimum de stabilité) tout en le laissant perméable aux nouvelles idées. Sans pour autant le transformer en girouette: que dirions-nous si nos éminents experts tournaient casaque au moindre souffle de doute?
La tâche n’est donc pas facile. Pour les experts, mais pas davantage pour les journalistes santé… Car dans le camp d’en face, chez les lanceurs d’alertes, il y a aussi un sérieux tri à faire. Face à ces experts qui invoquent sans doute trop facilement une certaine science toute-puissante pour justifier leur inacceptable immobilisme, se dressent des francs-tireurs impertinents, pourfendeurs de lobbies, souvent eux aussi de formation scientifique et dotés d’un redoutable esprit critique… mais également, hélas, des activistes nettement moins crédibles, voire dangereux. Lanceur d’alerte, ce n’est pas une profession protégée!
Et en particulier en matière de nutrition, la cacophonie est volontiers amplifiée par les médias, qui suivent assez servilement tous ceux qui savent les séduire. Or, semer le doute, c’est une des stratégies les plus payantes de l’industrie…
Bref, entre la vieille garde inflexible des scientifiques expérimentés mais dépassés, les esprits critiques précurseurs mais pas toujours prudents, les originaux de tout poil qui récupèrent ce qui leur convient, et les journalistes déboussolés qui ne savent plus qui croire… À qui profite tout ce bazar?
Karin Rondia et Christian De Bock , avec l’aide de David Leloup
(1) Elle vient quand même d’être priée par la Commission européenne de revoir le dossier aspartame pour 2012 (au lieu de 2020), suite aux pressions d’eurodéputés français.

La souffrance morale des aînés… Quel place lui donner?

Le 30 Déc 20

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«Je ne suis plus bonne à rien» «Ma vie ne vaut plus la peine» «J’attends la fin» … Comment rester de marbre, ne pas se sentir interpellé par le poids de ces mots au travers desquels certaines personnes âgées nous communiquent leur souffrance et leur lassitude de vivre? Que penser? Que dire ou encore que faire?
Pour beaucoup, la dépression et le suicide sont des phénomènes touchant principalement les jeunes… Et pourtant! Ces vécus sont plus fréquents qu’on ne le pense chez les seniors. Ils sont encore trop négligés à l’heure actuelle en raison d’une banalisation notable de ces symptômes, par peur ou manque de connaissance du phénomène.
Or, les études et la recherche suggèrent une tendance à la hausse des suicides des personnes âgées. À ce titre, le Centre de prévention du suicide souligne que ce sont les personnes âgées de plus de 70 ans qui présentent le taux de suicide le plus élevé. En effet, le risque suicidaire augmente avec l’âge: un premier pic se profile vers 45 ans et le deuxième apparaît à partir de 75 ans. En d’autres termes, les jeunes tentent plus fréquemment de mettre fin à leurs jours mais ce sont les aînés y arrivent le plus souvent.
Le suicide des personnes âgées perturbe, questionne car fait entrevoir des souffrances négligées voire occultées… et nous remet en question. Les causes de dépression ou d’idées suicidaires chez les personnes âgées sont complexes mais nous pouvons relever quelques facteurs-clés pouvant être associés à ces vécus: le sentiment de solitude, les pertes au sens large (conjoint, membre de la famille, emploi, changement du lieu de vie…), la détérioration des conditions de santé telles que l’incapacité permanente ou une maladie chronique, conduisant à la baisse d’estime de soi, au sentiment d’inutilité … Comme le souligne Alex Geeraerts , ancien directeur du Centre de prévention du suicide, il arrive qu’à un moment, «la souffrance face à la vie prenne le dessus» (1).

Donner la parole et écouter

Dans nos conceptions utopiques d’éternelle jeunesse, «vieillir» est largement connoté négativement. Avancer vers le grand âge est, pour beaucoup, davantage synonyme de déficit, de déclin plutôt que de bien-être, de bonheur et d’épanouissement… Notre société génère un «apartheid » de la vieillesse. Les plus fragiles sont laissés seuls, avec leurs angoisses, leurs craintes, leur détresse. En outre, on accepte plus aisément la souffrance morale ou le suicide d’une personne âgée que celle d’un jeune. Ces déformations cognitives relèvent l’urgence d’interroger nos conceptions. Travailler nos représentations permettra de favoriser la reconnaissance de ces souffrances en donnant davantage la parole aux aînés et en leur offrant une écoute adéquate, sans jugement, prémisse d’une prévention de qualité.
Aurore Devos , chargée de projet UCP
Pour éclairer le sujet et donner à la fois la parole à des professionnels de terrain et à des aînés, nous vous invitons à une journée d’étude le vendredi 30 septembre 2011 organisée par l’UCP, mouvement social des aînés, dans les locaux du Ministère de la Communauté française, Boulevard Léopold II 44, 1080 Bruxelles. Vous trouverez le programme de la journée dans l’agenda en ligne d’Éducation Santé ( https://www.educationsante.be/es/agenda.php?page=agenda&sel;=0912 ) . Pour informations complémentaires et inscriptions, contactez le secrétariat fédéral UCP au 02 246 46 73, courriel: ucpmc.be
(1) «Tenter de partir plus vite» , article du journal En Marche, 18 septembre 2008 ( https://www.enmarche.be ).

Dépistage du cancer colorectal: la voie flamande

Le 30 Déc 20

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Le mois dernier, nous vous présentions un premier bilan du programme généralisé de dépistage du cancer colorectal en Communauté française (1). Les hasards de l’actualité font que le rapport de l’implantation expérimentale du programme flamand dans trois communes de la Province d’Anvers vient de sortir (2).
La comparaison des deux démarches est très intéressante, tant les processus mis en place que les résultats obtenus divergent.

Pertinence d’un dépistage organisé

Sur ce point là au moins les avis convergent: au Nord du pays comme au Sud les autorités politiques et les acteurs de santé publique sont convaincus qu’un dépistage recueillant une large adhésion du public cible peut avoir un effet favorable réel en termes de diminution de la mortalité par cancers de ce type. En outre, ce dépistage offre une excellente fenêtre d’opportunité de 10 à 15 ans, qui permet des interventions efficaces vis-à-vis de lésions précancéreuses ou de cancers débutants.

Pas de généralisation d’emblée

La Communauté française a fait le choix de proposer d’emblée le dépistage à l’ensemble de la population francophone âgée de 50 à 74 ans. La Flandre, plus prudente, a préféré tester la faisabilité du programme, pour vérifier l’efficience du test proposé, valider les procédures, et, c’est bien sûr essentiel, s’assurer de la volonté de participation du public.
Les habitants concernés des communes de Schilde, Vosselaar et Borgerhout (toutes trois situées dans la Province d’Anvers) ont été invités à participer au dépistage de février à décembre 2009. Deux modalités de contact ont été retenues, le passage par le médecin généraliste et l’envoi du test à domicile directement par la poste. Un rappel a été fait 6 semaines plus tard selon l’autre modalité en cas de non-réponse (méthode dite de cross-over).

Pas le même test

Du côté francophone, c’est le gFOBT (Hemoccult II) qui a été retenu, alors que la Flandre a choisi plutôt le iFOBT, test immunologique de recherche de sang occulte dans les selles. Les raisons: ce test est simple à utiliser et à analyser, il réagit bien (sensibilité et spécificité), il ne nécessite qu’une prise d’échantillon de la part du patient (au lieu de trois pour celui utilisé en Communauté française), il peut être lu automatiquement, le résultat est donc rapidement connu (communication au médecin et au participant dans les 10 jours). Détail qui a sans doute son importance: le test gFOBT coûte nettement moins que le iFOBT. Pour le premier, il faut ajouter les frais de personnel analysant les échantillons, et pour le second les frais d’acquisition de l’appareil de lecture (3).

Pas les mêmes résultats

Sur un total d’un peu moins de 19.000 individus (après correction) environ 50% des personnes ont participé à l’expérience, avec un taux d’adhésion nettement plus favorable pour la formule ‘postale’ (64,3% contre 24,8% en passant par le médecin de famille).
Le test s’est avéré positif dans 5,3% des cas, soit pour 435 personnes, et il y a enregistrement d’un suivi pour 372 d’entre elles (85,5%), avec 318 colonoscopies. 224 polypes ou tumeurs ont été détectés, soit pour 1,2% des cas.

Évaluation

Une enquête a été réalisée auprès de 3600 personnes, avec un taux de réponse appréciable de 58% (70% parmi les participants et quand même 43% parmi les non-participants).
L’invitation par courrier a la faveur de 53% des répondants, celle par le médecin généraliste de 28%.
92% des gens estiment le test facile à réaliser, ce qui est cohérent avec le bon succès de participation de l’expérience.
L’enquête offre aussi des données précieuses quant aux motifs de non-participation, vu le nombre important de réponses parmi les non-participants. 23 raisons de ne pas faire le dépistage en émergent, les deux plus fréquentes (de loin) étant ‘je me sens bien, je n’ai pas de plainte’ et ‘personne n’a de cancer du côlon dans mon entourage’.
L’enquête a aussi permis d’écarter une fausse bonne idée, à savoir ‘profiter’ d’un patient atteint d’une tumeur pour inviter ses proches à participer au dépistage.
À noter que cette évaluation quantitative a été complétée par des groupes focalisés.

Conclusion positive

Sur base des résultats de cette expérience, les responsables du programme concluent sans surprise à sa faisabilité et à son ‘acceptabilité’. La technique du rappel par ‘cross-over’ est également jugée pertinente pour améliorer significativement la participation.
L’évaluation permet aussi d’avoir une idée assez précise du budget nécessaire, compte tenu d’une participation de 40% lorsque le programme sera lancé à grande échelle. Elle permet aussi d’estimer la charge de travail supplémentaire pour les gastro-entérologues qui seront chargés du suivi des patients positifs.
Christian De Bock
(1) Voir MATOS DA SILVA D., TAEYMANS B., TREFOIS P., «Dépistage du cancer colorectal: connaissances et perspectives» in Éducation Santé n°268, juin 2011, https://www.educationsante.be/es/article.php?id=1376
(2) Voir HOECK S., VAN ROOSBROEK S., VAN HAL G., “Pilootproject bevolkingsonderzoek naar dikkedarmkanker”, rapport de 141 pages téléchargeable sur le site https://www.dikkedarmkanker.be . Rapport publié le 04/05/2011.
(3) Dans le rapport qu’il avait consacré à cette problématique fin 2006, le KCE donnait la préférence au gFOBT. Il n’a pas assuré de veille sur ce dossier entre-temps.

La promotion de la santé: intéressante pour de futurs médecins?

Le 30 Déc 20

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Ce titre résume le défi redoutable de l’enseignement de la prévention durant les 4 dernières années de la formation initiale des étudiants en médecine à l’UCL.
Pourtant la promotion de la santé fait partie intégrante des compétences à acquérir par les médecins. Le Collège Royal des Médecins et Chirurgiens du Canada le précise d’ailleurs dans le cadre des compétences CanMeds 2005, tant pour les médecins spécialistes que pour les médecins généralistes. Ce document est une référence internationale pour la formation des médecins. De même, la WONCA (1), dans sa définition européenne de la médecine générale, précise qu’il convient de «favoriser la promotion et l’éducation pour la santé par une intervention appropriée et efficace» (WONCA Europe, 2002). Dans l’actuelle réforme des cours en médecine et le passage de 7 ans à 6 ans pour la formation de base, la promotion de la santé est toujours présente.
Depuis 2006, progressivement, les étudiants en médecine de l’UCL ont dans leur formation de base des cours obligatoires de «prévention», et ce chaque année de master 1 (4e année d’études, anciennement 1er doctorat) à master 3 pour tous les étudiants, futurs chirurgiens ou futurs psychiatres. Et un approfondissement en master 4 pour les futurs généralistes. Aux concepts de base à maîtriser concernant les vaccins, le dépistage des cancers et autres facteurs de risque cardiovasculaires, ces étudiants ont dès le master 1 la perspective d’apprendre à négocier des démarches préventives validées et pertinentes pour un patient en particulier. Et de découvrir par la même occasion que tous les patients ne sont pas égaux devant la santé, que les facteurs de risque des maladies pèsent plus lourd suivant le niveau d’éducation des patients, leur insertion sociale et autres déterminants de la santé.
Concrètement, cette sensibilisation, cet apprentissage de l’importance des déterminants de la santé sont appliqués aux facteurs de risque des maladies du cœur et des artères en master 1, et par la découverte de l’éducation thérapeutique, de la Charte d’Ottawa et du Grand Jeu de la Santé en master 2. Il y a aussi des travaux de groupe de master 1 à master 3 en allant interviewer des personnes-ressources, y compris des patients, ainsi qu’un stage d’un mois à option à la pluridisciplinarité en master 4… Et parfois des travaux de fin d’étude qui creusent davantage ces pistes découvertes précédemment.

Le Grand Jeu de la Santé

Intéressons-nous maintenant à cet outil didactique idéal (même si un brin caricatural) pour découvrir les déterminants de la santé.
Ce jeu est proposé par nos collègues canadiens à l’adresse suivante: https://www.passeportsante.net/fr/VivreEnSante/Tests/Test_DeterminantsSante_Index.aspx
Le jeu ne dure que quelques minutes. Il consiste pour le participant, après avoir sélectionné son pays dans une liste, à répondre à 25 questions au total portant sur 12 thèmes: enfance, hérédité, instruction, travail, position sociale, discrimination, habitudes de vie, compétences d’adaptation, réseau de soutien, environnement social, environnement physique, services de santé.
Les réponses reflètent le jugement que le participant porte sur sa santé personnelle et sur les politiques mises en œuvre dans son pays. À la fin, il obtient son score personnel, et celui de son pays (le score de ce dernier est mis à jour suite à ses réponses).
Il s’agit donc d’une évaluation subjective, néanmoins relativement fiable pour les pays souvent activés par les participants (191 réponses pour la Belgique au moment de notre test). Évidemment, lorsqu’un pays (la Russie par exemple) n’est cité qu’une fois, il vaudrait mieux ne pas afficher son score, comme c’est le cas pour les pays n’ayant jamais été ‘activés’.
Donc le ‘Grand Jeu de la Santé’ a ses limites, mais c’est un outil de sensibilisation plutôt sympa et actif, complété utilement par un dossier explicatif sur les 12 déterminants mesurés par le test.
En master 2, les étudiants sont invités à participer à ce jeu. Quels sont leurs sentiments après avoir joué, après avoir évalué leur propre score ou celui d’un patient d’origine moins favorisée qu’eux? Voici des extraits du témoignage de deux étudiantes ayant «joué le jeu», complété par un exercice de plaidoyer professionnel en faveur de la promotion de la santé réalisé par la seconde.
Jean Laperche , Maître de conférence invité à la Faculté de Médecine de l’UCL, vice-président de l’asbl PromoSanté et médecine générale, avec Christian De Bock

Une approche pertinente de la ‘bonne’ ou ‘mauvaise’ santé

«À vous d’évaluer votre espérance de vie! Comparez-la à l’espérance globale de votre pays!» me crie l’écran. L’interface infographique est claire, simple et attrayante. En bas s’affichent des cartes colorées qu’accompagnent de croustillantes colonnes de chiffres et de pourcentages…
Me voilà entrée dans le récent domaine de la promotion de la santé. Je lis, je réfléchis. Je réponds, je me pose des questions. Je reste critique: le domaine est politique. Quels sont, pour ce site, les déterminants de la santé? Suis-je d’accord avec lui? Quels sont les autres déterminants que je rajouterais? Quelles sont les solutions que je proposerais pour bonifier les points qui ne me paraissent pas encore au point?…
Alliant publicité persuasive et cause honorable, ce jeu met l’accent sur l’impact de notre environnement, nos habitudes, notre vécu, notre place dans la société… sur notre espérance de vie. De quoi permettre une prise de conscience rapide et efficace des différents paramètres en relation avec notre santé, des paramètres tellement évidents qu’ils passent inaperçus, et qui pourraient faire l’objet de recherches en vue de moduler leur incidence (négative ou positive).
La promotion de la santé agit encore plus en amont que la prévention, et est destinée, à la grande surprise de certains, à augmenter notre espérance de vie! La prévention prévient l’apparition de maladies en réduisant au mieux les facteurs de risque supposés.
Important aussi, la promotion de la santé agit aussi bien à l’échelle individuelle comme collective. Pour être revendiquée, la santé doit d’abord être enseignée. Vient ensuite la mise en application des mesures optées (des exemples: mise à disposition d’une alimentation saine en milieu scolaire, création de lieux de travail conviviaux, d’espaces aérés dans les quartiers surpeuplés, de groupes de soutien pour des populations en difficulté, etc.
Cette mise en place est facilitée lorsque chaque membre du groupe apporte son aide au bénéfice de la santé commune. C’est un projet de santé publique. Elle permet la réinstauration des valeurs d’entraide et soude les groupes humains.
Ce jeu met aussi en évidence des disparités de perception de confort de vie au sein d’un même pays. On remarque cependant une certaine correspondance entre la qualité de vie perçue et l’espérance de vie réelle (en tout cas là où les échantillons sont les plus fiables) argumentant en faveur de l’impact des facteurs en jeu sur la qualité de vie réelle. Nous pourrions même poser l’hypothèse suivante: une qualité de vie meilleure serait un moteur pour le développement et par conséquent, allongerait l’espérance de vie…
Les facteurs questionnés me semblent pertinents: sommes-nous satisfaits de la façon dont nous sommes instruits puis formés à travailler? Avons-nous déjà été victime ou témoin de discrimination (non-parité? Racisme? Gérontophobie?)? Comment évaluons-nous notre cadre de vie, physique, social (amis, famille, copains, couple…) et professionnel? Nous sentons-nous suffisamment soutenus et valorisés dans notre société? Comment évaluons-nous nos systèmes de santé et leur accessibilité?
Je rajouterai un paragraphe sur le sentiment de sécurité que l’on ressent chez soi: est-il très fort, fort, moyen, faible, nul? Par ailleurs, je n’ai pas trop saisi la question de l’hérédité, qui selon moi, a comme unique avantage de tester l’estime que l’on a de soi… Mais comment peut-on juger de la qualité des gènes reçus? Quels sont les «bons gènes», sinon le reflet d’une vision eugéniste de l’être humain? Ce sont là quelques questionnements que m’a suscité cet apprentissage ludique des déterminants de la santé.
Claire Cammas

La santé au Pérou et en Belgique: pas la même chose !

J’ai joué deux fois au «Grand Jeu de la Santé». La première fois en tant que «moi» en Belgique, étudiante en médecine, vivant dans un milieu économiquement et socialement privilégié par rapport à beaucoup d’autres personnes de ce pays. La seconde fois, j’ai joué en tant qu’étudiante vivant dans une petite ville des Andes, au Pérou, où j’ai habité pendant 6 mois (je suis péruvienne). Au Pérou, il y a des gens très riches et des gens très pauvres. Le fossé entre les deux est immense. J’ai choisi de répondre aux questions en tant que personne issue de la «classe moyenne», il faut savoir qu’elle est beaucoup plus réduite au Pérou qu’en Belgique.
D’un point de vue individuel, j’ai obtenu 77/100 en Belgique et 50/100 au Pérou. En ce qui concerne le pays, j’ai attribué 68/100 à la Belgique et 41/100 au Pérou, ce qui est proche de la moyenne obtenue par ces pays sur le site du Grand Jeu de la Santé.
Étant donné mon choix de rester «moi» dans les deux situations (même héritage génétique, même niveau d’instruction, même réseau de soutien social, mêmes habitudes de vie…), la différence importante entre les résultats des deux pays est donc principalement due aux conditions de vie, aux politiques et aux possibilités qu’ils offrent à leurs citoyens.
Le principal enseignement que je retiens, c’est que pour améliorer la santé générale d’une population, il est nécessaire d’agir prioritairement dans des domaines différents de la santé: l’éducation, le travail, les conditions de vie… bien que l’accès à des soins de santé de qualité garde toute son importance.
Je ne me rendais pas compte à quel point les autres politiques jouent un rôle essentiel dans la santé de la population. La possibilité de s’instruire, d’éduquer ses enfants, de participer à des activités sociales, de choisir librement un travail nous est donnée en Belgique grâce à des choix politiques d’offrir des allocations de chômage, des congés parentaux, un enseignement (presque) gratuit… Je ne me doutais pas que tout cela avait un tel impact sur la santé.
Marisel Mendez Yepez

Un peu de pédagogie

Autre exercice demandé aux étudiants, à côté du Grand Jeu de la Santé: comment expliqueriez-vous les notions de promotion de la santé et de déterminants de la santé à votre professeur de neurochirurgie?
Je me lance.
«Monsieur,
Dans votre pratique quotidienne vous rencontrez des patients qui ont une souffrance physique et/ou morale, des questions sur l’origine de cette souffrance et sur l’avenir qu’ils peuvent espérer. En plus de tout cela, ils viennent avec leur histoire, les liens relationnels qu’ils ont tissés autour d’eux, leur situation sociale.
Vous n’êtes pas sans savoir que de nombreux facteurs influencent grandement la santé de la population générale, et donc de vos patients: l’enfance, l’hérédité, l’instruction, le travail, la position sociale, la discrimination, les habitudes de vie, les capacités d’adaptation personnelles, le réseau de soutien, l’environnement social, l’environnement physique et les services de santé.
Ces déterminants mènent à une construction, objective et subjective, de l’image que le patient a de sa santé. Lors de vos consultations, des explications que vous donnez aux patients, des traitements proposés, il est important d’en tenir compte. Le patient ne voit peut-être pas sa santé de la même manière que vous, il importe de le laisser s’exprimer pour trouver ensemble un chemin négocié pour la suite du processus thérapeutique.
En regardant les déterminants de la santé, vous vous dites peut-être que vous avez peu de marge de manoeuvre pour agir sur eux. Vous pensez peut-être que la seule chose que vous pouvez faire est d’éduquer le patient à avoir de «meilleures» habitudes de vie. Il semblerait pourtant que ce ne soit pas une solution efficace: changer les habitudes est un processus difficile, il ne peut pas être imposé ainsi de l’extérieur. Il faudrait, au contraire, après une discussion «d’égal à égal» (mais en gardant vos spécificités de médecin) et en posant la question de la santé dans sa complexité (pas simplement en disant au patient: si vous faites ça, vous allez de nouveau devoir être opéré ) arriver à une solution négociée avec le patient.
La promotion de la santé , via la Charte d’Ottawa, propose des pistes pour agir en tant que soignant sur les déterminants de la santé. Il est possible d’agir sur beaucoup de facteurs (enfance, instruction, travail, discrimination, environnement social et physique, services de santé) en commençant par interpeller le politique par rapport aux problèmes de santé que cela amène et pourquoi pas en intervenant directement sur l’environnement concret pour le rendre plus favorable à la santé .
Vous pourriez également agir sur le réseau de soutien, l’environnement social, et peut-être grâce à cela sur les capacités d’adaptation personnelles en renforçant l’action communautaire : créer des groupes de soutien entre personnes opérées et personnes qui vont subir l’opération, ou bien pour les familles des patients atteints de pathologies neurologiques.
Par rapport au déterminant travail, vous pourriez, dans le même sens, veiller à ce qu’il y ait des réunions d’équipe dans votre service pour parler des situations difficiles vécues sur le lieu de travail.
En tant que neurologue, vous avez certainement des connaissances en manière de développement d’aptitudes personnelles : vous pourriez les partager avec de futurs parents, dans des écoles, des maisons de jeunes, des maisons de repos.
Enfin, la création de liens entre les services hospitaliers ayant suivi les patients, mais également avec les institutions extérieures à l’hôpital (centres de revalidation, maisons de repos pour les patients plus âgés, services d’accompagnement psychologique ou social…) serait bénéfique pour les patients.
Bien sûr, vous ne pourrez pas tout faire. Seul, vous ne pourrez pas réduire la pauvreté, les inégalités qui ont un impact négatif sur la santé de vos patients. Ce que vous pouvez néanmoins faire, c’est donner les outils aux patients pour qu’ils deviennent acteurs de leur propre santé. Cela demande d’abord d’écouter, sans imposer le point de vue biomédical comme l’ultime vérité. C’est une démarche difficile, mais la complexité des facteurs qui déterminent la santé la rend totalement indispensable.»
M M Y
(1) WONCA: acronyme de World Organization of National Colleges, Academies and Academic Associations of General Practitioners/Family Physicians, association mondiale de la médecine générale pour faire court!

La première réunion du Collectif des acteurs de la promotion de la santé: joli succès

Le 30 Déc 20

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Il faisait beau à Namur le 7 juillet dernier (mais oui, juillet n’a pas été ‘pourri’ tous les jours !) pour accueillir les participants à une matinée de travail ‘promotion santé’ d’un genre particulier. En effet, les acteurs (1) du secteur étaient invités à une rencontre pour discuter de l’intérêt et de la pertinence d’une forme d’organisation collective de cette profession quelque peu atypique, au carrefour de la santé, du social, de l’éducation, de la communication (2)…
L’initiative avait été prise tardivement, courant juin, dans la foulée de la présentation de ‘L’évaluation des dispositifs de politique de santé’ de la Communauté française (3), qui n’est pas passée inaperçue dans le secteur… Malgré les vacances, soixante-quatre personnes ont participé à cette rencontre, ce qui est très encourageant. À peu près autant ont manifesté de l’intérêt pour la démarche, ce qui fait plus de 120 personnes au moins intéressées par le projet d’une représentation professionnelle en promotion de la santé. Plutôt pas mal pour un démarrage à l’initiative de quelques ‘bénévoles’.
La rencontre, qui a duré deux heures trente, a pris la forme d’un ‘World café’ (4). Il s’agit d’un processus créatif qui vise à faciliter le dialogue, le partage de connaissances et d’idées en vue de créer un réseau d’échanges et d’actions. Ce processus reproduit l’ambiance d’un café (mais sans les boissons alcoolisées, restons sérieux !) dans lequel les participants débattent d’une question en petits groupes de 4 ou 5 personnes autour de tables dressées (plus ou moins !) comme dans un vrai bistrot.
Les participants changent de table à intervalles réguliers, sauf un, l’hôte, qui reste en place et anime la conversation des personnes qui se succèdent à sa table. Les conversations en cours peuvent ainsi être enrichies des discussions précédentes. En fin de parcours, lorsque les questions à débattre l’ont été par tout le monde, les idées principales ayant émergé du processus sont résumées en plénière et les possibilités de suivi sont évoquées.
À Namur, cette méthode conviviale et dynamique a remarquablement fonctionné, et les 14 tables de conversation ont permis non seulement de dégager des pistes fécondes par rapport à l’objet de l’invitation, et de prendre déjà deux initiatives concrètes, mais aussi pour chacun de faire des rencontres intéressantes avec des collègues inconnus, connus seulement par des échanges électroniques, ou perdus de vue depuis quelques années. Un ‘bénéfice secondaire’ non négligeable !

Trois questions, deux ébauches de réponses

Cette première réunion a permis d’explorer les trois questions suivantes:
Quelles seront les conditions du succès d’une association professionnelle en promotion de la santé ?
Quel sera l’objet de l’association? Que devra-t-elle faire tout de suite et à moyen terme ?
Quelles seront les conditions d’adhésion à l’association. Qui sera ou ne sera pas membre ?
Les principales idées issues des deux premiers débats ont été synthétisées sur place (5) et il a été demandé aux participants de se positionner sur l’importance relative de celles-ci. Voici les résultats les plus significatifs de ces ‘votes’:
Pour réussir l’association , il faut (options ayant recueilli le plus de suffrages):
-assurer la transversalité, la pluridisciplinarité, la diversité des professionnels et des structures y participant;
-assurer la visibilité et la légitimité de celle-ci, et pouvoir établir un rapport de force par rapport au monde politique;
-définir un socle commun, une philosophie et des bases tout en garantissant le respect des spécificités;
-se positionner par rapport à une ouverture, notamment au-delà du secteur subsidié de la promotion de la santé;
-poser la question du sens d’une telle association. Est-elle utile? Comment tenir compte de l’existant?
-mettre en place un fonctionnement démocratique, participatif, collectif, peu hiérarchisé.
L’ objet de l’association pourrait être (options les plus populaires):
-porter une parole vers le monde politique, avoir du poids, susciter la réflexion politique;
-assurer un plaidoyer sociétal sur base des expériences, faire comprendre la promotion de la santé à l’extérieur du secteur;
-définir une charte, des objectifs, des statuts;
-créer de la cohésion dans le secteur, développer la formation, la qualité des pratiques, organiser des échanges de pratiques;
-visibiliser l’existant, tenir compte des réseaux existants, éviter les concurrence.
Lors du débat de clôture en plénière, il est apparu que la constitution d’une association , qui rassemblerait des personnes et des associations (6), était souhaitée à l’automne 2011 , mais nécessitait d’approfondir la réflexion et d’examiner des propositions plus précises lors d’une seconde assemblée plénière. Il faudrait en outre être attentif à intégrer une représentation des usagers/citoyens dans cette association: même si elle a une vocation professionnelle, elle ne devrait pas oublier ce ‘fondamental’ de la promotion santé qu’est la construction avec les usagers…
En outre, un grand nombre de participants ont estimé qu’il fallait entamer, parallèlement et sans attendre, une réflexion sur l’évaluation des dispositifs de santé et le projet de réforme décrétale afin de pouvoir, le cas échéant, communiquer cette réflexion vers l’extérieur (parlementaires francophones, cabinets ministériels, presse, décideurs institutionnels, etc.). Les participants étaient d’avis que cette réaction pouvait se faire au besoin en tant que Collectif du secteur, sans attendre la mise en place effective de l’association.
Enfin, certains participants n’avaient pas encore eu connaissance du rapport d’évaluation. Il est disponible depuis le 5 juillet 2011 sur le site de la DG Santé de la Communauté française, à l’adresse suivante: https://www.sante.cfwb.be/index.php?id=dgs_detail&tx;_ttnews[tt_news]=367&tx;_ttnews[backPid]=250&cHash;=d42fc6bb30

Quel suivi ?

Au terme de cette première séance très positive, il a été décidé d’organiser une deuxième réunion plénière le 19 septembre 2011 , pendant une journée entière (les informations pratiques seront disponibles très prochainement sur notre site https://www.educationsante.be , l’adresse de contact pour les personnes intéressées est collectifpromosante@gmail.com).
Deux groupes de travail se réuniront entre temps pour faire l’état de leurs réflexions, faire des propositions concrètes, soumettre des questions à l’ensemble du groupe.
Un premier groupe aura pour tâche de faire des propositions sur la forme, l’objet, les conditions d’adhésion à une association professionnelle. Il sera animé par Cécile Plas et Emmanuelle Caspers .
Un second groupe travaillera à une réaction éventuelle du ‘Collectif des acteurs et associations de promotion de la santé’ au projet de réforme des politiques de santé en Fédération Wallonie Bruxelles. L’initiative d’organiser la première réunion de ce groupe a été prise par
Sabine Dewilde , Charlotte Pezeril et Myriam Deleman .
Il va de soi que la dynamique qui vient d’être lancée n’est pas réservée seulement à la bonne centaine de personnes qui ont déjà marqué formellement ou symboliquement leur intérêt pour cette démarche. Qu’on se le dise !
Christian De Bock , avec l’aide précieuse de Flavia Massa , Yves Gosselain et Chantal Vandoorne
(1) Nous préférons ce terme à ‘travailleurs’, pour bien marquer le fait que cette initiative ne s’adresse pas uniquement aux travailleurs dont les activités et salaires sont financés en tout ou en partie par le budget ‘santé’ de la Communauté française. Elle vise toute personne qui adhère à la philosophie de la démarche de promotion de la santé.
(2) Nous invitons les lecteurs souhaitant un rappel de l’origine de cette démarche à consulter l’article ‘Vers une représentation professionnelle en promotion de la santé’ (texte collectif) dans Éducation Santé 269 ( https://www.educationsante.be/es/article.php?id=1389 ).
(3) Voir dans Éducation Santé 269 l’article ‘Évaluation des dispositifs de santé en Communauté française: constats et recommandations’, de Colette Barbier ( https://www.educationsante.be/es/article.php?id=1392 ).
(4) Pour en savoir plus, voir la publication ‘Méthodes participatives. Un guide pour l’utilisateur’, coédition de la Fondation Roi Baudouin et du Vlaams Instituut voor Wetenschapelijk en Technologisch Aspectenonderzoek (viWTA), téléchargeable gratuitement sur https://www.kbs-frb.be et https://www.viwta.be
(5) Il était sans doute prématuré d’avancer beaucoup sur la question des conditions d’affiliation à une association toujours hypothétique.
(6) Une opinion que ne partage pas l’auteur de cet article, partisan d’une association de personnes exclusivement, mieux à même selon lui de garantir la liberté de parole et d’action des membres.

La santé, un droit pour tous

Le 30 Déc 20

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Solidarité Mondiale, l’ONG du Mouvement Ouvrier Chrétien, a lancé voici peu sa nouvelle campagne «La santé, un droit pour TOUS !» en collaboration avec l’Alliance nationale des mutualités chrétiennes (ANMC) et le CIEP (Centre d’Information et d’Éducation Populaire). Un terrible défi.
Dans le monde, 2,5 milliards de personnes n’ont pas accès aux soins de santé de base. Et d’innombrables et inutiles pertes humaines en découlent. Chaque jour, 30.000 enfants meurent de maladies qui auraient pu être évitées et soignées. Chaque année, ce sont 500.000 mères qui décèdent pendant leur grossesse ou lors de l’accouchement.
Ces chiffres alarmants s’expliquent par le fait que 4 personnes sur 5 de par le monde ne peuvent pas se payer l’accès à un centre de santé ou des médicaments. Ces centres sont trop éloignés, et, quand il en existe, le personnel médical ou le matériel nécessaire manquent à l’appel. Ces problèmes trouvent leurs racines dans l’insuffisance des investissements des autorités dans le secteur public, qui prive une grande partie des populations de la planète de soins de santé accessibles.
Contre pareille injustice, Solidarité Mondiale propose des solutions structurelles en partenariat avec les organisations du Sud. Sa précédente campagne et la nouvelle privilégient deux axes. D’abord, un travail décent pour un revenu décent car le revenu rend l’individu maître de son développement. C’est pourquoi la Coalition belge pour un travail décent a lancé en 2008 sa campagne «Les travailleurs ne sont pas des outils» avec un slogan clair «Mondialisons le travail décent!»(1).
Ensuite, une protection sociale suffisante pour sécuriser les populations. Jean Hermesse (ANMC) est venu rappeler à la journée de lancement de la nouvelle campagne qu’après la crise de 2008 on se rend encore mieux compte de l’importance d’un système public de santé, le seul apte à rencontrer les droits universels de tous les humains. Le marché n’y arrive pas, au contraire il ne fait que creuser les inégalités. Là où des acteurs sociaux organisent la solidarité il y a plus de cohésion sociale. Organiser la protection sociale c’est viser le développement humain et donc la santé. Les inégalités sociales et de santé ne sont dès lors pas une fatalité mais une question de choix politique.
Face aux problèmes socio-sanitaires, les populations peuvent se mobiliser à travers les mouvements sociaux et les mutualités. Elles mettent ainsi sur pied, comme cela s’est passé en Belgique, un fond commun qui servira de base à un système d’assurance maladie permettant de rendre les soins médicaux accessibles au plus grand nombre.
Avec leur service de coopération internationale(2), les Mutualités chrétiennes jouent depuis plusieurs années déjà un rôle pionnier dans la mise en place de mutuelles de santé en Afrique et en Europe de l’Est. Il ne s’agit pas seulement d’aider à couvrir les soins de première nécessité mais aussi de collaborer avec d’autres organisations pour soutenir des programmes de santé susceptibles de faire reculer la pauvreté. Alda Greoli (ANMC) est venue rappeler la chance que nous avons d’avoir pu construire en Belgique un système de santé de qualité via un pacte social.
Aujourd’hui l’enjeu pour le mouvement mutuelliste est de passer les frontières en soutenant là-bas des structures qui constituent un socle de base pour une couverture universelle. On prend donc un engagement sur une longueur de temps importante mais déjà en 2011 certaines mutuelles de santé connaissent un taux d’affiliation significatif qui leur permet de peser sur le dialogue avec les prestataires et les autorités pour qu’elles prennent leurs responsabilités.

Un invité du Bangladesh : GK, la santé pour le peuple

Le Docteur Kadir Manzur est venu témoigner de l’action de ce centre de santé qui touche près d’un million deux cent mille personnes. Gonoshasthaya Kendra (GK) signifie en bengali ‘la santé pour le peuple’. GK est une belle combinaison de mutualités, de formation d’agents médicaux et de soins de santé pour les populations et les plus pauvres. Avec près de 2.200 agents de santé qui sont majoritairement des femmes, GK couvre les villages les plus reculés du Bangladesh. Pour bénéficier des services de soins de santé de GK, le patient paie en fonction de ses revenus. Mais GK assure aussi un suivi des enfants dans les zones où il n’y a pas d’écoles et des femmes via ses programmes d’éducation et de formation, ce qui permet de soutenir l’emploi dans les zones rurales. Le soutien aux micro-crédits permet aux femmes de sortir de leur isolement et de développer des activités qui bénéficient à toute la famille. GK est également attentif à la santé des seniors et dispose de sa propre usine de médicaments génériques, nettement moins chers que les médicaments venant de l’étranger. Ainsi GK garantit l’accès aux soins à tous. GK est une organisation partenaire de Solidarité Mondiale.

Mobilisons-nous pour le changement social !

L’objectif de la campagne ‘La santé pour tous’ nécessite un combat quotidien, ici et partout dans le monde. Il repose sur une vision transversale de la société et du monde, où santé publique et protection sociale sont étroitement liées. Nous devons dépasser la vision marchande de la santé qui prime aujourd’hui et construire un monde où les conditions essentielles à une bonne santé soient enfin réunies. Il faut donc se mobiliser pour le changement social. Cela passe par la sensibilisation des membres des organisations sociales et par des interpellations des décideurs politiques. Dans cet esprit, la pétition de la campagne propose aux signataires trois revendications:
-faire des soins de santé une priorité dans la politique belge d’aide au développement ;
-demander au niveau international de développer en coopération avec les mutualités de leur pays une politique grâce à laquelle chaque personne a accès aux soins de santé ;
-rendre les médicaments génériques accessibles et disponibles pour l’ensemble des populations.
Cette campagne nationale s’étend sur 2 ans et s’organise au sein d’une large coalition qui unit Solidarité Mondiale aux Mutualités chrétiennes et les associations proches : Jeunesse et Santé, Altéo (mouvement social de personnes malades valides et handicapées), et UCP (mouvement social des aînés). Sans oublier le CIEP, service d’éducation permanente du MOC. Les associations sœurs néerlandophones Kazou, Ziekenzorg et Okra sont également associées à cette vaste mobilisation.

Outils de campagne

La boîte à outils bien costaude: outre la pétition disponible en format électronique sur https://www.solmond.be , un site internet est consacré à l’ensemble des supports proposés, https://www.protectionsociale.be . Vous y trouverez des infos sur l’expo itinérante ‘La solidarité tisse la santé’, des témoignages de militants de retour du Bangladesh, des fiches pédagogiques, un cahier politique, des affiches, brochures et dépliants, un dvd reprenant les actions soutenues par Solidarité Mondiale.
Le bracelet d’hôpital symbolise l’accès aux soins . Il sera également le symbole de l’engagement du public , de son soutien à la campagne . Il sera utilisé durant toute la campagne pour inciter les gens à signer la pétition .

En somme, une campagne prometteuse qui met l’égalité de l’accès aux soins de santé à l’ordre du jour et donne une place prépondérante à l’initiative citoyenne et collective dans le combat pour la santé.
Bernard Van Tichelen , ANMC
(1) Les résultats concrets de la campagne sont diffusés sur https://www.solmond.be , rubrique ‘Campagnes’
(2) Voir le site https://www.cooperationinternationale.mc.be

Des cellules bien-être à l’école

Le 30 Déc 20

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L’école ne peut à elle seule prendre en charge tous les problèmes que rencontrent les jeunes. Elle doit premièrement veiller à limiter son rôle éducatif à ce qui se vit dans le temps et l’espace scolaire. Elle doit aussi pouvoir s’appuyer sur les compétences et le savoir-faire de services spécialisés, sans pour autant fuir ses responsabilités par rapport aux problèmes vécus à l’école. Elle doit, enfin, autant que possible, s’articuler sur d’autres milieux de vie qui sont confrontés au même public, et parfois aux mêmes situations.
En promotion de la santé et dans l’éducation au bien-être en milieu scolaire, les intervenants sont nombreux. La multiplication et la variété des thématiques ‘envahissent’ l’école, qui n’a pas toujours le temps ni les ressources pour les aborder toutes, malgré la pertinence de chacune d’entre elles prise individuellement. Cela entraîne un morcellement des actions, et empêche de considérer le jeune dans son identité, sa richesse, sa complexité : un élève ‘difficile’ n’est jamais seulement un ‘drogué’, un ‘décrocheur’, un ‘violent’ ; il ne peut être réduit à ses seules dérives, il présente aussi des qualités, des compétences qui méritent d’être exploitées.

Prévention globale, durable, centrée sur l’élève

Les cellules bien-être qui vont faire l’objet d’une expérimentation à la prochaine rentrée scolaire, ont pour ambition de développer une stratégie de prévention globale et durable, et centrée sur la personne de l’élève.
Si une approche thématique classique peut constituer une bonne porte d’entrée, pour être réellement pertinente elle doit être reliée à d’autres thèmes et à ce qui se passe au quotidien en classe et dans la vie de l’école. Par exemple, la promotion d’une alimentation saine gagne à s’accompagner d’une réflexion sur l’organisation de la cantine scolaire, la présence ou non de distributeurs de sodas et snacks sucrés, mais aussi sur l’objectivation de connaissances dans le cadre du cours de sciences, l’organisation de rencontres avec les parents d’élèves, etc. Seul l’ensemble des activités constitue une réelle approche de promotion de la santé.
Ce travail doit se faire au quotidien, dans la durée, et pas uniquement en réponse à une crise qui mobilise les acteurs pendant un temps très court. L’intervention en urgence sera d’ailleurs d’autant plus efficace qu’elle prend en compte le travail de prévention qui la précède, et qu’elle s’inscrit d’emblée dans la perspective de ce qui sera mis en place une fois la crise passée.
Les personnes, et la façon dont elles perçoivent la réalité seront au cœur du travail des cellules. L’objectif ne sera ni d’informer sur les risques, ni de diaboliser ceux-ci (avec le danger bien connu d’effets contre-productifs), mais au contraire de construire un dialogue, d’inviter élèves et adultes à la rencontre. Les projets favoriseront l’estime de soi, la capacité à agir, la valorisation des compétences, l’accès à de meilleures ressources.
Les acteurs de l’école seront ainsi encouragés non seulement à transmettre des savoirs, mais aussi à donner aux jeunes les meilleures chances d’être davantage autonomes, critiques et responsables, en somme de s’inscrire au mieux dans les missions de l’institution scolaire.

Projet pilote

Il consiste à accompagner la mise en place de cellules bien-être dans l’enseignement fondamental et secondaire de tous les réseaux, tant de l’enseignement ordinaire que spécialisé.
Une phase expérimentale sera proposée pendant deux ans (années scolaires 2011-2012 et 2012-2013), qui associera acteurs locaux (directions, équipes éducatives, équipes PMS et PSE), administrations de l’enseignement obligatoire et de la santé, services communautaires de promotion de la santé.
L’objectif est de permettre la mise en place d’une soixantaine de cellules au départ des demandes d’établissements motivés mais qui éprouvent des difficultés à dynamiser une équipe reconnue au sein de l’école. Complémentairement, une quarantaine d’équipes (peut-être un peu plus) déjà en action pourront également bénéficier d’un appui plus léger.

Structuration

Le projet pilote sera suivi par deux instances.
Le comité opérationnel élaborera, suivra et évaluera les appels à projet et appels à soutien (rédaction du cahier des charges, sélection des projets). Il sera constitué des cabinets et administrations concernés, avec l’aide de l’APES-ULg.
Le comité stratégique (dans un deuxième temps) sera constitué du comité opérationnel rejoint par des représentants des acteurs concernés (établissements scolaires, centres PMS, services PSE, centres de planning, centres de prévention des assuétudes, centres de prévention du suicide, médiateurs, centres locaux de promotion de la santé…).

Le projet s’enracinera dans les réalités locales pour s’élargir progressivement au niveau provincial et in fine à l’ensemble de la Communauté française. Des groupes de travail réuniront les personnes engagées dans les projets pilotes pour faire émerger non pas des recommandations ou des injonctions quant à la ‘bonne approche’, ni même des ‘bonnes pratiques’ (elles ne manquent pas en la matière), mais des points de repère et des dispositifs concrets facilitant la construction, la mise en œuvre et l’évaluation d’une politique de promotion du bien-être à l’école.
Le projet pilote prévoit un accompagnement des cellules, tant au niveau local qu’à celui de la Communauté (ce dernier s’adressera aux services de seconde ligne et aux ‘politiques’). L’articulation entre les deux est jugée essentielle, le dispositif combinera un double mouvement: au départ des réalités locales, favoriser l’émergence de points de repères communs et construire progressivement une dynamique cohérente de promotion du bien-être à l’école; favoriser l’appropriation par les acteurs locaux du projet politique de la Communauté.

Marque d’intérêt

Une première information a été donnée aux écoles par circulaire fin janvier. Elle a suscité plus de 500 réponses de 350 établissements, ce qui témoigne d’une forte attente plutôt encourageante pour ce projet qui entend introduire un ‘nouveau paradigme’ dans un milieu parfois résistant au changement, celui de la construction des normes avec les élèves eux-mêmes, et ce dès l’enseignement fondamental.
Lors de la présentation officielle des cellules bien-être, les deux ministres concernées Marie-Dominique Simonet (Enseignement obligatoire et promotion sociale) et Fadila Laanan (Culture, Audiovisuel, Santé et Égalité des chances) témoignaient d’un bel enthousiasme. Elles ont précisé aussi que cette démarche expérimentale bénéficiera d’un budget de 550.000 euros à charge de leurs deux départements, qui permettra notamment à l’APES-ULg de jouer un rôle important dans l’encadrement méthodologique de l’ensemble du processus.
Les prochains mois seront mis à profit pour sélectionner les projets qui démarreront à la rentrée de septembre.
L’évaluation formera aussi un point d’attention crucial, car il s’agira au terme des deux ans de phase pilote d’estimer la pertinence des cellules bien-être et les moyens nécessaires à leur développement futur le cas échéant. Avec peut-être à un horizon plus éloigné un dispositif décrétal qui donnera aux cellules sécurité juridique et assise financière.
Christian De Bock
D’après le canevas des séances d’information organisées en mars 2011 dans toutes les provinces de la Communauté française