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ICAPROS, prévenir les maladies cardiovasculaires en zone transfrontalière

Le 30 Déc 20

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Les maladies cardiovasculaires sont, avec les cancers, l’une des principales causes de décès en France et en Belgique. Infarctus, AVC, autres maladies de l’appareil circulatoire… les patients sont malheureusement nombreux à être hospitalisés ou à décéder prématurément des suites d’une maladie cardiovasculaire. En zone ICAPROS, zone transfrontalière franco-belge regroupant des communes des Provinces de Namur et Luxembourg en Belgique et le département des Ardennes en France (1), les chiffres sont encore plus alarmants, d’après une étude menée par Paul Majérus, démographe et chargé de projets au Centre d’Éducation du Patient (2) à Godinne.

En effet, l’espérance de vie à la naissance est plus faible dans ce territoire transfrontalier qu’en Belgique et en France (3), pays sur lesquels s’étend le projet. Les maladies cardiovasculaires y sont l’une des principales causes de décès: 28% des décès totaux chez les hommes et 31 % des décès chez les femmes, ce qui en fait la principale cause de décès pour la population féminine.

La maladie cardiovasculaire, fatale ou non, y est aussi plus précoce: hommes et femmes décèdent plus jeunes pour cause d’infarctus en zone ICAPROS qu’en France ou en Belgique. La différence pour les hommes est de 1,74 ans entre la zone ICAPROS et les deux pays (France et Belgique). Chez les femmes, cette différence est de 2 ans avec la France mais notons que les femmes meurent au même âge en zone ICAPROS qu’en Belgique.

Des données qui obligent à l’action. C’est pourquoi le projet ICAPROS, mené sur une période de 5 ans (2009-2014), dans le cadre du programme européen Interreg IV France-Wallonie-Vlaanderen (4), a pour but ‘d’éclairer’ cet état de santé des populations préoccupant et ‘d’agir pour une meilleure santé cardiovasculaire des populations en ce territoire’ par des actions de prévention et d’éducation.

Éclairer un état de santé problématique des populations…

Le tableau de bord de la santé cardiovasculaire en zone ICAPROS apporte divers éclairages du problème pour une meilleure compréhension de son importance, de l’évolution durant ces vingt dernières années de la santé cardiovasculaire en cette zone transfrontalière, des publics les plus vulnérables, des moyens à mettre en œuvre, etc. Il représente une aide à la décision pour les professionnels de la santé et du social ainsi que pour les décideurs. On peut le consulter et le télécharger sur le site https://www.preventionsante.eu .

… et ‘agir pour une meilleure santé cardiovasculaire des populations’

Sont cités parmi les objectifs (5) du projet ICAPROS: «(…) de mutualiser les bonnes pratiques professionnelles et de créer une dynamique collective des acteurs de la zone frontalière, de former des relais dans le secteur socio-éducatif de la zone frontalière porteurs d’une dynamique de prévention auprès des adolescents et enfin de permettre au plus grand nombre de personnes présentant des facteurs de risques ou ayant développé une pathologie cardiovasculaire d’accéder à un programme coordonné d’éducation du patient.»

Mutualiser les moyens et créer des dynamiques entre les acteurs transfrontaliers

En donnant plus de visibilité aux réalisations concrètes par le biais d’ un répertoire des organismes actifs et des actions menées en promotion pour la santé cardiovasculaire, prévention et éducation du patient, consultable lui aussi sur le site https://www.preventionsante.eu/, les partenaires du projet souhaitent motiver les acteurs du terrain à mettre en place des initiatives structurées d’éducation pour la santé accordant une place prépondérante à la personne en tant qu’acteur de sa santé.

Prévenir les maladies cardiovasculaires dans les écoles et en entreprises

Notre mode de vie actuel, plutôt sédentaire et stressant, génère des comportements de compensation tels qu’une alimentation excessive ou déséquilibrée, la consommation de tabac ou d’alcool. Ces comportements constituent comme chacun sait, des facteurs de risques majeurs des maladies cardiovasculaires. Chacun passant à peu près un tiers de sa vie au travail, l’entreprise semblait donc un lieu idéal pour développer des actions de prévention santé à destination des adultes.

Les jeunes sont quant à eux sans cesse à la découverte de nouvelles expériences et en recherche de repères pour construire leur identité, c’est pourquoi l’adolescence s’avère être un moment propice pour les sensibiliser à des comportements de santé sains.

En entreprise , cette sensibilisation se fait dans le cadre d’animations. Elles représentent une occasion pour aborder, de manière souriante et ludique, la santé cardiovasculaire et les facteurs de risque. Elles sont surtout une invitation donnée à chaque travailleur de se pencher sur ses habitudes au quotidien et peut-être de remettre en question quelques-uns de ses comportements.

Les caractéristiques de chaque animation sont étudiées avec les responsables des entreprises auxquels s’associent souvent des représentants de la médecine du travail. Ce programme ‘à la carte’ permet de s’adapter au mieux au fonctionnement de l’entreprise et de répondre le plus adéquatement possible aux demandes des employeurs. Ainsi, ces sensibilisations peuvent prendre place dans le cadre d’une journée découverte entreprise, d’une journée sécurité, d’un temps d’information particulier pendant ou en dehors des heures de travail, etc.

Les animateurs utilisent des supports de base et adaptent les contenus en fonction des caractéristiques de leur public, des réactions ou de demandes particulières. Ainsi, certaines thématiques comme le tabagisme ou l’alimentation peuvent être développées si on sait qu’elles posent problème.

Les animations sont gratuites et habituellement suivies d’un dépistage, au sein même de la structure.
Après les premières expériences, plusieurs outils d’animation ont été ‘adaptés’ pour des publics particuliers comme des personnes ne sachant pas lire le français ou travaillant en entreprises de travail adapté.

À l’école cette action vise une approche dynamique de la promotion santé commune à un bassin de vie séparé par une frontière mais présentant des caractéristiques similaires. De manière générale, les outils développés se basent sur une approche positive de la santé en valorisant l’estime de soi et les connaissances, en favorisant l’esprit critique et l’acquisition d’habitudes ‘saines’ chez les jeunes adolescents.

Ces sujets de prévention des risques cardiovasculaires, auparavant abordés de manière autonome des deux côtés de la frontière franco-belge, sont traités actuellement de façon homogène avec la collaboration des spécialistes de terrain des deux versants. Ce travail aboutira à une approche transfrontalière enrichie des expériences nationales.

Concrètement, le projet prévoit de sensibiliser les adolescents français et belges aux facteurs de risques cardiovasculaires et à l’adoption de comportements responsables en matière de santé pour prévenir ces facteurs de risques. Six animations sont au programme, chacune abordant par une porte d’entrée différente trois des facteurs de risque modifiables par le jeune: alimentation équilibrée, consommation de tabac, pratique d’une activité physique.

Pour compléter leur information, une animation sur l’influence des médias et une autre concernant la gestion du stress sont programmées. En effet, l’influence de ces deux paramètres sur les comportements des jeunes est prépondérante. À l’issue de chaque animation, les jeunes reçoivent une brochure sur la thématique abordée.

Les partenaires du projet

Différents opérateurs belges et français se sont unis pour mener ce projet: la Caisse primaire d’assurance maladie des Ardennes, l’hôpital de Sedan et l’hôpital de Charleville-Mézières du côté français; le CHU Mont-Godinne – Dinant, le Centre d’Éducation du Patient de Godinne et la Mutualité chrétienne de la Province de Luxembourg, pour la Belgique. Se sont associés à eux: le Département Prévention Santé de la Province de Luxembourg, la Mutualité chrétienne de la Province de Namur, l’Observatoire franco-belge de la Santé, la CPAM de la Marne, le Centre marnais de promotion de la santé, l’Agence régionale de santé Champagne-Ardenne et l’Observatoire transfrontalier de la santé Wallonie-Lorraine-Luxembourg G.E.I.E.

L’axe central de la démarche d’animation repose sur la formation de personnes relais dans la sphère scolaire des deux versants frontaliers (infirmières chargées de la promotion de la santé, infirmières de l’Éducation nationale, enseignants, professeurs, éducateurs…). Cette formation à l’utilisation des outils précités, à la maîtrise des connaissances théoriques et surtout à la méthodologie permettra une utilisation optimale des outils.

Au cours des contacts répétés entre animateurs et adolescents, lors des animations, une orientation vers un service spécialisé dans une des problématiques concernées par l’action sera proposée aux jeunes si le besoin émerge.
Un site Internet interactif accessible aux personnes relais formées dans le cadre du projet sera développé. Ce site proposera des supports didactiques, des conseils, des adresses utiles et diverses informations en matière d’animations et ceci conjointement pour les deux versants français et belge. La valorisation du projet se fera via les médias et canaux d’information scolaires.

Accompagner par l’éducation les personnes présentant des facteurs de risque

Les dépistages en entreprise ont mis en évidence un nombre important de personnes présentant un ou plusieurs facteurs de risque: tension artérielle trop élevée, problème de glycémie, embonpoint ou obésité…
Dans les premiers temps, nous ne pouvions qu’inviter ces personnes à prendre contact avec leur médecin généraliste en leur donnant un récapitulatif des données de santé observées. Cette ‘faiblesse’ dans le suivi a motivé les opérateurs à s’investir dans la sensibilisation de professionnels.

Le projet prévoit, aujourd’hui, une large information des professionnels de la santé et du social de la zone. Par un descriptif du projet, une explication de la démarche éducative et de l’éducation thérapeutique du patient, une information sur les possibilités d’éducation thérapeutique offertes par différentes structures et outils éducatifs disponibles, l’accent est mis sur la manière dont chaque professionnel peut collaborer à la prévention et à l’éducation pour la santé du patient.

Richesse dans la confrontation des savoirs et des expériences

La promotion à la santé, la prévention et l’éducation du patient ne reposent pas sur les mêmes structures et ne disposent pas des mêmes moyens en France et en Belgique. Il est d’autant plus intéressant de pouvoir enrichir chaque projet particulier de ce qui se fait de part et d’autre de la frontière et d’en tirer des enseignements ou de nouvelles pratiques. Pensons, par exemple, à l’intérêt pour les organismes belges de s’intéresser à l’accompagnement proposé par les Unités transversales d’éducation thérapeutique en France (UTEP) ou les centres d’examens de santé et d’en tirer des enseignements quant à l’accompagnement éducatif.

À terme, la mise en œuvre du projet ICAPROS et la coopération transfrontalière franco-belge doivent permettre de développer des synergies entre les différents acteurs des programmes de prévention des maladies cardiovasculaires, de même qu’un saut quantitatif et qualitatif important dans leur élaboration. Gageons que les actions entreprises jusqu’à présent et la satisfaction partagée des partenaires du projet en sont un signe annonciateur.

Pour en savoir plus sur le projet ICAPROS, n’hésitez pas à consulter le site du projet sur https://www.preventionsante.eu .

Pour plus d’informations sur l’étude de la santé cardiovasculaire en zone ICAPROS : https://www.santetransfrontaliere.eu ou Centre d’Éducation du Patient asbl, rue Fond de la Biche 4, 5530 Godinne, tél.: 082 61 46 11, courriel: cep_godinne@skynet.be.

Le rapport intégral de cette étude est téléchargeable à l’adresse https://www.preventionsante.eu/pages/publication/publication.html

ICAPROS et les animations en entreprise

Une journée pour aborder le stress

Septembre 2013. Les partenaires belges et français du projet ICAPROS se trouvent pour la deuxième fois aux Ateliers du Saupont , entreprise de travail adapté (ETA) spécialisée dans l’emballage, la logistique et le bois, à Bertrix. Nous y sommes dans le cadre des animations en entreprises. L’objectif de la journée est d’aborder avec les 160 membres du personnel ce facteur aggravant des maladies cardiovasculaires, le stress.

Les compétences des partenaires en soins, en communication, en graphisme… ont été rassemblées pour mettre en place cette approche du stress et de ses facteurs de risque à la fois décontractée et porteuse de conseils de santé.
‘Information générale’, ‘relaxation’, ‘Qi Gong’, ‘découverte des huiles essentielles’, ‘formes et couleurs’, autant de portes d’entrée pour approcher celui qui peut être notre allié mais qui est souvent pointé comme notre ennemi. Les animations représentent une opportunité pour, en petits groupes, parler des différentes sources de stress, pour communiquer autour de ce que chacun a pu mettre en place pour gérer les moments difficiles, pour découvrir une technique permettant de se recentrer ou de prendre distance…

Le sujet du stress interpelle. Chacun en est un spécialiste, à sa manière. Les commentaires sont nombreux lorsque l’on aborde ses sources: le bruit, le changement, les finances, les enfants, le conjoint, le travail et le quotidien… L’argent ou plutôt le manque d’argent revient souvent. Au-delà de l’anecdote, certains témoignages révèlent de réelles souffrances. Et la gestion du stress dans tout cela? «Je marche»; «Je vais en forêt»; «Je mange»; «Je regarde la télévision»; «Je prends des médicaments»… Quelques participants font du yoga, du sport ou du Taiji. À chacun son truc et les solutions partagées peuvent apporter de nouvelles idées.

Cette deuxième journée passée avec les membres du personnel des Ateliers du Saupont est aussi l’occasion de faire un bref bilan des informations retenues suite à notre premier passage, l’an dernier. Aux quelques questions, les réponses s’enchaînent. Il ne faut pas en douter les facteurs de risque et les conseils de prévention sont connus. Mais les conseils sont-ils suivis ?

Toute entreprise de la zone du projet peut accueillir l’équipe ICAPROS pour des animations ciblées sur la prévention des facteurs de risque des maladies cardiovasculaires ou une thématique plus précise.

En 2013 et 2014, l’influence du stress sur notre santé cardiovasculaire sera particulièrement traitée ainsi que l’importance des délais d’attente face aux premiers signes d’un événement cardiovasculaire.

Renseignements

Pour la Belgique
Sandrine Walhin, chargée du projet Interreg, Mutualité chrétienne de la Province de Luxembourg, Belgique 0032 496 59 07 76. Courriel: sandrine.walhin@mc.be
Marie-Madeleine Leurquin, chargée de projets, Centre d’Éducation du Patient asbl, Godinne, Belgique 0032 496 13 44 57. Courriel: mariemadeleine.leurquin@educationdupatient.be

Pour la France
Cindy Boinel, chargée de projet Interreg, Centre d’Examens de Santé CPAM des Ardennes, 0033 (0) 310 43 90 54. Courriel: cindy.boinel-ext@cpam-charleville.cnamts.fr

Cycle de conférences

Les maladies cardiovasculaires, causes d’un décès sur trois !

– Au CHU de Mont-Godinne le 29 novembre 2013, pour les professionnels de la santé et du social: quelle place pour l’éducation et la prise en charge des maladies cardiovasculaires? Modérateur: Henri Lewalle , coordinateur de projets transfrontaliers OFBS-Luxorsan, Belgique.
– Au CHU de Mont-Godinne le 30 novembre 2013, pour les médecins: L’importance du délai de réaction dans la prise en charge cardiaque et cérébrovasculaire. Modérateur: Prof. Victor Legrand , cardiologue, CHU de Liège, Belgique et Dr Daniel Simon , généraliste, président de l’UOAD, Belgique.
Ces deux événements auront aussi lieu à Libramont les 21 février (professionnels de la santé et du social) et 22 février 2014 (médecins).

Ce cycle de conférences est destiné aux médecins ainsi qu’aux professionnels de la santé et du social dans le cadre du projet transfrontalier ICAPROS en vue de :

– faire le point sur l’importance du problème des maladies cardiovasculaires en Belgique, en France et en zone ICAPROS;
– mettre en évidence l’importance des délais de réaction face aux premiers signes d’un événement cardiaque ou cérébrovasculaire;
– montrer comment agir par la prévention et l’éducation sur les facteurs de risque ou sur les facteurs aggravants comme le tabagisme, l’alimentation, la sédentarité, le stress…
– informer sur les différentes dimensions du projet ICAPROS: les données démographiques, socioéconomiques mais aussi de morbidité et mortalité de l’appareil circulatoire; les actions déployées; les outils réalisés et disponibles…
– montrer comment se fait la prise en charge éducative cardiaque en France dans le cadre d’un centre d’examen de santé et d’une Unité transversale d’éducation pour la santé par une équipe pluridisciplinaire;
– montrer comment chaque professionnel peut contribuer à la santé cardiovasculaire des populations par l’éducation;
– …

Avec des intervenants belges et français :

Corinne Cardoso , cadre de santé, Unité transversale d’éducation du patient, Centre hospitalier de Charleville-Mézières, France
Prof. Laurence Galanti , tabacologue, Unité de tabacologie, CHU UCL Mont-Godinne – Dinant, Belgique
Dr Gérard Hourier , médecin responsable Centre d’examens de santé, CPAM des Ardennes, Charleville-Mézières, France
Prof. Pascal Janne , psychologue à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Éducation de l’Université Catholique de Louvain et au CHU UCL Mont-Godinne – Dinant, Belgique
Prof. Patrice Laloux , neurologue, CHU UCL Mont-Godinne – Dinant, Belgique
Paul Majérus , démographe au Centre d’Éducation du Patient, Godinne, Belgique
Sylvier Saint-Dizier , infirmière au Centre d’examens de santé, CPAM des Ardennes, Charleville-Mézières, France
Prof. Erwin Schroeder , cardiologue au CHU UCL Mont-Godinne – Dinant, Belgique
Avec aussi des représentants de la Mutualité chrétienne de la Province de Luxembourg (Belgique), du Centre d’éducation du patient asbl (Belgique), de l’Hôpital de Sedan (France), de l’Unité transversale d’éducation du patient à Charleville-Mézières (France) et du Centre d’examens de santé, CPAM des Ardennes (France).

Plus d’informations et programme https://www.preventionsante.eu/

(1) Arrondissements de Charleville-Mézières, Rethel, Sedan et Vouziers pour les Ardennes françaises; arrondissements de Dinant et Philippeville (Province de Namur) et Neufchâteau et Virton (Province de Luxembourg), en Belgique.
(2) Le Centre d’Éducation du Patient a pour but de promouvoir l’information et l’éducation des patients, en milieu hospitalier et extrahospitalier, de procurer un soutien méthodologique et technique à l’élaboration et à la mise en oeuvre de programmes d’information et d’éducation des patients. Et il est chargé de sensibiliser la communauté hospitalière et extrahospitalière, médicale et médico-sociale à l’intérêt et à la nécessité d’assurer une information adéquate et une éducation appropriée des patients. Pour plus d’informations: CEP asbl, rue Fond de la Biche 4, 5530 Godinne. Tél.: 082 61 46 11, Courriel: cep_godinne@skynet.be.
(3) Respectivement 77,2 en Belgique et 78 ans en France, contre seulement 75,6 ans au maximum, en zone ICAPROS (période 2005-2009) pour la population totale.
(4) Programme européen de coopération transfrontalière visant à renforcer les échanges économiques et sociaux entre les régions Nord-Pas de Calais/Champagne-Ardenne/Picardie en France et Wallonie/Flandre en Belgique. Pour plus d’infos: https://www.interreg-fwvl.eu .
(5) Extrait du site Internet d’ICAPROS, consulté le 17 juillet 2013, https://www.preventionsante.eu

Les journées de la prévention de l’INPES

Le 30 Déc 20

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Au début du mois de juin, j’ai eu l’opportunité de participer aux 8es journées de la prévention organisées par l’Institut national français de prévention et d’éducation pour la santé (INPES). Trois jours à Paris, qui plus est à Saint-Germain-des-Prés, cela ne se refuse pas! Je n’étais pas la seule à le penser, puisque pas moins de 1200 personnes ont assisté aux 123 présentations, 7 sessions et 5 ateliers qui ont rythmé ces journées…

Cette année, la santé publique et l’économie de la prévention ont été largement abordées au cours de cet événement important pour les acteurs de la promotion de la santé. Ces notions prennent d’ailleurs une teinte particulière en ces temps de crise économique. Elles soulèvent également l’enjeu majeur de préserver le fondement éthique de toute action de prévention en respectant la singularité de l’individu.

Le copieux programme nous proposait le premier jour la prévention et promotion de la santé chez les jeunes, ensuite différentes thématiques (prévention de la consommation d’alcool pendant la grossesse, bienfaits de l’activité physique, actions favorisant le bien vieillir ou encore hôpitaux promoteurs de santé) et pour terminer en beauté un colloque scientifique international sur l’économie de la prévention.

Ouverture : penser complexe

Than Le Luong, directrice générale de l’INPES, a introduit l’événement en insistant sur le besoin d’inscrire la prévention dans une vision qui considère l’être humain dans toutes ses dimensions et laisse place à la complexité.
Construire des environnements et des politiques publiques favorables à la santé, améliorer l’offre de prévention là où vivent les gens, permettre aux personnes de faire leurs propres choix au quotidien pour leur santé et, enfin, réduire les inégalités sociales de santé, doivent être les lignes conductrices de nos actions. Pour ce faire, il nous faut innover et nous remobiliser en permanence, les journées de la prévention étant là pour nous y aider.

Marisol Touraine, Ministre française des Affaires sociales et de la Santé, a ensuite pris la parole pour évoquer la nécessité de faire une place plus grande à la prévention. Mais aussi celle de reconnaître les limites des campagnes d’information qui, si elles permettent d’éveiller les consciences, ne suffisent pas toujours à diminuer les comportements à risque. Il faut donc mettre en place de nouvelles stratégies qui soient adaptées aux publics et inscrites dans la durée pour que les messages soient intériorisés et modifier le cas échéant les comportements et habitudes néfastes à la santé. La Ministre a clôturé son discours en soulignant sa volonté de développer une approche économique de la prévention afin de lutter contre les inégalités sociales de santé et de renforcer le transfert des connaissances entre les acteurs de terrain et les décideurs pour que ces derniers puissent disposer de données les aidant à la prise de décisions.

C’est enfin Riel Miller, Chef de la Prospective à l’Unesco, qui acheva l’introduction en plénière. Selon lui, la santé implique une réflexion sur le futur. Il nous faut l’imaginer autrement et aller au-delà de nos pensées traditionnelles et parfois simplistes. Que ce soit la façon de voir le monde présent ou la façon de cadrer le futur, il est nécessaire de dépasser une vision déterministe en faisant preuve d’imagination, de créativité mais aussi d’anticipation. En effet, c’est en osant penser le futur que nous pouvons changer notre présent.

Prévention et promotion de la santé des jeunes

Adolescence : état des connaissances

Plusieurs sessions et ateliers étaient ensuite possibles. Parmi la variété des thèmes proposés (prévention des risques auditifs, climat scolaire, pratiques préventives en médecine générale, aide alimentaire, etc.), j’ai choisi celui-ci : «Quelles stratégies de communication pour sensibiliser les adolescents à la prévention ?», dont l’intitulé m’a interpellée : doit-on sensibiliser les adolescents à la prévention ou doit-on, comme action de prévention, les sensibiliser ? Est-ce l’objectif visé ? Peut-on parler de stratégie ? Les réflexions sont ouvertes !

C’est Patrice Huerre, pédopsychiatre, qui a commencé la session avec un exposé riche de sens sur les comportements des jeunes.

Il a d’abord mis en garde quant aux représentations souvent erronées que l’on peut avoir à propos des jeunes. Pour 75% des adultes, les ados sont insouciants, ne se préoccupent pas de l’avenir et s’ennuient alors que 75% des ados se sentent responsables, se préoccupent de l’avenir et s’amusent. Un fameux écart !

Avoir des à priori négatifs envers les jeunes n’est pas nouveau alors que les jeunes d’aujourd’hui vont globalement mieux que ceux de la génération précédente. Par contre, l’écart qui se creuse entre ceux qui vont bien et ceux qui vont moins bien est plus récent.

Dans une époque où l’on cherche à tout prix des réponses mais où l’on évite pourtant souvent les questions, quels sont les constantes et changements chez les jeunes d’aujourd’hui ?

Parmi les constantes : le corps qui change, le besoin d’appartenance, les relations privilégiées avec les pairs, les attentes vis-à-vis des adultes, le besoin de transmission (s’inscrire dans une histoire, une filiation) et enfin, le besoin d’exploration (qui peut amener à des prises de risque).

Parmi les nouveautés : le nombre accru de sollicitations et ce dès le plus jeune âge. Cette hyperstimulation précoce tend à effacer la période de latence (de 6 à 11-12 ans), ce qui amène les enfants à se comporter très vite comme des pré-ados et à rechercher alors des stimulations ou pour certains, à se retirer socialement. Une autre grande nouveauté est l’arrivée du numérique dont l’usage modéré est un signe de bonne santé. À contrario, un usage faible ou excessif est un indicateur de moins bonne santé chez le jeune.

In fine, si les adolescents cherchent toujours les adultes pour avoir des repères et se construire, il est important de tenir compte des évolutions et de réhabiliter l’enfance en créant des espaces de jeux et de créativité. Pour imaginer l’avenir, il nous faut donc éviter de rejeter la nouveauté mais bien accueillir la surprise et penser comme des artistes plutôt que comme des prévisionnistes.

Yaëlle Amsellem-Mainguy, sociologue, chargée de recherche à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep) a quant à elle dressé un portrait plus sociologique des 15-30 ans (1).

Les jeunes quittent aujourd’hui leurs parents plus tardivement (en moyenne à 23 ans) alors qu’ils ne peuvent pas souvent être tout de suite indépendants financièrement (ex. besoin des parents pour un crédit).

Ici encore est évoqué le hiatus qui existe entre les représentations qu’ont les adultes des jeunes et ce que les jeunes disent d’eux-mêmes. Ainsi, les amis, le travail et la famille sont les domaines prioritaires cités par les 18-29 ans, qui cherchent également en premier lieu à se réaliser et à s’épanouir alors que certains adultes pensent qu’ils sont d’abord attirés par les biens matériels.

Dernier constat évoqué, peu surprenant : les jeunes montrent un intérêt important pour Internet et les réseaux sociaux et lisent beaucoup plus que les adultes ne croient (voir l’énorme succès des mangas ces dernières années).

La session s’est ensuite orientée vers le marketing marchand avec Adrien Taquet, conseiller en communication, qui préconise de s’inspirer des techniques marchandes pour mieux faire coïncider l’offre et la demande en matière de prévention.

Selon lui, trois spécificités au secteur social sont à prendre en compte : celles liées à l’émetteur (utilisation de médias plus ciblés ainsi que des mass médias pour toucher un large public et jouer sur les politiques); celles liées aux objectifs poursuivis (information sur les risques et accompagnement des changements de comportement) et enfin, celles liées à la cible (les jeunes).

Il estime que l’intérêt d’emprunter aux techniques de la communication commerciale est double : d’abord ne pas laisser le terrain aux marques et ensuite utiliser l’expertise de ces marques pour s’adresser aux jeunes.

Il s’agit par là de s’adapter à la cible en adoptant ses codes et ses modes de consommation des médias pour être ainsi en phase avec sa réalité de vie et les moments où ont lieu les comportements à risque. Et l’intervenant de préciser que cela nécessite d’être en contact avec les acteurs de terrain.

Ouf, à ceux qui craignaient que la doctrine marchande ne remplace la connaissance et la compréhension du public in situ, les voilà rassurés (ou pas, l’intervenant ne cachant pas l’orientation commerciale de sa pratique professionnelle).

Faire passer le message : partage d’expériences

L’après-midi fut l’occasion de présenter cinq expériences innovantes de communication auprès de jeunes.

• ‘Alcool ? Connaissez vos limites’, une campagne allemande avec un plan de communication conséquent pour diminuer les excès d’alcool.
• Une série de mangas pour dénormaliser la consommation de tabac auprès des mineurs.
• Auvernight, un projet intégrant l’envoi de SMS de réduction de risques aux moments festifs avec tirage au sort des numéros mobiles inscrits, voyage à Miami à la clé.
• «Sexe et loi», une brochure en ligne d’information et de prévention sur la sexualité pour les ados et leurs parents.
• Le site https://www.onsexprime.fr avec une websérie «PuceauX !», créé par l’INPES pour encourager les jeunes à poser ouvertement leurs questions sur la sexualité.

Avec plus ou moins de moyens, tous ces projets ont en commun d’avoir développé une communication puissante, virale essentiellement. Pourtant, ce type d’approche de la prévention a aussi ses limites. Au-delà des moyens financiers considérables pour la mettre en œuvre, l’utilisation du web ne peut pas faire fi des relations interpersonnelles et doit donc être complémentaire aux actions de terrain.

Cela dit, la promotion de la santé étant indissociable de la participation des publics, l’utilisation des nouvelles technologies apparaît comme un levier intéressant et sans doute déjà inéluctable pour rencontrer les jeunes et cerner au mieux leurs besoins.

Résister à la tentation…

Rechercher des informations en prévention et promotion de la santé

Parmi la diversité des thématiques proposées le deuxième jour, un choix s’imposait. Bien que travaillant en santé dans une logique collective, j’ai pourtant choisi (de manière éclairée) de faire passer mon intérêt privé avant de me soucier de l’intérêt public, c’est-à-dire celui du lecteur d’Éducation Santé !

L’atelier «Rechercher des informations en promotion de la santé» m’a ainsi permis de me familiariser avec les bases de données spécialisées en prévention et promotion de la santé disponibles en ligne. Chaque participant disposait d’un ordinateur pour mettre en pratique les quelques balises données par les responsables de la documentation de l’INPES.

Sport et activité physique

Contrairement à ce qui avait été compris par la plupart des participants, l’atelier du jour ne durait que… la matinée. Malgré une envie irrésistible de prolonger ma sieste digestive dans les Jardins du Luxembourg, j’ai décidé d’aller voir ce qui se disait dans la session sur le sport et l’activité physique.

Les deux premières tables rondes étaient consacrées aux personnes en situation de handicap ainsi qu’aux personnes incarcérées, ce qui, sans contester leur intérêt évident, s’éloignait un peu trop de ma pratique professionnelle. La dernière table ronde, «Rôle, responsabilité, compétences des éducateurs/entraîneurs sportifs pour une pratique promotrice de santé» a permis de présenter trois expériences françaises. Mais rien de transcendant n’en est ressorti si ce n’est un rappel des bases de la promotion de la santé (développer les compétences psychosociales et la résistance face à la pression sociale, renforcer l’éducation à la santé et le recours aux pairs, etc.).

À l’issue de cette session, je l’avoue, cette pensée m’est revenue : j’aurais dû prolonger ma sieste dans les Jardins du Luxembourg…

L’économie de la prévention

Nous y voilà enfin au colloque scientifique international annoncé fièrement par la directrice de l’INPES lors de l’ouverture des journées.

Pour commencer, Théo Vos, chercheur à l’ Institute for Health Metrics and Evaluation (Université de Washington), présenta une recherche menée en Australie pour évaluer le rapport coût-efficacité de la prévention (Assessing Cost-Effectiveness Approach).

En effet, les dépenses de santé ne cessent d’y augmenter comme chez nous, une simulation estime même que le coût évalué en 2003 à 28 milliards pourrait croître jusqu’à 178 milliards en 2033. Les deux maladies pour lesquelles l’incidence est la plus élevée sont le diabète (celui lié à l’obésité étant le plus dispendieux) et les troubles neurologiques. Mais le scientifique rappelle que ces prévisions sont à prendre avec précaution et qu’elles doivent être vues davantage comme des occasions d’améliorer la trajectoire actuelle.

À partir de modèles théoriques et de méthodes standardisées dont les résultats sont mesurés en DALY (2), la recherche a évalué une série de mesures pour différentes problématiques de santé (alcool, inactivité physique, cholestérol, alimentation déséquilibrée, etc.), le tout grâce à un budget qui fait envie de 2,5 millions de dollars australiens, soit environ 1,7 million d’euros.

Les conclusions rapportent que les mesures les plus rentables et les plus efficaces en termes d’impact sur la santé sont, notamment, l’augmentation de la taxe sur les produits (alcool, tabac, nourriture malsaine) et la réglementation (ex. limitation du taux de sel dans les céréales et le beurre) mais aussi le traitement médicamenteux pour prévenir certaines maladies. Par contre, le rapport coût-efficacité des interventions ciblées sur les changements de comportement est faible et leur impact semble limité.

Une autre analyse, internationale cette fois, a ciblé le rapport coût-efficacité dans le domaine de l’obésité plus spécifiquement. Celle-ci a été rapportée par Michele Cecchini, travaillant pour l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Au total, huit interventions de trois types (éducation/promotion de la santé; réglementation/fiscalité; système de soins primaires) ont été évaluées. Il en ressort que la prévention est un moyen efficace et rentable pour améliorer la santé de la population, qu’elle peut faire baisser les dépenses de santé et améliorer les inégalités sociales de santé, mais pas à un degré élevé.

Ce sont les stratégies combinant les approches populationnelle et individuelle qui fournissent les meilleurs résultats.
Le projet européen Data Prev a ensuite été présenté par David McDaid, de la London School of Economics and Political Sciences . Cette revue de la littérature démontre l’impact de la prévention sur la santé mentale, à travers la synthèse d’une série de programmes de promotion de la santé mentale et de prévention des troubles mentaux (evidence-based).

La dernière intervention de la matinée, consacrée à la prévention du VIH en Afrique subsaharienne, a notamment pointé le fait que les coûts sociétaux occasionnés par le VIH y étaient sous-estimés. En outre, que ce soit dans les pays à faible ou à haut revenu, les actions telles que cibler les groupes à risque, promouvoir le préservatif, et faciliter l’accès au traitement sont à poursuivre.

N’ayant pas pu assister aux interventions de l’après-midi (non pas pour une sieste mais pour reprendre mon TGV), je m’en tiendrai à conclure par ce qui est ressorti principalement de cette dernière journée.

En dépit des spécificités propres au contexte (pays, région, projet), plusieurs points semblaient se dessiner à travers les différents exposés sur l’économie de la prévention.

Tout d’abord, l’impact positif de la taxation et de la réglementation sur les comportements de santé, mesures qui pour de nombreux acteurs du secteur de la promotion de la santé sont à manier avec précaution, car elles entravent la liberté individuelle et la capacité de choix de chacun.

Ensuite, la pertinence d’une approche multidisciplinaire et de la combinaison de différentes stratégies, ce qui, sur ce point, rejoint la logique de la Charte d’Ottawa. Dans la même lignée, la nécessité que tous les acteurs concernés s’engagent et s’impliquent pour potentialiser les effets des actions entreprises.

En définitive, la prévention est un enjeu majeur pour contribuer au bien-être et à la santé des individus, et devrait donc être considérée comme tel par les pouvoirs publics pour orienter les actions et décisions. Nous le savions déjà, mais il est toujours utile de le répéter !

Quant au concept très en vogue d’économie de la prévention, à travers tous ces chiffres qui attestent de son intéressant rapport coût-efficacité, il nous ramène finalement à l’adage déjà bien connu «mieux vaut prévenir que guérir»…

Pour le détail des interventions (lien vérifié le 4/11): https://journees-prevention.inpes.fr

(1) Anne Le Pennec y reviendra prochainement dans nos colonnes.
(2) Le DALY ou Disability-adjusted life year est un outil destiné à mesurer la santé et le handicap.

Du bon usage des stéréoptypes

Le 30 Déc 20

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Le 23 mai dernier, les Femmes Prévoyantes Socialistes organisaient une conférence ‘Changer les stéréotypes : tout un travail !’ au cours de laquelle une réflexion fut menée sur ce sujet qui est et restera probablement toujours d’actualité ! À cette occasion, nous avons rencontré Jacques-Philippe Leyens, Professeur émérite de psychologie sociale à l’UCL et auteur l’an dernier du livre ‘Sommes-nous tous racistes? ’.(1)

Peu importe où nous travaillons et la fonction que nous occupons, nous sommes sans cesse confrontés à des préjugés et à des stéréotypes, pour la plupart du temps aliénants pour ceux qui en sont les cibles.

Sans doute l’usage des stéréotypes fait-il partie de notre nature, au même titre que d’autres penchants qui ne donnent pas de nous une image très glorieuse. Que du contraire ! Mais ne dit-on pas que faute avouée est à moitié pardonnée et que le changement passe par la prise de conscience ? D’autant plus que l’usage des stéréotypes n’est pas toujours dégradant et négatif. Certains stéréotypes sont non seulement valorisants, mais ils font aussi la part belle à l’humour, à la créativité, et peuvent favoriser la naissance de nouveaux liens. Raison de plus pour veiller à l’usage que l’on en fait…

Partant de cela, la prudence est évidemment de mise partout, et peut-être plus encore lorsque nous travaillons dans l’éducation, l’enseignement, en centre de santé, en planning familial, dans la lutte contre le racisme, le sexisme, l’homophobie…

Éducation Santé : À quoi les stéréotypes nous servent-ils ?

Jean-Philippe Leyens : Parce que notre environnement est extrêmement complexe, nous devons le catégoriser et donner du contenu à ces catégories. Mais ce contenu sera toujours approximatif. Dans le cas des stéréotypes, il s’agit de généralisations abusives. Par exemple, «les Hollandais sont avares» est un stéréotype qui leur colle à la peau.
Si les stéréotypes ont mauvaise réputation, c’est notamment parce que les gens croient que ce sont des jugements individualisés, alors qu’ils sont, par définition, des généralisations. La fonction principale du stéréotype est donc la simplification qui nous sert de théorie naïve pour fonctionner.

E.S. : Comment les stéréotypes évoluent-ils au fil des ans, des générations, des siècles ?

J.-P. L. : Les stéréotypes peuvent changer, notamment selon les circonstances. Ainsi, dans les années 30, il était de bon ton, aux États-Unis, d’émettre des stéréotypes négatifs à l’encontre des Noirs, même si on n’était pas d’accord. Ce n’est manifestement plus le cas aujourd’hui. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les stéréotypes autour des Allemands et des Japonais sont soudainement devenus hostiles, hostilité qu’ils ont perdue depuis.

Les stéréotypes peuvent également varier selon le contexte. Si les Français et les Portugais devaient stéréotyper les Américains, ils diraient probablement d’eux qu’ils ne sont pas cultivés, qu’ils sont mégalomanes et superficiels. Par contre, les Pakistanais et les Syriens diraient sans doute que les Américains sont démocrates, pacifiques et respectent la liberté d’expression.

Mais il est vrai que les stéréotypes sont résistants au changement. Cela est dû au fait qu’ils constituent une théorie, comme une théorie scientifique. Si nous devions en changer constamment, notre univers serait ingérable.

E.S. : De quelle manière les stéréotypes interviennent-ils dans le racisme ?

J.-P. L. : Comme dans tout processus efficace, les stéréotypes sont utilisés pour bien des objectifs. Un de ceux-ci est le racisme qui peut comprendre le sexisme, l’islamophobie, l’antisémitisme, etc. Dans ce cas, l’usage qui est fait des stéréotypes est dégradant. Par exemple, on dit des Noirs et des Juifs qu’ils sentent mauvais; des femmes qu’elles sont émotives (plutôt qu’intelligentes).

E.S. : Pourquoi est-on raciste ?

J.-P. L. : Tout le monde est raciste, car nous avons tous un besoin vital d’avoir autour de nous un entourage de gens aimés et aimants. Le problème serait simple s’il n’y avait qu’un seul groupe, mais il y en a des infinités et ce que certains possèdent échappera toujours à d’autres. Avec des conflits à la clé.

Étant donné que nous sommes immergés dans une multitude de groupes, il y a beaucoup de chances que l’on soit raciste envers un ou plusieurs de ces groupes. Ce racisme peut se produire chez des gens qui, honnêtement, sincèrement, ne veulent pas être racistes et qui malgré cette volonté se comportent de manière raciste. Beaucoup de recherches montrent ce racisme qui s’ignore.

E.S. : Pour en revenir au mauvais usage qui est fait des stéréotypes, à qui profite le crime sur le plan sociétal ?

J.-P. L. : Aux dominants, c’est-à-dire, dans notre société, aux hommes blancs hétérosexuels qui ont un statut dans la société. Curieusement, ces privilégiés sont également ceux qui se montrent les plus racistes. Ils tiennent à leur position dominante et ils ont les moyens de contrer les efforts des moins dominants.

E.S. : Quels sont les moyens d’action pour lutter contre le racisme, le sexisme, les discriminations ?

J.-P. L. : À part la socialisation, je n’ai pas de recette pour lutter contre le racisme. C’est un combat d’une vie.

Emprunté à l’imprimerie

À l’origine, le ‘stéréotype’ est un terme qui provient de l’imprimerie et qui désigne un caractère solide servant à (ré)imprimer. En 1922, l’écrivain et journaliste américain Walter Lippmann détournait ce terme et lui donnait pour la première fois un sens sociologique. Pour lui, les stéréotypes sont des ‘Pictures in our heads (Des images dans nos têtes’). Il y voit la trace du caractère rigide ‘imprimé’ dans notre perception du monde qui nous entoure. Ces images sont intercalées entre la réalité du monde et sa perception et, en particulier, dans l’image que nous nous faisons des groupes sociaux.

(1) Sommes-nous tous racistes? Psychologie des racismes ordinaires , Jean-Philippe Leyens, Éd. Mardaga, 2012.

Un peu d’animation en Fédération Wallonie-Bruxelles

Le 30 Déc 20

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Le mardi 29 octobre dernier, nous avions le plaisir de recevoir à Bruxelles Alain Douiller, auteur l’an dernier de l’excellent ouvrage ’25 techniques d’animation pour promouvoir la santé’.

Le public a répondu présent en masse à l’invitation du FARES, de l’asbl Question Santé et d’ Éducation Santé, qui ont pris depuis quelques années la bonne habitude d’inviter en Belgique les auteurs d’ouvrages francophones récents de référence en matière de promotion de la santé et de santé publique (1).

Animer, pour quoi faire ?

Le matin, un atelier de 2h30 a réuni une vingtaine de personnes autour de la place des actions de proximité et des animations dans le contexte actuel de travail des associations. La modératrice, discrète et efficace comme toujours, Bernadette Taeymans, avait invité auparavant les participants à se poser quelques questions existentielles : des actions de proximité, des animations en promotion de la santé, pour quoi faire ? Pour quels objectifs ? Entre éducation, changements de comportements, transferts de savoirs, participation active, émancipation citoyenne, qu’en est-il de nos discours et de nos pratiques ? Quel écart observons-nous entre nos attentes de professionnels et la réalité du terrain ? Y a-t-il encore un public pour des démarches d’éducation permanente ? L’animation ne serait-elle pas l’outil dévalorisé des pauvres et des enfants ? À l’heure du triomphe de Facebook et Twitter, des applis pour téléphones portables, n’est-ce pas la fin des animations ? (2) Ne sont-elles pas ringardes, ne sentent-elles pas la naphtaline ?

La plupart des participants pouvaient encore témoigner de la pertinence des démarches d’animation aujourd’hui, soulignant l’importance des outils collectifs d’’empowerment’ dans un environnement dominé par l’individualisme et l’isolement.

Commentant ces témoignages, notre invité, Alain Douiller releva que le concept de promotion de la santé semble mieux intégré en Fédération Wallonie-Bruxelles qu’en France. Les mots n’étant pas anodins, ce n’est sans doute pas un hasard si le décret ‘promotion santé’ belge de 1997 s’inscrit résolument dans la continuité de la charte d’Ottawa et si a contrario lorsqu’il s’est agi de modifier les statuts du Comité français d’éducation pour la santé en 2002, l’appellation Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) fut choisie, sans référence explicite à la promotion de la santé.

Mais ne nous réjouissons pas trop vite, il ajouta que nous rencontrons sans doute la même difficulté en Belgique et en France à faire coïncider nos actions et les valeurs qui les sous-tendent.

S’il était possible de tirer un enseignement de ces échanges matinaux, ce serait de mettre en évidence les vertus de l’ ‘intelligence collective’, source d’un certain art de vivre et de travailler dans un contexte pourtant compliqué.

Du maréchal à Marisol

Salle comble l’après-midi, avec un public encore plus féminin si possible que le matin, pour une conférence en trois temps.

Alain Douiller nous retraça rapidement son parcours professionnel de sociologue atteint très tôt par le démon de l’écriture, qu’il met au service de la promotion de la santé depuis de nombreuses années. Les lecteurs belges de ‘La Santé de l’homme’ (aujourd’hui ‘Santé en action’ ) ne peuvent l’ignorer. Il en fut d’ailleurs le rédacteur en chef de 1998 à 2001. Depuis quelques mois, il est rédacteur associé de la revue ‘Santé publique’ , qui a pour ambition d’embrasser à l’avenir un champ plus large que la seule épidémiologie mâtinée d’un peu d’éducation pour la santé. Une recrue de choix pour la Société française de santé publique, donc.

Nous faisant un bref historique de la promotion de la santé en France, il nous rappela que la revue phare du secteur démarra en… 1942, en pleine occupation donc. La volonté d’inculquer de bonnes habitudes sanitaires était sans doute en phase avec l’idéologie du temps, à laquelle nous devons aussi la fête des mères…

Je vous passe les détails de l’historique français pour partager le regard qu’Alain Douiller porte aujourd’hui sur le secteur.

En positif, une remarquable professionnalisation depuis l’époque pas si lointaine de l’activisme militant est à mettre au crédit de la promotion de la santé. C’est d’ailleurs vrai chez nous aussi, grâce aux excellentes formations dispensées par les universités et les hautes écoles de notre Communauté.

En négatif, malheureusement, une précarisation progressive des structures associatives de la promotion de la santé, une dislocation des liens avec l’INPES, un manque total de cohérence politique, entre des discours affirmant à tout bout de champ le caractère essentiel de ce qui se passe en amont de la maladie et des budgets quasi entièrement dévorés par la médecine réparatrice.

La reconnaissance institutionnelle est faible, la promotion de la santé n’est pas inscrite dans la loi, certaines équipes ont même rencontré des difficultés financières majeures et dû déposer leur bilan récemment.

Même si le contexte institutionnel est différent, cette situation dramatique, le plus souvent ignorée chez nous, résonnait douloureusement à nos oreilles… L’actuelle ministre française des affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine, témoigne d’une volonté politique un peu plus rassurante pour l’avenir, espérons…

CODES et CLPS

Alain Douiller est non seulement un journaliste de santé publique, mais aussi directeur du Comité départemental d’éducation pour la santé du Vaucluse, basé à Avignon. Sa description des missions, du mode de financement, du fonctionnement de cette structure décentralisée ne pouvait manquer d’intéresser les travailleurs des centres locaux de promotion de la santé présents dans la salle.

C’était l’occasion de se livrer au petit jeu des comparaisons, pas nécessairement défavorables pour nous, la dotation des CLPS par la Fédération Wallonie-Bruxelles n’ayant pas à rougir en regard des moyens alloués par les pouvoirs publics français aux comités départementaux.

Couteau suisse ou livre de recettes ?

Il était venu pour cela, Alain Douiller termina donc son exposé par une présentation de la démarche à l’origine des ’25 techniques d’animation pour promouvoir la santé’, publié en 2012 chez un petit éditeur militant, Le Coudrier, qui mérite un coup de chapeau au passage.

Ni couteau suisse, ni livre de recettes donc, car, l’auteur nous l’a bien rappelé, il est essentiel de donner un sens à l’animation, et de choisir le bon outil pour le bon contexte et le bon public. Il le rappelait par ailleurs lors d’une université d’été à Besançon, «les techniques d’animation ne sont jamais une fin en soi, elles doivent rester des moyens d’atteindre des objectifs» .

Il nous rappela aussi combien il est opportun de communiquer, d’écrire sur la promotion de la santé, car notre secteur souffre d’un déficit chronique de ‘faire savoir’ là où son ‘savoir-faire’ est incontestable. Jugement que nous partageons aussi à Éducation Santé : à côté des projets que notre mensuel peut valoriser, combien d’initiatives passionnantes restent dans l’ombre faute de temps, d’envie, de capacité technique à les populariser de la part de leurs promoteurs ?

Dans l’ouvrage, les techniques d’animation sont organisées en fonction des objectifs que s’assignent les animateurs : on n’emploiera pas les mêmes outils pour instaurer une dynamique de groupe, pour mieux connaître un groupe, ses besoins, ses attentes, ou pour construire un projet avec un groupe. Cela va sans dire, mais cela va encore mieux en le disant !

Cerise sur le gâteau, il termina son intervention par une brève description de 5 techniques qui lui tiennent à cœur : la présentation croisée, le photolangage®, le ciné santé, le jeu des enveloppes et le scénario catastrophe. Si ces mots ne vous disent rien, une seule solution : vous procurer d’urgence le livre !

Le livre n’est pas facile à trouver en Belgique. Il nous en reste encore quelques exemplaires à votre disposition au prix de 31,5 euros frais d’envoi compris. Si vous êtes intéressés, vous pouvez adresser votre commande à education.sante@mc.be.

25 techniques d’animation pour promouvoir la santé, Alain Douiller et coll., Éd. Le Coudrier, 2012. 196 pages.

(1) Sans oublier l’APES-ULg, qui nous avait permis d’apprécier la grande générosité du regretté Bernard Goudet .
(2) Sur les dérives ‘déshumanisantes’ de notre époque, lire ‘Accélération. Une critique sociale du temps’, d’ Hartmut Rosa, paru en 2011 chez La Découverte. Ce philosophe allemand déclarait récemment au Nouvel Observateur que l’omniprésence des écrans «est un appauvrissement terrible de notre relation aux autres et au monde» . À méditer…

Jeunes gens, comment vous (com)portez-vous ?

Le 30 Déc 20

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À la lecture du dossier spécial que la revue Agora (1) consacre aux résultats du tout nouveau Baromètre santé jeune de l’Inpes, on se réjouit de la bonne santé globale des jeunes Français métropolitains et des atouts solides dont ils disposent pour la préserver. On passe aussi en revue leurs fragilités et les inégalités sociales auxquelles la génération des 15-30 ans paie un lourd tribu.

Premier constat : les jeunes Français métropolitains affichent un bon état de santé global. Certes, ils fument, boivent de l’alcool, dorment trop peu, sautent le petit-déjeuner ou fréquentent les fast-food, mais au terme du dernier check-up, le bilan est rassurant. Les 15-30 ans auraient même quelques longueurs d’avance sur leur aînés en ce qui concerne certains comportements favorables à la santé.

Cela ne veut pas dire que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes et pour tout un chacun. Impossible de mettre tous les jeunes dans le même sac. Bien sûr, les situations individuelles sont hétérogènes, d’autant que la tranche d’âge considérée englobe des années singulières : l’adolescence, les débuts de la vie amoureuse, l’entrée dans la vie active, l’acquisition de son propre logement, l’autonomie financière… Des disparités s’expriment également en fonction de l’âge, du sexe, des conditions de vie, de la situation sociale ou géographique, et ce quelle que soit la thématique – alimentation, tabac, alcool, sommeil, usage d’internet pour la santé, contraception, etc.

Autant de nuances qui floutent le tableau et dessinent un panorama plus contrasté qu’il n’y paraît. La revue Agora aborde la santé des 15-30 ans sous l’angle des inégalités sociales. Elle leur consacre un dossier en six chapitres bâtis à partir des données issues du Baromètre santé jeunes 2010 de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes). Alcool, tabac, usages d’internet pour la santé, pratiques contraceptives, comportements alimentaires et conduites alimentaires perturbées : «Les jeunes qui subissent une situation sociale défavorable présentent globalement des indicateurs nettement plus dégradés que les autres», soulignent François Beck et Jean-Baptiste Richard de l’Inpes, qui signent l’introduction. Et de préciser : «Cette question est d’autant plus préoccupante dans le contexte actuel où la jeunesse se trouve exposée à des difficultés d’emploi et de logement.»

Jeune parmi les jeunes et parmi leurs aînés

Explorer les comportements de santé d’une population en s’appuyant sur ses déclarations est la méthode adoptée par l’Inpes pour tous ses baromètres santé. Celui consacré aux jeunes ne fait pas exception et exploite les réponses apportées par les jeunes eux-mêmes.

L’enquête, téléphonique, a été menée entre octobre 2009 et juillet 2010 auprès d’un échantillon représentatif global de quelque 27.653 personnes âgées de 15 à 85 ans. Parmi elles, 6.000 avaient moins de 30 ans. Telle est la plus-value de l’approche de l’Inpes : puiser les données sur la santé des jeunes au sein d’un recueil plus vaste, ce qui permet d’établir des comparaisons avec les autres âges de la vie. L’objectif est clair : comprendre en quoi le fait d’être jeune change le rapport à la santé et le regard porté sur celle-ci. L’exercice consiste donc à quantifier les pratiques des jeunes puis à distinguer celles qui reflètent des situations problématiques et celles qui relèvent naturellement de l’âge des possibles.

En matière d’usage d’internet pour la santé par exemple : quel est le profil des jeunes qui recherchent des informations santé sur internet ? Quelles thématiques les intéressent ? Quel impact a cette activité sur leurs comportements de santé ?

D’après le Baromètre, qui met dans le même sac les sites web, les blogs et les réseaux sociaux, 93% des 15-30 ans sont des internautes. Pour autant, plus de la moitié (52%) des 15-30 ans n’ont pas eu recours à Internet pour des questions de santé dans les 12 derniers mois. Parce qu’ils se sentent suffisamment informés autrement, ont préféré consulter un médecin ou se méfient des infos sur le net. Ou bien parce qu’ils n’y ont pas pensé (48%) ou que le sujet ne les intéresse pas (40%).

Du reste, la proportion d’ ‘internautes santé’ augmente avec l’âge: 39% des 15-19 ans, 50% des 20-25 ans et 55% des plus de 26 ans utilisent la toile pour rechercher des informations sur la santé. Au-delà de 30 ans, les chiffres diminuent progressivement. Dans cette catégorie d’internautes, les jeunes femmes sont plus nombreuses tandis que les employés et les ouvriers sont sous-représentés, chez les jeunes comme dans la population générale: une situation à l’image de l’attention portée aux questions de santé en général. Un état de détresse psychologique, une grossesse ou le fait d’être parent figurent également parmi les facteurs associés. Les maladies en général et la grippe en particulier arrivent en tête du classement des thèmes d’intérêt les plus cités (45% des sondés), suivis par la santé de la mère et de l’enfant (21%) et les comportements de santé (19%), les jeunes se distinguant des générations précédentes par un intérêt marqué pour ces deux dernières thématiques.

Une opportunité pour les acteurs du champ de la promotion de la santé et de la santé publique, estiment les auteurs (2). Conséquences de ces recherches santé en ligne : 15% des jeunes déclarent un changement d’attitude vis-à-vis de leur santé et 11,5% un impact sur la fréquence de leurs consultations chez le médecin, dans un sens ou dans l’autre: certains consultent plus souvent (4,9%), d’autres moins souvent (6,6%).

Enfin, l’information trouvée sur internet est jugée crédible par quatre internautes qui y ont recours sur cinq, quel que soit l’âge ou le sexe. «Ceux qui ont le moins confiance dans les informations trouvées sont aussi moins nombreux à déclarer modifier leur façon de s’occuper de leur santé à la suite de leurs recherches», soulignent logiquement les auteurs.

Les jeunes connaissent bien les repères du PNNS

Les comportements alimentaires des jeunes font eux aussi l’objet d’une analyse détaillée au prisme de ce qui fait la spécificité des jeunes par rapport à leurs aînés et avec la volonté de mettre en lumière les inégalités sociales. Cette fois-ci, l’échantillon de référence est celui du Baromètre santé nutrition 2008 qui démarre à 12 ans. L’enquête explore non seulement les consommations des diverses catégories de produits alimentaires mais aussi pour la première fois depuis que ce recueil a été mis en place, les connaissances nutritionnelles des jeunes, la distribution journalière de leurs repas et les lieux où ils les prennent.

Premier enseignement : les jeunes, toutes catégories socioprofessionnelles confondues, connaissent mieux les repères du Plan national nutrition santé (PNNS) que leurs aînés. Pour autant, la consommation de fruits et légumes, déjà faible dans la population générale, l’est encore plus chez les jeunes. «Ce paradoxe traduit notamment la difficulté à passer de l’information et de la connaissance au changement effectif de comportement (…). La réflexion sur l’environnement quotidien des jeunes apparaît ainsi cruciale», en déduisent Hélène Escalon et François Beck, co-auteurs de l’article. Toutes choses égales par ailleurs, les enfants d’ouvriers, d’employés, de chômeurs et les jeunes vivant dans des foyers à faible revenu sont ceux qui mangent le moins de fruits et légumes et de poisson. Cette catégorie est également celle qui consomme le plus de boissons sucrées, surtout entre 19 et 25 ans.

Les auteurs s’attardent par ailleurs sur le rôle du genre et les variations de comportements liées à l’âge. On apprend ainsi par exemple que les jeunes sont plus nombreux à sauter des repas avec l’avancée en âge, principalement le petit-déjeuner. Entre 16 et 25 ans, 15% font l’impasse sur lui, contre 9% entre 12 et 15 ans. Des proportions stables quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle et au-dessus de celle établie pour les plus de 30 ans (4%).

Les jeunes filles ont par ailleurs une alimentation plus favorable à leur santé que celle des garçons et connaissent mieux qu’eux les repères nutritionnels (exception faite des féculents). En matière de comportement alimentaire en général, il apparaît que les différences de genre sont moins marquées chez les jeunes que chez leurs aînés. «La pression sociale à l’égard de la minceur, plus forte sur les femmes que sur les hommes, s’accroît probablement avec l’âge bien qu’elle soit déjà présente chez les adolescentes», avancent les auteurs en guise d’explication. «Les normes corporelles pèsent néanmoins aussi sur les garçons mais en ne mobilisant pas les mêmes registres, notamment celui de la culpabilité, très féminin. L’image d’Épinal ‘homme/énergie/sport’ perdure et pèse de façon différente sur les jeunes garçons

Où l’on reparle de l’idéal du corps mince

Le Baromètre santé jeunes 2010 s’intéresse par ailleurs aux conduites alimentaires perturbées. Ces données auraient pu faire l’objet d’un chapitre dans l’article sur les jeunes et l’alimentation; elles ont été traitées à part avec un objectif spécifique, à visée de prévention, que les auteurs expriment ainsi : «quantifier des troubles précliniques, en tant que signes annonciateurs de pathologies alimentaires avérées ou encore d’une détresse psychologique, voire d’une conduite suicidaire».

De fait, ils précisent qu’il ne s’agit pas seulement de repérer les troubles du comportement alimentaire qui font référence à un rapport à la nourriture devenu pathologique mais d’une palette de situations «allant de la préoccupation injustifiée à l’égard de son propre poids jusqu’à des affections psychiatriques majeures identifiées à l’aide de critères diagnostics précis». Leurs prévalences pourraient être élevées, notent-ils, mais les données manquent pour le vérifier et mesurer l’évolution de ces conduites.

D’où l’intérêt à l’occasion du Baromètre d’interroger les jeunes sur les épisodes de frénésie alimentaire, le fait de se faire vomir volontairement, manger en cachette ou redouter de commencer à manger par crainte de ne pas pouvoir s’arrêter. Quatre personnes sur cinq disent ne jamais avoir rencontré pareilles situations. C’était déjà le cas en 2005 lors du précédent Baromètre . Ceci étant, c’est entre 15 et 19 ans que ces conduites sont les plus fréquentes, notamment le fait de manger en cachette. Remarque des auteurs : «On peut d’ailleurs s’interroger sur le sens que revêt un tel comportement à un âge où la plupart des jeunes n’ont souvent pas la maîtrise de ce qui est dans leur assiette.» Il est en effet plus facile de manger à sa faim, ni plus ni moins, quand on décide soi-même des quantités et du contenu de son repas.

Les conduites alimentaires perturbées sont plus fréquentes chez les femmes avec un écart maximum entre les sexes à l’adolescence. La distinction est particulièrement marquée s’agissant de la peur de commencer à manger par crainte de perdre le contrôle (14,8% des femmes vs 6,5% des hommes).

«Cet indicateur montre combien la nourriture est une préoccupation importante chez les jeunes filles», soulignent les auteurs. Or la littérature rapporte qu’un décalage entre la réalité et les attentes concernant le poids, synonyme d’insatisfaction vis-à-vis de sa propre image, est susceptible d’entraîner une détresse psychologique. Qu’en est-il chez les jeunes Français ? Le Baromètre 2010 ne met pas en évidence de lien entre la corpulence déclarée et des pratiques alimentaires perturbées. Il indique en revanche que les jeunes en surpoids ou obèses sont ceux qui évoquent le plus la peur de manger trop.

Dans une moindre mesure, les facteurs sociaux se révèlent également importants dans la survenue des quatre conduites alimentaires étudiées. Les jeunes issus des milieux défavorisés déclarent ainsi plus souvent que les autres manger beaucoup sans parvenir à se contrôler, redouter de le faire ou manger en cachette. À l’inverse, se faire vomir est plus fréquent chez les enfants de cadres.

Somme toute, les auteurs voient dans le fait de redouter de manger un indicateur assez général permettant de repérer la pression sociale et psychologique qui s’exerce sur le contrôle de la nourriture et touche davantage les adolescentes, de condition modeste, urbaines et qui sont déjà en surpoids. Et insistent sur la nécessité d’encourager les actions éducatives visant à ‘désidéaliser’ la minceur.

Références

La santé des 15-30 ans / Une lecture du Baromètre santé, Agora débats/jeunesse n°63, Injep, 2013. Disponible par article via https://www.cairn.info.
Baromètre santé jeunes, Inpes, 2010.

(1) Agora débats/jeunesse, revue paraissant trois fois par an, éditée par par l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep). Internet: https://www.injep.fr.
(2) François Beck (Inpes), Viêt Nguyen-Thanh (Inpes), Jean-Baptiste Richard (Inpes) et Emilie Renahy (Centre for Research on Inner City Health/Keenan Research Centre, Toronto, Canada)

À l’écoute de la folie

Le 30 Déc 20

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À Télé-Accueil Bruxelles, la folie s’entend chaque jour au bout du fil. La santé mentale est au coeur de quatre appels sur dix: dépression, paranoïa, mélancolie, perversité, phobies, schizophrénie, délire, etc. Les références à la psychopathologie ne sont pas rares. Nous nous sommes arrêtés plus spécifiquement sur les appels où l’on perçoit des éléments de la psychose. Que viennent chercher au 107 ces appelants en souffrance psychique et qu’y trouvent-ils ? Quelle place aussi le service d’écoute leur accorde-t-il ?

L’Observatoire social de Télé-Accueil Bruxelles vient de terminer une recherche basée sur une centaine de récits d’appels relatés par les écoutants bénévoles, sur les statistiques de l’asbl et sur des rencontres avec des spécialistes en hôpital, en institution psychiatrique et en centre de santé mentale.

Premiers constats

La répétition

Tous les jours, à chaque permanence, toutes les heures, à peine raccroché parfois, le téléphone sonne à nouveau avec, au bout du fil, toujours la même personne. Le nombre de ces appelants réguliers, voire compulsifs et que nous appelons ‘les habitués’ ne cesse d’augmenter. Ces appels ne sont pas nécessairement longs, quelques minutes à peine parfois, au cours desquelles, souvent, ces appelants déroulent un contenu tout aussi répétitif.

Le diagnostic

Les écoutants n’ont pas à établir de diagnostic… Quelques appelants s’en chargent eux-mêmes. Certains nomment d’emblée leur trouble ou leur traitement, ils entament la conversation par un lapidaire «Je suis bipolaire» ou «Je prends de l’Haldol» . Quel est le sens de se présenter de cette manière ?

«Se nommer via sa pathologie peut donner de la consistance, voire une identité. Reste aux écoutants à entendre cet appel comme une demande de reconnaissance», dit Pascal Kayaert, directeur adjoint de Télé-Accueil Bruxelles.

L’absence de dialogue

Les appelants en souffrance psychique ont besoin d’un interlocuteur qui serve d’ancrage à leur discours; ils ont besoin d’une adresse. Télé-Accueil endosse ce rôle de ‘secrétaire’. Les appels de ce type peuvent incommoder les écoutants. Ils n’ont pas toujours la possibilité de placer un mot ! «Ces appelants semblent ne pas disposer du mode d’emploi pour entrer en relation avec l’autre. Appelants et écoutants ont comme des codes différents qui désarçonnent les uns et les autres», constate Myriam Machurot , formatrice à Télé-Accueil Bruxelles.

Une présence indéfectible

Plus de 58% des appelants vivent seuls. Le lien social est au coeur de 12% des appels en général et ce chiffre grimpe à 21% dans les appels de personnes en souffrance psychique. «Télé-Accueil peut faire office de point fixe dans l’univers d’un délirant. Celui-ci délire justement parce qu’il s’est trouvé sans repères suffisamment solides à un moment clé de sa vie. Pour certains, il suffit de savoir qu’en faisant le 107 quelqu’un va décrocher pour se sentir rassurés. Ils ne recherchent pas de longues discussions mais la confirmation que Télé-Accueil est toujours là, bien à sa place», dit une psychologue.

Quel message?

Que dégager de ces appels parfois envahissants, de ces propos parfois incohérents ? Les appelants parlent de leur souffrance mais le 107 peut être aussi un endroit où déverser la rage de ce qui les dépasse. Ces appels ne sont pas toujours exempts d’agressivité, de violence ou d’insultes, la problématique amenée est une mouvance sans direction. Certaines réactions peuvent enclencher des réponses explosives, les mots étant pris au pied de la lettre.

La certitude contenue dans le discours de l’appelant fait barrage au questionnement. «L’une des caractéristiques de certains appelants aux prises avec la psychose est la certitude psychotique», explique Myriam Machurot. «Un appelant est convaincu que tout ce qui est énoncé lui est personnellement adressé. Cela peut également se jouer dans le lien appelant/écoutant.» Un indice qui renvoie à nouveau l’écoutant à son rôle de secrétaire…

«Suis-je fou ?» Cette question existentielle est posée parfois de manière lancinante, obsédante comme les éléments qui la génèrent. Certaines personnes ont le sentiment que tout s’effondre en elles et autour d’elles. C’est le moment de la décompensation psychotique, moment particulièrement douloureux où l’appelant perd tous ses repères. Le sujet psychotique cherche à comprendre ce qui lui arrive. Il va réorganiser le monde selon une autre logique, le délire tente de redonner un sens à ce qui fait défaut.

Le choix du moment et de la posture

L’appelant choisit le moment de la parole et l’endroit d’où il parle. Il va jusqu’à choisir l’état dans lequel il appelle. La consommation d’alcool, d’anxiolytiques, de neuroleptiques ponctue en effet le quotidien de nombreux appelants.

Télé-Accueil, un psy comme un autre ? Nos statistiques montrent que sept appelants en souffrance psychique sur dix sont suivis par un thérapeute. Des appelants abordent également l’internement, les séjours à l’hôpital, les cures, la fréquentation de centres de jour…

Ceci pose la question de la place de Télé-Accueil dans leur parcours de soin. Est-ce un complément ? Selon un psychiatre, «le cadre est différent d’une thérapie avec des rendez-vous. C’est une question de moment, du moment de la crise. Les appelants ne s’attendent pas non plus à une interprétation, à une suite. C’est un endroit où déposer quelque chose, se plaindre sans qu’il y ait un retour.»

La peur de consulter n’est pas absente non plus. Un appel téléphonique n’est pas une confrontation, il permet une distance parfois nécessaire. Il permet aussi de s’entraîner à prendre la parole, à formuler ses pensées, à tirer des sentiments au clair. Des appelants s’en satisfont un temps, court ou long, d’autre franchiront ensuite le pas vers une confrontation physique, un face-à-face avec un thérapeute. Ils dépasseront le ‘tout, tout de suite’ en prenant un rendez-vous, qui fait déjà partie d’une autre démarche de soin.

Les effets du 107

Les appelants vont-ils mieux après un appel à Télé-Accueil ? Le contenu des propos chargés de désespoir et de difficultés diverses est parfois rude à entendre. Mais si appeler le 107 n’est pas sans effet, comme aucun suivi n’est instauré, il est difficile de l’évaluer.

«D’une certaine façon», dit un psychiatre, «le patient essaie de créer un processus de guérison qui ne passe pas par le biais du spécialiste qui sait mais par le biais de celui qui l’écoute car la parole est quelque chose que l’on adresse à soi autant qu’à l’autre: quand on parle, on s’écoute parler. En acceptant l’anonymat et le contrat de non-agir, la parole du patient est mise en valeur. Télé-Accueil n’essaie pas de soigner mais d’écouter. Il renforce d’une certaine façon le potentiel autoguérissant de la parole du patient.»

Le rapport de recherche complet est disponible sur https://www.tele-accueil-bruxelles.be/publications.php.Contact: Télé-Accueil Bruxelles. Tél.: 02 538 49 21 – Courriel: secretariat@tele-accueil-bruxelles.be

Conseil des résidents : la participation des seniors au ‘Val des Roses’

Le 30 Déc 20

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Pour beaucoup de personnes âgées, les homes sont les derniers lieux de vie. Ils y partagent leur quotidien avec d’autres résidents. Lorsque les gestes se font plus lents, les paroles plus hésitantes, la mémoire parfois vacillante, comment rester acteur dans ces espaces de vie commune pris en charge par des professionnels ? Le Conseil de résidents permet-il de prendre une place active et citoyenne ? Si oui, sous quelles modalités ?

Dans le cadre d’un appel à projet lancé par le CPAS de Forest à destination du home Val des Roses, le Centre Bruxellois de Promotion de la Santé (1) en partenariat avec Forest Quartier Santé, a tenté d’éclaircir ces questions et bien d’autres encore.

Présentation in vivo de ce processus de travail

Ce mois de juillet, la chaleur est plombante. À quatorze heures, le Val des Roses se réveille d’une sieste, d’un rêve, d’une pensée enfuie ou obsédante. Les téléviseurs restés allumés retrouvent leurs spectateurs. D’un pas alerte ou plus engourdi, certains s’acheminent vers le jardin inondé de soleil. Nous les suivons. Nous nous accordons, Melissa et moi, ces quelques jours pour interviewer individuellement les résidents du Val des Roses.

Le Val des Roses compte 160 résidents. Trois étages où se côtoient des personnes valides, moins valides ou invalides parfois aussi atteintes de la maladie d’Alzheimer. Ancien professeur, chanteuse, couturière, comptable, serveuse, les destins sont multiples et les conditions financières variées, les liens familiaux présents, inexistants, sereins ou tourmentés…

Nous sommes impatientes, un brin fébriles, de pouvoir les rencontrer personnellement et prendre le temps de les écouter. Avant cela, nous avons eu des réunions avec les familles, avec les membres du personnel et avec plusieurs résidents à la fois. Cela fait maintenant deux mois que nous arpentons régulièrement les couloirs de cette maison de repos. Nous commençons à trouver nos marques, à identifier les lieux.

L’appel à projet

Revenons brièvement en arrière. En novembre 2011, nous répondions à l’appel à projet lancé par le CPAS de Forest, dont l’objet était d’évaluer le fonctionnement de l’actuel Conseil des résidents et de proposer une méthodologie et un fonctionnement plus dynamique.

Travailler la question de la participation auprès des personnes âgées, nous l’avons déjà expérimenté dans le cadre de deux projets, notamment le carnet Relais en collaboration avec le Home Van Aa du CPAS d’Ixelles. Le sujet nous mobilise. Creuser et investiguer davantage cette approche participative nous décide à répondre rapidement à l’appel à projet. Nous proposons à Forest Quartier Santé, organisme de santé communautaire bien implanté dans sa commune d’y participer.

Dans cet appel à projet, nous souhaitons réaliser un diagnostic communautaire.

Il s’agit d’intégrer la parole des résidents mais aussi celle des différents acteurs gravitant directement ou indirectement autour des résidents. Notre démarche se veut qualitative : partir de la parole des résidents et de leurs besoins, sonder leur connaissance du Conseil, la représentation qu’ils s’en font, interroger le souhait de s’y impliquer ou pas… Nous envisageons ce diagnostic communautaire en plusieurs étapes : d’abord élaborer une grille de questions et puis expérimenter ces questions avec les résidents. Il s’agit de valoriser les compétences et ressources des résidents. Forest Quartier Santé est aussi engagé dans ce travail d’expérimentation.

L’étape suivante est la phase des entretiens avec les résidents, les familles, les professionnels par groupe focus et entretiens semi-directifs. Ensuite, nous analyserons les entretiens en collaboration avec les partenaires de terrain dont Forest Quartier Santé et ceux qui le souhaitent. Et cette analyse nous permettra, in fine, de faire des recommandations.

Des théories à la réalité

Soyons franches, si les étapes de travail sont bien claires pour nous, elles rendent nos interlocuteurs, les professionnels du home, perplexes. Leur assurer avec aplomb que nous ignorons quelle forme revêtira le Conseil des résidents et son fonctionnement ne leur semble pas rassurant. C’est en tout cas ce qu’il ressort de nos deux rencontres. Est-il difficile de mettre en pratique l’expérimentation de la participation ? Peut-être notre souci de transparence est-il un poids pour ces professionnels déjà bien absorbés par leur propre travail ? Nous comprenons que notre appel à constituer un petit comité de pilotage pour travailler les questions ne les enthousiasme pas.

Néanmoins, ces professionnels insistent sur l’importance de prendre en compte tous les résidents, en particuliers les discrets, ceux qui parlent peu, qui restent dans leurs chambres, les non valides car «ce sont souvent les mêmes que vous allez entendre dans un groupe» . Leur aide sera précieuse pour nous présenter à ces résidents. Ils nous diront quelques mots du Conseil des résidents où le sujet de prédilection tournait toujours autour de la cuisine, «les plats, ce qui plait ou pas; c’est bien normal d’ailleurs, les moments des repas prennent une grande place dans leur journée». Ce qui a amené à créer une commission spéciale cuisine.

Ici au home, le bouche-à-oreille fonctionne à une vitesse foudroyante ! Le petit groupe (trois personnes) avec lequel nous avions rendez-vous pour travailler à la présentation du projet aux autres résidents et aux familles se transforme en assemblée de vingt-deux personnes. Elles sont attablées, tasses de café posées, le regard curieux. Nous voilà coincées : nous sautons les étapes. Tour de table, présentation de chacun et puis on se lance. «Qu’est-ce qu’un Conseil des résidents idéal ?» Une question avec laquelle nous espérons dégager des pistes et tenter de dépasser les plaintes.

Très vite, une petite voix s’élève, «Il faudrait une bonne harmonie entre les résidents». Quelques ricanements, haussement d’épaules mais les langues se délient. En quelques secondes, tous parlent et il nous faut rétablir l’ordre et passer au patient «chacun à son tour». Du «j’ai rien à dire» au «il faut trouver les qualités de chacun» à «les autres quand ils ont une opinion, ils font tout pour la faire triompher», nous éclaircissons ce que chacun entend par harmonie.

Cette rencontre détonante nous permet de glaner une grande diversité de points de vue. Nous expérimentons aussi sur le vif combien l’aspect interrelationnel a une incidence sur le quotidien et peut avoir un impact sur le Conseil des résidents.

Et les familles…

Beaucoup de résidents ne sont pas ‘orphelins’ de leur famille, les liens avec celle-ci apparaissent souvent complexes. Si dans nos déambulations, nous rencontrons des habitués, une sœur, un mari, un fils… qui nous saluent, combien de résidents en attente de nouvelles des leurs ? Réunir les familles des différents résidents ne coule pas de source.

Cette après-midi, nous sommes à la cafétéria, façon petit bistrot donnant aussi sur le jardin. Irène et Élise sirotent leur boisson. À notre invitation, toutes deux se sont proposées pour animer avec nous la réunion ‘familles’. Une occasion pour elles de s’interroger sur la nécessité de mélanger les résidents et les familles dans le cadre d’un Conseil des résidents : «Beaucoup de résidents épargnent à leur famille leurs soucis, questions… En général, on n’a pas les mêmes préoccupations. Quand les familles sont là, on ne parle pas de la même manière mais bon… Ils pensent à notre bien-être, et à des tas de choses auxquelles on ne pense pas». La présence de membres des familles au sein du Conseil des résidents s’avère surtout cruciale pour représenter les patients invalides ou atteints d’Alzheimer.

Avec Élise et Irène, nous décidons de nous attacher à une question concrète et générale. «En tant que famille de résident, comment améliorer le Conseil des résidents?» Élise se chargera d’accueillir les familles et de les inviter à se présenter et Irène de lancer le débat. Nous serons là en qualité de modératrices.

Ce 24 mai à 18 heures, Irène et Élise sont prêtes. Quelques membres des familles seulement sont présents. On s’attardera principalement sur la question de la communication et nous déciderons ensemble d’envoyer un courrier signé par tous pour inciter un peu plus de familles à participer. Le président du CPAS, Monsieur Roberti est aussi convié. La deuxième réunion, avec davantage de familles, s’avèrera riche de propositions. Les résidents seront très peu prolixes. Nous les retiendrons ‘texto’ en termes de recommandations, en voici quelques-unes.

– Les familles ont exprimé le désir que lors des réunions du Conseil soient également présents un représentant de la direction du home et un représentant du comité de gestion (du CPAS). Il est aussi proposé que les chefs de services puissent être invités en fonction de l’ordre du jour. Les inviter est une manière de comprendre le mode de fonctionnement de la maison dans un objectif de compréhension et non de critique. Elles ont aussi demandé que le Conseil reste ouvert.

– Le Conseil des résidents aura plusieurs objectifs. Le premier est de dégager un espace de dialogue, de concertation. Le Conseil réalisera des propositions auprès des organes décisionnels du Val des Roses. Il s’agit de créer une dynamique qui puisse mettre à jour les différents besoins, de favoriser la communication et de s’interroger ensemble sur le bien-être des résidents et des travailleurs. Par les PV et les suivis, il est important de laisser une trace et de donner force aux diverses propositions.

– Il est proposé de créer une cellule de coordination émanant du Conseil des résidents qui aurait pour mission de préparer le Conseil (les ordres du jour, les suivis, les PV…) lors de réunions préparatoires et de jouer le rôle d’interface entre le Conseil des résidents et les différents organes décisionnels du home.

Les familles présentes aux réunions étaient au courant de l’existence du Conseil. Toutes avaient un avis bien tranché… Que pouvaient penser les autres ? Les interviews individuelles allaient nous éclairer.

Paroles individuelles

Nos passages fréquents au home, les diverses réunions avec les professionnels, résidents, familles, nos rencontres avec le directeur Monsieur Devillers nous permettent une meilleure appréhension du contexte dans lequel s’inscrit le Conseil des résidents. Nous avons interviewé avec Forest Quartier Santé vingt résidents et huit familles. Aucune des familles rencontrées ne connaissait le Conseil. Lorsqu’on leur a expliqué en quoi il consistait, elles trouvaient qu’il était important d’y intégrer les familles.

Pour les résidents, nous avons été soucieux d’intégrer des personnes valides, moins valides et non valides. Pour les résidents valides, nous nous sommes rendues dans le jardin, le petit salon bleu mais nous avons aussi arpenté les couloirs pour rencontrer les ‘promeneurs plus solitaires’.

Et nous voilà donc maintenant en face de J., résidente du home depuis quatre ans. Bien enfoncée dans le fauteuil bleu, son tricot en main, elle accepte de nous consacrer un moment pour discuter du Conseil des résidents : «Bon, j’y ai été deux fois, je n’y vais plus. Les résidents répondent à côté de la plaque et moi, ils me disent de me taire».

Une bénévole s’approche de nous «Un peu de café, mesdames ?» Les trois tasses posées sur la table, J. poursuit la conversation : «Je veux bien écouter les gens mais ce qu’ils disent ne m’intéresse pas». J. s’emporte et s’étrangle avec son café. Et nous voilà en train de lui tapoter le dos, prendre des serviettes, essuyer. Vite trouver un autre sujet de discussion pour l’apaiser. J. a manifestement le verbe fort et le sang chaud. Ses journées, elle les passe beaucoup à broder, tricoter, coudre. Ses ouvrages sont vendus et rapportent de l’argent à la caisse ‘sortie’ : «J’aime bien, je me sens utile de participer pour tout le monde» . Elle nous explique : «La vie tous ensemble n’est pas toujours facile car je n’en ai pas eu l’habitude. Cela a des inconvénients mais l’avantage, c’est de ne pas être seule».

S’il est plus évident d’aborder les résidents dans les espaces communs, nous hésitons à prendre contact avec les personnes en chambre. Mariem, l’animatrice, sera celle qui nous présentera. Petit coup bref à la porte : «Je peux entrer ?» Puis, après présentation de notre demande, elle nous fera signe d’entrer si celle-ci est acceptée. Certains résidents déclineront : pas en forme, pas envie, pas aujourd’hui.

Sur la terrasse, E. est abritée par un parasol. Oui, elle connait le Conseil des résidents, elle y va de temps à autre mais les sujets sont toujours les mêmes. E. relève les différences entre les résidents qui ne favorisent pas les complicités et connivences. «On n’a pas la même instruction

Vivre ensemble les différences

Les différences d’âges marquent des différences entre les résidents. Certains nous disent «Je ne vais pas au Conseil des résidents, c’est pour les jeunes». Les plus âgés restent aussi davantage dans leur chambre, plutôt solitaires «avant je connaissais des gens, maintenant, ils sont décédés, alors…» Et le monde semble se rétrécir…

Les résidents non valides que nous avons interviewés ne se disent pas intéressés par le Conseil des résidents. «Le Conseil des résidents ? Je ne sais plus, je reste dans ma chambre bien au chaud, tranquille

Nous croisons A. dans les couloirs, yeux bleus intenses, sourire doux et frondeur : «Le Conseil des résidents, l’important, c’est de faire ce qu’on a envie alors je laisse faire le Val des Roses. Chacun est libre, moi, j’aime d’être libre.» Une aide-soignante s’approche d’elle, lui tend la main : «Vous cherchez votre chambre ?» Les personnes atteintes d’Alzheimer et/ou de démence ne connaissent pas le Conseil des résidents ou si elles le connaissent, ne savent jamais quand il se déroule. Elles oublient les dates.

Certains résidents établissent aussi des clivages en fonction de leur situation financière : «Elle est toujours bien pomponnée, elle va chez le coiffeur tout le temps et elle n’offre un verre à personne, c’est une mijaurée.» Cette disparité suscite des jalousies de la part de certains et inversement une certaine condescendance des autres qui ne facilite pas les rapports entre résidents. La méfiance des uns et des autres n’incite pas à donner son avis.

Participer au quotidien ?

D’emblée, lorsqu’on aborde la question du Conseil des résidents, de sa connaissance ou non, les propos des habitants comme ceux des familles expriment des préoccupations concernant le quotidien des résidents et l’attention qu’on leur accorde. Ce sont, il nous semble, des préalables à leur participation comme à celle des membres des familles.

En effet, ces questions interpellent la place d’acteur des résidents, celle de leur bien-être au sein de leur espace de vie. Ces préoccupations relèvent de quatre thématiques : l’accueil (dont découle l’ambiance générale), les activités, les relations interpersonnelles, la communication.  De ces thématiques, nous relevons des pistes dont certaines sont émises par les résidents et/ou les familles.

– Les familles comme les résidents constatent que ces derniers sont bien accueillis par les professionnels. Cependant beaucoup de résidents relèvent la difficulté de s’intégrer au sein de la collectivité. L’accueil est-il seulement l’affaire de professionnels ? Les résidents peuvent-ils s’approprier cette question, la travailler et faire des propositions ?

– Comment un lieu collectif rassemblant des personnes âgées peut-il inviter à plus de convivialité ?

– Quelle peut être la contribution des résidents et des familles, des professionnels, de l’institution pour améliorer cette convivialité ? Certaines familles font des propositions dont celle d’ouvrir davantage le Val des Roses au quartier pas uniquement pour les résidents et les familles. Du coup, Forest Quartier Santé ne serait-il pas un bon relais ?

Lorsqu’on aborde le thème des activités, les réactions sont très diverses car elles expriment la variété des profils des personnes âgées. Les activités joueraient pour les résidents un vrai rôle intégrateur car l’oisiveté a un impact sur les relations entre les gens : «On cancane, ça passe le temps» . Plusieurs personnes suggèrent de faire appel aux compétences et talents des résidents afin de créer une ‘animation-rencontre ‘. Il reste que pour certains, il n’y a plus d’envie ni pour les animations, ni pour le collectif. Le droit de non participer est un élément à considérer.

Quant aux relations interpersonnelles, elles constituent un sujet intarissable. Les résidents mettent en avant les difficultés qu’impliquent le collectif, la vie en commun nécessite un certain respect des différences. La question des relations interpersonnelles n’est pas sans lien avec celle de l’accueil et des animations.

Nous présentons les résultats de nos démarches lors d’une réunion où sont rassemblés les résidents et quelques familles. Et les échanges porteront sur… les relations interpersonnelles. Le nécessaire ‘dire bonjour’ facilite la vie, le sourire, qui n’est pas de la familiarité, représente une marque d’attention simple. Reste à voir comment insuffler cet état d’esprit.

De ces échanges, nous proposons de réaliser une charte. Cette dernière, que nous rédigerons comme pièce à casser, reprend dix points favorisant les échanges entre résidents. Nous suggérons qu’elle soit débattue lors du prochain nouveau Conseil. Celui-ci sera désormais composé de résidents mais aussi de membres représentants des familles. Les thématiques identifiées pourront faire l’objet d’un travail au sein du Conseil.

Quant à nous, nous nous retirons. Et nous espérons que les paroles livrées et consignées de nos aîné(e)s feront leur chemin…

Cet article est une ‘version longue’ d’un texte paru dans Bruxelles Santé n°70, en juin 2013.

Interview de la présidente du Conseil des résidents

Irène Decant m’attend à la cafétéria. Élégante dans sa robe blanche gansée de rouge, la présidente du nouveau Conseil des résidents est prête à me recevoir.

Patricia Thiebaut : Qu’en est-il de la représentation de tous dans ce Conseil ?

Irène Decant : Nous sommes 15 membres. Il y a 7 résidents et 8 représentants de résidents atteints d’Alzheimer ou de lourds handicaps (ce sont les enfants ou les conjoints de ces personnes). Lors d’une réunion pour élire les membres, les résidents intéressés ont levé la main pour faire partie de ce Conseil. Des 7 résidents, cinq sont des femmes et tous sont valides. Pour ma part, je ne me suis pas présentée. C’est un membre d’une famille qui m’a poussée, alors comme je n’étais pas opposée…

Mon rôle dans ce Conseil est de faire en sorte que tout le monde parle. Le directeur est présent et souvent on l’interpelle donc, il répond aux questions, il explique…

Nous nous réunissons tous les trois mois et force est de constater que c’est trop peu. Nous survolons les points sans rien creuser. Chacun vient avec des tas de questions et de remarques et c’est très compliqué pour partager les temps de parole. Donc, nous allons rectifier le tir: ce sera une réunion par mois avec un thème commun pour tous. Cela permettra enfin à tout le monde de s’exprimer… et sur des sujets qui nous intéressent. Ensuite, nous organiserons des générales deux ou trois fois l’année.

P.T. : Certains au sein de ce Conseil ne s’expriment pas, ou pas assez selon vous ?

I.D. : On va dire que certains, essentiellement des membres des familles, ne laissent pas la parole aux résidents. Ils parlent bien et trop ! Enfin, ils sont très pris par les problèmes de santé de leurs parents, les difficultés qu’ils éprouvent dans le home. Et je ne parviens pas à leur couper la parole, c’est délicat. Alors je suis obligée d’imposer à la fin de la réunion un tour de table afin que les résidents puissent parler. Et à partir de ce moment, ils donnent leurs avis. Parmi les résidents élus, certains ne viennent plus, sans doute parce qu’ils ne voient pas l’intérêt de ce Conseil. Certains ne se sentent finalement pas à l’aise pour expliquer leur avis.

P.T. : Qu’avez-vous imaginé pour pallier cette difficulté ?

I.D. : Il nous semble qu’il faudrait scinder le groupe. Un Conseil pour les membres des familles et un autre pour nous les résidents qui ont d’autres préoccupations. Ainsi nous pourrons prendre le temps qu’il faut pour approfondir un sujet. À chaque fois qu’un thème sera abordé, on invitera les travailleurs concernés à participer au Conseil. Les personnes plus mobiles sont désireuses de plus de variété dans les animations. Cette question des animations, beaucoup des résidents valides en parlent et je dois ramener ce problème au Conseil.

P.T. : Une présidente soucieuse de toujours relayer les préoccupations des autres ?

I.D. : Oui, c’est ma fonction d’être vigilante sur ce point. Mais, il y a des tas de choses qui se règlent en dehors du Conseil. Je suis aussi la messagère des personnes plus timides ou en difficulté dans des conflits avec des personnes, que ce soient des résidents ou des membres du personnel. C’est un peu un rôle de médiation. Parfois ce n’est pas facile, je peux parfois me mettre à dos certains résidents. Mais attention, pour les points qui ne sont pas de mon ressort, je vais trouver l’infirmière en chef, le psychologue ou le directeur pour qu’ils prennent en charge le problème…
Oui, c’est passionnant pour moi d’avoir des responsabilités qui vont pouvoir améliorer la vie ici.

(1) Il s’agit de la nouvelle identité de l’ancien Centre local de promotion de la santé de Bruxelles.

Lancement du volet belge de l’étude NutriNet-Santé

Le 30 Déc 20

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L’étude NutriNet-Santé (https://www.etude-nutrinet-sante.be) est la plus grande étude nutritionnelle jamais lancée sur Internet dans le monde. Cette étude scientifique vise à mieux comprendre les relations entre la nutrition et la santé de la population. De nombreuses données suggèrent l’importance de la nutrition comme facteur de protection ou de risque des maladies non transmissibles les plus répandues dans le monde (certains cancers, maladies cardiovasculaires, obésité, diabète de type 2, dyslipidémies, hypertension artérielle…).

Des facteurs génétiques, biologiques et environnementaux interviennent dans l’apparition de ces maladies. Pour mettre en évidence le rôle spécifique des facteurs nutritionnels, il est indispensable de développer des ‘études de cohorte prospective’, portant sur de très grandes populations suivies pendant plusieurs années, et chez qui il est possible de mesurer de façon précise les apports alimentaires tout en prenant en compte d’autres déterminants tels que l’activité physique, la corpulence, l’usage du tabac, les antécédents familiaux, etc.

Aujourd’hui, l’usage d’Internet offre un accès simple à un très large échantillon de sujets volontaires et la possibilité de recueillir régulièrement de très nombreuses données collectables, stockables et traitables de façon automatisée.
L’étude NutriNet-Santé vise à terme à recruter 500.000 internautes européens francophones âgés de plus de 18 ans, les Nutrinautes, dont on espère que 60% participeront au projet pendant au moins 5 ans.

Cet ambitieux programme de recherche a été lancé en France en mai 2009, par l’Unité de Recherche en Épidémiologie Nutritionnelle (U557 Inserm/Inra/Cnam/Paris 13), et est dirigé par le Professeur Serge Hercberg (Programme national nutrition santé France). Après quatre ans de fonctionnement, près de 250.000 volontaires se sont inscrits au programme.

La Belgique francophone rejoint l’étude cette année avec l’ambition de recruter 50.000 internautes, ce qui représente un fameux défi. Ce recrutement, permanent, durera trois ans. L’opération se fait sous le patronage de la Ministre de la Santé de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Fadila Laanan et est parrainée par Philippe Geluck. Elle a obtenu un (modeste) subside de la Loterie nationale et n’a pas de caractère commercial.

Le volet belge de l’étude est coordonné par le Professeur Jean Nève (ULB) et le Professeur Véronique Maindiaux (Institut Paul Lambin). Il a été lancé le 7 juin dernier en présence de Serge Hercberg, qui a réussi haut la main l’épreuve de reconnaissance d’un des fleurons de la confiserie nationale, le cuberdon!

Les tâches des nutrinautes

Pour participer à cette enquête, les volontaires, après s’être enregistrés, doivent remplir des questionnaires de base simples et confidentiels : données sociodémographiques et mode de vie, activité physique, anthropométrie (poids, taille…), état de santé. Et bien entendu, ils doivent aussi compléter une enquête alimentaire (3 enregistrements de leurs consommations sur 24 heures, 2 en semaine et 1 le week-end). En d’autres termes, l’inclusion dans la cohorte exige 2 heures de travail réparties sur 21 jours.

Les questionnaires alimentaires identifient le moment et le lieu de la prise alimentaire, les aliments concernés et les quantités ingérées. Ils demandent même au participant de confirmer qu’il n’a pas consommé un aliment lié en général à ceux qu’il a indiqués, aliment qu’il aurait omis de citer… Détail qui a son importance: la base de données des aliments et plats a été complétée en fonction des habitudes de consommation des Belges. On y trouvera donc l’américain préparé, les boulets sauce lapin, le ‘stoemp’, les pistolets du dimanche et le craquelin, et même les babelutes et le ‘vieux bruges’ ! Du beau boulot, dont les Nutrinautes français, de plus en friands de spécialités belges, pourront d’ailleurs aussi profiter…

Ensuite, les participants reçoivent chaque mois un courriel les informant de l’évolution de l’étude et doivent répondre 1 fois par an aux questionnaires de base. Une fois par mois maximum d’autres questionnaires sur des sujets liés à l’étude peuvent être proposés (problèmes de santé, approvisionnement alimentaire, qualité de vie, connaissances nutritionnelles, goûts et aversions, etc.).

NutriNet-Santé après 4 ans en France

246 696 volontaires à la date du 7 juin 2013.

Profil des Nutrinautes: 52,5% ont plus de 45 ans et 6,1 % moins de 25 ans; 77% de femmes; 61,2% ont un emploi, 17,1% sont en (pré)retraite et 6,4% sont chômeurs ou allocataires d’aides sociales; répartition géographique très proche de celle de la population générale française.

Les responsables de l’étude communiquent régulièrement à propos des infos engrangées. Ainsi, la consommation de sel est passée de 10g par jour en 2000 à 8,5g en 2012. Encourageant, surtout dans un pays où le lobby du sel de cuisine est intransigeant…

Cet outil permet aussi de recueillir facilement l’opinion du public sur des sujets d’actualité, comme par exemple la taxe soda instaurée en 2012 en France.

Site : https://www.etude-nutrinet-sante.be

En somme, les Nutrinautes seront de véritables acteurs de la recherche, leur participation fidèle à l’étude contribuera à améliorer des connaissances qui, espérons-le, aboutiront à une meilleure prévention de maladies chroniques telles le cancer, l’hypertension, le diabète et beaucoup d’autres.

Des indicateurs de performance en promotion de la santé

Le 30 Déc 20

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Quand on évoque la mesure de l’efficacité en promotion de la santé, c’est souvent de façon stéréotypée, par exemple en présentant quelques chiffres de comportements individuels tels que la consommation de tabac ou d’alcool. Ce sont évidemment des données intéressantes, mais elles sont loin de refléter la réalité complexe des multiples déterminants de la santé et des moyens (souvent non-médicaux) de peser sur eux dans un sens favorable à la santé publique.

En 2010, le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) avait mené à bien un travail ambitieux sur des indicateurs de performance du système de santé belge (1) . Il a remis l’ouvrage sur le métier l’an dernier et publié voici quelques mois son deuxième rapport sur ce sujet (2). Dans sa démarche, le KCE a souhaité aller un peu plus loin et examiner la faisabilité d’intégrer au rapport final un plus grand nombre d’indicateurs spécifiques de performance en promotion de la santé. Nous avons rencontré les deux chevilles ouvrières de ce projet, Françoise Renard (Institut scientifique de santé publique) et France Vrijens (KCE).

Éducation Santé : Tout d’abord, pouvez-vous nous présenter les domaines que vous avez retenus pour mesurer la performance générale de notre système de santé ?

France Vrijens : Nous avons travaillé à partir d’un cadre conceptuel développé lors de la première phase du projet et qui avait pour but d’évaluer quatre domaines du système de santé: les soins préventifs (vaccination, dépistage, etc.), les soins curatifs (par exemple les soins dans les hôpitaux), les soins de longue durée (qui comprennent les soins aux personnes âgées dépendantes et aussi le secteur des soins de santé mentale) et enfin les soins aux personnes en fin de vie (principalement les soins palliatifs).

Françoise Renard : À ces quatre domaines de soins s’ajoute le domaine plus large de la promotion de la santé, processus qui vise comme vos lecteurs ne l’ignorent pas à «donner aux populations et aux individus les moyens d’assurer un plus grand contrôle sur leur santé, et d’améliorer celle-ci». Les stratégies sont variées, et les effets des actions se mesurent avec des indicateurs très diversifiés. Il peut s’agir d’effets proches des actions, tels que la mise en place de politiques favorisant la santé publique ou l’acquisition de compétences individuelles, ou d’effets plus éloignés comme l’amélioration de styles de vie liés à la santé ou encore, en bout de chaîne, l’amélioration de la santé.

E.S. : Combien d’indicateurs avez-vous retenus pour rendre cette mesure opérationnelle, et combien d’entre eux concernent-ils la promotion de la santé ?

F.R. : Au total 74 indicateurs ont été retenus, pour lesquels nous avons réussi à trouver des données. La promotion de la santé est bien représentée avec pas moins de 15 indicateurs, auxquels il faut ajouter 4 indicateurs globaux de l’état de santé tels que l’espérance de vie ou l’espérance de vie en bonne santé.

E.S. : La promotion de la santé est une compétence des communautés, et vos deux institutions ont un profil plutôt ‘fédéral’. Comment avez-vous fait pour obtenir la collaboration de la Vlaamse Gemeenschap et de la Fédération Wallonie-Bruxelles ?

F.V. : Le projet performance est en effet un projet réalisé par des instituts fédéraux (KCE, ISP, INAMI), mais une partie importante des domaines évalués relève des compétences des entités fédérées. Afin de garantir une bonne communication entre les différentes administrations, des réunions de suivi de projet ont été régulièrement organisées par l’INAMI tout au long du projet. Autour de la table étaient présents d’une part des représentants des institutions fédérales (le SPF Santé Publique, le SPF Sécurité Sociale, l’ISP, l’INAMI, le KCE ainsi qu’un membre du cabinet de Laurette Onkelinx ) ainsi que des représentants des entités fédérées (la Région wallonne, la Région de Bruxelles-Capitale, La Fédération Wallonie-Bruxelles, La Flandre et la Communauté Germanophone).

F.R. : Ces réunions ont pour but, entre autres, de favoriser l’appropriation des résultats de recherche au niveau politique. En effet, trop souvent, les résultats d’une recherche en santé publique restent dans les tiroirs par défaut d’un effort de communication vers les décideurs politiques.

E.S. : Déterminer 15 indicateurs de performance dans une matière par définition aussi vaste que la promotion de la santé, qui vise à prendre en compte un grand nombre de déterminants échappant au système de santé au sens commun du terme ressemble à une gageure, voire une mission impossible. J’imagine que le nombre d’indicateurs éligibles au départ était considérable. Comment vous y êtes-vous prises ?

F.R. : Nous avons effectué une recherche de littérature, partant de rapports nationaux ou internationaux sur la thématique, et en l’élargissant à une recherche de littérature indexée, le tout en étroite collaboration avec un groupe d’experts belges en promotion de la santé. Le résultat de cette recherche d’indicateurs a produit une longue liste de plus de 200 indicateurs, parmi lesquels il a fallu choisir….

Ensuite, nous avons suivi un processus en plusieurs étapes. Dans un premier temps, le panel d’experts et les chercheurs ont attribué un score de pertinence à chaque indicateur, dont les 36 plus intéressants ont été retenus. Nous avons gardé des indicateurs issus des différentes catégories du modèle de Don Nutbeam , afin de ne pas nous limiter aux indicateurs de styles de vie ou d’état de santé.
Dans l’étape suivante, nous avons poursuivi la sélection en attribuant un score pour d’autres critères: la validité, la fiabilité, l’interprétabilité des résultats et le potentiel d’action. La disponibilité des données a ensuite été prise en compte pour identifier des besoins en nouvelles données. Les 15 meilleurs indicateurs ont finalement été sélectionnés lors d’une réunion de consensus entre experts et équipe de recherche.

F.V. : Ce processus de sélection a été plus ou moins identique pour sélectionner des indicateurs dans les autres domaines. Ensuite, il a fallu enlever ou modifier certains indicateurs pour assurer la cohérence globale de l’ensemble du set d’indicateurs.

E.S. : Une fois les indicateurs définis, encore faut-il les confronter à des données pertinentes pour qu’ils soient vraiment utiles. Avez-vous eu la possibilité de vous livrer à des mesures pour tous les indicateurs retenus ?

F.R. : Non en effet, nous avons pris le parti de ne garder dans le set final que des indicateurs mesurables actuellement, et de faire des recommandations sur les données manquantes en promotion de la santé. Un exemple, la ‘littéracie en santé’ (health literacy), qui est la ‘capacité de trouver de l’information sur la santé, de la comprendre, l’évaluer et l’utiliser’ est un élément considéré comme de plus en plus fondamental pour la promotion de la santé. Il n’y a ce jour aucune donnée belge sur cet indicateur, alors que plusieurs de nos voisins européens en ont déjà récolté. Nous avons donc recommandé de commencer une collecte de données en Belgique pour cet indicateur.

Les indicateurs de performance en promotion de la santé

Voici les 15 indicateurs retenus :
• pourcentage d’adultes en surpoids ou obèses;
• pourcentage d’adultes obèses;
• moyenne de dents cariées, manquantes et obturées à l’âge de 12-14 ans;
• taux de diagnostic du VIH dans la population belge;
• pourcentage de fumeurs quotidiens âgés de plus de 15 ans;
• consommation d’alcool problématique chez les plus de 15 ans;
• surconsommation d’alcool chez les plus de 15 ans;
• consommation d’alcool ponctuelle immodérée chez les plus de 15 ans;
• pourcentage de gens consommant au moins 200 g de légumes et 2 fruits par jour;
• pourcentage de gens faisant au moins 30 minutes d’activité physique par jour;
• pourcentage dans la population des personnes bénéficiant d’un support social insuffisant;
• position de la Belgique sur une échelle d’évaluation des mesures anti-tabac ( Tobacco Control Scale );
• volume d’activité physique à l’école;
• communes développant des politiques de promotion de la santé;
• pourcentage d’établissements scolaires dotés d’une ‘équipe santé’.

Selon les auteurs eux-mêmes, ces 15 indicateurs ne donnent qu’une idée fragmentaire de la performance belge (niveau fédéral et entités fédérées) en promotion de la santé. Ils n’en constituent pas moins une étape intéressante pour un monitoring plus fin de l’efficacité de notre système de santé au sens large.

E.S. : Et maintenant, que va-t-il se passer ? Les Communautés se sont-elles engagées à mesurer régulièrement les indicateurs pour permettre un monitoring inédit de la promotion de la santé dans notre pays ?

F.V. : En ce qui concerne la collecte des données, en Flandre, beaucoup de données sont récoltées par le VIGEZ (Vlaams Instituut voor Gezondheidspromotie en Ziektepreventie) dans les milieux de vie (entreprises, écoles, communes). Ces enquêtes demandent beaucoup d’investissement, et actuellement il n’est pas prévu de les réaliser dans les deux autres régions.

F.R. : Pour l’indicateur ‘health literacy’, rien n’est prévu actuellement mais nous espérons que cette collecte verra bientôt le jour. D’autre part, nous sommes aussi réalistes en ce qui concerne la collecte de nouvelles données, c’est rarement une priorité en période de crise et d’ajustement budgétaire !

Vrijens F, Renard F, Jonckheer P, Van den Heede K, Desomer A, Van de Voorde C, Walckiers D, Dubois C, Camberlin C, Vlayen J, Van Oyen H, Léonard C, Meeus P. La performance du système de santé Belge Rapport 2012. Health Services Research (HSR). Bruxelles: Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE). 2012.

KCE Report 196B. D/2012/10.273/111. Ce document est disponible en téléchargement sur le site du KCE, https://kce.fgov.be/fr/publication/report/la-performance-du-syst%C3%A8me-de-sant%C3%A9-belge-rapport-2012

(1) Vlayen J., Vanthomme K., Camberlin C., Piérart J., Walckiers D., Kohn L., Vinck I., Denis A., Meeus P., Van Oyen H., Leonard C. Un premier pas vers la mesure de la performance du système de soins de santé belge. Health Services Research (HSR). Bruxelles: Centre fédéral d’expertise des soins de santé, (KCE). 2010. KCE Reports 128B.
(2) Voir l’article ‘Un check-up du système de santé belge’, Éducation Santé n°287, mars 2013, https://www.educationsante.be/es/article.php?id=1563

France : le plan national nutrition santé 2011-2015

Le 30 Déc 20

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Sous le couvercle à mi-cuisson

Le 3e Plan national nutrition santé (PNNS) français a été lancé en 2011 pour une durée de 5 ans. Autrement dit, il s’est écoulé autant de temps qu’il n’en reste jusqu’à son échéance. La Société française de santé publique et 18 autres sociétés savantes, qui suivent l’affaire de près, organisaient en février dernier une journée d’échanges pour mesurer le chemin parcouru depuis 2 ans, souligner les efforts à poursuivre et pointer certaines omissions. Où l’on démontre une fois de plus les insuffisances des interventions unidirectionnelles et la multiplicité des leviers à actionner pour peser efficacement sur les comportements alimentaires et la pratique d’activité physique. Vous goûterez bien quelques bouchées prélevées lors des débats. L’intérêt de la Société française de santé publique (SFSP) pour l’action publique en matière de nutrition santé ne date pas d’hier. Pour preuve, l’association faisait partie en 2010 de la trentaine de sociétés savantes et d’experts à avoir planché sur la préparation du troisième Plan national nutrition santé (PNNS). Un travail dont ont été tirées 40 propositions remises aux pouvoirs publics alors en pleine réflexion sur les stratégies à adopter pour faire évoluer les pratiques alimentaires et d’activité physique des Français.

Certaines idées ont été reprises dans la version finale du Plan, d’autres pas. De l’eau a coulé sous les ponts depuis et le PNNS 2011-2015 suit son cours, déployé par bon nombre d’acteurs locaux, associatifs, institutionnels, de professionnels de santé et du social, d’universitaires, d’entreprises, etc. Ce sont ces parties prenantes que la SFSP et ses partenaires ont souhaité réunir le 21 février dernier à l’occasion d’un séminaire de travail intitulé ‘Le PNNS 2011-2015 à mi-chemin : réflexion des sociétés savantes et d’experts en nutrition’ auquel ont participé une centaine de personnes.

François Bourdillon , en sa qualité de président de la SFSP, a introduit les discussions en soulignant l’implication des villes labellisées EPODE (Ensemble prévenons l’obésité des enfants) au PNNS, des écoles et des Ateliers Santé Ville mobilisés pour promouvoir à leur échelle la nutrition santé. La chute de son laïus a fait mouche : «Je vous prie d’excuser l’absence de café d’accueil et la dureté des chaises. La crise n’épargne pas plus la santé publique que les autres. Il a fallu choisir entre organiser cette journée et acheter des viennoiseries.» Qu’on se rassure : personne n’a quitté sa place, pas même les plus déçus. Le distributeur de boissons chaudes installé dans le couloir a été pris d’assaut pendant les pauses. Et les chaises n’étaient finalement pas si inconfortables…

Autopsie d’une Europe sportive

Si c’était une compétition, ce serait un championnat qui mesure les 27 nations européennes les unes aux autres plutôt qu’une coupe au terme de laquelle il n’en reste qu’une. L’étude Eurobaromètre sport et activités physiques, commandée par la Direction générale pour l’éducation et la culture de la Commission européenne et publiée en 2010, a été imaginée pour savoir qui, quand, où, comment et pourquoi les citoyens des différents pays font de l’exercice.

Près de 27.000 personnes de plus de 15 ans ont été interrogées à l’automne 2009. Premier constat : 65% de la population dit pratiquer une activité physique et 40% un sport au moins une fois par semaine. Belle performance. La France et la Belgique se situent dans la moyenne, loin derrière les champions que sont les Pays-Bas et les pays nordiques. «Cependant, ajoutent les auteurs, 34% des répondants disent ne pratiquer une activité physique que rarement, voire jamais.»

Dans cette catégorie des abstinents, les personnes vivant seules sont surreprésentées, ainsi que celles ayant des difficultés financières et celles ayant quitté l’école avant 15 ans. De manière générale, si les hommes font plus de sport que les femmes, surtout chez les 15-24 ans, les Européennes se rattrapent sur l’activité physique, si bien qu’hommes et femmes font à peu près autant d’exercice. Dans la tranche d’âge des 40-54 ans toutefois, la population féminine est la plus active. Sans surprise, l’activité physique décroît avec l’âge et les étudiants sont plus nombreux à faire du sport que ceux qui ont terminé leurs études. L’enquête explore également les motivations qui animent les actifs. Près de 60% affirment vouloir améliorer leur santé. Autres raisons citées: être en meilleure forme (41%), se relaxer (39%), s’amuser (31%) voire, dans une moindre mesure, améliorer son image personnelle.

Au-delà de l’approche purement médicale

La première session de la journée visait à mettre en avant les dynamiques impulsées par l’actuel PNNS. Le Plan obésité (PO), lancé en 2010 pour 3 ans, en fait partie. Son président, le Pr Arnaud Basdevant, tout en insistant sur la qualité du dialogue entre associations de patients et professionnels de santé et après avoir salué l’amélioration de la prise en charge des enfants et des adultes non défavorisés, a partagé ses inquiétudes. «Que va-t-il se passer quand le programme arrivera à échéance à la fin de l’année ?»

Et de rappeler que la prévalence de l’obésité en France est de 15%, marquée par un important gradient social et une augmentation préoccupante du nombre de personnes âgées obèses. L’efficience et la solidarité ne sont pas au rendez-vous, juge le nutritionniste. «La médecine de l’obésité est encore trop réactive, pas assez proactive, et les personnes obèses font l’objet de fortes discriminations sociales, y compris dans le système de soins. Le maillage collectif va-t-il se construire dans les années à venir ? L’obésité est une maladie inscrite dans un processus dynamique, de la phase préclinique jusqu’à l’obésité compliquée puis chronique. Chirurgie, handicap, modes de vie… La prise en charge est complexe.» Et d’insister sur la nécessité de faire de la lutte contre les inégalités sociales et territoriales de santé la priorité absolue. «Il faut absolument aller au-delà de la seule approche médicale et mener plus d’expérimentations et de recherches dans la vie réelle

Vincent Alberti, président de Sport Santé Conseil et conseiller expert PNNS PO auprès du ministère de la santé, se félicite de la place qu’occupe désormais la promotion de l’activité physique et sportive dans les plans en faveur de la nutrition santé. «La lutte contre la sédentarité, la réduction du temps écran et la promotion de l’activité physique et sportive tiennent une place significative au sein de ces plans

David Communal, enseignant en activités physiques adaptées (APA), distingue trois niveaux d’activités physiques dans la vie quotidienne, dans la vie professionnelle et pendant les loisirs. «L’essentiel de l’activité physique et sportive se fait au travail, rappelle-t-il, prenant appui sur les données du Baromètre santé nutrition 2008 de l’Inpes. On mange tous les jours. Pour l’activité physique, il faudrait faire pareil.» Parmi les actions relevant de la promotion et de l’éducation pour la santé, il cite notamment un colloque sur le thème des mobilités actives programmé en septembre 2013, un guide destiné au Réseau Français des Villes Santé OMS, les appels à projets de type ICAPS (voir Éducation Santé de février 2013). L’activité physique a par ailleurs fait son entrée dans le champ de l’éducation thérapeutique du patient, en intégrant il y a peu le parcours de soins du patient obèse, dans les textes au moins. La formation universitaire des professionnels de santé d’une part, des professionnels du sport d’autre part, devrait également évoluer. Une convention entre doyens des facultés a été signée en 2012 à cet effet.

Qui dort dîne, cqfd

Dormir peu et mal augmente le risque d’obésité. Inversement, les personnes obèses souffrent plus que les autres de pathologies du sommeil comme le syndrome d’apnées du sommeil et l’hypoventilation. Tels sont les constats relayés par plusieurs sociétés savantes emmenées par la Société française de recherche et médecine du sommeil et sur lesquels se fondent leurs recommandations professionnelles sur le thème sommeil et obésité.

Voilà plusieurs années que des liens réciproques entre courte durée de sommeil et indice de masse corporelle élevé chez l’enfant comme chez l’adulte ont été mis au jour. L’explication est en partie physiologique: un sommeil écourté ou de piètre qualité perturbe la production de deux hormones clés dans le maintien de la balance énergétique de l’organisme, la leptine et la ghréline. La baisse de la quantité de leptine atténue la sensation de satiété et diminue la dépense énergétique tandis que l’augmentation du niveau de ghréline stimule l’appétit et réduit la dépense locomotrice.

Qui plus est, la dette de sommeil favorise le grignotage et devient un frein pour l’activité physique. Difficile alors de ne pas prendre de poids. Chez les personnes en surpoids, les graisses accumulées au niveau du cou et du ventre agissent sur la ventilation et favorisent la survenue de maladies respiratoires. La prévalence du syndrome d’apnée obstructive du sommeil par exemple et les risques associés tels que somnolence, hypertension et diabète de type 2, augmentent avec l’augmentation de l’indice de masse corporelle. Les études disponibles ne disent pas en revanche si les petits dormeurs constitutifs et ceux qui accumulent le manque de sommeil sont pareillement concernés.

L’évaluation des interventions faisant partie intégrante du PNNS, cette question aussi fait l’objet d’initiatives. L’une d’elle vise à faciliter la tache des promoteurs de projets en nutrition en mettant gratuitement à leur disposition un outil interactif qui permet de concevoir une évaluation adaptée aux objectifs et aux ressources mis en oeuvre. Les porteurs de projets y piochent, selon leurs besoins, des fiches pratiques, des indicateurs, des exemples d’évaluation.

«Le but est que chaque projet bénéficie d’une évaluation construite, adaptée, proportionnelle à son ampleur, utilisant des outils au maximum harmonisés afin d’améliorer à terme la qualité des interventions», affichent les concepteurs du site internet mis en ligne fin 2012 à l’adresse https://www.evaluation-nutrition.fr. La boîte de Pandore a été conçue à la demande des pouvoirs publics pour compléter un guide édité par la Fédération nationale des observatoires régionaux de santé (Fnors). Le site a été élaboré à l’École de santé publique de Nancy (Université de Lorraine).

Les dossiers du bas de la pile

Tout aussi fournie est la liste de ce que les organisateurs de la journée qualifient poliment d’oublis regrettables eu égard aux recommandations de la SFSP et de ses partenaires en 2010. La politique alcool notamment. Patrick Daimé, de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa), pointe le fait que celle-ci a été «à peine effleurée dans le PNNS dont les principes généraux s’appliquent pourtant en matière d’alcool».

La régulation de la publicité aux heures de grande écoute des enfants, qui nécessite une volonté politique, n’est toujours pas, elle non plus, à l’ordre du jour. Karine Gallopel-Morvan , chercheur en marketing social, a compilé les données de la littérature scientifique pour tenter de savoir si la publicité influence réellement les comportements et préférences alimentaires des enfants et le cas échéant, s’il est vraiment nécessaire de réguler la publicité ou si l’autodiscipline des industriels peut suffire.

«Sur le premier point», rapporte-t-elle, «les résultats convergent : la publicité est bel et bien un des facteurs explicatifs des comportements et préférences alimentaires des enfants. Ce n’est pas un hasard si Kraftfood, l’un des géants de l’agroalimentaire, a investi 230 millions d’euros dans la publicité en 2012 !» Quant à savoir s’il est nécessaire d’en passer par la réglementation pour limiter cette exposition, à l’instar de ce qui existe au Québec ou en Suède, les études montrent surtout que la stratégie alternative qui consiste à faire confiance aux industriels pour réguler leurs comportements publicitaires, comme c’est le cas en Espagne, aux États-Unis ou en Australie, n’est pas très efficace.

Le feu tricolore a le vent en poupe

Les Nutrinautes ont voté. À 80%, ces volontaires participant à l’étude NutriNet-Santé lancée en 2009 pour approcher les habitudes des Français en matière d’alimentation et d’activité physique, apprécient l’idée d’avoir un logo nutritionnel sur la face avant des emballages conditionnés.

Les auteurs de l’étude publiée en 2012 ont également voulu savoir quel type de logo recevrait le meilleur accueil de la part des consommateurs si les instances de santé publique décidaient de les utiliser pour fournir des informations sur la qualité nutritionnelle des produits alimentaires. Ils en ont testé 5 sur des emballages de soupe industrielle auprès de quelque 38763 adultes de la cohorte. Résultat : le feu tricolore multiple, qui délivre une information par catégorie de nutriments (sel, sucres ajoutés, matières grasses saturées) au travers d’une couleur (rouge, orange ou vert, de plus en plus positif), remporte la mise, loin devant les propositions simplifiées telles que la ‘coche’ verte ou le logo PNNS. Ceci étant, l’analyse montre également que le logo le mieux accepté par les personnes les moins favorisées économiquement et ayant un moindre niveau de connaissance nutritionnel, n’est pas le feu triple mais un visuel plus simple, qui attribue par exemple une couleur (vert, orange ou rouge) au produit.

Les Nutrinautes ont voté, certes. Les Français qui sillonnent les allées de leur magasin d’alimentation préféré verront-ils la chose du même oeil ? Ou la verront-ils tout court sur des emballages déjà chargés ou à l’ombre d’une offre promotionnelle ? Et quand bien même, lui accorderont-ils de l’importance ? Cela reste à voir.

Également montrées du doigt car au point mort : les négociations pour obtenir le remboursement par l’Assurance maladie des consultations de diététique dispensées en ambulatoire. Les représentants de la profession, soutenus par bon nombre de professionnels de santé impliqués dans le parcours de soins de patients aux prises avec diverses pathologies nécessitant des ajustements du comportement alimentaire, continuent leur action de lobbying auprès des pouvoirs publics.

Parmi les recommandations des sociétés savantes figurait aussi le souhait de rendre plus accessibles aux populations défavorisées les aliments de bonne qualité nutritionnelle et gustative. Discutée de longue date, la décision d’utiliser un logo nutritionnel pour aider les consommateurs à choisir leurs produits alimentaires en connaissance de cause de leurs qualités nutritionnelles n’est toujours pas tranchée. Nicole Darmon, directrice de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et membre de la Société française de nutrition a fait le point sur les expériences menées ces deux dernières années pour évaluer la pertinence d’un tel dispositif. L’étude LABEL consistant à tester 7 types différents de logos apposés sur les emballages de denrées alimentaires montre, entre autres, que l’exposition à un label améliore globalement la qualité nutritionnelle du contenu des caddies.

Plus récemment, une expérimentation financée par la Direction générale de la santé a été mise en place dans un supermarché de Marseille. L’occasion de tester le comportement réel des consommateurs vis-à-vis d’un label baptisé Vita+ et affiché pendant 3 mois sur plusieurs catégories de produits de toutes marques sélectionnés pour leur bonne qualité nutritionnelle. L’analyse des résultats, actuellement en cours, dira si et comment le marquage des produits par ce label influence positivement le choix des consommateurs.

Effet de quartier et obésité

Antoine Flahault, actuellement professeur de santé publique à l’Université Paris-Descartes, a pris l’habitude de commenter sur son blog l’actualité de sa spécialité. Le 21 octobre 2011, voici ce qu’il écrivait : «Les habitants des quartiers très pauvres souffrent davantage d’obésité et de diabète que ceux de quartiers moins pauvres. Le quartier est-il un simple marqueur de pauvreté, ou bien joue-t-il un rôle causal dans la survenue de l’obésité ou du diabète dans la population? La question paraît presque absurde: ce n’est pas en faisant bouger un pauvre d’un quartier défavorisé vers un quartier plus favorisé que l’on va voir régresser son obésité ou son diabète! Eh bien, c’est justement ce qu’ont étudié Ludwig J et coll. qui rapportent les résultats d’un essai randomisé contrôlé publié dans le New England Journal of Medicine.»

Autrement dit, ces chercheurs ont exploré un hypothétique ‘effet de quartier’, ainsi nommé pour dire qu’’habiter un quartier donné influence les comportements individuels. L’étude américaine inclut 4498 femmes, toutes volontaires, vivant dans des quartiers urbains très pauvres. Entre 1994 et 1998, elles se sont vu proposer qui un soutien financier et humain pour déménager dans un quartier moins pauvre (groupe 1), qui un soutien financier pour déménager vers le quartier de son choix (groupe 2), qui rien du tout (groupe contrôle). Les auteurs ont ensuite revu ces personnes 10 à 15 ans plus tard. Alors que près de la moitié des participantes auxquelles une aide a été proposée a effectivement déménagé, ils ont constaté que la prévalence de l’obésité n’a pas bougé dans le groupe 2 mais a significativement diminué dans le groupe 1 par rapport au groupe contrôle.

Des résultats particulièrement intéressants pour qui veut la preuve que l’amélioration des conditions de vie et d’environnement des personnes influence leur état de santé. Reste maintenant à comprendre les mécanismes à l’oeuvre pour expliquer cet effet de quartier appliqué à l’obésité.

Ces messages que l’on connaît mais qu’on ne suit pas

Troisième mi-temps de la journée. Ceux qui ont déjeuné à l’extérieur n’ignorent plus qu’un tournage de film à gros budget est en cours dans le quartier. Un imposant camion rempli d’éléments de décor stationne sous nos fenêtres. Il se murmure que Kevin Costner fait partie du casting… On fait la queue devant le distributeur de boissons chaudes avant d’entrer dans la salle.

Les discussions reprennent, axées sur les inégalités sociales de santé. Le thème fait l’objet d’une table ronde qui réunit le pédiatre François-Marie Caron qui exerce en libéral dans la Somme, Zeina Mansour pour la Fédération nationale d’éducation et de promotion de la santé (Fnes), Monique Romon, professeur de nutrition et David Communal de l’association Prof’APA.

Monique Romon plante le décor : «On sait que la prévalence de l’obésité chez les 7-9 ans est très liée au statut social des parents et que l’adhésion au PNNS est moins bonne chez les catégories socioprofessionnelles inférieures: les messages nutritionnels sont connus d’eux mais moins suivis. Les déterminants du comportement alimentaire sont connus: l’environnement, les normes et représentations sociales, les freins individuels de nature économique, liés à l’estime de soi, aux perspectives d’avenir à court terme… C’est à ces différents niveaux qu’il faut agir pour motiver les gens au changement individuel et familial dans la durée. Et au plus près des populations, d’où le rôle essentiel des acteurs locaux.»

Oeuvrer pour développer une approche plurielle et en proximité autour de la nutrition est justement le coeur du propos de la Fnes. La Fédération déplore que le PNNS ait raté le coche pour inviter la population à adopter un rôle actif et participatif visant l’empowerment. Zeina Mansour : «Les seules compétences individuelles ne peuvent rien.» Et de rappeler son credo : «la préoccupation nutritionnelle doit intégrer toutes les politiques publiques.»

Tous sont d’accord pour dire que les inégalités sociales de santé s’installent dès la petite enfance. Le Dr Caron, membre de l’Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA), l’illustre : «Près de 80% des femmes cadres allaitent, contre 46% chez les ouvriers et encore moins dans certains territoires comme le mien.» Pour augmenter le nombre de femmes qui donnent le sein et la durée de l’allaitement, le pédiatre croit beaucoup à des initiatives comme l’‘Hôpital ami des bébés’, qui favorise l’accompagnement des parents autour de l’allaitement, ou les RéPPOP (réseaux de prévention et de prise en charge de l’obésité pédiatrique) qui existent dans plusieurs régions, là où ils sont financés. «Parce qu’elles se construisent pendant l’enfance, les inégalités sociales de santé ne sont pas une fatalité, à condition de se mobiliser et d’avoir des moyens pour le faire», conclut-il.

Prise de parole dans la salle. «Il y a un désert en prévention auprès de ceux qui travaillent beaucoup et gagnent peu. Ces catégories précaires que l’on voit peu. Comment agir pour augmenter leur niveau d’activité physique et améliorer leurs réflexes nutritionnels?» La remarque n’appelle pas vraiment réponse. Et pour cause : personne n’a de solution toute faite.

L’abécédaire du PNNS 2011-2015

Au-delà des 4 lettres de son acronyme, le Plan national nutrition santé a développé son propre alphabet pour asseoir sa philosophie et affirmer ses ambitions pour la période 2011-2015. Morceaux choisis.

N comme Nutrition

Celle que vise le PNNS est déterminante pour la santé. Elle inclut les domaines de l’alimentation et de l’activité physique dans leurs dimensions biologiques, symboliques et sociales. En matière de comportements alimentaires, le Plan considère les déterminants sociaux, culturels, économiques, sensoriels et cognitifs.

R comme Repères nutritionnels…
… et Reconduction

Le PNNS en cours est le troisième du genre, après celui lancé en 2001 et sa prolongation en 2006. En 2010, au moment de reconduire à nouveau le programme, il a été décidé de lui adjoindre un Plan obésité (PO) jusqu’en 2013 ainsi qu’un Programme national pour l’alimentation (PNA) qui court jusqu’en 2015.

E comme environnement

Le PNNS affiche son ambition de ne pas stigmatiser les seuls agissements individuels mais aussi de promouvoir des modifications de l’environnement alimentaire et physique, au motif qu’il conditionne fortement les comportements. «Créer un environnement nutritionnel global, facilitant un choix positif pour la santé des consommateurs» , est-il inscrit noir sur blanc dans les principes généraux du Plan.

A comme Axes stratégiques

Comme tout programme qui se respecte, le PNNS évolue en principe sur un chemin tout tracé, selon quatre directions qui sont autant d’objectifs à viser: lutter contre les inégalités sociales de santé, développer l’activité physique et sportive, dépister et prendre en charge les patients et enfin, promouvoir le PNNS lui-même. À ne pas confondre avec les leviers, stratégiques eux aussi, que sont la communication, l’information et l’éducation, l’amélioration de l’environnement, l’organisation du système de santé, la formation des acteurs impliqués et l’évaluation.

O comme Objectifs

Objectifs au pluriel car la logique du PNNS est la suivante: chaque axe stratégique est décliné en une série d’objectifs généraux et de sous-objectifs chiffrés. Plusieurs mesures, elles-mêmes subdivisées en actions, sont listées pour atteindre les buts fixés, à savoir: primo, réduire la prévalence de l’obésité et du surpoids dans la population (à noter que chez l’adulte, on se contentera d’essayer de stabiliser la prévalence de l’obésité); secundo, augmenter l’activité physique et diminuer la sédentarité à tous les âges; tertio, améliorer les pratiques alimentaires en visant notamment et en vrac une consommation accrue de fruits et de légumes, de folates chez les femmes enceintes ou de calcium dans certains groupes à risque, la diminution des apports en sel ou le recours plus fréquent à l’allaitement maternel. Quatrième et dernière cible du PNNS : la dénutrition et les troubles du comportement alimentaire. Le tout en 21 mesures et 45 actions.

L comme logo

Un sourire rouge en banane sur fond bleu. Le logo PNNS et ses déclinaisons constituent un élément central du dispositif de communication du Plan, destiné notamment à mettre en cohérence les nombreuses actions déployées dans des champs différents. Collectivités territoriales, associations, entreprises ou institutions qui arborent le logo PNNS font de ses objectifs les leurs et s’engagent à agir pour tenter de les atteindre. L’attribution de ce logo fait l’objet d’un cahier des charges révisé pour le PNNS 2011-2015.

10 bonnes raisons de ne pas faire régime

Le 30 Déc 20

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Le 24 mai dernier, l’asbl Question Santé a judicieusement exploité le bruit fait autour de la journée européenne contre l’obésité pour lancer une nouvelle campagne de sensibilisation dans le cadre de son projet ‘Voyons large’. Cette action vise à démystifier les ‘miracles’ des régimes en mettant en évidence les risques et dangers des pratiques amaigrissantes ainsi que la tyrannie de la minceur dans nos sociétés.

Pour appuyer son propos, Question Santé a aussi organisé le même jour un séminaire au cours duquel une vingtaine de participants d’horizons variés ont échangé sur des ‘Questions de (sur)poids. Comment agir? Avec qui? Pourquoi?’
Cette rencontre, ponctuée par l’expertise du Prof. Jean-Michel Lecerf, a permis un excellent remue-méninges sur le sujet, modéré par Bernadette Taeymans, directrice de l’asbl. Les participants, médecins, diététiciennes, journalistes de santé, tout en ayant un regard nuancé sur l’obésité, adhéraient sans difficulté au projet de déconstruction de la norme de minceur que notre société veut nous imposer en faisant violence à la nature humaine.

Les questions soulevées furent entre autres:

Alors qu’on parle beaucoup d’une «épidémie» d’obésité, quelle est la réalité du point de vue de la santé publique ?
La «lutte contre l’obésité» est‐elle une nécessité, et dans l’affirmative, quelles approches privilégier ?
Comment éviter de basculer dans la minceur à tout prix ?
Que penser des régimes comme solution aux problèmes de poids ? Quelles en sont les alternatives ?
Quels sont les axes à développer au niveau de la prévention et de la promotion de la santé ?

On pointera entre autres l’intervention de Marie-Claire Mozin, du Club européen des diététiciens de l’enfance, qui présenta une étude réalisée voici quelques années dans le cadre d’une quinzaine de la santé dans des écoles de Woluwé-Saint-Lambert (Bruxelles). La comparaison d’une classe expérimentale et d’une classe ‘témoin’ donnait un résultat encourageant: une rectification modeste des apports alimentaires sur une courte période montrait déjà une évolution staturo-pondérale positive chez les élèves de la classe expérimentale.

Après cette mise en bouche, Patrick Trefois, directeur scientifique de Question Santé présenta la nouvelle campagne, au titre quelque peu paradoxal de ’10 bonnes raisons pour ne pas faire régime’ (voir l’encadré avec l’argumentaire). Paradoxal et aussi provocateur, surtout au printemps, période de l’année très favorable au business de l’amaigrissement.

Il ne s’agit évidemment pas de faire passer le message qu’il y a 10 bonnes raisons de ne pas se préoccuper de son alimentation, mais de souligner que la plupart des régimes sont voués à l’échec et qu’il semble bien aujourd’hui que sans autre facteur de risque, les individus en léger surpoids ont une meilleure espérance de vie que les autres ! De quoi désoler bien des esprits chagrins…

Jean-Michel Lecerf eut quelques formules heureuses pour commenter le fait que le taux d’échec des régimes oscille entre… 80 et 95% : «Si certains régimes étaient des médicaments, ils n’auraient jamais obtenu d’autorisation de mise sur le marché», ou encore cette réplique tirée du film ‘Mince alors !’ : «Les régimes ne marchent pas, la preuve, il n’y a que les obèses qui en font !»

Voyons large

Ce projet a pour objectif de mettre en évidence les divers aspects de la thématique du surpoids de façon à éclairer le sujet dans sa globalité.
Après le premier volet lancé en 2012 sur le thème du rejet et de la discrimination vécus par de nombreuses personnes en surpoids et de leurs conséquences, la deuxième étape du projet, intitulée ’10 bonnes raisons de ne pas faire régime’, aborde la question des pratiques amaigrissantes, généralement présentées comme des solutions miracles alors qu’elles semblent pourtant présenter plus de risques que de bénéfices.

Les 10 bonnes raisons de ne pas faire régime

1. Ça ne marche pas !
Oubliez les ‘people’ et les régimes miracles censés vous faire perdre vos kilos superflus sans trop d’efforts en quelques semaines à peine. Dans la plupart des cas (80%) ces méthodes ne fonctionnent pas!

2. On n’écoute plus son corps
À force de réfléchir à ce qu’on peut manger et ce qu’on doit éviter pour respecter son régime, on en oublie d’écouter notre corps et ses signaux de faim ou de satiété. Or ces sensations sont nécessaires pour réguler notre alimentation et notre poids.

3. Plus on fait régime moins on s’aime
Comme les régimes échouent souvent, on se sent nul de ne pas y arriver et on finit par se trouver moche moralement… Pourtant on s’y remet, au risque de se retrouver une fois encore confronté à une déception.

4. Ça allège surtout le portefeuille
Les régimes sont un vrai business ! On ne compte plus le nombre de solutions proposées pour maigrir: produits ‘light’ à toutes les sauces, compléments alimentaires ‘miracles’, produits dérivés de différents régimes, livres de conseils en tous genres…

5. Ça rend obsédé
Quand on est au régime, on pense plus souvent à la nourriture, et cela peut même tourner à l’obsession. On se trouve alors confronté à plus de tentations qu’en temps normal, c’est-à-dire à plus de risques de ‘craquer’ et donc de prendre du poids…

6. Ça fait parfois manger plus !
On se frustre tellement avec la nourriture que toute une série de situations et d’émotions (joie, stress, déprime, fatigue, colère…) nous donnent une seule envie : bouffer !

7. Obsession chez les parents, déséquilibre chez les enfants
Les régimes, qu’ils soient suivis par les enfants ou par les parents, ont tendance à favoriser la prise de poids chez les jeunes.

8. C’est pas vraiment bon pour la santé
L’objectif d’un régime, c’est l’amaigrissement, pas la santé. Et beaucoup de régimes peuvent susciter des déséquilibres dans le corps, surtout s’ils sont pratiqués de manière sévère et/ou prolongée: déficit en vitamines, diminution de la masse osseuse, troubles du rythme cardiaque…

9. Y a pas de mal à avoir des rondeurs
La plupart des gens qui se sentent trop gros ne sont en fait pas en surpoids d’un point de vue médical, et encore moins obèses. La volonté de maigrir est souvent d’ordre esthétique: il faut correspondre à l’idéal de minceur valorisé dans nos sociétés.

10. Manger, c’est bon pour le moral
Au fond, vous le savez bien, hein ? Manger quelque chose de bon, ça détend, ça fait plaisir, ça réconforte. Surtout quand on partage un bon repas avec ceux qu’on aime.

Le site Internet de la campagne, https://www.voyonslarge.be interroge le regard que notre société pose sur les rondeurs et propose une série de références pour approfondir la réflexion. Un sondage express demande aux visiteurs du site s’ils ont déjà fait régime, jamais, parfois ou souvent : résultat implacable à défaut d’être surprenant !
Le site est complété par une page Facebook qui permet la diffusion régulière d’informations et invite les internautes à interagir, donner leur avis, partager des témoignages, etc.
Une vidéo de 10 minutes, réalisée en collaboration avec le Magic Land Théâtre, ironise à propos des régimes et de leur conséquence sur notre bien-être. Elle est visible sur le site de la campagne.

Le bon usage de la gestion des conflits

Le 30 Déc 20

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L’Université de Paix est une asbl, fondée en 1960 par Dominique Pire, reconnue comme organisation de jeunesse (catégorie service) par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Depuis plus de 25 ans, le travail de notre association est axé sur la gestion positive des conflits. Son objectif est la promotion de la paix par le dialogue . Centre de réflexion et de formation, l’Université de Paix contribue à faire connaître des moyens possibles pour prévenir la violence et y faire face, à l’école, dans la famille, dans le quartier, les institutions, le milieu du travail… Pour gérer efficacement les conflits, l’Université de Paix propose des formations ponctuelles (assertivité, écoute, médiation, etc.), des interventions et formations personnalisées (la formation d’enfants médiateurs…), des animations, des conférences, des journées pédagogiques, des formations longues, du matériel pédagogique.

Quel regard l’Université de Paix porte-t-elle sur l’expérience des CBE ?

Ce projet met en avant l’importance que revêt aux yeux des acteurs concernés (enseignants, élèves, direction, etc.) le besoin de projets clairs, partagés et réalistes. Nous avons constaté que la réalisation de petites actions rapidement visibles mobilise tous les acteurs scolaires. Notons également que la présence de la direction nous a semblé essentielle afin de soutenir les membres de l’équipe éducative.

Pour davantage d’efficience, il nous semble primordial de ne pas faire l’économie de l’ analyse des besoins du terrain et de la demande de la direction afin de faire émerger le projet. Soulignons également l’importance de clarifier les mandats des différents acteurs pour l’essor d’un projet dynamique et viable.

Aussi, un projet a d’autant plus de chance d’aboutir quand les motivations des acteurs sont prises en compte afin qu’ils soient autonomes et responsabilisés.

Implanter un projet peut générer des tensions. L’utilisation de nos outils de gestion de conflits s’est révélée être un plus pour le mener à bien. Car pour nous les conflits sont des opportunités, moteurs de changements et d’évolution de par la confrontation des idées et la manière de résoudre les différends. Nous démarrons généralement un projet avec des activités de cohésion de groupe. Nous utilisons une méthode active, participative et émancipatrice tout en respectant les personnes, les faits, les ressources et les limites de chacune d’entre elles.

Après ces quelques mois passés à côtoyer différents acteurs de l’école, quelques questions émergent sur leur réelle participation au sein de l’établissement : comment leur accorder une véritable place de la conception à la réalisation d’un projet mené à et/ou par l’école ? Quels moyens mettre en œuvre pour les inciter à y participer ? En quoi cette action peut alimenter le projet pédagogique de l’école ?

Cette expérience nous a permis de découvrir et de mieux appréhender les ‘coulisses’ des écoles , ce qui nous amènera à améliorer nos prochaines actions.

Université de Paix asbl, Bd du Nord 4, 5000 Namur. Tél.: 081 55 41 45. Courriel: info@universitedepaix.be. Internet: https://www.universitedepaix.org .

Les défis de ‘Se mettre à table’

Le 30 Déc 20

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Pour cette rentrée scolaire, ‘Se mettre à table’, un outil de concertation, est mis à la disposition des écoles qui souhaitent se lancer dans une réflexion collective et systémique pour améliorer l’alimentation à l’école. En effet après avoir enquêté sur la santé à l’école (1) et plus particulièrement la manière dont l’alimentation est abordée en classe et concrétisée dans les boîtes à tartines, les menus des cantines ou les distributeurs… une évidence s’imposait : il faut soutenir ceux qui, dans leur pratique quotidienne, se préoccupent d’assurer une meilleure alimentation pour tous à l’école, sans toujours y parvenir.

‘Se mettre à table’ propose donc de réunir différents acteurs scolaires autour d’une table pour mener une concertation collective. Partant des situations insatisfaisantes vécues dans l’école, l’outil présente une démarche découpée en huit étapes pour aboutir à la mise sur pied d’actions collectives, concertées et cohérentes en matière d’alimentation.

Un processus mis en abîme

Au regard des principes de la promotion de la santé, cet outil s’est construit autour de deux axes complémentaires : le premier concerne le nécessaire travail en intersectoriel incontournable quand on s’attaque aux déterminants de la santé et en particulier à l’alimentation. Le deuxième concerne la préoccupation pour la réduction des inégalités sociales de santé au travers de l’utilisation de l’outil et ses contenus: ce qui sur le plan scolaire peut se concrétiser par plus de travail collectif et de travail en équipe et plus d’exercice de la citoyenneté et de la capacité à être acteur de changement en faveur de la santé.

Cette déclaration de principes faite, la mise au travail a démarré pour Cordes par l’identification des différentes asbl intervenant dans cet esprit dans les écoles, que ce soit de manière directe ou non. Ainsi, une collaboration s’est tissée entre neuf associations (2) pendant presque 3 ans pour co-construire un outil transdisciplinaire, qui aborde le thème de l’alimentation à l’école dans toutes ses dimensions et se fonde sur la concertation pour décider collectivement de changements en la matière.

Cet exercice fut l’occasion de croiser les regards, mutualiser les expériences mais surtout, pour être cohérent avec ces principes de promotion de la santé, il se devait de les appliquer dans le processus de construction de l’outil aussi bien que dans les propositions de fonctionnement qu’il allait offrir.

Vers l’intersectorialité

En amont, lors de la création de l’outil, les partenariats se sont concrétisés entre asbl issues de secteurs différents: la promotion de la santé, l’éducation à l’environnement et au développement durable, l’écologie politique et la citoyenneté, l’action interculturelle, l’alimentation…

Chaque asbl ayant sa propre expérience de travail avec le milieu scolaire, nous avons pu ébaucher un état des lieux de la situation et mettre en avant les problèmes majeurs en matière d’alimentation à l’école: l’aspect financer souvent utilisé comme unique argument pour faire des choix (traiteur, produits mis en vente dans les distributeurs et les petits magasins etc.); la multiplicité de projets parfois sans lien les uns avec les autres et le peu de changements structurels; le manque de corrélation entre les injonctions apprises en classe (pyramide alimentaire par exemple) et la réalité des menus, des repas, des boîtes à tartines, des collations; un grand nombre de projets avortés faute de moyens et de soutien; le focus didactique sur l’équilibre alimentaire et non sur les autres dimensions de l’alimentation…

Ce croisement de regards a donné une vision systémique et complexe de ce qui constitue l’alimentation. En effet, manger et faire à manger n’est pas un acte neutre. Pour s’attaquer à cette problématique, il fallait ouvrir le champ de réflexion, ne pas réduire l’alimentation à l’un ou l’autre de ses aspects mais au contraire, exploiter le thème sous toutes ses coutures, faire émerger les enjeux, analyser les pratiques, qu’elles soient environnementales, économiques, sanitaires, éducatives, écologiques, culturelles dans leurs dimensions individuelles et collectives.

Au vu des différents constats et de l’analyse des situations insatisfaisantes, il est évident que les améliorations ne peuvent pas être réglées par des solutions clés sur porte mais doivent être accompagnées d’une manière originale, particulière pour chaque école. L’objectif s’est donc centré sur la construction d’un outil s’adressant aux adultes éducateurs qui puisse accompagner les désirs de mieux être et mieux faire en matière d’alimentation à l’école… sans pour autant trop diriger, ni fournir de solutions préfabriquées, tout en suscitant des prises de décision collective pour faire participer chacun des acteurs concernés. Fameux programme !

Vers le collectif

Si l’intersectorialité et la transdisciplinarité se retrouvent dans l’analyse complexe de la situation, elles se retrouvent aussi par la diversité des acteurs mis en présence autour de la table tant pour l’étape de construction de l’outil (les associations) que dans la démarche de concertation qu’il propose. Et là encore deuxième mise en abîme, l’outil devait répondre au deuxième principe: favoriser la participation et soutenir un processus de prise de décision collective pour faire de chacun, quel que soit son rôle en lien avec l’alimentation à l’école, un facteur de réduction des inégalités.
La construction de l’outil a constitué une application de ce principe: dans un premier temps, nous avons donné à chacun l’occasion d’expliquer les constats qu’il avait été amené à faire, les lacunes, les manques qu’il avait pu observer dans le milieu scolaire en matière d’alimentation.

Assurant la coordination, Cordes a déployé une énergie certaine pour valoriser l’apport de ses partenaires. Au cours des trois années de collaboration, l’asbl n’a pas sollicité tout le monde de manière identique et égale mais plutôt de manière complémentaire… Un défi de taille que de donner une place à chacun, en fonction de ses envies, de ses attentes et de ses compétences…

Un défi d’autant plus important à relever que c’est une valeur que nous voulions transmettre par et dans l’outil. L’intérêt de soutenir la parole de tous est fondamental. En effet, nous posons un regard qui nous est propre sur le monde. Permettre à chacun de s’exprimer, c’est permettre de construire ensemble une réalité commune, forte des points de vue qui s’enrichissent mutuellement. Cela mène à construire ensemble une vision du monde qui soit au plus près de la réalité: complexe et nuancée.

De même, en aval, au niveau de la démarche proposée dans l’outil ‘Se mettre à table’, on retrouve le même souci de donner aux personnes concernées l’occasion de prendre leur place autour de la table, d’assurer par des moyens simples que tous aient la possibilité de s’exprimer avec leurs visions de la réalité et leurs souhaits en rapport avec l’alimentation à l’école.

‘Se mettre à table’ en 8 étapes

1. Chacun prend place autour de la table, se présente et découvre les autres convives. Les membres du groupe partagent leurs préoccupations et les informations en lien avec la question de l’alimentation à l’école.
2. Le groupe identifie une situation insatisfaisante à travailler en priorité.
3. On cerne le problème, on creuse la situation, on tente d’en extraire les éléments clés, on élargit la problématique…
4. Le groupe définit ensemble la finalité, le changement visé, les intentions du projet.
5. Les participants imaginent, en sous-groupes, des activités et des actions possibles pour mettre en œuvre ces changements.
6. Le groupe examine, en regard de la finalité, la pertinence de chaque proposition.
7. Le groupe élabore un ‘menu’ en planifiant les actions dans le temps et communique ce programme à l’ensemble de l’école.
8. Le groupe se cherche des alliés, des forces vives pour mettre en œuvre le programme d’action… et se lance!
Pour chaque étape, l’outil propose un matériel et une procédure spécifique pour organiser les débats et faciliter la communication au sein du groupe engagé et vers la communauté éducative.

En invitant autour de la table les enseignants, les parents, la direction, le pouvoir organisateur, le cuisinier, les encadrantes, les PMS-PSE, le personnel éducatif, administratif, technique et des représentants des élèves et autres invités par le groupe qui se met à table, l’outil cherche à valoriser chacun dans son rôle à partir de la place qu’il occupe dans l’école et de son lien avec l’alimentation des élèves au sens large; il soutient et légitime l’expression de ceux qui généralement ne sont pas sollicités et leur donne une place importante dans le processus de décision collective. Dans ce sens, la démarche proposée dans l’outil participe à la réduction des inégalités car celles-ci se font ressentir déjà au niveau de la parole et de l’écoute.

En effet, les questions présentes à toutes les étapes du processus de concertation proposé par l’outil garantissent l’expression de points de vue différents, la prise en compte des nombreux aspects qui peuvent régir et influencer une situation.

Les questions adressées aux acteurs ont été pensées pour valoriser les participants: elles sont simples, accessibles et incitatives… Ce sont majoritairement des questions ouvertes pour démarrer les échanges et mieux connaître le rôle de chacun en lien avec l’alimentation et la situation que le groupe choisira de traiter en priorité pour arriver à une décision collective susceptible d’améliorer l’alimentation.

Dès le début, les différents acteurs présents autour de la table sont donc invités à s’exprimer… et cela jusqu’à la fin du processus de concertation proposé dans l’outil. Chaque étape, chaque moment est une invitation à échanger, à dire et à reformuler. Si cet outil s’adresse principalement aux adultes, c’est par l’intermédiaire des enseignants et des pistes pédagogiques proposées que les élèves sont impliqués dans le processus. De même les propositions d’activités simples visent à amplifier la dynamique et faire participer davantage l’ensemble de l’école. Ces différents éléments contribuent selon nous à réduire les inégalités (de parole, d’information et de participation) en matière de santé à l’école qui peuvent avoir des retombées sur l’agir en société et au quotidien.

Construire un outil qui se base sur un processus participatif, de prise de décision collective et qui se fonde sur une approche systémique de l’alimentation tout en expérimentant ces caractéristiques méthodologiques tout au long de sa construction, voilà un des défis de la promotion de la santé que nous avons relevé avec nos partenaires.

Reste à voir dans quelle mesure il sera expérimenté par les acteurs de l’école qui se mettront autour de la table pour améliorer l’alimentation des élèves. Et bien entendu, cela nécessite un ingrédient incontournable, le temps. Temps de se rencontrer, d’échanger, temps pour décortiquer, temps pour ‘com-prendre’ les insatisfactions et les désirs de mieux faire. Puis temps pour imaginer ce qui sera réalisable. Afin d’accompagner ces différents temps, ‘Se mettre à table’ propose une progression balisée en 8 étapes (voir encadré). Chacune à sa manière constitue un pas dans la prise de décision collective.

Si l’outil in fine valorise chacun dans son rôle, en amont, nous avons effectivement dû passer par là. Ce que l’outil promeut se devait d’être appliqué aussi lors de son élaboration… pour un minimum de cohérence et d’honnêteté.

Pour plus de renseignements sur les ateliers d’expérimentation que nous organisons en collaboration avec les CLPS : Coordination Éducation & Santé CORDES asbl , Avenue Maréchal Joffre 75 1190 Bruxelles. Tél.: 02 538 23 73. Courriel: cordes@cordes-asbl.be. Site: https://www.cordesasbl.be

(1) Lire à ce sujet ‘La santé à l’école au travers des pratiques éducatives’, V. Vandermeersch, Éducation Santé n°261, novembre 2010, https://www.educationsante.be/es/article.php?id=1311
(2) Le CBAI, Cordes, COREN , Cultures et Santé, le Début des Haricots, Empreintes, Good Planet, Rencontre des Continents, le Réseau Idée.

Les discriminations des personnes séropositives sont toujours une réalité !

Le 30 Déc 20

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Malgré les évolutions thérapeutiques et les discours sur la «banalisation du sida», la première enquête quantitative sur les conditions de vie des personnes vivant avec le VIH/sida en Belgique francophone montre que les discriminations et la stigmatisation perdurent. Sous quelles formes et dans quels secteurs sont-elles les plus fréquentes? Comment estimer leur impact sur la qualité de vie des personnes séropositives ?

Présentation de l’enquête

L’idée de cette enquête vient d’un groupe de personnes séropositives, le GRECOS (Groupe de Réflexion et de Communication sur la Séropositivité) animé par la Plate-forme Prévention Sida, qui a constaté le manque criant de données quantitatives concernant leurs conditions de vie en Belgique. C’est pourquoi une enquête participative a été mise en place entre 2009 et 2012, sous la coordination de la Plate-forme Prévention Sida et de l’Observatoire du sida et des sexualités avec l’appui du Centre d’études sociologiques de l’Université Saint-Louis. Les premiers résultats ont été publiés fin 2012 et peuvent être consultés en ligne (1).

Réunissant 18 partenaires (centres de référence sida, hôpitaux et associations de prévention)(2), l’enquête a été proposée aux personnes séropositives majeures se faisant soigner et/ou résidant à Bruxelles ou en Wallonie. Un questionnaire était rempli de manière anonyme avec un enquêteur et s’articulait autour de quatre thèmes: la santé et le milieu médical, la vie sociale et professionnelle, la vie affective et sexuelle et les données générales (situation familiale, économique et administrative). Au final, 343 questionnaires ont été complétés.

Caractéristiques des répondants

L’échantillon est majoritairement constitué d’hommes (près de 52%), de personnes de plus de 40 ans (l’âge moyen est de 44 ans), ayant la nationalité belge (près de 54%) et se déclarant hétérosexuelles (66%). Signalons toutefois que plus de 47% des répondants citent également une nationalité africaine (3) et que plus d’un quart s’affirment homosexuels et 6% bisexuels.

Moins de la moitié d’entre eux (45%) exerce une activité professionnelle et près de 30% déclare des difficultés à assumer les soins de santé qui ne sont pas intégralement remboursés (4). De façon générale, les données font état d’une population certes hétérogène au niveau socio-économique, mais globalement précaire.

Discriminations dans le milieu médical

Premier lieu de maintien des discriminations : le milieu médical. Si cela peut paraître à première vue surprenant, il faut bien prendre en compte le fait que c’est un lieu où le statut sérologique d’une personne est généralement connu. Il faut également contrebalancer les résultats avec le soutien que les répondants disent obtenir de leur médecin principal, dont ils sont très satisfaits en grande majorité.

En fait, plus de 13% des personnes interrogées ont déjà connu un refus de soin en Belgique du fait de leur séropositivité. Les professions ou lieux les plus cités sont les dentistes, les accueils des hôpitaux et particulièrement les urgences, les infirmiers, les gynécologues et les ORL. En outre, 15% des répondants ont entendu des propos désobligeants de la part du personnel médical, plus de 21% ont déjà ressenti de la gêne et presque 13% ont appris que leur statut sérologique avait été révélé à leur insu à des tiers. Enfin, plus de 12% ont déjà subi un dépistage VIH obligatoire (sans en être informés et/ou sans leur accord préalable) en Belgique. Cette pratique concerne près de 23% des personnes sans ou peu diplômées.

Si ces résultats montrent que seule une petite minorité déclare avoir été discriminée ou avoir vu ses droits bafoués, il n’empêche que ces pratiques demeurent contraires à la déontologie médicale, voire sont illégales au regard de la loi anti-discrimination, de la loi sur les droits des patients ou de la loi interdisant le dépistage du VIH dans le cadre des relations de travail (5).

Discriminations dans la vie sociale et professionnelle

Dans le milieu professionnel, 6,5% des répondants ont connu des difficultés dans leur formation ou carrière professionnelle à cause de la révélation de leur séropositivité, sachant que plus de 58% ne l’ont pas révélée sur leur lieu de travail. Par ailleurs, près de 28% d’entre eux ont dû modifier, interrompre ou arrêter leur carrière à cause de leur état de santé.

Les chiffres sont encore plus alarmants concernant l’accès aux biens et services et, particulièrement, les assurances. 15,7% se sont vu refuser ou compliquer l’accès à des biens et services à cause de leur séropositivité, la majorité d’entre eux pour obtenir une assurance et le reste pour obtenir un prêt bancaire. En comptabilisant uniquement les répondants ayant révélé leur séropositivité en faisant leur demande, plus de 72% ont connu un accès refusé ou compliqué à ces assurances et prêts et seuls 27% ont pu y accéder sans encombre. La question délicate de l’accès aux contrats privés d’assurance maladie a fait l’objet d’une mobilisation du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme et a donné lieu à des lois provisoires protégeant l’ensemble des personnes atteintes de maladie chronique, lois faisant aujourd’hui l’objet de négociations.

L’un des problèmes majeurs auquel se confronte la lutte contre les discriminations (quel que soit le motif invoqué) est le manque de connaissance de la loi. L’enquête le confirme amplement puisque plus de 85% des répondants ne connaissent pas de loi pouvant les protéger. En outre, parmi ceux ayant été discriminés dans leur vie sociale ou professionnelle du fait de leur séropositivité, 85,7% n’ont rien fait et seuls 14% se sont renseignés sur leurs droits et/ou ont contacté le Centre pour l’égalité des chances.

Impact sur la vie privée et l’estime de soi

Même les personnes n’ayant pas été discriminées ont intériorisé le risque de pouvoir l’être et anticipent donc ce traitement différentiel en se mettant elles-mêmes à l’écart. Ainsi, presque la moitié des répondants a déjà renoncé à quelque chose par peur d’être discriminée du fait de sa séropositivité. Parmi eux, un tiers a renoncé à une relation affective et/ou sexuelle, presque 15% à souscrire à une assurance ou à un prêt et presque 14% à postuler un emploi ou une formation.

Concernant les relations affectives et sexuelles, un quart des répondants dit avoir connu une rupture de relation avec un partenaire à cause de la séropositivité. De plus, presque 30% ont connu une situation où leur statut sérologique a été révélé sans leur accord dans leur milieu social, familial et professionnel en Belgique. Ce taux monte à plus de 67% chez les personnes déclarant d’importantes difficultés financières! Certains préfèrent alors renoncer définitivement à leur vie sexuelle à cause de leur diagnostic : cette situation concerne 18% des répondants et plus d’un quart des femmes…

Enfin, le stigmate ressenti est encore fort puisque presque la moitié des personnes interrogées s’est déjà sentie honteuse d’avoir le VIH et un tiers dit se sentir coupable. Il faut toutefois souligner qu’une partie (certes minoritaire) des répondants échappe à ce poids du stigmate, déclare un excellent moral et réussit à assumer son statut dans son entourage.

Et donc ? Faire respecter les droits !

En conclusion, bien qu’une majorité de répondants dit ne pas avoir été discriminée, les différences de traitement et la stigmatisation perdurent. D’une part, les discriminations semblent prendre des formes indirectes, voilées ou euphémisées : on constate davantage de gêne ressentie que des refus de soins dans le milieu médical, plus de blocages de carrière que de licenciements dans le milieu du travail, plus de propos désobligeants ou maladroits que d’exclusions dans la vie sociale. D’autre part, plusieurs répondants anticipent ces discriminations et cette stigmatisation et mettent en place des stratégies de révélation de leur statut uniquement aux personnes estimées de confiance et/ou des stratégies d’auto-exclusion.

Par ailleurs, l’enquête rend compte d’une très forte corrélation entre la situation socio-économique (diplôme, niveau de revenu, difficultés financières) et son impact sur la vie avec le VIH. Les répondants en situation précaire sont davantage que les autres exposés aux discriminations, déclarent plus un mauvais moral ou encore le sentiment de honte d’être séropositif.

Ainsi, bien que l’histoire de la lutte contre le sida ait mis en avant l’orientation sexuelle et la nationalité des personnes touchées, il ne faudrait surtout pas oublier ou sous-estimer la dimension socio-économique. En ce sens, le VIH ne fait qu’accentuer les inégalités sociales de santé.

Nous conclurons donc en rappelant l’importance du soutien médical et social et de la lutte contre la ‘sérophobie’ et les discriminations pour véritablement arriver à une normalisation de l’infection à VIH. La politique de santé doit ainsi plus que jamais s’ancrer dans une politique respectueuse des droits humains et dans une politique d’égalité face à la santé, à l’emploi et aux droits sociaux.

(1) https://centres.fusl.ac.be/OBSERVATOIRE/document/Nouveau_site/documents/pub/2012-enquete-conditionsdevie.pdf
(2) 4 Centres de référence sida (CHU Saint Pierre, CHU Liège, CHU Érasme, CHU Charleroi), 6 hôpitaux (CHIR Edith Cavell, CHR de Namur, CHU Ambroise Paré de Mons, CH Peltzer – La Tourelle de Verviers, CH Iris Sud – site d’Ixelles, Grands Hôpitaux de Charleroi), 8 associations (Coordination Provinciale Sida Assuétudes de Namur, Service Éducation pour la Santé de Huy-Waremme et Service des Soins de Santé Prisons du SPF-Justice, Topaz, Lhiving, Siréas/Sid’Aids-Migrants, Ex æquo, Nyampinga, Warning-Bruxelles).
(3) Plusieurs nationalités pouvaient être citées.
(4) Seul le traitement antirétroviral est remboursé à 100%. Il arrive cependant que d’autres soins ou médicaments soient nécessaires, notamment pour pallier les effets secondaires des traitements.
(5) Respectivement les lois du 10 mai 2007, du 22 août 2002 et du 28 janvier 2003.

La participation des élèves comme levier du bien-être ?

Le 30 Déc 20

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En tant que Service de Jeunesse spécialisé dans l’éducation relative à l’environnement, Empreintes reconnait les Jeunes comme des experts de leur cadre de vie. Pour qu’ils deviennent des citoyens responsables, actifs, critiques et solidaires, Empreintes souhaite renforcer leurs capacités à prendre par eux-mêmes les meilleures décisions pour eux-mêmes et leur environnement.

Dans le cadre du dispositif-pilote Cellules bien-être, Empreintes a donc proposé aux acteurs scolaires qu’elle accompagnait de s’interroger sur la participation des élèves aux réflexions et aux actions stimulant le bien-être au sein de l’établissement scolaire.

Les réussites des écoles dans leur projet ont été engrangées en surmontant quelques obstacles que nous voudrions ici mettre en exergue. Une première difficulté rencontrée par les acteurs scolaires est qu’à l’entame du projet, les ‘structures participatives’ et les ‘Conseils d’élèves’ prescrits par le décret ‘renforcement de l’éducation à la citoyenneté’ (2007) ne préexistaient que rarement dans les écoles et étaient donc encore à inventer. Il s’est ensuite avéré que la mise en place effective et le développement de ces Conseils nécessitaient de dépasser des freins de différentes natures: des freins organisationnels par exemple, quand des Conseils d’élèves se tiennent durant la pause de midi, ce qui occasionne un manque de temps pour mener la séance jusqu’à son terme et la nécessité que les enseignants prennent sur leur temps de pause; des freins cognitifs aussi, car les enseignants se sentent parfois peu compétents pour gérer ces Conseils et faire face aux situations délicates qui se présentent immanquablement; des freins culturels et identitaires enfin, quand certains enseignants donnent peu de suites au Conseil ou s’y opposent, notamment parce qu’ils ressentent cette structure comme une remise en cause de leur autorité.

Convaincus que la participation active des élèves constitue un levier important (voire indispensable) pour améliorer leur bien-être et les éduquer à une citoyenneté critique et responsable, Empreintes s’interroge sur les politiques qui pourraient la favoriser à l’avenir.

Pourquoi ne pas mettre l’accent sur les structures participatives (Conseils d’élèves, etc.) et la pédagogie institutionnelle en formation initiale et continue des enseignants et des directeurs ?

Comment favoriser les partenariats entre les écoles et les organisations qui peuvent les outiller en matière de participation des élèves (par exemple Jeune & Citoyen, Comité des Élèves Francophones, CRECCIDE, etc.) ou de mise en œuvre d’une pédagogie institutionnelle ( Changements pour l’Égalité, Mouvement des Institutions et des Écoles Citoyennes , etc.) ?

Ne faudrait-il pas préciser (par une circulaire ou une modification du décret ‘renforcement de l’éducation à la citoyenneté’) le cadre organisationnel des Conseils d’élèves : octroyer du temps aux acteurs scolaires pour les organiser et les animer, les inscrire dans la grille horaire des élèves ?

Empreintes asbl, Mundo N, rue Nanon 98, 5000 Namur. Tél.: 081 390 660. Fax: 081 390 661. Courriel: info@empreintesasbl.be. Internet: https://www.empreintesasbl.be .

Considérer la personne dans sa globalité, l’éducation dans sa continuité

Le 30 Déc 20

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Les CEMEA (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active – Mouvement d’Éducation Nouvelle) proposent des actions de formation ou d’accompagnement fondées sur l’expérimentation personnelle et l’appropriation active des connaissances pour favoriser l’émancipation. C’est dans cette perspective que nous avons opéré des accompagnements de projets Cellule bien-être.

Au départ, les établissements scolaires avaient des compréhensions et des niveaux d’appropriation du projet de natures très différentes : des attentes plus ou moins précises, des structures s’apparentant relativement aux objectifs possibles d’une Cellule bien-être… Nous avons choisi de travailler au départ de l’existant, des compétences propres à chaque équipe dans sa dimension collective, tout en considérant les forces en présence et en recherchant celles qui manquaient parfois.

Les moyens développés visaient à révéler, dans le souci d’une appropriation collective, l’existant et ainsi à participer à la connaissance et la reconnaissance des acteurs de terrain, de même qu’à mettre en œuvre des démarches participatives.

Dans certains cas, nous avons mis en lien des personnes qui ne se connaissaient parfois que très peu et qui avaient une connaissance parcellaire des missions et fonctions des autres. Dans d’autres cas, nous avons d’abord dû interroger les obstacles dans la mobilisation avant d’aller plus loin.

Nous avons observé et tenté de dégager ce qui compose des lignes de force pour un mieux-être dans les établissements au départ d’une démarche réflexive, alliant pratique professionnelle et prise de recul.
Il a souvent été question de temps pour ‘faire collectif’ et permettre un engagement durable.

Par ailleurs, nous avons constaté que l’École a ses contraintes organisationnelles et institutionnelles conjuguées aux divers décrets qui, par leur caractère ‘désincarné’, fragilisent les enseignants dans leur rôle, les directions dans leur légitimité d’action, de même que les élèves dans leur vécu scolaire.

La ‘forme scolaire’ (répartition par âge, tests normés sur les savoirs pour passer d’une année à l’autre…) nous semble avoir pour effet de rigidifier le rythme que l’enfant se voit contraint d’adopter dans ses apprentissages sous peine de redoublement.

Nous avons aussi souvent constaté que les rôles des protagonistes de l’école sont de plus en plus flous…
Ces quelques éléments questionnent les conditions nécessaires pour que l’école puisse être un lieu de vie et d’expérimentation. Ils plaident aussi pour assurer cohérence et continuité en rassemblant les acteurs et actrices de l’école pour en faire une équipe…

La question du bien-être dans les écoles serait finalement plutôt la conséquence d’un fonctionnement serein (donc ses effets) plutôt qu’un objectif; l’école est tiraillée entre reproduction sociale et volonté d’émancipation. Le bien-être doit en résulter. Ni être une condition, ni un objectif. Mais plutôt une réalité.

CEMEA, avenue de la porte de Hal 39/3, 1060 Bruxelles. Tél.: 02 543 05 90. Fax: 02 543 05 99. Courriel: education-permanente@cemea.be. Internet: https://www.cemea.be.

L’accompagnement du dispositif pilote Cellule bien-être : un pas vers plus d’intersectorialité

Le 30 Déc 20

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Un dispositif innovant et ouvert

Depuis les années nonante, de nombreuses initiatives de promotion de la santé à l’école se sont développées en Communauté française de Belgique. Nombre d’entre elles tentent d’intégrer des actions sur les contenus d’enseignement, sur les apprentissages informels produits par la fréquentation de l’école pendant et en dehors des cours, sur les modes de vie induits par l’environnement matériel et organisationnel, sur le climat scolaire.

Ces initiatives étaient généralement portées par des instances situées hors du champ de l’enseignement, notamment dans le cadre de projets financés par le secteur de la santé. En mars 2011 par contre, un dispositif pilote appelé Cellule bien-être (CBE) est promu simultanément par les ministères de l’Enseignement, de la Santé, de la Jeunesse et de l’Aide à la jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le dispositif pilote s’étalait sur deux années scolaires (2011-2012 et 2012-2013) et concerne 80 établissements volontaires de tous niveaux, tous réseaux d’enseignement et tous types (maternel et primaire, secondaire général et qualifiant, ordinaire et spécialisé). La liberté est laissée à chaque école de développer son projet en fonction de ses propres priorités et de son contexte, de ses ressources et contraintes. Les 80 écoles participantes sont réparties en deux groupes : 56 écoles A ont bénéficié d’un accompagnement méthodologique du dispositif sur deux ans, 24 écoles B n’ont pas souhaité bénéficier d’un accompagnement organisé par le dispositif, mais ont été invitées à participer aux rencontres collectives entre établissements et sont parties prenantes de l’évaluation.

Si ce dispositif s’inscrit dans la continuité philosophique et théorique des approches intégrées couramment employées en promotion de la santé à l’école, l’association des trois cabinets ministériels dans la mise en place du dispositif et l’organisation multi-niveau de celui-ci sont inédites. Est innovante aussi la volonté de laisser ce dispositif très ouvert afin de faire émerger, sans idée préconçue, des points de repères et des procédures dont les acteurs institutionnels pourront s’inspirer pour favoriser une dissémination progressive des Cellules bien-être.

Une évaluation pour faire émerger des repères pour le futur

Dans le numéro 283 d’Éducation Santé, Noémie Hubin et Gaëtan Absil (SCPS APES-ULg) ont présenté la démarche et les méthodes d’évaluation utilisées pour faire surgir et construire ces points de repères collectivement, de façon inductive et itérative. Un premier rapport d’évaluation intermédiaire ‘EvalCBE.1′ (1) est consacré à la présentation et aux premières analyses de la mise en œuvre du dispositif au niveau local. Il donne une image des initiatives développées par les établissements scolaires au cours de la première année et une première analyse des processus à l’œuvre au niveau local.

Il propose une série d’hypothèses à approfondir au cours de la deuxième année, dans les lieux de réflexions collectifs prévus par le dispositif. On relève ainsi des questionnements dans les domaines suivants :

– comment institutionnaliser une telle cellule au sein des établissements, quels sont les modes d’organisation adoptés, les acteurs impliqués, les liens noués avec d’autres structures de concertation au sein de l’école ou en dehors de celle-ci, les éléments qui facilitent ou limitent la mise en place et la continuité d’une cellule? Dans quelle mesure la préoccupation pour le bien-être prend-elle place dans une vision partagée et élargie des missions éducatives de l’école ?

– quelles stratégies sont développées pour faciliter l’intégration et la cohérence des initiatives autour du bien-être de la communauté scolaire (élèves et adultes) ? En effet, la culture d’établissement est à la fois le fondement et la conséquence de cette recherche de cohérence, les thématiques diverses liées au bien-être se complètent et s’enchevêtrent, elles nécessitent d’utiliser des ressources externes très diversifiées, elles mobilisent des approches collectives et individuelles.

– comment s’organisent et s’échelonnent les collaborations sur lesquelles s’appuyer pour développer une cellule bien-être ou des projets autour du bien-être ? Comment s’appuyer sur des ressources externes tout en laissant la main aux établissements scolaires ? Comment distinguer et faire exister dans la cohérence divers types de collaborations externes: le CPMS et le SPSE, des services qui accompagnent sur le long cours pour soutenir l’institutionnalisation d’une CBE; des organismes qui soutiennent un projet thématique depuis sa construction jusqu’à son évaluation; des acteurs qui apportent de façon ponctuelle (mais parfois récurrente) le soutien de leur expertise auprès des élèves ou des adultes de l’école; des acteurs ou services de la communauté locale, etc.

Un dispositif multi niveaux favorisant l’intersectorialité (2)

Concrètement le déploiement du dispositif est soutenu par l’accompagnement méthodologique des écoles, par une mobilisation des partenaires locaux, dont les SPSE et CPMS, ainsi que par des réflexions collectives à l’étage territorial et à l’échelon global.

L’accompagnement individualisé des CBE a été préféré à une formation systématique de leurs membres et vise, entre autres, à aider les CBE à identifier les ressources internes et les services ‘extérieurs’ auxquels faire appel, à construire les solutions pour faire face aux difficultés rencontrées dans la mise au point d’une dynamique autour du bien-être. Cet accompagnement est assuré par une quinzaine de personnes appartenant à six services issus de différents secteurs: l’éducation permanente, la jeunesse, l’aide à la jeunesse, le développement durable et la promotion de la santé : CEMEA, FPS Hainaut, Empreintes, Université de paix, Synergie, et Repères. Chacun des services accompagne 9 ou 10 écoles. Sur les deux années, les CBE se sont réunies 8 fois en moyenne avec leur accompagnateur, sans compter les contacts téléphoniques ou par mail.

L’accompagnement méthodologique est complété par des ‘journées territoriales’ organisées deux fois par an pour favoriser les échanges entre les établissements plus proches géographiquement. (Hainaut 1, Hainaut et Brabant wallon, Namur et Luxembourg, Liège, Bruxelles). Quatre journées ont été organisées dans chacun des cinq territoires: en janvier 2012, mai 2012, novembre 2012 et mars 2013. Chacune de ces quatre séries de journées a rassemblé une centaine de participants issus des Cellules bien-être. Septante pourcent des établissements ont ainsi participé à 3 ou 4 journées, trois établissements seulement n’ont participé à aucune des journées.

À l’échelle plus globale de la Fédération Wallonie-Bruxelles, des rencontres entre les différents services d’accompagnement sont régulièrement organisées: elles ont pour but de préparer les journées territoriales, mais aussi d’organiser la collecte d’informations sur les initiatives mises en place dans les écoles et enfin de construire collectivement des analyses des processus de développement des CBE.

Quatre assemblées stratégiques ont été organisées rassemblant des acteurs institutionnels de différents secteurs d’activité concernés par le bien-être à l’école, notamment échanger sur ce qui, dans le premier rapport d’évaluation, fait écho aux repères et pratiques de leur secteur d’activité.

Enfin, le dispositif est géré par un Comité opérationnel où siègent des représentants des ministères impliqués et des administrations correspondantes ainsi que l’APES-ULg, chargée de l’accompagnement et de l’évaluation du dispositif au niveau global.

Ainsi, aussi bien au niveau de sa mise en œuvre que de son évaluation, le dispositif est pensé comme une organisation favorisant les apprentissages de tous les acteurs impliqués en contact les uns avec les autres. La volonté interministérielle d’ouverture s’est aussi manifestée en associant à tous les niveaux des acteurs de diverses appartenances sectorielles. L’opportunité est ainsi offerte d’un réel travail plurisectoriel, tout en affirmant la place centrale des acteurs scolaires dans la promotion de la santé et du bien-être à l’école. Cette volonté de favoriser la plurisectorialité s’impose au vu de la variété des thématiques et des intervenants associés à la notion de bien-être en milieu scolaire.

Les processus d’appui aux établissements tout comme les autres repères issus de ces deux ans d’expérience seront présentés dans le rapport ‘EvalCBE.2’ qui sera diffusé fin octobre 2013 (3)auprès des acteurs du dispositif à tous les étages, puis commenté et approfondi par ceux-ci lors d’une ‘journée d’envol’ le 4 novembre.

On y abordera notamment les atouts et contraintes du travail plurisectoriel qui constitue un défi d’autant plus difficile à relever que l’on se rapproche du niveau global du dispositif. Bien que complexe, ce travail est précieux car il est source d’une diversification des regards sur les conditions internes et externes de la promotion du bien-être pour les enfants et les jeunes, mais aussi pour leurs éducateurs et enseignants. C’est pour ouvrir cette perspective que nous avons proposé aux services d’accompagnement de partager avec les lecteurs d’Éducation Santé un morceau de leur expérience de collaboration avec les écoles participantes. Quatre services issus d’autres secteurs que la Santé et l’Enseignement ont répondu à cet appel et ont accepté de braquer le projecteur sur une des facettes qui les a particulièrement interpellés dans l’accompagnement des Cellules bien-être. Nous les en remercions.

Contact: Isabelle Polain, chargée de mission ‘Cellule bien-être’, DGEO, rue Adolphe Lavallée 1, 1080 Bruxelles. Courriel: isabelle.polain@cfwb.be.

(1) Disponible à l’adresse suivante ( https://www.enseignement.be/index.php?page=26753&navi;=3375 ). On y trouve aussi la liste des établissements participants, la composition du comité opérationnel et de l’assemblée stratégique, et enfin des récits de leur expérience par les Cellules bien-être .
(2) Si l’intersectorialité est le but à atteindre, supposant des objectifs communs, des cadres de référence co-construits, très souvent les réalisations en sont encore aux prémices, cherchant comment mieux comprendre et faire coexister les cadres de référence des uns et des autres et s’enrichir réciproquement. Nous utiliserons donc aussi, dans ce texte, le terme ‘pluri-sectoriel’.
(3) Cet article a été rédigé le 3 octobre (ndlr)

Construire un espace de confiance à l’école

Le 30 Déc 20

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Synergie est un service d’intervention et de recherche qui soutient la formation continuée des travailleurs du social. La lecture et les questionnements que nous avons du dispositif CBE sont fortement marqués par ce que nous sommes, par ce qui fonde la pratique dans notre institution. Nous en exposons ici quelques points saillants.

Tout d’abord, au niveau institutionnel, Synergie est un des 5 services de formation agréés dans le cadre du décret de 1991 relatif à l’Aide à la Jeunesse. Contrairement au secteur scolaire, la réflexion en équipe fait partie intégrante de la pratique professionnelle des travailleurs de ce secteur et la supervision en est une modalité de formation usuelle.
Ensuite, nous avons une position propre par rapport au savoir et à la question de l’expertise: l’intervenant n’est pas sans ‘savoir’ mais son travail permanent est de pouvoir faire usage de son savoir sans que celui-ci soit, par lui ou les participants, transformé en outil de pouvoir ou d’injonction.

Enfin, notre méthodologie d’intervention permet qu’à chaque fois qu’il y a une supervision ou un accompagnement, ce n’est pas un individu qui est aux prises directement avec une équipe ou une école mais bien un accompagnateur ou un intervenant qui lui-même se réfère à une institution, à un tiers. Ces positions sont soutenues par le travail collectif et le partage entre collègues des expériences et pratiques de terrain diversifiées.

Rencontrer des acteurs différents de ceux que l’on côtoie habituellement mais néanmoins aux prises avec le même public ‘jeune’ a enrichi notre regard sur une réalité de terrain à laquelle nous sommes particulièrement attentifs et cela n’a pas manqué d’accroître notre sensibilité aux préoccupations du secteur scolaire. Le travail dans lequel nous nous sommes engagés pendant deux années nous a ouvert également à une réflexion sur la signification de la notion d’ ‘équipe’ qui ne prend tout son sens que si elle s’accompagne d’une possibilité de mise au travail collective dans un espace de confiance où la réflexivité est possible. Est-ce réellement le cas dans les écoles ? Avec le recul, nous pensons qu’un des enjeux du projet aura été de tenter de construire cet espace.

Enfin, le projet CBE nous a mis en contact régulier avec d’autres services d’accompagnement, ce qui fut pour nous l’occasion d’une confrontation à différentes déclinaisons de cette pratique et a abouti à un questionnement de nos repères habituels. Cette diversité nous a amenés à réfléchir quant à notre spécificité et à l’expliciter tant pour nous-mêmes que pour les autres. Nous avons ainsi été amenés à préciser davantage ce que recouvre pour nous la pratique de l’accompagnement.

Pour conclure, nous avons tenté, pendant ces deux années, de créer les conditions suffisantes afin que chaque école puisse entamer ou poursuivre un travail d’équipe de manière à s’approprier le projet et définir ses propres objectifs, dans une double perspective d’autonomisation et de pérennisation.

Synergie, avenue de Cortenbergh 83, 1000 Bruxelles. Tél.: 02 534 36 16. Fax: 02 534 78 29. Courriel: synergie.asbl@skynet.be. Internet: https://www.synergieasbl.net.