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Du pain sur la planche ! Forum politique des usagers

Le 30 Déc 20

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Le 13 décembre dernier, les Femmes Prévoyantes Socialistes (FPS) organisaient un forum politique des usagers, sur le thème du droit à une alimentation de qualité.

Après un bon petit déjeuner dans le (trop) petit hall de la salle de formation des Mutualités socialistes wallonnes à Namur, la journée a débuté par une introduction de leur Secrétaire générale, Dominique Plasman et Pierre Baldewyns, Responsable du Service de promotion de la santé de l’Union nationale des mutualités socialistes. En ouverture, le groupe FPS de Belgrade a interprété une surprenante chanson, pour une alimentation accessible à tous, sur l’air du bien connu ‘Le travail, c’est la santé’, se terminant par un militant «jusqu’au bout, le poing levé, pour dire stop à la malbouffe» . Dans la même lignée, le groupe de Flémalle nous a proposé une saynète au délicieux accent liégeois sur le gaspillage et la société de consommation : deux personnages futuristes, ne s’alimentant qu’avec des pilules, se retrouvaient propulsés à notre époque où ils observaient, dépités, la manière dont nous gaspillons des aliments pourtant si appétissants… Une originale entrée en matière.

L’Europe dans nos assiettes

Ensuite, Martin Wauthy, Directeur du marketing à l’Union nationale des mutualités socialistes, nous a présenté quelques résultats du Thermomètre Solidaris, un vaste programme d’enquêtes sociales et politiques qui a notamment révélé que 58% des personnes interrogées pensent que la publicité les pousse à mal manger et que 55% des consommateurs estiment que les pouvoirs publics ne font pas ce qu’il faut pour protéger le consommateur des risques alimentaires. Des chiffres pour le moins interpellants !

C’est après deux chansons des Gargantu’crasses (1) que les choses sérieuses ont commencé. Une table ronde intitulée ‘L’Europe dans nos assiettes’ réunissait à la fois experts, militants et politiques. Pendant les exposés, le public a pu profiter des dessins bien à propos de l’excellente Cécile Bertrand, une illustratrice pleine d’imagination.

La première intervenante, Brigitte Duquesne, docteure en médecine vétérinaire (ce qui fit sourire l’assemblée) et auteure de plusieurs ouvrages sur la consommation alimentaire, nous a rappelé que la consommation de calories augmente dans la population belge, et qu’ainsi progresse le surpoids dans notre pays (1 Belge sur 2 serait concerné).

Elle conclut son discours en encourageant les membres de l’assemblée à être acteurs de changement en devenant ‘conso-penseurs’, plutôt que ‘conso-mangeurs’ car «Manger sain et local, c’est poser un choix».

Ensuite, c’est avec humour que Marc Tarabella, député européen, nous a entretenus des progrès déjà effectués en matière d’étiquetage des produits. Au même moment, l’illustratrice nous proposait une caricature de celui-ci, avec l’embonpoint qu’on lui connaît, s’adressant à l’assemblée «Faites ce que je dis, pas ce que je fais» (en matière d’alimentation donc). Bien vu !

Stéphane Desgain (CNCD, Centre national de coopération au développement), a réveillé l’assemblée avec tout l’engagement et le militantisme qui le caractérisent et un brin de provocation. Il a affirmé que le surpoids des Belges évoqué par le Dr Duquesne, n’était pas uniquement le fruit de notre sédentarité mais aussi le résultat des efforts de l’industrie qui se bat bec et ongles pour développer son business, au détriment des consommateurs. Quant au gaspillage, il n’a pas hésité à qualifier les citytrips aux quatre coins du monde de «débiles», arguant ainsi que le gaspillage domestique n’était pas le seul sur lequel il convenait de se pencher.

Enfin, Renaud Baiwir (Responsable de la Cellule Agriculture au Cabinet du Ministre Di Antonio), a clôturé les interventions avec un discours dénonçant le productivisme à outrance ( «l’agriculture est une marchandise comme une autre» ), en prônant le ‘manger local’.

Il est dommage que le timing ait été si serré, le modérateur des débats devant régulièrement couper la parole aux personnes souhaitant s’exprimer dans la salle, créant ainsi bon nombre d’apartés. Au moins, le débat avait le mérite de susciter l’expression.

Alimentation et précarité

Après la table ronde, quelques FPS nous ont lu des extraits de leurs ‘contes alimentaires’, et d’autres nous ont proposé une version (karaoké !) entraînante du ‘Zizi’ de Pierre Perret sur le thème de la consommation alimentaire «Tout, tout, tout, vous saurez tout sur ce qu’on mange» . Sympathique conclusion de la matinée, qui s’est terminée par de chaleureux applaudissements.

Le temps de midi a été l’occasion de flâner dans la salle, sur le stand ‘Goûtez-moi ça’ (2) ou entre les panneaux photos présentant des initiatives régionales sur le thème de la journée. Avant de passer au réfectoire, nous avons reçu des graines issues d’un jardin communautaire, jugées ‘illicites’ par la récente directive européenne sur les semences, plaçant celles-ci sous le contrôle direct des titres de propriété de l’industrie, exigeant leur enregistrement. Une belle initiative de protestation citoyenne.

L’après-midi a recommencé avec une chanson des ‘Choukes de Bruxelles’, sur les invendus alimentaires et le gaspillage.

Une seconde table ronde ‘Précarité et alimentation’ était proposée l’après-midi. Faustine Régnier, docteure en sociologie et chercheuse à l’Institut National de la Recherche Agronomique en France, nous a entretenus des modèles alimentaires et de leurs conséquences sociales, et des inégalités liées au poids alimentaire dans le budget des ménages. Ainsi, elle nous a appris que celui-ci représentait 14% du budget global dans les familles dites aisées contre 19% dans les familles plus modestes. C’est pourquoi modifier les comportements alimentaires (consommer davantage de fruits et légumes par exemple) représente pour ces familles un important risque budgétaire.

Elle a aussi évoqué la question de la norme de poids et de la stigmatisation de l’obésité, pourtant de plus en plus présente dans les milieux socio-économiquement défavorisés. Un exposé intéressant et une sélection de chiffres spectaculaire.

Ensuite, Florence Kroff (FoodFirst Information and Action Network Belgium) (3) a évoqué le ‘droit à l’alimentation’, qui n’est pas seulement le droit d’être nourri, mais celui de bénéficier d’une alimentation adéquate. Elle a profité de l’occasion pour demander aux politiques de ne pas aborder l’alimentation seulement sous l’angle du ‘nombre de calories’, mais aussi de prendre en compte les considérations agricoles.

Impliquer grandes surfaces et petits commerces

C’était ensuite à Frédéric Daerden (Bourgmestre d’Herstal) de prendre la parole. Il a été applaudi avant même de parler et s’est vu offrir, par un groupe local, un bracelet de choux de Bruxelles et un chapeau particulier qu’il n’a pas manqué de porter pour poser, au grand bonheur de ces dames. Il a ensuite relaté, avec un accent qui n’était pas sans nous rappeler celui de feu son père, l’expérience intéressante de sa commune dans laquelle les grandes surfaces et les associations locales ont collaboré pour organiser un don d’invendus.

Mireille Latour, Coordinatrice de l’équipe régionale de Présence et action culturelles (PAC) Liège, a présenté en images l’initiative du brunch ‘Invendu mais pas perdu’ grâce auquel des invendus alimentaires non périmés ont pu être redistribués. Cette action avait pour objectifs à la fois de sensibiliser le public à la problématique des invendus et de valoriser les acteurs du secteur de l’aide alimentaire. Ainsi, 500 assiettes ont pu être servies à 400 personnes (parmi lesquelles 70% de bénéficiaires de l’aide alimentaire), grâce à 40 petits commerces et grandes surfaces. Un exposé plutôt enthousiasmant.

Christine Mahy, Secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, a rappelé, lors d’une remarquable intervention, l’importance de revenir à l’Humain se trouvant derrière les problématiques abordées. Elle a expliqué de manière très touchante que ce que chacun met dans son caddie, dans son assiette, et comment il le fait, est fort intime, qui qu’on soit. Elle faisait le constat que plus on descend dans les niveaux de revenus et les classes sociales, plus des esprits ‘bien-pensants’ s’autorisent à aller voir comment ça se passe et à porter des jugements négatifs. Au nom du fait que ces personnes bénéficient de l’aide publique peut-être…

Enfin, Alain Cheniaux, Secrétaire général de la Mutualité socialiste du Brabant wallon, a rappelé à son tour quelques éléments prégnants du Thermomètre Solidaris. Ainsi, d’après l’enquête, la population déplore l’opacité du secteur alimentaire et a perdu confiance dans la grande distribution et les pouvoirs publics. 71% des personnes issues de milieux défavorisés déclarent que les produits qu’ils achètent ne sont peut-être pas fiables ! Face à ce constat, Alain Cheniaux a encouragé les pouvoirs publics à lever ce manque de transparence, tant au niveau de la production que de la distribution, et à favoriser les circuits courts.

La journée s’est terminée par une chanson sur les plats préparés interprétée par un groupe local de femmes dont l’une des voix rappelait furieusement celle d’ Annie Cordy.

Cette journée intéressante a été longue et dense, les intervenants se succédant à un rythme soutenu. Les différentes interventions des groupes locaux ont heureusement quelque peu allégé le programme et nous ont permis de tenir plusieurs heures sans pause, dans cette salle bondée et surchauffée… Ces initiatives qui d’emblée pouvaient paraître dépassées ont véritablement montré l’implication des sections locales dans ce travail autour de l’alimentation et du gaspillage et ont permis une jolie mise en valeur de leurs activités, particulièrement appréciées par les 150 personnes présentes ce jour-là.

Un petit bémol toutefois. Alors qu’on parle de transparence, d’inégalités, d’accessibilité pour les plus défavorisés, n’aurait-il pas convenu d’abord qu’on simplifie le propos ? Car la journée semblait elle-même créer un clivage entre les universitaires, ceux qui détiennent le savoir, et un public très populaire (à l’image des FPS) qui n’a sans doute pas compris tous les enjeux de la journée. Dommage. Heureusement, les animations, chansons, saynètes et autres activités ont sans nul doute été plus instructives pour ces personnes que les longs discours…

Les Femmes Prévoyantes Socialistes (4)

Regroupant 11 régionales et plus de 200 groupes locaux, les Femmes Prévoyantes Socialistes organisent de nombreuses activités d’éducation permanente sur l’ensemble du territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. En tant que mouvement mutualiste, elles militent et portent des revendications politiques pour une société plus égalitaire.

Concrètement:
– information et sensibilisation conférences, études et analyses, campagnes de sensibilisation (stress au travail, dépistage du cancer du sein, tabagisme …);
– mobilisation colloques et évènements, revendications politiques (droit à l’avortement, violences faites aux femmes…);
– actions d’éducation pour la santé, centres de planning familial (coordination et promotion de l’action des centres de planning FPS et des centres IVG situés à Bruxelles et en Wallonie);
– un réseau d’écoles de promotion sociale (enseignement accessible à tous, proposant un éventail de formations qualifiantes dans des domaines variés et débouchant sur des titres certifiés par la Fédération Wallonie-Bruxelles, service aux personnes, langues, gestion, alphabétisation…).

Pour lire les interventions de la journée https://www.femmesprevoyantes.be/activites/colloques/colloques-evenements-passes/Pages/forum-alimentation.aspx

Contact FPS, Place Saint-Jean 1-2, 1000 Bruxelles. Tél. 02 515 04 01 – Fax 02 515 18 81- Courriel fps@mutsoc.be

(1) Groupe local de Philippeville
(2) Voir ‘Goûtez-moi ça!’, l’article de J. d’Ornesson paru dans Éducation Santé n° 285, janvier 2013. https://www.educationsante.be/es/article.php?id=1544
(3) Organisation internationale consacrant son travail au droit à l’alimentation pour tous ( https://www.fian.be )
(4) Extrait du site des FPS https://www.femmesprevoyantes.be

Pourquoi le Plan Alcool est tombé à l’eau

Le 30 Déc 20

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Déjà très allégé dans sa version finale, le Plan Alcool 2014-2018 se proposait de clarifier, entre autres, l’actuelle législation relative à la vente d’alcool aux mineurs et sa publicité, jugée floue et incomplète. L’ensemble est finalement tombé à l’eau, rejeté par les libéraux flamands, sous la pression – sans jeu de mot – aussi du secteur des alcooliers et en particulier du puissant lobby brassicole belge.

C’est peu dire que le rejet du Plan Alcool 2014-2018 visant une politique intégrée de lutte contre l’abus d’alcool dans notre pays – et sur lequel travaillaient depuis des années 22 ministres fédéraux, communautaires et régionaux au sein de la Conférence ministérielle Drogues – a été ressenti comme une gifle.

La ministre fédérale de la Santé publique, Laurette Onkelinx, a aussitôt regretté qu’ «une petite minorité ait préféré suivre les appels enivrants des lobbies de l’alcool plutôt que de prendre ses responsabilités en adoptant ce Plan destiné à diminuer la consommation d’alcool chez les jeunes en particulier». Pointés en sourdine, les ministres libéraux flamands (Open VLD) qui ont refusé de suivre leurs collègues, proposant, comme alternative, d’étudier d’abord la compréhension et l’application du texte sur le terrain, avant d’aller plus loin. La vice-première PS s’est déclarée «choquée» par cette attitude au vu de la surconsommation d’alcool et des décès quotidiens liés à son abus (estimés à 11,8 % du nombre total des décès dans l’Union européenne).

«Le Plan Alcool proposait d’améliorer la prévention, les aides, les investissements dans la recherche et la collecte de données, mais aussi de réaliser plus de contrôles sur l’usage de l’alcool au volant, sur la vente d’alcool et de mener une politique plus proche du terrain» , rappelle-t-elle. Et de juger ces mesures essentielles sachant que l’usage problématique de l’alcool en Belgique est en augmentation de 7% en 2001 à 10% en 2008. Les jeunes de 15 à 24 ans et les garçons en particulier forment un groupe à risque important.

Déjà trois ‘Déclarations conjointes’…

L’échec de ce Plan ambitieux mérite qu’on s’y intéresse d’un peu plus près que s’il était passé comme une simple lettre à la Poste.

Petit retour en arrière dans le temps. Déjà, en mars 2008, le Plan d’Action National Alcool (PANA) avait été une première fois recalé car jugé, à l’époque, «peu concret et pas assez opérationnel». Les chefs de cabinet des sept ministres de la Santé dans notre pays décidèrent alors de travailler sur «des axes stratégiques et politiques précis» . Parallèlement, une Déclaration conjointe sur la politique future en matière d’alcool fut signée quelques jours plus tard mais elle engageait seulement les ministres compétents en matière de santé publique.

Le 25 mars 2010, une nouvelle Déclaration conjointe confirmait la nécessité d’une politique globale et intégrée qui tienne compte à la fois de la demande et de l’offre d’alcool.

Enfin, en 2013, constatant que des efforts politiques spécifiques et supplémentaires étaient nécessaires, «compte tenu de l’impact sur la santé et la société de l’usage nocif de l’alcool» , il était convenu de rédiger un nouveau Plan Alcool pour la période 2014-2018. Celui-ci devait être vu «comme un complément aux initiatives existantes et aux lignes politiques des différentes autorités dans le domaine de l’alcool».

Et ces politiques et actions futures devaient s’inscrire dans l’étroite lignée de celles avancées dans la Stratégie mondiale visant à réduire l’usage nocif de l’alcool (2010) ainsi que du Plan d’action européen 2012-2020 de l’Organisation Mondiale de la Santé. Priorité : diminuer considérablement la morbidité et la mortalité dues à l’usage nocif de l’alcool. Plus précisément, cela implique de diminuer, entre autres, d’ici la fin 2018 de 5% le taux de personnes avec une surconsommation (soit environ 35.000 personnes sur 700.000 individus ayant un usage problématique d’alcool) ou qui s’adonnent au ‘binge drinking’ (1) par rapport à 2013.

Les deux mesures qui ont posé problème

Poursuivant un triple objectif (lire notre encadré), malgré l’absence d’une politique globale concertée en la matière, le Plan Alcool finira par prendre l’eau de toutes parts, allégeant ses ambitions faute d’accord politique. Les travaux ont buté principalement sur deux mesures : la législation en matière de vente d’alcool aux mineurs et l’interdiction de vente d’alcool dans les distributeurs automatiques.

«L’idée de la Cellule Générale de Politique Drogues était de travailler sur la consommation d’alcool qui reste de très loin la principale drogue légale en Belgique» , résume Martin de Duve, directeur de l’asbl Univers santé qui a développé une réelle expertise en promotion de la santé auprès des étudiants et est devenue le centre de référence du projet ‘Jeunes et Alcool’ qu’elle pilote au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Consulté, à l’époque, comme l’ensemble des parties prenantes, il énumère trois explications à propos des nombreuses péripéties qui ont freiné la mise au point du plan et sont à l’origine de son échec. «D’abord, un manque de moyens humains et financiers sur les questions liées à la drogue ou à l’alcool en Belgique. Deuxièmement, une complexité excessive des structures politiques et décisionnelles, avec des tendances politiques différentes. En troisième lieu, un lobby, en particulier brassicole, très puissant qui fait son office en Belgique comme ailleurs. À plus forte raison chez nous, vu l’omniprésence des lobbyistes au niveau européen. N’oublions pas non plus que l’actuel patron de la fédération des brasseurs belges n’est autre que Sven Gatz , ancien député Open-VLD… ».

Reste que ce sont bien les libéraux flamands qui ont bloqué le processus en mettant des conditions qui édulcoraient beaucoup trop ce Plan Alcool au goût de leurs collègues. «Nous aurions été ridicules de faire passer ce Plan sans rien dedans» , considère Fadila Laanan , ministre responsable de la Santé pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui aurait voulu croire que la dimension de santé publique l’aurait emporté sur l’économique. Mais c’est oublier que l’industrie de l’alcool en Belgique est un secteur à fort impact économique. «Certains partis ne sont pas insensibles à cet aspect. Le lobby brassicole ou de l’alcool a gagné, c’est certain» , admet-on également au Service public fédéral Santé publique.

Appel à plus de précision et de clarté

Au fil du temps, ce Plan Alcool s’est donc fortement réduit malgré la volonté au départ de ‘clarifier’ la législation actuelle, y compris en allant jusqu’à interdire la vente d’alcool à tous les mineurs d’âge. «Il est pourtant temps de simplifier et de clarifier parce qu’une législation univoque permet un meilleur travail préventif, et surtout d’être mieux comprise par la population» , relève Martin de Duve.

Aujourd’hui, la vente de boissons alcoolisées est interdite aux jeunes de moins de 16 ans et celle des boissons spiritueuses en-dessous de 18 ans… Alors que ces derniers sont autorisés à boire de la bière ou du vin. Difficile de faire la distinction sur le terrain entre les différentes boissons à base d’alcool, d’autant que les alcopops (2) peuvent être consommés, selon leur contenant, en quantités et volumes d’alcool très variables. «L’industrie a intérêt à maintenir le flou car une loi floue, personne ne la respecte. Les distributeurs automatiques sont aussi une manière de vendre à tout un chacun, sans distinction d’âge» , ajoute le responsable d’Univers santé. Même si ces appareils sont équipés d’un dispositif censé vérifier l’âge des consommateurs, il est facile pour un mineur de se servir de la carte d’identité d’un adulte.

Martin de Duve observe que, dans leur discours officiel, les alcooliers renvoient systématiquement l’image d’un secteur ‘responsable’, soucieux de la santé des jeunes. «Mais, dans leurs pratiques commerciales réelles, c’est exactement l’inverse. Par exemple, peut-on dire de la campagne ‘Trois bacs de bière plus un gratuit’ qu’elle est une pratique commerciale raisonnable? Ce sont aussi des happy-hours, des contrats passés avec les cercles étudiants, offrant une certaine quantité d’alcool de manière gratuite à des soirées arrosées, etc. La liste est malheureusement fort longue».

Réduire l’usage nocif d’alcool, des objectifs louables édulcorés

Ambitieux dans ses objectifs et actions ciblées à mettre en œuvre pour les atteindre, le Plan Alcool 2014-2018 avait pour mission la diminution de l’usage nocif d’alcool en Belgique. Son échec laisse la porte ouverte à l’abus d’alcool et à une consommation problématique dans la population générale et en particulier chez les jeunes.

Poursuivant un triple objectif de santé publique (prévenir les dommages liés à l’alcool; combattre la consommation «inadaptée, excessive, problématique et risquée» ; élaborer une politique orientée vers les groupes cibles et les situations à risques), ce Plan aura capoté sur la question cruciale de la vente d’alcool aux mineurs et son interdiction dans les distributeurs automatiques, certains y voyant une entrave à la ‘liberté individuelle’. En réalité, cette mesure était la dernière d’une série d’autres déjà passées à la trappe, comme l’interdiction de la vente d’alcool dans les Night Shops et sur les autoroutes, les offres promotionnelles temporaires…

Univers santé qui travaille spécifiquement la question de l’alcool chez les jeunes a été consultée sur les mesures à prendre, comme d’autres acteurs de promotion de la santé. Pour Martin de Duve, son directeur, il est capital de mettre l’accent sur la sensibilisation, la prévention et l’éducation.

Une drogue culturellement admise

«Dans une société où l’alcool reste notre drogue culturelle par excellence, il faut éduquer à une consommation responsable, raisonnable, socialement acceptable et acceptée, et cela passe évidemment par l’éducation. Or, depuis longtemps, les efforts sont mis surtout sur la répression. Cette dernière est inefficace si elle n’est pas accompagnée de mesures préventives importantes, alors qu’on sait bien qu’à moyen ou à long terme le plus efficace c’est l’éducation ». Et de préciser, sur base d’une pondération calculée au départ d’une compilation de données entre les budgets de la prévention, ceux de l’industrie publicitaire dans les médias et les politiques répressives, que pour 1 euro investi en prévention, 120 sont consacrés à la répression et 790 à la publicité pour les boissons alcoolisées.
Ce combat inégal montre qu’il est temps de revoir les rapports de force, souligne-t-il.

Par ailleurs, des facteurs structurels ont un impact direct sur les représentations liées à ces comportements, notamment la publicité ciblant les jeunes et les femmes de manière parfois très agressive.

Martin de Duve appelle dès lors à combattre tout ce qui favorise les surconsommations, et donc les consommations problématiques qui modifient la liberté de choix. La publicité en fait évidemment partie. Il appelle à réguler l’ensemble des pratiques commerciales et publicitaires pour l’alcool. «Le débat devrait au moins exister sur l’opportunité d’une telle publicité. C’est le seul psychotrope pour lequel on peut faire de la publicité aujourd’hui: est-ce normal ?» interroge-t-il. Enfin, il serait intéressant aussi de disposer de données systématiques, plus fines et qualitatives, sur les motivations, les représentations, les difficultés sociales, autant de facteurs qui poussent parfois à la surconsommation d’alcool.

Le Plan définitivement enterré ?

Au SPF Santé publique, on se veut malgré tout confiant pour l’avenir. Et d’estimer que la plupart de ces mesures referont surface après les élections du 25 mai prochain. Dans beaucoup de pays où l’on a voulu installer une politique globale et intégrée avec des actions au niveau de l’offre et de la demande, cela a toujours pris un certain temps. «Les esprits doivent changer, la société évoluer. Dans notre pays, c’est la première fois qu’on a eu une discussion à une échelle globale ces derniers mois» , fait observer un haut fonctionnaire.

Interpellée par la députée néerlandophone Nathalie Muylle (CD&V), la ministre Onkelinx a indiqué qu’elle mettra tout en œuvre pour réaliser certaines actions relevant de ses compétences exclusives ou conjointes à ses ministres collègues au niveau santé. L’analyse des dépenses publiques quant à la politique d’alcool, la collecte des données et l’analyse des demandes de traitement se poursuivront. Il importe aussi d’avoir un aperçu de la taille et de la composition de la population de patients ayant un problème d’alcool en traitement chez les médecins généralistes. Des mesures seront encore prises pour sensibiliser et former les professionnels de santé dans le domaine de la consommation d’alcool pendant une courte période avant la grossesse, pendant la grossesse et la période d’allaitement. Par ailleurs, il s’agira de déterminer au mieux les outils nécessaires et les points d’attention à prendre en compte dans le futur.

Interdire toute forme de publicité pour l’alcool

Le point de vue d’un médecin alcoologue

Psychiatre à la Clinique Saint-Pierre d’Ottignies bientôt retraité mais qui poursuit une activité d’alcoologue en cabinet privé, le Dr Raymond Gueibe voit aussi au travers de l’échec du Plan Alcool qu’il considère «peu audacieux» le puissant lobby des alcooliers.

«Ce plan n’est pas un véritable Plan Alcool. Tant que des mesures drastiques et claires ne seront pas prises au niveau politique, rappelant que l’alcool est effectivement une drogue qui tue nos jeunes, et qu’on ne peut pas faire de publicité pour une drogue, ce ne seront toujours que des mesurettes», tranche-t-il.

Pas question, cependant, d’interdire l’alcool. Toute culture, explique ce médecin, a besoin d’une drogue. Dans le cas de l’alcool, 90 % des Belges en consomment de façon raisonnable. «Mais il est difficile de concevoir que, pour l’alcool et ces drogues qui tuent nos jeunes, on accepte encore d’en faire la publicité ! Si le cannabis était autorisé, en accepterions-nous la publicité ? En France, les alcooliers sont très embêtés par la loi Évin qui réglemente fortement la publicité (3). Mais on continue à prendre son verre de vin et ce n’est pas un souci. Par contre, interdire la publicité pour l’alcool serait une bonne mesure d’éducation pour la santé».

Pouvoir dire à un enfant : «Oui, tu pourras consommer mais à 12 ans, tu es trop jeune, tu attendras encore un peu avant de goûter à l’alcool», lui paraît du simple bon sens. Ce serait d’autant plus facile à faire que l’enfant n’est pas sollicité par les publicités, ajoute ce psychiatre.

Le calice d’amertume

Témoignage d’un résident au Centre d’accueil et de traitement du Solbosch (CATS), lu par le directeur thérapeutique du CATS à l’occasion de l’inauguration des locaux de cette communauté thérapeutique bruxelloise le 17 décembre dernier.

«Je suis un homme inquiet. Un extraterrestre qui en tous lieux cherche sa place. Sans demeure, nomade par force et non par choix, je parcours le monde en quête de la terre promise.

Sur mon chemin, j’ai rencontré l’alcool. Pas celui des poètes, pas celui des fêtes et des festins. Mon alcool est d’abord un remède qui desserre les mâchoires de l’angoisse : elle s’apaise si bien, si vite après quelques verres.

C’est alors un poids qui me tombe des épaules, une croix qui bascule à terre. Quelques verres et me revoilà léger, à une place enfin, à demeure dans le monde. Oh ! Le soulagement, oh ! la délivrance. Rien au monde ne rassérène comme les premiers verres de vin. Et que celui qui me condamne prenne mon mal sur soi avant de me juger !

Après, c’est la douce euphorie, les idées tendres et le temps des amis, des amours. C’est le printemps. L’ivresse légère est une danse. Dans cette ronde, je croise des visages familiers qui m’aiment et que j’aime. La parole se délie: venez toutes et tous, c’est maintenant qu’on peut goûter aux fruits du monde.

Mais hélas bientôt, imperceptiblement mais sûrement, la gravité reprend peu à peu ses droits. Les verres qui suivent la danse sont ceux de la pesanteur. Elle est déjà loin la fantaisie, il est loin déjà le survol des cimes. La terre m’appelle, me rappelle. Je suis lourd comme je bois, lent comme je bois, vite rendu triste autant que je bois.

Dès lors, il n’y a plus de choix possible : il faut s’assommer ! Boire jusqu’à la lie le calice d’amertume. Je suis fait comme un rat saoul, bientôt crevé.

Le néant me convoque alors. Je veux oublier ma vie, mes remords et mes espoirs déçus. Éteindre la lumière de ma conscience. Vite ! Souffler la bougie dans l’espoir que demain ne vienne pas.

Mais l’aube vient à coup sûr et, avec elle, l’addition que le diable me demande de payer comptant. Et l’angoisse, cette sévère maîtresse, m’enserre dans des liens plus serrés que jamais.

L’appel du poison n’est jamais plus fort qu’à ce moment-là : reboire, mais oui, reboire ! Reboire trop et tout de suite pour calmer le furieux animal.

… Et c’est ainsi que se boucle la boucle de la ceinture d’airain que porte votre serviteur, seul au monde.»

(1) Phénomène d’hyper-alcoolisation qui consiste à ingurgiter une quantité énorme d’alcool très rapidement, souvent lors de soirées estudiantines ou de concours visant à établir celui qui sombrera le premier dans l’ivresse.
(2) Une boisson alcoolisée est produite par fermentation (bière, cidre, vin). Une boisson spiritueuse est obtenue par distillation, suivie éventuellement d’une macération ou infusion, et contient minimum 15 % de volume d’alcool. Un alcopops est un soft drink, gazéifié ou non, dans lequel on a ajouté de l’alcool.
(3) La loi Évin du 10 janvier 1991 relative à la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme en France ne prohibe pas la publicité en faveur des boissons alcooliques mais l’encadre strictement quant à son contenu et à son support, afin de protéger les jeunes des opérations de marketing. Les messages et images ne doivent porter que sur les qualités des produits tels que le degré d’alcool, l’origine, la composition, les moyens de production, les modes de consommation.

Et si la promotion de la santé était un art du paradoxe !

Le 30 Déc 20

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Le 25 mars, j’étais venue animer une table ronde et dire au revoir à un vieux complice en promotion de la santé… J’ai vu un paysage se remodeler.

À l’heure où les acteurs de promotion de la santé entendent ou produisent eux-mêmes des discours parfois moroses; à l’heure où l’on craint des retours en arrière stériles vers le «tout au curatif», «tout à l’information» ou des fuites en avant vers le «tout à la technologie»; à l’heure où fleurissent les manifestes pour la défense de la promotion de la santé aux niveaux régional, national ou international (1); à l’heure où s’effondrent les facteurs d’impact de revues spécialisées en promotion de la santé, la table ronde organisée à l’Observatoire de la Santé du Hainaut en l’honneur du départ à la retraite de son directeur, le Dr Luc Berghmans , permet de tracer un bilan et des perspectives constructives.

Le thème en était ‘Comment intervenir pour réduire les inégalités sociales et territoriales de santé ?’ Sous mon regard attentif, au fil des interventions, s’est retissée la complexité d’un champ qui mérite notre engagement éclairé.

Un intervenant nous invite à adopter une vision décomplexée des difficultés de la promotion de la santé à se faire reconnaître. Quarante ans de promotion de la santé, c’est finalement peu : il est normal de n’avoir pas vaincu toutes les difficultés et de connaître une progression en dents de scie du secteur et de ses pratiques.

À l’analyse, ces nonante minutes d’échanges constituent un incubateur d’idées et de perspectives en ce sens.

L’impression globale est celle d’une complexification (et non complication) progressive de notre vision des stratégies d’intervention promues par la Charte d’Ottawa au niveau mondial et par le décret du 14 juillet 1997 portant organisation de la promotion de la santé en Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette complexification est sans nul doute un signe de maturité pour un secteur qui entre dans une nouvelle ère. On a même entendu «Finalement qui sommes-nous pour penser que la santé est l’aune à laquelle doivent être mesurées les actions et politiques des autres secteurs ?»

Au fil du débat, les discours, tous légitimes, font émerger les paradoxes et voler en éclat certaines évidences: «la promotion de la santé et le soin, ce n’est pas vraiment compatible» «les inégalités sociales sont ‘de santé’», «le professionnalisme chasse le militantisme» «le plaidoyer pour la promotion de la santé est nécessaire et légitime», «il faut montrer l’efficacité de la promotion de la santé pour en renforcer la visibilité».

Et si au bout du compte, la maturité de la promotion de la santé, c’était de rencontrer la complexité que reflètent ces paradoxes irrémédiables; si c’était de travailler à construire des politiques et des pratiques au cœur même de ces paradoxes, en les considérant comme des opportunités ?

À la rencontre de la complexité

Tentons d’en énoncer quelques-uns.

• En matière de réduction des inégalités sociales de santé, l’absolue nécessité d’agir par anticipation (prévention primaire voire primordiale, promotion, inflexion des déterminants sociaux…) doit se conjuguer d’un côté à l’urgence d’assurer des soins de base qui évitent une dégradation plus forte encore de l’état de santé, et de l’autre à une vigilance pour faciliter l’accès tout au long du parcours de soins (soins de premier et de deuxième recours).

• Lutter contre les inégalités sociales de santé suppose de conjuguer engagement et professionnalisme. Le professionnalisme doit être solidement ancré dans les connaissances scientifiques et empiriques. Mais l’engagement aux côtés des populations dans des alliances avec d’autres secteurs, d’autres professionnels peut nécessiter que ces cadres de référence se fassent discrets. Ainsi, visibilité de la promotion de la santé et efficacité de l’engagement pour réduire les inégalités sociales de santé ne vont pas nécessairement de pair.

• Conjuguer professionnalisme et engagement dans des collaborations intersectorielles nécessite de s’appuyer sur une continuité de services spécialisés en promotion de la santé. Une telle continuité suppose le soutien de politiques dédiées à la promotion de la santé, alors qu’il est demandé aux professionnels de ces services de se fondre dans les autres politiques.

• Des priorités doivent être définies au départ de données de santé (qu’elles soient de sources épidémiologiques ou plus qualitatives, issues du vécu de la santé par les populations); elles doivent permettre de cibler les points sur lesquels l’équité doit être renforcée par une universalité proportionnée de services; d’y investir des ressources humaines, sociales et financières. Cependant le travail sur les déterminants sociaux, tout aussi important en terme d’équité, peut parfois nécessiter de s’écarter temporairement de ces priorités pour rejoindre les préoccupations des usagers ou des professionnels d’autres secteurs de la société. La santé n’a pas le monopole des inégalités.

• Les applications de la notion de ‘santé dans toutes les politiques’ commencent à se développer aux deux extrémités de l’organisation sociale : à un pôle, dans les collectifs issus de la population et chez les opérateurs locaux; à l’autre pôle, entre certaines administrations régionales ou fédérales. Mais l’on discerne peu comment articuler ces avancées, tisser entre elles des liens dynamiques, les faire se nourrir l’une de l’autre, en n’oubliant pas les échelons intermédiaires.

Au moment de remettre sur le métier nos politiques et nos organisations de promotion de la santé, le chantier qui s’ouvre à nous est passionnant dans sa complexité et ses paradoxes… Explorer les perspectives ouvertes au cœur même de ces paradoxes, sans en cristalliser les oppositions, devrait permettre de faire émerger des solutions nouvelles. J’espère que nous aurons dans un futur proche des occasions d’approfondir ces débats avec des interlocuteurs aussi diversifiés, réflexifs et engagés que ceux présents ce 25 mars.

(1) «La santé partout et pour tous – plaidoyer pour une politique exigeante», Collectif des acteurs de promotion de la santé en Fédération Wallonie-Bruxelles, décembre 2012, https://www.educationsante.be/es/article.php?id=1444

Bibliographie

Davies JK, “Health Promotion: A Unique Discipline?” Health promotion forum of New Zealand, HPF Occasional Paper series (CC36008), décembre 2013

«Manifeste pour une reconnaissance et un financement fiable de la promotion de la santé, de l’éducation pour la santé, de la prévention collective et de la santé communautaire», proposé par huit associations françaises et l’UIPES, février 2014, https://manifestepreventions.wix.com/manifeste-prev-sante

Richard Horton, Robert Beaglehole, Ruth Bonita, John Raeburn, Martin McKee, Stig Wall, “From Public to Planetary health : A Manifesto”, The Lancet, Volume 383, Issue 9920, Page 847, 8 March 2014 https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736%2814%2960409-8/fulltext

«Lutter contre les inégalités sociales de santé par la promotion de la santé, ça rapporte», Mémorandum à destination des femmes et des hommes politiques bruxellois, Plate-forme bruxelloise du secteur de la promotion de la santé, avril 2014

«L’urgence d’agir en promotion de la santé : un appel à des politiques socio-économiques responsables face à la santé des populations», Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone (SIDIIEF) et Réseau francophone international pour la promotion de la santé (REFIPS), mars 2014, https://www.sidiief.org/~/media/Files/3_0_APropos/3_6_PrisePosition/Prise-Position-Promotion-Sante-Texte-integral-2014.ashx

Faut-il ‘liker’ pour exister ?

Le 30 Déc 20

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Une journée de réflexion et d’échanges sur le web 2.0 et la promotion de la santé

L’asbl Question Santé nous a fait un joli cadeau (1) en organisant le 18 mars dernier au Centre culturel de Woluwé-Saint-Pierre un vaste tour d’horizon de ce thème très actuel. Plus de 100 personnes étaient présentes pour un menu particulièrement copieux, jugez-en plutôt.

Cinq facettes du web

La matinée était consacrée à cinq ateliers, ce qui nous changeait avantageusement du programme classique d’une journée d’études, conférences en plénière le matin, travail en ateliers l’après-midi, avec évaporation de pas mal de monde. Il y avait une raison matérielle à cela, comme vous le verrez plus loin, mais c’était une très bonne idée dans l’absolu.

Les participants avaient le choix entre ‘les potentialités des outils web’ avec Jasna Cattonar , formatrice en outils web, ‘les stratégies de communication web’ avec Yves Vandeuren , spécialiste en marketing chez BeQuiet, ‘les espaces de discussion en ligne et le soutien social’ avec David Heard , responsables des campagnes à l’INPES et ‘l’investissement humain et financier’ avec Xavier Degraux , formateur en médias sociaux et marketing et Christophe Piret , stratège digital chez Greenpeace.

L’atelier auquel j’ai participé était consacré à la convergence entre les objectifs de la promotion de la santé et le web ainsi qu’aux outils d’évaluation mis (très souvent gratuitement) à notre disposition par l’Internet. Animé par Jean-Luc Manise , directeur des Services Culture et Éducation Permanente au CESEP (2), journaliste indépendant et expert des médias sociaux et par Christophe Hendrick , expert en analyse du web pour la société Yieldow, l’échange fut passionnant : tour d’horizon d’un secteur de l’information mis à mal par l’irrésistible progression des nouvelles technologies de la communication, fiabilité et contrôle de qualité des infos santé, importance de s’assigner des objectifs explicites tant dans les choix stratégiques des médias (par exemple faut-il ou non être sur Facebook en tant qu’association de prévention, et pour quelles ‘bonnes’ raisons?) que dans les données d’évaluation à recueillir.

En effet, alors que la récolte traditionnelle de données d’évaluation est un travail souvent considérable, ici une profusion d’infos de gestion sont disponibles en permanence d’un simple clic. Ce qui est compliqué, c’est de faire le tri, de sélectionner les données pertinentes, celles qui permettront d’optimiser les outils web et d’améliorer l’offre de service.

Le côté sombre de cette puissance phénoménale du net, c’est la précision diabolique de l’observation permanente que ce Big Brother du XXIe siècle a de notre comportement en ligne…

Les échos des autres ateliers à la pause de midi étaient tout aussi positifs, nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir plus en détail prochainement.

Quatorze rendez-vous

Après le lunch, plutôt que le tour ‘habituel’ de quelques stands, les organisateurs avaient imaginé de proposer pendant une heure à une série d’acteurs du secteur de présenter un de leurs projets numériques à des petits groupes pendant une quinzaine de minutes, chacun pouvant donc s’il le souhaitait prendre connaissance de quatre projets avant la séance plénière de l’après-midi. Une jolie dynamique, mais assez éprouvante pour ceux qui comme moi devaient ainsi ‘vendre’ un de leurs projets…

Pas question de souffler après le speed dating (ou plutôt en bon français les ‘rencontres express’), pas moins de quatre exposés d’une demi-heure chacun nous attendaient encore.

Brussels, we have no problem

David Heard commença par illustrer la nouvelle donne en matière de communication en mettant en évidence la puissance des réseaux sociaux en tant que médias de masse, qui permettent de toucher un très vaste public de manière plus intime que ne peut le faire la télévision, et ce avec des budgets nettement plus accessibles. Selon lui, un atout essentiel de ces nouveaux medias est qu’ils sortent d’une logique descendante caractéristique de la télévision pour une logique d’échange et de mise en relation bien plus féconde en promotion de la santé.

Décalage horaire oblige, la journée se termina sur trois téléconférences en direct du Canada: Lise Renaud, directrice de ComSanté à l’Université du Québec à Montréal nous présenta des pratiques exemplaires en matière d’usages d’Internet qui permettent d’encourager de manière personnalisée les internautes à modifier certains comportements.

Louise Sauvé (TELUQ, Université du Québec, directrice du centre d’expertise et de recherche sur l’apprentissage à vie Savie) pour sa part nous présenta le ‘bon côté’ des jeux en ligne, souvent accusés de susciter de véritables dépendances, en particulier chez les jeunes. Ces outils ludiques peuvent en effet aider les internautes à acquérir des compétences favorables à leur santé. Elle nous le montra concrètement avec un jeu sur les infections sexuellement transmissibles et un autre sur l’asthme, construits tous deux au départ d’une même ‘coquille générique’, une structure de base permettant de nombreuses variations thématiques.

Enfin, Émilie Renahy , postdoctorante française en épidémiologie sociale à Toronto, aborda au départ d’une étude réalisée en France les inégalités sociales de santé et le web, avec cette question lancinante: les outils web contribuent-ils à diminuer ces inégalités ou au contraire à les renforcer ?

S’il semble incontestable que la fracture numérique ‘matérielle’ en termes d’équipement des ménages est moins criante qu’il y a quelques années, par contre l’accès aux informations pertinentes et à la compréhension des messages reste problématique, en particulier pour les malades chroniques.

L’exercice de cette triple conférence sans filet était périlleux. Tout s’est bien passé, même si rien ne vaut bien sûr la présence en chair et en os de l’intervenant dans la salle !

Préparée par un groupe de partenaires enthousiastes (je peux en témoigner, j’en étais!), gérée avec une belle efficacité par l’équipe de l’animatrice du moment Bernadette Taeymans, ce fut donc une journée aussi dense qu’intéressante, dont Question Santé ne manquera pas d’exploiter les enseignements dans les prochains mois : reportage photo et vidéo, projet d’e-book, numéro spécial d’ Éducation Santé, offre de formations web, renforcement de la plate-forme promosante.net… Les idées ne manquent pas !

Pour découvrir les photos de la journée, rendez-vous sur la page Facebook de Question Santé : https://www.facebook.com/QuestionSanteAsbl
(1) La participation aux frais, 15 euros pour la journée lunch inclus, était vraiment très démocratique!
(2) Centre socialiste d’éducation permanente, https://www.cesep.be

Encore et toujours les inégalités sociales de santé

Le 30 Déc 20

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Les inégalités sociales de santé, largement documentées, sont aujourd’hui reconnues comme un problème majeur de santé publique. Malgré les efforts de nombreux acteurs dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, elles persistent et parfois même s’accentuent.

Pour sa dernière grande activité publique sous la direction de Luc Berghmans, l’Observatoire de la Santé du Hainaut nous a convié à une après-midi studieuse le 25 mars dernier, dans le cadre enchanteur du Bois d’Havré (près de Mons) inondé de soleil.

Une bonne centaine de personnes s’y sont retrouvées pour entendre Pierre Lombrail, professeur de santé publique à Paris 13 et actuel président de la Société française de santé publique.

En moins d’une heure, il nous brossa avec humour un bel état de la question, avec rappel de la nature de la problématique, compréhension de ses causes et ébauches de solution. Avec quelques formules chocs comme par exemple à propos des traitements aux patients de milieux défavorisés : «Quand j’avais soigné mes patients, je faisais semblant de croire qu’ils allaient mieux… »

Ou encore, à propos des assurances mutuellistes de France, cette constatation : les moins aisés doivent consacrer 14% de leurs revenus aux couvertures complémentaires à la sécu, là où les plus aisés n’ont besoin que de 3% de leurs moyens financiers.

Il rappela aussi les vertus de l’universalisme des services à la population, mais un universalisme proportionnel aux désavantages vécus par un nombreux public. Une idée-force qui n’était pas pour déplaire à son hôte d’un jour !

La place nous manque pour résumer la table ronde qui s’ensuivit, animée par Chantal Vandoorne, chargée de stimuler un panel de haut vol, jugez-en plutôt : Luc Berghmans bien entendu; Philippe Lorenzo, directeur de l’Instance régionale d’éducation pour la santé de Picardie; Michel Beauchemin, directeur de l’Agence de la santé et des services sociaux de la Capitale-Nationale Québec; Philippe Defeyt, président du CPAS de Namur; Pol Gerits , président du groupe de travail belge sur les inégalités de santé; et Christine Mahy, la directrice du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, toujours aussi percutante dans sa défense des plus nobles causes.

Aux esprits chagrins qui diront «Encore les inégalités, vous n’avez vraiment rien de mieux en magasin ?», ces experts répliquaient d’une même voix qu’aujourd’hui plus qu’hier, elles doivent «être vues, connues et reconnues» (M. Beauchemin). Et combattues notamment avec l’appui des «experts du vécu, ces militants en capacité d’influencer la mise en œuvre de solutions» chers à C. Mahy.

Et les uns et les autres de plaider à juste titre pour l’inclusion sociale, à l’image des organisations sociales belges se mobilisant dans notre pays à la veille des élections.

Avec pour conclure ce jugement sans appel de Pierre Lombrail nous invitant à changer de paradigme : «Nous continuons à parler de santé comme si l’essentiel ne se jouait pas ailleurs». Bien entendu, il ne fut pas seulement question d’inégalités de santé ce jour-là, et Yves Coppieters, président de l’École de santé publique de l’ULB, ne manqua pas de nous présenter une étude de cas bien de circonstance, en parcourant avec la vélocité qui le caractérise les quarante années du futur retraité au service d’une conception progressiste de la santé (1).

Et bon vent à son successeur, Michel Demarteau !

(1) Luc Berghmans a accepté de continuer à suivre les rencontres annuelles du comité stratégique de notre magazine, au cours desquelles ses encouragements et ses suggestions sont toujours très appréciées. Qu’il en soit remercié !

Tabacstop : le coaching personnel de plus en plus populaire

Le 30 Déc 20

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Tabacstop , le service gratuit d’aide à l’arrêt tabagique de la Fondation Contre le Cancer, a publié récemment ses chiffres annuels pour 2013. Les appels téléphoniques ont globalement augmenté de 27%, avec une véritable explosion (83%) des accompagnements téléphoniques personnalisés. Ce type d’accompagnement ‘sur mesure’ par un tabacologue offrant aide et soutien au fumeur, avait déjà augmenté de 37% en 2012.

Le coaching personnalisé de Tabacstop comprend 8 entretiens avec un tabacologue professionnel (toujours le même), répartis sur une période d’environ 3 mois, à des dates convenues au préalable.

Cette forme d’accompagnement fait tripler, voire quadrupler, les chances de réussite, en comparaison avec une tentative d’arrêt sans aucune aide.

Pourquoi appelle-t-on Tabacstop ?

La raison la plus fréquemment invoquée par les appelants est la recherche d’aide pour arrêter de fumer, sans autre précision (73%). Les motifs de la demande sont analysés plus en profondeur lors de l’accompagnement personnalisé. Il en ressort que 52% des appelants veulent arrêter pour des raisons financières, et 51% par crainte pour leur santé. Il est vrai que le tabac est la cause de 30% des décès par cancer !

Qui appelle Tabacstop ?

27% des Belges fument, dont 21% des femmes, et 32% des hommes. Malgré cette disparité, Tabacstop reçoit autant d’appels provenant de femmes que d’hommes. Autre constat, la répartition des appels ne correspond pas à la démographie, puisqu’on compte plus d’appels francophones (60%) que néerlandophones (40%). La plupart des appelants ont déjà essayé d’arrêter plusieurs fois (89%). Les 11% restants concernent donc un premier arrêt tabagique.

En ce qui concerne le site internet, on note une majorité de visiteurs flamands. Sur 113 282 visiteurs uniques, 71 761 sont originaires de Flandre et 40 283 de Wallonie. Notons que 1 238 visiteurs font partie de la communauté germanophone.

Comment les fumeurs connaissent-ils Tabacstop ?

C’est la mention sur les paquets de cigarettes qui est la plus souvent citée, quelle que soit la tranche d’âge. 71% des jeunes de moins de 36 ans évoquent le paquet comme source de connaissance du numéro 0800 111 00. Chez les plus de 36 ans, la proportion baisse à 48%, et ne change plus vraiment pour les personnes plus âgées. La mention obligatoire sur les paquets de cigarettes porte donc clairement ses fruits !

Parmi les autres sources de connaissance de Tabacstop, la télévision (1) et les professionnels de la santé gagnent en importance au fur et à mesure que l’âge avance. Pour les professionnels, on observe ainsi une augmentation jusqu’à la catégorie 46-65 ans, puis une baisse légère après 65 ans. Internet est une source d’information surtout citée par les 26-35 ans.

Pour une mention rapide de Tabacstop sur les paquets de tabac à rouler

La Fondation Contre le Cancer insiste auprès des autorités pour que Tabacstop soit mentionné sur les paquets de tabac à rouler. C’est une mesure qui ne leur coûte rien (les frais sont pris en charge par l’industrie du tabac) et qui se justifie pleinement quand on sait que les consommateurs de tabac à rouler sont de plus en plus nombreux (25% des fumeurs entre 2007 et 2012 et 35% en 2013). De plus, ils sont sous-représentés dans les contacts Tabacstop, preuve supplémentaire que le message ne leur parvient pas.

D’ailleurs, le Parlement européen a approuvé en février de cette année une directive sur les produits du tabac allant dans le sens de la préservation de la santé publique (2). Nos ministres n’auront aucune excuse pour retarder le passage à la mention obligatoire de Tabacstop et à l’obligation d’apposer de grands avertissements de santé, sur l’avant et l’arrière des paquets de tabac à rouler.

Les chiffres annuels complets de Tabacstop sont disponibles sur https://www.tabacstop.be et https://www.cancer.be/presse

À propos de Tabacstop

Tabacstop est un service gratuit auquel vous pouvez vous adresser si vous désirez de l’aide pour arrêter de fumer.

L’équipe de Tabacstop se compose de tabacologues. Il s’agit de professionnels de la santé comme des médecins, des psychologues et des infirmiers détenteurs d’un diplôme complémentaire en tabacologie et aide au sevrage tabagique.

Tabacstop est une initiative de la Fondation Contre le Cancer. Ce service est financé par le Fonds fédéral de lutte contre le tabagisme sous la surveillance de l’INAMI et du Service public fédéral Santé publique.Tabacstop 0800 111 00 – https://www.tabacstop.be

(1) L’an dernier, Tabacstop a bénéficié d’espaces gratuits en télévision pour une campagne de promotion de la santé. La campagne, diffusée en début et en fin d’année, a obtenu du côté francophone des espaces pour une valeur de près de 450.000 euros… (ndlr)
(2) Malgré tous ses efforts, le lobby du tabac n’est pas arrivé à vider le texte de sa substance. Ce n’est pas toujours le cas… (nldr).

Médibus : à la rencontre des plus fragilisés

Le 30 Déc 20

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Ensemble, Médecins du Monde et Dune lancent un nouveau projet, le Médibus. Deux fois par semaine, ce cabinet de consultation mobile va à la rencontre des personnes en situation de grande précarité, exclues des soins. Ce dispositif, basé sur l’ ‘outreaching’ (1), permet d’offrir des soins paramédicaux, de travailler à la réduction des risques auprès des usagers de drogue et de rétablir leur confiance envers les structures de soins.

Même en Belgique, l’accès aux soins de santé n’est pas une évidence pour tout le monde. Tous les jours, les Centres d’Accueil, de Soins et d’Orientation (CASO) de Médecins du Monde et le Comptoir Local d’Information et de Prévention (CLIP) de l’asbl Dune reçoivent des patients exclus du système de soins de santé ‘classique’. Si ces personnes parviennent à trouver le chemin jusqu’aux soins, d’autres n’y arrivent pas. Avec le Médibus, Médecins du Monde et Dune vont à la rencontre de ces publics en rupture totale avec les structures de santé et de réduction des risques.

Parmi eux, les personnes sans abri et les usagers de drogue. Deux soirs par semaine, le Médibus va se garer aux abords des gares et des stations de métro de Bruxelles, qui sont fréquentés par ces personnes. Dans le Médibus, aménagé en espace de consultation, Dune et Médecins du Monde proposent des soins infirmiers classiques dits de première ligne (pansements, bandages, hygiène etc.), des informations sur la réduction des risques ainsi que du matériel stérile d’injection (avec possibilité de récupération du matériel utilisé).

«Ce projet répond à un réel besoin : trop de personnes vivant en rue ne savent pas vers qui se tourner pour obtenir des soins» , explique Geneviève Loots, responsable du projet auprès de Médecins du Monde. «Le raccrochage des personnes au système de santé s’avère très efficace : la semaine dernière, nous avons reçu un monsieur en détresse, qui avait de fortes douleurs dans la poitrine. Grâce à sa rencontre avec l’équipe soignante, nous avons pu le prendre en charge, l’emmener chez un médecin pour un dépistage de tuberculose – qui s’avéra négatif- et finalement l’équipe du CASO de Bruxelles lui a ouvert l’accès aux soins

Grâce à l’ ‘outreach’ que permet le Médibus, Dune peut également élargir ses publics cibles : il ne s’agit plus seulement d’aller à la rencontre d’usagers de drogue en situation de grande précarité mais aussi des jeunes injecteurs qui ne se reconnaissent pas comme toxicomanes et des usagers qui ne fréquentent pas les dispositifs bruxellois de réduction des risques et/ou de soins.

Christopher Collin, coordinateur du CLIP à Dune, confirme le bien-fondé du projet : «Depuis le lancement, nous faisons de plus en plus de soins infirmiers et augmentons notre taux de distribution/récupération de matériel stérile d’injection par soirée. Nous n’en sommes qu’au début mais nous pensons sincèrement que ce type de dispositif nous permettra de toucher davantage d’usagers

Ce projet n’aurait pu voir le jour sans le précieux soutien d’Ello Mobile, opérateur de téléphonie mobile belge qui reverse 100% de ses gains à des projets sociaux et propose à ses clients, pour 35 euros de facturation, de financer une consultation médicale pour une personne sans abri dans le Médibus. Il a également reçu le soutien de la Loterie Nationale.

(1)‘Travail de proximité’ est une traduction habituelle de ce concept, que les intervenants appellent aussi ‘travail de rue’ ou ‘à bas seuil d’exigence’. Il s’agit d’entrer en contact avec des individus difficiles à toucher par les services habituels ou les circuits traditionnels de promotion de la santé. (ndlr)

Démarche d’évaluation de l’offre des services ambulatoires de santé et de soins à domicile en région bruxelloise

Le 30 Déc 20

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En Région bruxelloise, certains services ambulatoires de la santé et du social bénéficient de subventions régionales. Une étude préalable à la programmation des services ambulatoires a été réalisée pour mieux appréhender l’offre existante.

Un cadastre de ces services a été élaboré afin de dégager une vision des différents secteurs et de disposer d’un cadre de concertation commun pour une future programmation.

Les résultats se basent sur un questionnaire en ligne qui abordait 3 composantes : les caractéristiques des services et leur implantation; l’analyse de l’offre sur base des activités, des stratégies et des métiers; les caractéristiques des bénéficiaires.

115 structures agréées sur 139 ont répondu dans le cadre de l’élaboration de ce cadastre, ce qui représente 82.7 % du total.

L’analyse des fonctions des services

L’objectif de cette analyse était d’identifier les aspects transversaux, communs et spécifiques des différents secteurs et services. Les stratégies mises en œuvre, dans le cadre des missions du décret, concernent d’abord le travail et l’aide individuels, même si les dimensions collectives et communautaires sont très présentes. Tous les secteurs n’ont pas de missions collectives dans le décret. Certains les développent dès lors en dehors du cadre décrétal.

Concernant l’analyse des activités, on ne peut que constater la diversité de celles-ci. Certaines activités sont reprises par la majorité des secteurs mais elles se déclinent de manière spécifique selon les secteurs, les bénéficiaires et les équipes de travail.

L’immense majorité des répondants fait état d’un travail de réseau et de l’appartenance à une fédération ou d’un lien avec un organisme de coordination. Une importante proportion de services fait état de difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de leurs activités dans le cadre du décret. Le manque de ressources financières et humaines est très largement cité.

Les activités des 115 agréments s’exercent à partir d’au moins 153 lieux d’implantation (115 sièges principaux et au moins 38 antennes au total) répartis sur le territoire bruxellois. Le cas de figure le plus fréquent et celui du siège d’activité unique (94 agréments), suivis des services avec une ‘antenne’ complémentaire (12 agréments).

La répartition sectorielle nous montre que ce sont les services actifs en matière de toxicomanie (12 sièges) et les services de santé mentale (10 sièges au moins) qui ont le plus de sièges, suivi des centres d’action sociale globale (6 sièges au moins), des maisons médicales (5 sièges), des centres de planning familial et des services d’aide à domicile avec un siège. Les agréments ‘multisièges’ sont ainsi concentrés dans quatre secteurs.

La grande majorité des services offre des stratégies d’aide/travail individuel(le), trois-quarts développent des actions collectives et la moitié s’inscrit conjointement dans des développements communautaires. De façon globale, un tiers combine approches individuelles et collectives et un autre tiers complète cela par des actions communautaires. 8% des services s’inscrivent tant dans de l’aide individuelle que communautaire.

Tous les services travaillent sur l’aide individuelle et seuls les services de médiation de dettes ne développent pas d’actions collectives, ni communautaires, ni de stratégies autres qu’individuelles. Les actions communautaires ne concernent pas non plus les centres d’accueil téléphonique, les centres de soins palliatifs et continués et les services ‘Espaces-rencontres’.

Les stratégies se basent aussi sur les partenariats et les réseaux des services, qu’ils soient formalisés ou non. 90% des services ont des partenariats dans le cadre d’un réseau (formel ou informel) ou avec des partenaires extérieurs au service. Cela se confirme pour l’ensemble des secteurs.

Cette même distribution est retrouvée pour l’appartenance des services à des fédération(s) et/ou le fait d’être en lien avec un organisme de coordination et/ou de représentation du secteur. 94% des services répondent appartenir à une de ces fédérations et 4 services (3,5%) ne répondent pas.

70% des services rencontrent des difficultés pour effectuer les activités définies dans le cadre du décret ou leurs stratégies de mise en œuvre. 20% déclarent ne pas avoir de difficultés et 10% des services ne se prononcent pas sur ce point.

L’analyse des métiers des services

Cette étape de l’analyse vise à identifier quels métiers sont mobilisés par les services afin de remplir les fonctions identifiées précédemment et les compétences utilisées dans ce cadre.

Les professionnels mobilisés sont très divers. Les tâches qui leurs sont confiées et les compétences mises en œuvre au sein des institutions varient plus ou moins fort en fonction des équipes. Ils sont pour l’essentiel issus de l’enseignement supérieur, avec des variations entre les secteurs selon les qualifications requises.

La grande majorité des services fonctionne en équipe interdisciplinaire. Les modes de fonctionnement sont variés par secteurs et les réunions d’équipes, les supervisions et intervisions, les groupes de travail, les prises en charge communes… apparaissent comme des vecteurs privilégiés de ce travail interdisciplinaire.

À la question «Quels sont les métiers mobilisés dans le cadre de vos activités en général (décret et hors décret)», ce sont les assistants sociaux, les psychiatres, psychologues, secrétaires et ‘autres’ qui sont le plus cités pour l’ensemble des répondants. Ce ne sont cependant pas les métiers qui représentent le plus d’ETP puisque ce sont clairement les aides familiales qui constituent la grande majorité des ressources humaines en regard des autres métiers.

Offre globale et différenciée

Les données ci-dessus ne sont que quelques éléments de l’analyse de l’offre globale en matière de services ambulatoires en Région bruxelloise. Certains secteurs souhaitent un élargissement des missions du décret pour pallier le besoin en ressources humaines et mieux gérer les demandes de prise en charge de situations de crise, qui augmentent de plus en plus. En effet, les évolutions de la population bruxelloise en termes de précarité financière (dettes), matérielle (logement, aide alimentaire…), sociale et mentale induisent une augmentation et des changements de la demande, ainsi qu’une difficulté des services à y faire face. Le nombre de demandes d’accompagnement social est croissant et les services sont confrontés aux limites de leurs moyens en personnel pour réaliser les accompagnements souhaités.

Les services soulignent aussi un problème de charge de travail croissante et ils sont souvent débordés par les évolutions de la population bruxelloise (vieillissement, pauvreté…) et de la politique de maintien à domicile. Les secteurs préfèrent voir optimaliser les moyens des centres existants et agréés actuellement plutôt que de favoriser l’apparition de nouveaux centres. Ils réclament du temps pour les suivis individuels et une meilleure coordination/collaboration entre acteurs. Pour plusieurs secteurs, ils montrent aussi l’importance que leurs services restent généralistes et qu’ils demeurent des lieux d’accueil pour une prise en charge ‘globale’.

Il y a donc une réflexion à proposer sur la nécessité d’une reconnaissance conceptuelle et financière des fonctions transversales des services/secteurs et d’une meilleure articulation du travail entre les secteurs dans une vision intégrée et différenciée. Cela passe entre autres par le développement de transversalité au niveau des politiques de santé et sociale afin d’être en cohérence avec les pratiques et approches de terrain.

Références

Coppieters Y, Cremers A. Cadastre des services ambulatoires agréés par la Cocof en Région bruxelloise. Rapport de recherche, Projet Cocof/École de santé publique de l’ULB, Bruxelles, septembre 2012.

Cremers A., Coppieters Y. Étude préparatoire à l’élaboration de la programmation des services ambulatoires en Région bruxelloise: rapport final. Projet Cocof / École de santé publique de l’ULB, Bruxelles, septembre 2012.

Commission communautaire française de la Région de Bruxelles-Capitale, Décret du 5 mars 2009 relatif à l’offre de services ambulatoires dans les domaines de l’action sociale, de la famille et de la santé, publié au Moniteur belge le 8 mai 2009.

La journée d’envol des ‘Cellules bien-être’

Le 30 Déc 20

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Le 4 novembre dernier avait lieu dans le cadre verdoyant de La Marlagne, une journée de rencontre à destination des 80 établissements scolaires inscrits dans le dispositif pilote des Cellules bien-être (1) (CBE), à l’initiative de leur comité opérationnel (2).

Après quelques discours politiques de circonstance, la journée fut d’abord l’occasion pour l’APES-ULg, service d’appui en promotion de la santé et éducation pour la santé de l’Université de Liège, de présenter les résultats plutôt encourageants de la seconde évaluation participative et itérative du dispositif des Cellules bien-être (voir encadré).

Ensuite, les acteurs des Cellules bien-être se sont rencontrés pour présenter leurs réalisations et partager leurs expériences. Chaque cellule présente disposait d’un stand et accueillait ses consoeurs pendant 10 minutes, pour un bref temps d’échange. Ils étaient ensuite invités à changer de stand et à en rencontrer d’autres, selon le principe maintenant célèbre du ‘speed-dating’.

Ensuite, les rôles ont été inversés : les visiteurs des stands sont eux-mêmes passés derrière, permettant ainsi à ceux qui avaient déjà accueilli des collègues, de faire aussi le tour des nouveaux stands.

Lors de ces brefs mais riches moments de discussion, les participants ont véritablement échangé à propos de leurs difficultés, allant parfois jusqu’à chercher des solutions avec leurs collègues des autres écoles. Ils semblaient très intéressés par ce qui était développé ailleurs, certains proposant même à d’autres de venir participer et observer les activités mises en place ou de collaborer. Bien qu’ils soient globalement très contents du dispositif, un certain nombre d’entre eux évoquaient leur essoufflement, certains projets devant pratiquement être menés bénévolement. Cela ne semblait cependant pas entamer leur motivation.

Les stands étaient peu garnis, mais la formule était néanmoins intéressante et la cantine de La Marlagne, outre ses effluves de soupe aux poireaux tout à fait à propos, se prêtait parfaitement à ce genre d’exercice.

Pendant la pause de midi, lors de laquelle on nous a proposé d’excellents sandwiches et des collations saines, les participants semblaient ravis des échanges qu’ils venaient d’avoir et auraient même souhaité les poursuivre !

L’après-midi, ils ont été répartis en 6 ateliers thématiques, définis sur base des points de repère issus de l’évaluation du dispositif :
– des outils pour soutenir une vision partagée du bien-être au sein de l’établissement;
– les étapes pour évoluer vers cette vision partagée entre opérateurs partenaires de l’école;
– les démarches pour accroître la participation des élèves;
– les structures de l’école pouvant soutenir durablement le bien-être à l’école;
– les conditions minimales de développement d’une CBE dans l’établissement scolaire;
– des ressources pour soutenir l’engagement des acteurs scolaires et développer leurs compétences.
Les acteurs, en sous-groupes d’une douzaine de personnes, y ont eu l’occasion d’échanger à nouveau et de tenter de dégager des pistes concrètes d’action pour le futur.

Enfin, la journée s’est clôturée par une ‘table ronde’ (en l’occurrence rectangulaire), au cours de laquelle neuf intervenants (3) aux profils variés ont exposé leur point de vue sur la journée et plus globalement sur le dispositif des CBE et ses défis pour l’avenir. Bien qu’un peu long pour la plupart des participants, l’exercice valut par les interventions intéressantes de Michel Demarteau et Stéphane Houbion, de même que celle de Lise Maskens, courte et efficace, soulignant que les services PSE étaient ravis et demandeurs de participer à ce type d’initiative.

Michel Demarteau a développé l’idée d’une ‘vision partagée’du bien-être comme moteur de partenariat et de cohérence. Au niveau local, la cohérence pourrait être le développement de liens entre les pouvoirs locaux et les écoles, notamment via le levier des plans de cohésion sociale. Les enjeux sous-jacents sont de stabiliser la notion de bien-être, de permettre la négociation pour construire un cadre politique et administratif, de favoriser l’appropriation du concept par le versant pédagogique de l’organisation scolaire.

Quant à Stéphane Houbion, il a rappelé l’intérêt d’une mise en projet globale de l’école qui concerne tant l’école elle-même que son environnement externe. L’expérience menée invite les CBE à poursuivre leur travail en veillant à y impliquer les jeunes – autant que possible – comme levier d’apprentissage, à permettre l’adhésion de chacun comme ferment d’un projet collectif, à s’appuyer sur les acteurs associatifs comme soutien au projet et apport de ressources, à développer les interaction au sein des CBE et entre CBE comme garant d’un partage et d’une mutualisation des acquis. Enfin, il a lié la continuité des CBE au-delà du cadre de financement et l’incitation à un développement humain durable comme pilier de l’apprentissage démocratique et d’une gestion responsable des fonds publics.

En résumé, les organisateurs peuvent se féliciter de cette journée qui a mobilisé un grand nombre d’acteurs dans et hors de l’enseignement. Elle a permis de mettre en évidence le travail de co-construction et de renforcement mutuel des compétences de différents secteurs partenaires proches de l’école que pourtant «beaucoup de choses séparent», comme l’a souligné la Ministre de l’Enseignement obligatoire, Marie-Martine Schyns lors de son discours de clôture.

Pour les acteurs du ‘bien-être à l’école’ elle fut à la fois l’occasion d’échanger leurs expériences, de se nourrir de celles des autres, d’approfondir les pistes pour l’avenir, mais aussi d’être remerciés pour leur travail et encouragés pour l’avenir, en toute convivialité.

Un bilan encourageant

Nonante pourcent des 80 écoles ont mis en place une CBE. Parmi les 67 écoles ayant répondu au questionnaire, 57 lui attribuent des effets positifs: soit la concrétisation d’actions (organisation de formation écoutants, tri des déchets, embellissement de l’école…), un meilleur climat dans l’école (diminution des conflits, cohésion renforcée de l’équipe éducative…), une plus grande préoccupation pour le bien-être (attention globale sur le bien-être, meilleure connaissance des attentes et besoins des élèves…), une institutionnalisation de la Cellule bien-être (partenariats internes, formalisation et évaluation des projets…), de nouveaux partenaires (échanges plus approfondis entre CPMS ou SPSE et école…) ou encore une meilleure communication à l’externe et la valorisation des expériences (visibilité, reconnaissance du travail réalisé…).

91% ont exprimé la volonté de poursuivre le travail l’année suivante. Des pistes de pérennisation du dispositif (internes et externes à l’école) ont été formulées par un travail de construction et de validation progressive en mars 2013 et ont été introduites dans le questionnaire de la seconde évaluation.

Les pistes internes sont, pour 78 à 88% des participants liées à la communication et la participation (plus de convivialité, élargissement des échanges…); pour 62 à 81%, elles visent l’institutionnalisation du dispositif (inscription des CBE dans le projet d’établissement, répertoire des projets liés au bien-être…).

Pour l’externe, il apparaît indispensable de disposer de personnes de référence (internes ou externes) qui connaissent l’école. Plus spécifiquement, un quart des acteurs des écoles souhaite poursuivre avec le même accompagnateur, dynamique, compétent, proche de l’établissement, et leur apportant un soutien opérationnel, un regard extérieur leur permettant de prendre du recul et une orientation vers des ressources. Il est aussi jugé utile d’inciter les organisateurs de formation à introduire des sujets sur le bien-être, d’échanger davantage entre établissements ou de disposer d’une plateforme internet favorisant les échanges entre CBE par exemple.

De nombreuses informations sur les conditions d’existence d’une CBE ont également été détaillées dans la première évaluation du dispositif. Elles ont fait l’objet d’une validation (actualisation et standardisation) dans cette seconde évaluation. On relève principalement la nécessité d’une coordination désignée et de l’appui de la direction, tout comme la nécessité de temps pour s’arrêter, pour élaborer la concertation et l’action collective.

L’analyse des actions mises en place ou coordonnées par les CBE laisse apparaître 25 thématiques parmi lesquelles l’estime de soi, le vivre ensemble, l’exercice de la citoyenneté, la santé globale, l’ERE (éducation relative à l’environnement), la prévention des assuétudes ou l’EVRAS mais aussi l’accrochage scolaire, le soutien aux enseignants, l’organisation d’espaces détentes, l’organisation de moments d’échanges, etc.

L’APES-ULg a également tenté de refléter le tissage des thématiques abordées, toutes ne jouant vraisemblablement pas le même rôle dans la construction du bien-être. Face à cette diversité de thèmes possibles à rattacher au même concept, l’essentiel reste sans doute les processus mis en place pour que chaque communauté éducative construise une vision partagée du bien-être qui lui soit adaptée.

Enfin, quatre défis majeurs pour l’enseignement et ses partenaires ont été identifiés : évoluer vers une offre intégrée d’appuis aux établissements scolaires; rendre les cadres politiques, législatifs et administratifs de différents secteurs cohérents avec une approche intégrée du bien-être dans les établissements scolaires; accroître la participation des élèves dans la gestion du bien-être à l’école; et travailler les compétences liées au bien-être dans le curriculum pédagogique, en classe.

Un troisième et dernier rapport d’évaluation du dispositif, intégrant des informations disponibles mais encore peu analysées ainsi que des recommandations opérationnelles pour le suivi de ce dispositif, verra le jour durant le premier trimestre 2014. Il sera construit par l’APES-ULg en collaboration avec le Comité opérationnel des CBE.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur https://www.enseignement.be. Le diaporama de la journée et les comptes rendus des ateliers y sont téléchargeables.

(1) Voir l’article de Chantal Vandoorne «L’accompagnement du dispositif pilote Cellule bien-être: un pas vers plus d’intersectorialité», Éducation Santé n°294, novembre 2013, https://www.educationsante.be/es/article.php?id=1621
(2) Direction générale de l’Enseignement obligatoire, Direction générale de la Santé, Service jeunesse de la Direction générale de la culture, Direction de l’aide à la jeunesse, cabinets Schyns, Laanan et Huytebroeck, APES-ULg.
(3) Joëlle Vandenberg (Réseau Idée), Françoise Raoult (Service d’Aide à la Jeunesse de Huy), Nathalie Neuenschwander (Centre PMS III de la Ville de Liège), Lise Maskens (Commission PSE), Stéphane Houbion (asbl Jeune et citoyen), Michel Demarteau (Observatoire de la Santé du Hainaut), Claude Delsaut (Service général du pilotage du Système éducatif), Fransesco Dell’Aquila (Conseiller pédagogique à l’IFC) et Gérard Alard (Service d’Appui à la Direction générale de l’Enseignement obligatoire).

Une semaine pour la prévention sida-IST au PSE d’Ixelles

Le 30 Déc 20

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Le PSE d’Ixelles est impliqué depuis de nombreuses années dans la prévention du sida. À l’initiative de cet audacieux et ambitieux projet, il s’est basé sur ses constats de terrain et sur son expérience d’Éducation à la Vie Relationnelle Affective et Sexuelle (EVRAS) pour créer un parcours interactif sur la thématique du sida et des infections sexuellement transmissibles (IST), destiné aux élèves de 5° et 6° secondaires des écoles ixelloises, tous réseaux confondus.

Plannings familiaux, Service d’aide en milieu ouvert (AMO), Cellule Locale d’Accompagnement Scolaire (CLAS)… se sont réunis autour du PSE et ont travaillé main dans la main pour construire cette expo en bénéficiant de l’expérience de Céline Danhier, coordinatrice de SIDA’Sos, partenaire incontournable afin d’aborder ces problématiques avec les jeunes de manière ludique.

Cette exposition s’est tenue à la Maison de Quartier de la Commune d’Ixelles, du 4 au 8 novembre 2013. Elle était ouverte tous les jours aux écoles et accessible au public le mercredi après-midi. L’équipe s’y est relayée pour recevoir pas moins de 800 élèves tous fort intéressés par ce sujet qui faisait la une de l’info à l’approche de la Journée mondiale de lutte contre le sida du 1er décembre.

Un sujet d’actualité pourtant méconnu des jeunes

L’actualité, peu connue de la cible principale, révélait par exemple que la chlamydia fait d’énormes ravages chez les jeunes ! Chlamydia, un mot qui ne signifiait pourtant pas grand-chose pour ces derniers avant leur passage à la Maison de Quartier !

La Plate-forme prévention sida soulignait dans sa nouvelle campagne, que «la chlamydia est la plus répandue des infections sexuellement transmissibles (IST). Le groupe le plus touché se compose de jeunes femmes entre 15 et 25 ans. On constate une augmentation forte et continue.» Un jeune sur 20 en serait porteur, l’enjeu est donc de taille et le sujet particulièrement bien choisi !

Un projet novateur issu de collaborations fructueuses

En réunissant des partenaires issus de différents secteurs et collègues de terrain, le PSE avait pour objectif de sensibiliser les jeunes aux modes de transmission du VIH (virus de l’immunodéficience humaine) et des IST. L’idée novatrice, en tout cas dans le réseau libre, était d’aller plus loin dans l’objectif de santé et de promouvoir surtout l’usage du préservatif en valorisant le comportement de protection lors des relations sexuelles. Pour ce faire, les associations ont déployé divers jeux, ateliers ludiques et informatifs.

Un parcours aux objectifs complémentaires

La CLAS et Prospective Jeunesse entre autres, avaient élargi le sujet en invitant les jeunes à se questionner sur l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes sur les réseaux sociaux, leurs ‘addictions’ quotidiennes… La question du sida était donc abordée dans une vision globale de la santé et de la vie affective et sexuelle.

La ‘Black Box’, jeu pratico-pratique animé par l’équipe de SIDA’Sos a remporté beaucoup de succès auprès des jeunes. Ils ont appris grâce à elle à placer correctement un préservatif dans le noir. Ils ont pu en manipuler afin d’identifier les dates de péremption, vérifier l’intégrité de l’emballage, le sens dans lequel il doit être déroulé… Ce n’est en effet pas tout de prôner l’usage, encore faut-il apprendre à l’employer correctement !

Le stand ‘Risky or not Risky’, plus théorique et très explicite détaillait les comportements à risque. Le poste ‘Massacre des IST’, plus médical et scientifique, visait quant à lui à élargir le champ de connaissance des jeunes en matière d’IST.

Plusieurs ateliers, tels que le ‘Sexual Pursuit’ et ‘Info – Intox’, visaient à ouvrir le débat dans le groupe (5-6 participants), à répondre à des questions sur les pratiques sexuelles, les comportements à risque, la grossesse, la contraception… à corriger les idées reçues et à augmenter le niveau de connaissances.

L’AMO ‘Quartier Libre’, chargée de l’accueil des groupes à l’expo et de l’évaluation du projet, proposait aussi une cartographie ayant pour objectif d’aider les élèves à se repérer dans leur commune et à se rendre dans le service adéquat en cas de problème, de questionnement, de situation nécessitant une aide urgente (rapport non protégé, grossesse non désirée…).

Évaluation

En fin d’activité, une panoplie de ‘smileys’ était proposée aux jeunes pour qu’ils fassent connaître aux organisateurs leur ressenti par rapport à l’expo. De façon générale, les jeunes se disaient ‘contents’, ‘confiants’, ‘enchantés’, ‘complices’, mais parfois aussi ‘mal à l’aise’.

De plus, sur des post-it ‘j’aime ’, ‘j’aime pas’ (à la façon de Facebook), les participants ont exprimé leur satisfaction d’avoir appris à placer correctement un préservatif ! Ils se disaient aussi très satisfaits de l’accueil, du côté ludique et de l’ambiance générale. Ils se disaient mieux informés sur la contraception, les IST et surtout la prévention des risques.

Influencés par leur milieu social, culturel, religieux, leur entourage familial, le niveau scolaire… les participants envisageaient les sujets de façon très différentes et variées. Indéniablement ce thème amène des remises en question tant chez les jeunes que chez les adultes qui les entourent. Le PSE d’Ixelles avait pour objectif cette année de rassembler théorie et pratique dans une approche globale de la vie sexuelle et affective des jeunes : mission accomplie, le défi ayant été brillamment relevé grâce à la solidarité et au dynamisme d’une équipe pluridisciplinaire.

Adresse de l’auteure : Centre de Santé libre d’Ixelles, rue de la Crèche 6, 1050 Bruxelles. Tél. : 02 515 79 71. Fax : 02 515 79 68. Courriel : annelaure.berhin@ixelles.be.

Le Plan national de lutte contre le VIH 2014-2019

Le 30 Déc 20

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La prévention au coeur d’une stratégie intégrée

Attendu de longue date par l’ensemble des acteurs de terrain, les professionnels de santé et les patients, le nouveau Plan national de lutte contre le sida (1) inscrit la prévention primaire, le dépistage et la prise en charge des personnes séropositives au coeur d’une stratégie intégrée. Il vise aussi à encourager davantage la transversalité et les collaborations entre toutes les entités et tous les secteurs.

La Vice-première ministre et Ministre fédérale des Affaires sociales et de la Santé publique, Laurette Onkelinx, en avait fait la promesse, il y a un an : un Plan national de lutte contre le VIH verrait le jour dans notre pays.

Preuve de la capacité toujours intacte d’unir les forces autour de combats importants, ce nouveau Plan rassemble pour la première fois francophones, néerlandophones et germanophones, l’ensemble des ministres de la Santé aux différents niveaux de pouvoir (fédéraux, régionaux et communautaires), leurs collègues en charge de l’Égalité des chances, de l’Enseignement, de la Culture, de la Jeunesse, de l’Intégration sociale, l’Immigration et l’Asile. S’appuyant sur 58 actions (2), ce Plan offre ainsi un cadre général pour déterminer les priorités d’action et stratégies à mettre en œuvre, dans le respect des compétences de chacun. Il vise surtout à susciter davantage de transversalité et de collaboration avec toutes les entités et entre tous les secteurs, a souligné Fadila Laanan, Ministre de la Santé de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

L’objectif est bien d’améliorer la concertation entre les actions de sensibilisation, de dépistage et de traitement du VIH/sida, et ainsi d’organiser une politique de lutte contre le sida efficace, notamment en matière de dépistage, alors que trois nouvelles contaminations sont enregistrées chaque jour dans notre pays. Outre la prévention – premier pilier du Plan – l’accent va être mis sur le dépistage, encore tardif dans près de la moitié des cas, la prise en charge des personnes vivant avec le VIH et leur qualité de vie (lutte contre les discriminations notamment).

Sur le plan budgétaire, la ministre Onkelinx s’est personnellement engagée à apporter un million d’euros supplémentaires, dès la première année, aux 13 millions déjà investis chaque année, au niveau fédéral, dans la lutte contre le VIH/sida.

Des acteurs de terrain entendus ?

Du côté des associations francophones de lutte contre le sida, la satisfaction est perceptible car, pour la première fois, tous les acteurs concernés par le sida – associatifs, médicaux, du nord, du sud et du centre – se sont mis autour de la table.

Thierry Martin, directeur de la Plate-forme prévention sida, se félicite de cette concertation maximale entre les différents acteurs concernés qu’il considère tout à fait essentielle. Celle-ci était déjà effective du côté francophone, rappelle-t-il, via des stratégies concertées pour les aspects prévention, mais au niveau national il n’y avait pas de lieu où tous les acteurs pouvaient discuter. Autant dire que l’initiative de Laurette Onkelinx est appréciée car elle répond enfin à une demande des acteurs de terrain, depuis de nombreuses années, dans un contexte de fédéralisation qui a pu parfois freiner le développement de certains projets.

Même réaction positive de Myriam Dieleman, directrice de l’Observatoire du Sida et des Sexualités aux Facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles, qui s’exprime au nom des stratégies concertées que son institution coordonne. Ce regroupement des acteurs de terrain dans le champ de la prévention du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles (IST) en Fédération Wallonie-Bruxelles va permettre de partager des analyses communes et de définir ensemble des cadres d’action en matière de prévention.

«Nous sommes très contents d’avoir un Plan national, cela fait longtemps qu’on en avait besoin. Aujourd’hui, on dispose d’un cadre de référence et d’action qui concerne tous les niveaux de pouvoir, intersectoriel et transversal, pour une certaine durée (2014-2019). C’est fondamental pour pouvoir mener une politique de prévention du sida à la fois cohérente et durable».

Le responsable de la Plate-forme prévention sida, qui existe depuis 1999 et fêtera en mai de cette année ses 15 ans d’existence, souligne pour sa part l’importance confirmée de la prévention combinée (3) et de l’utilisation du préservatif pour se protéger contre les IST et le VIH.

«Cette reconnaissance du concept de prévention combinée est un des points essentiels de ce nouveau Plan. Même s’il est toujours essentiel, le préservatif n’est plus le seul moyen de lutter contre le virus du sida. De nouvelles stratégies et outils de prévention ont vu le jour». Et Thierry Martin de citer les différents traitements comme moyens de prévention, par exemple le traitement précoce comme prévention (ou TASP pour ‘treatment as prevention’), le traitement pré-exposition (PrEP), le traitement post-exposition (TPE), sans oublier le dépistage, qui est essentiel et constitue un enjeu majeur dans la lutte contre le VIH, et plus précisément le ‘test & treat’, c’est-à-dire le dépistage suivi de la mise sous traitement.

Dépistage démédicalisé et ‘hors les murs’

Autre élément clé du Plan, la reconnaissance du dépistage décentralisé et démédicalisé, qui constitue le deuxième pilier de prévention. Des dépistages rapides pourront désormais être pratiqués en dehors du circuit traditionnel de soins, dans des lieux aisément accessibles. Cette mesure vise à atteindre de nouveaux publics cibles, en dehors des groupes prioritaires que restent les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) ainsi que les migrants. Il s’agit notamment des personnes qui sont les plus réfractaires à consulter un médecin généraliste ou à se rendre à l’hôpital.

«C’est une très bonne chose car cela nous permet de mettre en place des actions de proximité vers les publics les plus vulnérables, quels qu’ils soient», commente Maureen Louhenapessy, coordinatrice santé de SidAids-Migrants au sein du Sireas, en charge de la recherche-évaluation, de l’expertise et de la concertation des projets Migrants et VIH/sida dans la Fédération Wallonie-Bruxelles. Une asbl également active dans le travail de rue et de proximité, proposant des outils d’information et de prévention des IST/sida adaptés aux populations migrantes, et qui organise des animations de prévention dans des associations de migrants, maisons de jeunes, centres d’accueil pour réfugiés.

«Le nouveau Plan VIH multiplie les stratégies et les points d’entrée, avec des outils de dépistage adéquats qui s’adaptent aux différents publics visés», relève encore Myriam Dieleman.

De son côté, l’asbl Ex æquo se trouve confortée dans son expérience de projet Test-Out. «On ne nous impose plus la présence d’un médecin pour pratiquer un TROD (Test Rapide à Orientation de Diagnostic), il sera possible de multiplier des dépistages au plus près des lieux de vie des groupes cibles. C’est un levier important pour réduire le taux de dépistage tardif. Encore faut-il assez vite changer le cadre légal pour que tout soit clair».

Le Plan prévoit également d’organiser le principe du test à domicile (auto-test). Pour Ex æquo, ouvrir cette possibilité est une bonne chose car chacun pourra choisir son test, selon ses aspirations et besoins. Cependant, l’asbl de promotion de la santé auprès d’un public gay et bisexuel attend de voir quelles seront les balises et les garanties en termes de suivi et d’accompagnement. En outre, il faudra éviter que la personne ne se retrouve seule en cas de résultat réactif, souligne-t-elle.

Rejet des stigmatisations

La lutte contre les discriminations à l’encontre des personnes vivant avec le VIH, comme les groupes exposés à l’épidémie, fait également partie intégrante des nouvelles stratégies de prévention. La Plate-forme prévention sida relève qu’elle n’a pas attendu l’annonce de ce nouveau Plan pour lancer des campagnes contre les discriminations et stigmatisations. Elle vient d’ailleurs de relancer une campagne suite aux résultats interpellants d’une enquête sur la qualité de vie des personnes séropositives en Fédération Wallonie-Bruxelles. Menée entre 2010 et 2012, cette enquête a montré que 13 % des répondants ont déjà connu des refus de soins du fait de leur séropositivité. La Plate-forme souhaite par conséquent agir sur le terrain, médical et du travail, pour faire reculer les discriminations et lutter contre ces situations intolérables. «Cette lutte est prioritaire pour lever les freins à la prévention et au dépistage liés à la crainte de la stigmatisation et la discrimination», observe Thierry Martin.

Un autre concept important mis en avant dans le nouveau Plan VIH est le principe de responsabilité partagée, soutenu par les acteurs de santé publique et né du constat que la prévention ne doit pas reposer sur les seules personnes infectées mais que tout le monde est concerné. Une notion jugée particulièrement importante suite à la diversification des stratégies de prévention qui pourrait avoir un effet de pression sur les personnes séropositives en les rendant seules responsables du comportement préventif. «C’est très important de remettre en avant ce concept de responsabilité partagée pour éviter de mettre tout le poids de la prévention sur la personne séropositive. Dans une relation, les deux personnes sont responsables de la prévention, d’autant plus que beaucoup de séropositifs ignorent leur séropositivité», ajoute Thierry Martin.

Le nouveau paradigme de prévention

Les nouvelles stratégies de prévention proposées aujourd’hui, comme les nouveaux moyens de protection, définissent encore un véritable nouveau paradigme de la prévention. Ceci soulève un tas de questions qui vont devoir être débattues, réfléchies, concertées.

La Plate-forme prévention sida insiste, pour sa part, sur l’importance d’utiliser toujours un préservatif, associé à un lubrifiant, lors de chaque rapport sexuel. L’émergence de nouvelles stratégies de prévention, qui sont au coeur du débat quand on aborde la question du sida, ne doit pas écarter d’emblée les anciennes stratégies qui ont fait leur preuve et démontré leur efficacité. Ainsi le préservatif reste l’outil de prévention privilégié pour se protéger des infections sexuellement transmissibles et du sida, les autres techniques se combinent avec lui. À l’Observatoire du Sida et des Sexualités, on espère que cette volonté politique de garantir l’accessibilité au préservatif par sa gratuité s’inscrira dans la durée, sur le long terme. «Il nous paraît important de mettre en avant le concept central de la prévention combinée. En ce qui nous concerne, nous sommes assez contents car le Plan fédéral a pris en compte à la fois les acquis du travail de prévention comportementale mis en place et qui diffuse la norme de prévention reposant sur le préservatif et l’usage du lubrifiant, et en même temps il intègre la nouvelle donne sanitaire en matière de traitement comme de prévention», analyse Myriam Dieleman.

À l’écoute des patients

La création d’un Conseil des personnes vivant avec le VIH est une autre mesure phare du Plan bien accueillie, même si à ce stade plusieurs questions restent sans réponse. Ainsi, quelles seront les modalités du fonctionnement de ce Conseil ? Quelle y sera la représentativité des personnes vivant avec le VIH ? Sur quels aspects concrets du Plan ce Conseil pourra-t-il se prononcer ? Sera-t-il consulté pour des questions qui ne touchent pas au Plan ? Aura-t-il un avis consultatif ou contraignant ?

Les interrogations, on le voit, ne manquent pas. Autant de points que la Plate-forme prévention sida considère néanmoins essentiels pour déterminer le pouvoir réel du Conseil et des personnes vivant avec le VIH, lors des choix relatifs à l’implantation concrète du Plan.

«Pour l’instant, il s’agit encore de voeux pieux, il faudra voir ce qu’il va en advenir», ajoute Myriam Dieleman. Et d’observer que si des actions sont déjà menées par divers organismes avec les personnes vivant avec le VIH, le sentiment prévaut largement qu’il s’agit d’un grand pas en avant. «Reste à voir concrètement comment tout cela va s’organiser, comment cela va être institutionnalisé, qui va représenter qui, les enjeux de légitimité… Représenter les séropositifs n’est pas un enjeu facile car c’est un public hétérogène, il y a plusieurs voix à l’intérieur de ce public».

Les moyens suivront-ils ?

Pour sa part, Maureen Louhenapessy se félicite que ce nouveau Plan VIH souligne l’importance d’une prévention ciblée vers les deux groupes de population les plus concernés, à savoir les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) et les personnes migrantes. «En soi, ce n’est pas nouveau, cela fait 27 ans que l’on poursuit cette politique de prévention à travers des programmes adaptés pour les migrants. Reconnaître la spécificité des migrants et leurs besoins particuliers en termes de prévention et d’accompagnement est cependant fondamental. Il faut toutefois faire attention de ne pas stigmatiser cette population, aussi être très clair sur les objectifs, ce que l’on considère comme prioritaire et sur les moyens que l’on est prêt à y allouer».

Les acteurs de la prévention se montrent donc satisfaits des mesures proposées dans le Plan, les grandes lignes de travail et priorités. Ce Plan leur donne la possibilité d’avancer dans leurs objectifs, de communiquer de manière cohérente, concertée et en même temps de façon efficace et précise. Mais tous attendent de voir concrètement quel impact budgétaire aura la régionalisation des compétences en matière de promotion de la santé dans la mise en oeuvre de la 6e réforme de l’État. Certains redoutent un problème de moyens. «Les organisations dévouées à ces missions auraient besoin d’une sérieuse augmentation de leurs moyens, la tâche est grande mais les budgets sont faibles», constatent-ils. Ils s’interrogent sur les financements qui seront alloués aux associations pour mettre en place le Plan. Par ailleurs, comment les Régions et Communautés vont-elles prendre cela en charge, dans le cadre actuel de régionalisation de compétences qui relevaient jusqu’à présent du Fédéral, se demandent-ils.

Ex Aequo entend rappeler que ‘regarder la maladie en face’, c’est non seulement définir des axes stratégiques et faire des propositions, mais c’est aussi assurer un financement adéquat pour que les acteurs de terrain puissent intégrer ces nouvelles missions. «Les associations communautaires ont joué le jeu en contribuant, aux côtés des acteurs psycho-médico-sociaux, à l’élaboration de ce Plan. Plusieurs de nos revendications sont rencontrées et des associations telles que la nôtre vont se voir confier de nouvelles missions. Il faudra que toutes les entités du pays ne l’oublient pas lorsqu’il faudra attribuer des budgets…».

(1) On aurait voulu dire la même du projet de Plan Alcool 2014-2018, mais il a été efficacement contré par les relais politiques du lobby du secteur des boissons alcoolisées (ndlr)…
(2) Vous pouvez consulter le Plan à l’adresse suivante: https://www.laurette-onkelinx.be/articles_docs/Plan_VIH_FR.pdf
(3) L’objectif de la prévention combinée est de construire des synergies entre stratégies comportementales, structurelles et biomédicales. Cette articulation, et c’est assez nouveau, tend à faire converger prévention, dépistage et maintenant traitement dans une approche globale, ce que les progrès récents en matière d’antirétroviraux rendent possible.

La promotion de la santé et le web 2.0, parlons-en !

Le 30 Déc 20

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Forte de son expertise en communication et de son expérience en gestion de sites Internet, pages Facebook et autres medias numériques, l’asbl Question Santé organise à Bruxelles le 18 mars 2014 une journée de réflexion et d’échanges concrets sur la place de la prévention et de la promotion de la santé sur le web.

Le secteur non-marchand et plus particulièrement celui de la promotion de la santé se met à l’ère numérique : pages Facebook, sites Internet, lettres d’information, e-permanences et autres se multiplient. Dans une volonté de rester proches de leur public et/ou des nouvelles technologies, les intervenants réinventent leurs techniques de communication et innovent. Le phénomène du web social séduit, non sans amener son lot de questions…

Le moment est venu de prendre un peu de recul et de se pencher sur les questions que cela soulève.

Le programme de la journée, en cours de finalisation au bouclage de ce numéro d’ Éducation Santé, s’appuie sur les interrogations et besoins formulés lors d’un ‘petit-déjeuner des risques’ organisé en octobre 2013 par Modus Vivendi et Question Santé avec quelques acteurs de terrain.

Au menu de la journée, Question Santé vous proposera :
– des ateliers d’échanges. Ils aborderont les questions suivantes : le web au sens large permet-il de rencontrer les objectifs spécifiques de la promotion de la santé ? Quelles stratégies pour une communication web ? Les forums et autres espaces de discussion en ligne permettent-ils un soutien social ? Quel temps et quel budget investir dans ces nouvelles formes de communication ? Comment les évaluer ?
– des interventions d’experts internationaux se pencheront avec nous sur quelques questions clés : en quoi les outils web peuvent-ils contribuer à l’implantation des stratégies de promotion de la santé ? Ces outils permettent-ils de diminuer la fracture sociale en matière de santé ou, au contraire, renforcent-ils les inégalités ? Quelle éthique en matière de santé sur le web ?
– des présentations de réalisations concrètes, dont les promoteurs partageront leurs réussites, leurs motifs de satisfaction, mais aussi leurs doutes et leurs questions.

Cultures & Santé, Éducation Santé, les CLPS de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Loveattitude.be, Modus Vivendi, Pipsa et la Plate-forme prévention sida sont partenaires de cette initiative. Si vous êtes intéressé(e), signalez-le à info@questionsante.org. Le programme complet de la journée vous sera communiqué prochainement.

Culture et bien-être : un projet évolutif et participatif

Le 30 Déc 20

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En octobre 2008, dans le numéro 238 du mensuel Éducation Santé , sous le titre ‘Des médias locaux pour la santé, parlons-en !’, nous présentions déjà cette initiative entamée dès l’automne 2007. Au travers de multiples partenariats avec les médias, le secteur culturel et le secteur de la promotion de la santé, nous avions voulu, en exploitant de nouveaux canaux de communication, mettre la santé et le bien-être au cœur des préoccupations quotidiennes de chacun. Cette initiative visait à atteindre plusieurs objectifs : renforcer l’approche intersectorielle de la santé en aidant les acteurs sociaux, éducatifs, culturels, économiques et environnementaux à mieux prendre conscience du rôle qu’ils ont à jouer dans la mise en place de démarches locales de promotion de la santé; diffuser de manière récurrente des informations scientifiquement fiables et accessibles au grand public; multiplier les lieux où il est possible de réfléchir sur les questions liées à la santé et à la qualité de la vie. Au fil des années, ce vaste projet a évolué, s’est diversifié et s’est efforcé de renforcer sa dimension participative.

La première mouture de ‘Culture et Bien-être’ comportait plusieurs volets complémentaires :
– des ciné-débats organisés au cinéma Le Parc en impliquant des partenaires spécifiques selon les thèmes abordés ;
– des présentations de vidéogrammes, à la Médiathèque de Charleroi, pour mieux faire connaître son catalogue ‘Éducation pour la Santé’, soit à destination de professionnels en les incitant à réfléchir sur la manière d’utiliser ce type de supports avec des publics ciblés, ou à destination d’un large public avec débats en présence de personnes ressources ;
– des billets hebdomadaires sur des questions de santé publiés en version longue dans le journal toutes-boîtes Belgique N° 1 (devenu Vlan ) et en version courte sur le télétexte de Télésambre. La réalisation et la diffusion d’une trentaine de clips santé ‘Les clins d’œil de Flo’, en partenariat avec Télésambre. Clips réalisés sur un ton positif permettant de faire passer des messages destinés au grand public sur des thèmes variés.

Depuis 2008, l’organisation régulière de cinés-débats au cinéma Le Parc s’est poursuivie tout comme la publication hebdomadaire d’Infos Santé sur des thèmes liés à l’actualité et aux saisons dans les colonnes de Vlan et sur le télétexte de Télésambre.

De nouvelles initiatives : deux Bourses-Carrefours pour découvrir d’autres outils culturels

Ces rencontres de la création culturelle et de la promotion de la santé ont permis de susciter la réflexion personnelle et collective auprès de différents publics: adolescents, adultes, personnes âgées, professionnels ou non, mais aussi d’encourager la créativité, la découverte de ressources utiles pour les actions de chacun visant à préserver et à améliorer la santé et le bien-être. Ce nouveau développement du lien entre la culture et le bien-être est aussi une autre manière de rencontrer nos objectifs initiaux.

Lors de la première Bourse-carrefour (2009), trois thèmes et un public ont été privilégiés : l’alimentation, la sexualité et les assuétudes chez les adolescents. Des animations ont été organisées autour de différents courts, moyens et longs métrages, de films documentaires et de fiction…

D’autres outils culturels ont montré toute leur pertinence : le théâtre, l’illustration, la bande dessinée et la chanson.

‘Bouffe la vie’, un spectacle de théâtre-action créé par l’Atelier Théâtre Croquemitaine a suscité le débat sur la malbouffe, le gaspillage, la destruction de l’environnement. ‘www contrôle sexe delete’, un spectacle de théâtre-forum animé par la Compagnie Buissonnière et Graffiti a permis à des adolescents de s’exprimer par le jeu théâtral sur la sexualité, l’homosexualité, les I.S.T et la pornographie. ‘Dépendances – Toxicomanies’, une exposition produite par l’association ‘Carrefour Santé’ – une association née d’une union entre la Ville et la Caisse Primaire d’Assurance Maladie de Nancy – a pu sensibiliser le public fréquentant la Médiathèque de Charleroi sur les dangers de l’alcool, du tabac, des drogues…

Par ailleurs, grâce à la collaboration fructueuse entre le Centre Local de Promotion de la Santé de Charleroi-Thuin, l’asbl Charleroi Chansons/Wallonie-Bruxelles et les Services centraux de la Médiathèque, un CD réunissant une sélection de chansons écrites et interprétées par des artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles – abordant des questions liées à la santé globale, c’est-à-dire touchant l’être humain dans ses différents aspects, qu’ils soient physiques, psychologiques, sociaux ou environnementaux – a été produit sous le titre ‘Des plumes et des voix… pour réchauffer les maux (1)’. Un guide pédagogique accompagnant le CD a également été élaboré tandis qu’un groupe d’étudiants de l’Académie des Beaux-Arts de Tournai s’est investi dans la réalisation d’illustrations et de planches de bande dessinée accompagnant les textes de chacune des chansons figurant sur le CD. Leurs œuvres ont été présentées dans plusieurs lieux de Wallonie et à Bruxelles.

Grandir, c’est vieillir; vieillir c’est grandir

En 2010, la seconde Bourse-Carrefour a abordé les questions liées au vieillissement ainsi qu’aux relations intergénérationnelles. Ici aussi, des films documentaires et de fiction ont été présentés ainsi que trois spectacles de théâtre.

‘De Trop ?’ un théâtre-forum – conçu par la Compagnie Maritime et le Théâtre Le Public – qui interroge la problématique du vieillissement et ses répercussions sur les relations entre générations : que faire de nos vieux parents ? Pendant combien de temps encore seront-ils suffisamment autonomes pour vivre seuls ? Peut-on raisonnablement les laisser à la maison quand la perte d’autonomie devient manifeste ? Comment choisir une maison de retraite qui ne soit pas un ‘gagatorium’ ? Quelles sont les alternatives possibles pour accompagner les familles dans le maintien à domicile ?…

‘La vie en plus !’ un spectacle de théâtre-action réalisé par l’UCP Mouvement Social des Aînés (rebaptisé depuis lors Énéo) avec la Compagnie Alvéole Théâtre, écrit et joué par cinq actrices et acteurs de trente-cinq à quatre-vingts ans, conçu pour être un outil de sensibilisation destiné aux aînés et à leurs enfants ainsi qu’au personnel des maisons de repos. Il illustre les difficultés rencontrées par les aînés et leur famille lors de la transition du domicile vers la maison de repos : comment aborder le problème du vieillissement ? Quel logement est le mieux adapté pour la personne âgée ? Comment informer et décider dans le respect de l’autre…?

‘Minute Papillon’, une création de Stéphanie Lepage qui est un remarquable travail sur la mémoire et la transmission. Comment, en fin de parcours, raconte-t-on ce qu’on a vécu ? Que choisit-on de dire ou de taire ? Pour comprendre cette ‘mort sociale’ à laquelle conduit fréquemment l’entrée dans la vieillesse, la comédienne a voulu entendre et faire entendre la parole des personnes âgées. Trois semaines d’immersion dans un home bruxellois lui ont permis de rencontrer des femmes âgées, porteuses d’histoire et de récolter le récit de leur existence mais aussi d’observer comment elles vivent ou plutôt, comment on les fait vivre. Et de découvrir le regard qu’elles posent sur le monde d’aujourd’hui.

Une autre originalité de la seconde Bourse-Carrefour a été de présenter l’exposition ‘Les couleurs de l’oubli’ rassemblant une sélection d’œuvres peintes par des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer, peintes parfois à la veille de leur mort. François Arnold, artiste plasticien, créateur et animateur de l’atelier de peinture de l’Arbre à Mains à l’Hôpital Georges Clémenceau de Champcueil dans l’Essonne en France a expliqué sa démarche lors d’une rencontre programmée dans le cadre de l’exposition. Nous reprenons ici un bref extrait de son intervention : «Par-delà la diversité des peintures, le message apparaît clairement : l’homme, jusqu’à la dernière heure de sa vie, est capable de s’exprimer en beauté et d’y trouver joie. Puisse ce message être saisi et donner envie d’aller au-devant des vieillards et de créer des temps et des lieux où ils laissent jaillir leurs émotions, leur rayonnement intérieur et le savoir d’une vie».

Concours-photo, exposition et photo-langage

En 2011, afin d’élargir encore le champ des outils culturels exploitables dans le domaine de la promotion de la santé, un concours-photo intitulé ‘Ma santé c’est…’ a été lancé. La prise en photos d’images ou de mises en scène représentatives de la santé par les participants de ce concours avait pour objectif de les inciter à réfléchir sur ce que représentent pour eux la santé et les facteurs qui la déterminent ou l’influencent. Ouvert à tout groupe, scolaire ou associatif, de l’arrondissement de Charleroi-Thuin (2), il a produit un ensemble hétérogène de clichés représentatifs des préoccupations de nos jeunes, nos adultes, valides et non-valides.

Dans un second temps, un jury, composé de professionnels de la promotion de la santé, du monde artistique et de représentants de la population carolorégienne (via les Conseils Consultatifs des Jeunes et des Aînés), s’est chargé de sélectionner quinze photos représentatives de l’ensemble des productions et pouvant constituer une exposition itinérante, à visée didactique, sur les déterminants de la santé.

Depuis l’été 2012, l’exposition de photos ‘Ma santé c’est…’ circule dans différents lieux, écoles et associations de l’arrondissement… Cette année, parmi les pistes d’exploitation pédagogique des photos recueillies dans le cadre du concours, l’équipe du Centre local de promotion de la santé de Charleroi-Thuin et ses partenaires ont décidé de réaliser un photo-langage sur le thème générique du bien-être, outil inexistant à ce jour pour un public d’adultes ou d’adolescents. L’ensemble des cinquante photos rassemblées dans le photo-langage offre une approche globale de la santé perçue comme ‘un état complet de bien-être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité’ (voir la célèbre définition de l’Organisation Mondiale de la Santé).

Être en bonne santé ou ‘se sentir bien’ pourra donc signifier pour certains, avoir un travail ou bénéficier de bonnes conditions de travail, pour d’autres, profiter de moments de détente en famille ou avoir une relation amoureuse harmonieuse, ou encore aller à l’école, avoir la possibilité de bouger, de voyager, etc. Le photo-langage ‘Je me sens bien quand…’ est destiné aux professionnels de la santé, du social ou de l’enseignement – animateurs, infirmières PSE, responsables de projets communaux… – familiarisés avec les animations en promotion de la santé et désireux de mener un projet autour de la santé et du bien-être, de la réduction des inégalités sociales de santé ou de la qualité de la vie des citoyens.

L’organisation de ce concours-photo nous a permis de rencontrer les différents objectifs de la démarche globale de création de liens entre le secteur culturel et la promotion de la santé. Au-delà du résultat concret de production de photos, nous avons également pu tirer plusieurs enseignements liés à la participation au projet :
– le travail en groupes rassemblés autour de la question «Qu’est-ce qui influence ma santé?» a permis de susciter des dynamiques particulières au sein de ceux-ci afin de les amener à développer leurs potentialités, aussi bien au niveau de leur capacité de réflexion qu’au niveau de leur capacité créative. Il a également permis, au sein de ces groupes, d’enrichir chaque personne à travers la confrontation d’idées, la stimulation intellectuelle et le renforcement du sentiment d’appartenance à un groupe;
– le thème choisi a permis aux groupes d’intégrer le concept de ‘santé globale’. Sans doute mieux que tous les schémas théoriques, ce travail de réflexion et de construction collective de photos a réellement plongé les participants au cœur des déterminants de la santé et de l’approche intersectorielle prônée par les acteurs de la promotion de la santé;
– l’utilisation de la photo permet aux personnes et aux groupes qui éprouvent des difficultés à s’exprimer de trouver un support d’expression où ils peuvent projeter leurs idées sans implication personnelle directe… même si nous avons pu remarquer que certains groupes n’ont pas hésité à se mettre en scène.

L’aventure continue…

Le projet ‘Culture et ‘Bien-être’ se poursuit et s’efforcera d’élaborer d’autres outils culturels encourageant l’implication active de la population sur les questions liées à la santé et à la qualité de la vie.

La Régionale de Charleroi du G.S.A.R.A. (Groupe socialiste d’action et de réflexion sur l’audiovisuel) a rejoint le groupe de pilotage du projet pour travailler avec lui à la réalisation de capsules audiovisuelles de sensibilisation sur la santé globale et le bien-être. L’objectif est qu’elles puissent être utilisées dans les associations, les maisons médicales et diffusées sur Télésambre. Pour les réaliser – en partant des groupes qui ont participé au concours-photo – l’équipe de tournage ira chercher la parole de jeunes, de personnes âgées, de mères, de femmes, de pères, d’hommes, d’handicapés, d’immigrés, de citoyens, de décideurs politiques… Montrer aux gens qu’ils sont plus acteurs de la santé, de leur santé qu’ils ne le pensent sera évidemment l’idée centrale de cette prochaine étape du projet !

Pour plus d’informations sur ce programme : Nancy Peltier ou Philippe Mouyart au 071 33 02 29.

(1) Voir l’article de S. Trappeniers et C. Feulien, ‘Santé, musique et contes, ou comment aborder des choses graves… avec légèreté’, Education Santé n° 264, février 2011, https://www.educationsante.be/es/article.php?id=1342
(2) Ce concours-photo a mobilisé les élèves de quatrième Humanité du Collège Notre-Dame de Bon Secours de Binche, ceux de sixième Humanité du Centre Scolaire Saint-Joseph – Notre-Dame de Jumet, l’Espace Citoyen de Dampremy, le Plan de Cohésion Sociale et le CPAS d’Anderlues, l’UCP Mouvement Social des Aînés (Énéo) de Gilly, ‘La Braise Culture’ asbl de Charleroi et ALTEO Mouvement Social de ‘Personnes malades, valides, handicapées’ à Charleroi. Voir l’article de Carole Feulien ‘La promotion de la santé en photos, une initiative du CLPS de Charleroi-Thuin’, n° 286, février 2013, https://www.educationsante.be/es/article.php?id=1557

Le ‘tracking’ au service de la promotion de la santé

Le 30 Déc 20

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En 2012, l’Inpes (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé) a mis en place un nouvel outil d’analyse le ‘tracking’. L’utilisation de cette technique d’analyse dynamique de la communication publicitaire d’une marque et de son incidence sur l’attitude et le comportement des consommateurs à son égard est innovante dans le champ sanitaire et social.

Pourquoi le ‘tracking’ ? L’Inpes souhaitait mettre en œuvre une procédure d’évaluation à la fois plus généraliste et plus régulière. D’où le choix d’une technique permettant notamment d’aborder dans un même questionnaire plusieurs thématiques de santé et de suivre dans le temps l’évolution des données recueillies.

Plusieurs objectifs à propos… des campagnes

Il s’agit de ‘post-tester’ les campagnes de communication, en mesurant tout d’abord les taux de mémorisation spontanée et de reconnaissance après visualisation. Ensuite, des questions de compréhension et de perception peuvent être posées. Enfin, les comparaisons des indicateurs de santé ‘avant/après’ et ‘exposés/non-exposés’ donnent des indications sur l’impact des campagnes. Un même dispositif de communication peut être testé plusieurs fois pour observer l’évolution de sa trace mémorielle.

… des dispositifs d’aide à distance

La plupart des campagnes de l’Inpes renvoient vers des dispositifs d’aide à distance (lignes téléphoniques ou sites internet). En plus des chiffres aujourd’hui disponibles sur l’évolution du nombre d’appels ou de clics en ligne, le ‘tracking’ permettra d’observer l’évolution de la connaissance et du recours à ces dispositifs, ainsi que d’identifier le profil des utilisateurs.

… et des indicateurs de santé

L’Inpes pourra également mesurer et suivre l’évolution des indicateurs de santé pour chaque comportement défini dans sa programmation (ex : arrêter de fumer), et identifier les déterminants psychosociaux de l’intention d’adopter ces comportements via la ‘théorie du comportement planifié’ (voir encadré).

En effet, les indicateurs de santé sont construits selon les théories et les méthodes psychosociales sur les comportements de santé, notamment celle proposée par Icek Ajzen en 1985. La mesure et le suivi de l’évolution de ces indicateurs renseignent sur l’impact des campagnes de communication au regard de plusieurs paramètres: l’intention, l’attitude, la norme et le contrôle. Par ailleurs, une analyse plus prospective de ces indicateurs permet d’orienter les stratégies de communication.

Des études bimestrielles

Après une première phase expérimentale, réalisée en juillet 2012, l’Institut a lancé deux vagues du ‘tracking’ en octobre et décembre auprès d’un échantillon représentatif de 3 000 personnes âgées de 15 ans et plus, recrutées dans le cadre d’un access panel (panel qualifié d’individus volontaires, créé à l’initiative d’une société d’étude) et interrogées sur internet. En plus des indicateurs relatifs à la connaissance et au recours aux dispositifs d’aide à distance, les indicateurs de santé de dix grandes thématiques ont été mesurés: le tabac, les risques solaires, l’alcool, la toxicomanie, les risques auditifs, la parentalité, la nutrition, l’activité physique, les accidents de la vie courante des jeunes enfants et la pollution de l’air intérieur.

En 2013, trois nouvelles thématiques ont été ajoutées – santé sexuelle, hygiène et vaccination –, portant ainsi leur nombre à treize. Afin de limiter la durée des questionnaires, elles sont désormais réparties en deux groupes distincts et explorées en alternance à un rythme mensuel auprès d’échantillons plus restreints (2 000 personnes).

La ‘théorie du comportement planifié’

La ‘théorie du comportement planifié’ (Ajzen, 1985) stipule que l’adoption d’un comportement de santé par un individu dépend directement de son intention d’adopter ce comportement, et cette intention dépend elle-même de trois déterminants psychosociaux majeurs : l’attitude (opinion de l’individu vis-à-vis du comportement), la norme sociale (opinion de l’entourage vis-à-vis du comportement) et le contrôle comportemental (facilité perçue à adopter le comportement).

Le ‘tracking’ mesure ces quatre paramètres – voire dans certains cas d’autres déterminants plus mineurs – pour chacun des comportements de santé identifiés.

Les items sont tous construits selon une logique particulière : ils ne sont pas présentés sous la forme de questions, mais d’affirmations à la première personne du singulier. Ils doivent être les plus spécifiques possibles. Quelques exemples : «Au cours des 30 prochains jours, j’ai l’intention d’arrêter de fumer» (intention). «Je pense qu’arrêter de fumer au cours des 30 prochains jours serait une bonne chose pour moi» (attitude). «Si j’arrêtais de fumer au cours des 30 prochains jours, les personnes qui comptent pour moi m’approuveraient » (norme). «Au cours des 30 prochains jours, il serait facile pour moi d’arrêter de fumer» (contrôle).

Parler santé aux ados

Le 30 Déc 20

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Évoquer la santé avec des jeunes de 14 à 18 ans n’est pas chose aisée. Souvent, ils se montrent peu préoccupés par ce sujet et peu enclins à écouter les conseils de leurs aînés. Un nouvel outil permet de mettre en débat des problématiques comme les addictions, le stress, la mauvaise alimentation… au sein des classes ou d’autres groupes de jeunes.

Promouvoir la santé auprès des adolescents relève parfois de la gageure. Pourtant, ce public fortement concerné par des comportements à risques (tabac, alcool, drogues, alimentation peu équilibrée…) constitue une cible prioritaire dans les stratégies de promotion de la santé. Avec les adolescents, la prévention via l’information pure et simple ne semble pas être la bonne solution. En effet, le jeune, en pleine phase de construction de son identité, est par définition un être de contradictions, souvent en rébellion face à l’autorité, en recherche de nouveaux repères et de limites. Il n’hésite pas à expérimenter des conduites à risques.

Dans le domaine de la promotion de la santé, les actions ne sont pas rares autour des problématiques comme le binge drinking (consommation excessive et sur un court laps de temps d’une grande quantité d’alcool), le cannabis et son addiction mais aussi la conduite automobile — et en particulier les excès de vitesse —, les rapports sexuels non protégés, etc. L’approche se doit d’être adaptée aux jeunes pour que les messages soient réellement entendus. Par exemple, conseiller simplement à des ados de ne pas fumer risque de renforcer leur envie de braver l’interdit…

Développer l’esprit critique

Depuis la rentrée scolaire 2013, Infor Santé, le service de promotion de la santé de la Mutualité chrétienne, a mis sur la toile un outil spécifique afin de faciliter la communication ‘santé’ vers le public adolescent.

Pour Infor Santé, les adolescents ne sont pas des inconnus. Le service de promotion de la santé s’est déjà frotté à eux avec son outil pédagogique ‘Et toi, tu manges quoi ?’ . Au travers de ‘petits débats entre ados’ , il s’agissait d’aborder des thématiques relatives à l’alimentation, comme les régimes, les fast-foods, les produits light, l’alcool, les allégations santé, le développement durable, l’activité physique.

Le principe qui avait guidé l’outil est simple : pour changer les comportements des jeunes, il s’agit avant tout de leur permettre de développer leur esprit critique et leur estime de soi. C’est une animation basée sur le débat qui a été proposée aux professionnels en contact avec les jeunes: le ‘frasbee’. Contraction de ‘phrase’ et de ‘frisbee’, cette technique participative invite les jeunes à prendre position sur des affirmations et à échanger leurs arguments respectifs. Les phrases vont et viennent au sein du groupe, sans que l’animateur n’apporte lui-même d’information. Il recadrera le débat et complètera l’information si nécessaire.

Et de deux

Ce nouvel outil de la Mutualité chrétienne a obtenu un ‘coup de cœur’ du jury d’experts de l’Outilthèque PIPSA. Carton plein donc pour Infor Santé, dont le projet ’11 bouge’ avait obtenu la même distinction voici un peu plus d’un a, (1).

En une heure d’animation, les jeunes consommateurs peuvent ainsi envisager tout ce qui les pousse à faire des choix au quotidien, en prendre conscience et s’interroger sur leurs comportements. Ils posent un premier pas vers un esprit critique plus affûté… Intéressant, par exemple, de découvrir que les composants des boissons énergisantes sont détaillés sur les canettes et que la taurine ne provient pas des testicules des taureaux, mais est un acide aminé.

Des réseaux sociaux aux produits light

Voilà quatre ans que tourne ‘Et toi, tu manges quoi’ , auprès des professionnels de l’éducation, du social et de la santé. Infor Santé constate que l’outil fonctionne plutôt bien. Les jeunes apprécient de s’exprimer librement, de partager leurs connaissances. Et leurs professeurs se disent séduits par ces nouvelles techniques d’apprentissage et de partage des savoirs. Alors pourquoi s’arrêter à l’alimentation et ne pas aborder d’autres thèmes liés à la santé via cette technique ?

Infor Santé a choisi d’élargir l’objet des débats. Il crée aujourd’hui ‘Et toi, t’en penses quoi ? Débats entre ados’ , une version 2.0 du premier outil pédagogique. Au menu, pas moins de quatorze thématiques à aborder avec les jeunes de 14 à 18 ans: alcool, boissons énergétiques, consommation durable, drogues et addictions, eau et soda, fastfood, vie relationnelle et affective, produits light, régimes, réseaux sociaux, activité physique, stress, tabac, habitudes alimentaires.

Chacune des thématiques a été travaillée avec des experts en la matière (psychologues, médecins, spécialistes des nouvelles technologies…) et testée auprès de classes et groupes de jeunes, de manière à les rendre les plus adaptées possible à leurs réalités.

Un site complet et pratique

Essentiellement conçu pour les éducateurs, les enseignants, les animateurs… l’outil se présente sous la forme d’un site internet : https://www.et-toi.be. On peut y trouver toutes les informations pratiques sur la philosophie de l’outil (basée sur le développement et le renforcement de l’estime de soi notamment), le principe et les données techniques de l’animation, ainsi que de la théorie et des fiches d’animation spécifiques par thématique. ‘Mon dossier’ permet même de constituer un support d’animation sur mesure. En trois clics, l’animation est charpentée et documentée, prête à l’emploi. De quoi satisfaire tout animateur en herbe ou confirmé ! Bien entendu, le site est accessible à tout un chacun, du parent qui s’interroge sur l’une ou l’autre des thématiques abordées, à l’ado qui se montre curieux d’avoir une première information validée.

Une formation complémentaire

Tous les professionnels ne sont pas des gestionnaires de débats aguerris. Pour ceux qui le souhaitent, une formation complémentaire gratuite accompagne l’outil. Des sessions ouvertes à tous sont organisées sur l’ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles. L’occasion d’approfondir la technique du ‘frasbee’, les fonctionnalités du site mais aussi et surtout de développer ses compétences en gestion de débat.

Pour de plus amples informations sur l’outil et sur les formations: https://www.et-toi.be

Le débat comme outil

“Et toi, t’en penses quoi ?“ s’appuie sur la technique du ‘frasbee’. Des phrases sont lancées comme des frisbees pour susciter le débat; elles vont et viennent entre les participants.

Exemples des phrases de débat préparées pour 14 thématiques sur https://www.et-toi.be :
“Passer quatre heures par jour devant un écran, c’est acceptable.“
“Si on fait du sport, on peut manger plus.“
“Tant que tu gères ta consommation, tout va bien!“
“Le light, c’est pour les filles.“
“Des fraises à Noël, pourquoi pas?“
“Fumer, ça donne un genre.“

Et la discussion est lancée…

Cet article est paru dans En Marche le 19 septembre 2013. Nous le reproduisons avec son aimable autorisation.

(1) Voir l’article ’11 bouge avec la Mutualité chrétienne’ de Maryse Van Audenhaege et Carole Feulien, Éducation Santé n° 285, janvier 2013, https://www.educationsante.be/es/article.php?id=1543

Inégalités sociales de santé à Bruxelles : pas seulement une question de soins

Le 30 Déc 20

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Le 14 novembre dernier, la Fédération des institutions médico-sociales (FIMS) organisait au Parlement francophone bruxellois une rencontre autour des réalités en matière d’inégalités sociales de santé en Région bruxelloise. Différents acteurs ont mis en lumière les problèmes et besoins propres à une ville-région telle que Bruxelles – lieu de croisement, de proximité, de diversité culturelle, de fortes différences sociales – et ont tenté d’apporter des pistes de solution aux problèmes rencontrés.

D’emblée, le sociologue de la santé Vincent Lorant (1) a mis les pieds dans le plat en affirmant que, si les inégalités de santé constituent un problème important et complexe, celui-ci ne figure pourtant pas encore à l’agenda politique.

«Le paradoxe, c’est que nos économies développées, non seulement celle de la Belgique, mais aussi des pays disposant d’une protection sociale encore plus forte que la nôtre (les pays scandinaves, par exemple), n’ont pas éliminé les inégalités de santé, même si l’espérance de vie, elle, s’est effectivement améliorée» , explique Vincent Lorant. «Autrement dit, les espoirs que l’on aurait pu placer dans la protection sociale pour réduire les inégalités de santé n’ont pas encore été rencontrés jusqu’ici. Et nous ne possédons actuellement aucune indication au niveau international qui démontre que les systèmes de protection sociale conduiront à une élimination des inégalités sociales de santé.»

Approche des inégalités par le gradient social

Alors, pourquoi les inégalités de santé ne diminuent-elles pas ? L’approche ‘pauvre’ versus ‘non pauvre ‘ n’est pas la bonne, observe le sociologue. «Il faut s’intéresser aux inégalités qui existent au niveau de l’ensemble de la population. Elles suivent en effet une distribution socialement stratifiée au sein de la population.» Cela signifie que chaque catégorie sociale présente un niveau de mortalité et de morbidité plus élevé que la classe immédiatement supérieure.

C’est pourquoi on parle de ‘gradient social’ des inégalités de santé. «L’approche par le gradient social, évidemment plus complexe que celle qui s’intéresse à l’opposition de populations pauvres et non pauvres, explique peut-être pourquoi il est si difficile de mettre les inégalités sociales de santé à l’agenda» , avance Vincent Lorant.

Nouvelles formes de stratification sociale

Les inégalités sociales de santé sont appréhendées et étudiées à partir de sources de stratification sociale telles que le revenu, la scolarité, l’emploi, la richesse, etc. «Á Bruxelles, on voit apparaître de nouvelles formes de stratification sociale. L’une d’elles, très importante, est l’ethnicité. Un sujet difficile à aborder en Belgique. Ainsi, à Bruxelles, on compte 6 % de chômeurs parmi les personnes de nationalité belge contre 22 % chez celles qui ont la nationalité turque ou marocaine.»

Le milieu de vie, le quartier constituent une autre forme importante de stratification sociale.

Pour illustrer le fait que cette dernière entraîne des inégalités sociales de santé, le sociologue fait référence à ‘l’effet Titanic’ , un modèle utilisé en santé publique qui montre que nous ne sommes pas tous égaux face à un événement aléatoire, comme ce fut le cas lorsque chavira le Titanic. «Les groupes sociaux les plus précaires, confrontés à un événement aléatoire qui ne relève pas de leur responsabilité – on peut donc mettre de côté les comportements de santé – présentent en effet un diagnostic vital moins bon que les groupes sociaux favorisés.»

Niveau d’instruction et tabagisme

Le niveau d’instruction est une autre forme de stratification et non des moindres: «Si l’espérance de vie à 25 ans augmente dans toute la population, l’accroissement de celle-ci est légèrement plus fort dans les groupes où le niveau d’éducation est supérieur» , constate le sociologue.

Par ailleurs, lorsqu’on s’intéresse aux inégalités liées aux comportements de santé, le tabagisme doit être pris en compte étant donné, non seulement et évidemment, le fléau qu’il représente pour la santé, mais aussi parce qu’il est plus important dans les groupes peu scolarisés.

«Les inégalités liées au tabagisme augmentent en Belgique, tant chez les hommes que chez les femmes. Dans la littérature, il apparaît qu’un quart à un tiers des inégalités de santé sont dues au tabac. Quand on sait que le tabagisme est un comportement qui s’acquiert entre 12 et 18 ans, on possède là une voie importante pour prévenir et agir.»

Nouvelles approches

Pour Vincent Lorant, les comportements de santé ne relèvent pas de la décision individuelle. Ils sont appris et maintenus au sein de groupes. «Il faut donc les appréhender au départ des groupes et cesser de les aborder dans une perspective purement individuelle. Les acteurs en santé peuvent, par exemple, utiliser les effets des réseaux sociaux pour améliorer et modifier les comportements de santé.»

L’approche par le ‘nudging’ , d’origine anglo-saxonne, constitue une autre piste pour lutter contre les inégalités sociales de santé. «Elle consiste à aider les individus à faire les bons choix de santé. Nous sommes en démocratie, on ne peut pas les forcer à opter pour des comportements sains. Mais on peut faire en sorte que les choix les plus faciles à faire soient aussi les meilleurs pour la santé. Á Chicago, une très belle expérience a ainsi montré qu’en modifiant la disposition des aliments dans les cantines scolaires, la consommation d’aliments sains a augmenté de 30 %.»

Enfin, Vincent Lorant insiste sur la nécessité d’inclure les malades chroniques dans la vie sociale. «Notre système de protection sociale a ceci de très problématique pour les malades chroniques, notamment dans le domaine de la santé mentale, qu’il les met très vite hors du marché de l’emploi. Ces malades vivent alors avec des indemnités d’incapacité ou d’invalidité. Mais au final, ce mode de fonctionnement n’est pas favorable à leur état de santé ni à leur réseau social. Évitons donc que les malades chroniques quittent les différents milieux sociaux desquels ils tirent des bénéfices et des utilités sociales.»

Des échos de terrain

Écoles favorisées, écoles défavorisées

Le Service de promotion de la santé à l’école de Bruxelles-Capitale veille sur la santé de quelque 50 000 élèves répartis dans 40 établissements bruxellois. «Ces écoles concentrent des populations socio-économiques et culturelles très différentes», explique Mina Loukili , infirmière responsable à l’antenne du Service PSE de Bruxelles-Capitale. «Si quelques écoles accueillent des jeunes issus d’un milieu socio-économique et culturel aisé, la majorité d’entre elles sont des écoles dites défavorisées, avec notamment une population immigrée, venant d’horizons très variés. Elles comptent, par ailleurs, un nombre important d’enfants primo-arrivants.»

Jana Leban , médecin scolaire au Service PSE, observe, quant à elle, des différences criantes entre les écoles favorisées et les autres. «Dans une école favorisée où les classes comptent 20 à 25 élèves, il est habituel de dépister, par classe, cinq élèves porteurs d’une pathologie. Par contre, dans une école défavorisée avec des classes d’enfants de même nombre et d’âge identique, si cinq enfants ne présentent aucune pathologie dans une classe, on trouve cela très bien ! Certains enfants cumulent plusieurs pathologies. Les enfants ne nous arrivent donc pas avec un ‘capital de départ égal’ en santé. »

Dans une école favorisée, les parents anticipent généralement les problèmes. Il y a donc peu de pathologies. «Lorsque nous demandons des résultats ou des documents, nous les obtenons» , explique le Dr Leban. Quand une pathologie est dépistée, les parents réagissent dans les heures ou les jours qui suivent. Il y a un suivi de notre travail. Dans nos écoles défavorisées, nous avons le sentiment que notre charge de travail peut facilement être multipliée par trois, voire par cinq.»

Le Service PSE met en place des permanences dans les écoles afin d’aider les parents à comprendre et à compléter les documents, les questionnaires médicaux, ainsi que les autorisations de vaccination. Les Services PSE, qui ont aussi pour mission de collecter les données vaccinales, constatent trop souvent que ces données n’existent pas dans les écoles défavorisées. «Le carnet de vaccination est incomplet, voire perdu.»

Lorsqu’une pathologie est détectée, un document la décrivant brièvement est remis à l’enfant, à l’attention de ses parents. «Aussi simples soient-ils, ces documents ne sont pas compris. Nous devons faire des rappels aux parents, avoir un contact personnel avec eux pour leur expliquer de quoi il s’agit, quelles sont nos motivations. Si nous n’agissons pas de la sorte, il n’y a pas de réaction de leur part.»

Le docteur Jana Leban met en évidence le grand décalage entre le souci de dépistage des centres PSE et les préoccupations des familles qui, elles, sont totalement prises par leur quotidien, tant leur vie est difficile.

«Nous faisons notre travail au mieux de nos possibilités et je pense que nous le faisons bien» , analyse Jana Leban. «Nous dépistons un maximum de pathologies, mais il y a un réel manque au niveau de l’éducation pour la santé – qu’il s’agisse de l’hygiène, de la prévention des maladies, des addictions – que l’on pourrait apporter aux enfants, aux familles et aux éducateurs en général. L’éducation pour la santé apporterait un ‘plus qualitatif’ à notre travail. Dans le domaine de la santé scolaire, il est fondamental d’atteindre les enfants dans leur milieu scolaire, de faire des animations, de la prévention. Il est important de pouvoir également atteindre les parents ainsi que les enseignants pour qu’ils soient un relais dans l’éducation des enfants. Nous manquons malheureusement de temps et d’effectif pour faire ce travail à fond» , déplore le médecin scolaire.

Santé mentale: agir dans les milieux de vie

Manu Gonçalves , assistant social et co-directeur au Service de santé mentale Le Méridien affirme, lui aussi, que les inégalités sociales de santé sont moins le fait d’une inégalité face aux soins de santé que la conséquence d’un ensemble d’inégalités: économiques, sociales, structurelles…

Aussi estime-t-il que toute politique de santé publique visant la réduction des inégalités sociales de santé ne saurait se limiter à des dispositifs de facilitation de l’accès à la santé.

«Agir sur les inégalités passe aussi par une politique publique qui vise les déterminants de la santé, et par des actions de promotion de la santé et de prévention qui donnent aux individus et aux groupes sociaux les moyens de mieux s’approprier ce capital santé. Les manettes du changement ne sont pas entre les seules mains des services ambulatoires, en amont de la pratique. Il est indispensable qu’une action politique de lutte contre la pauvreté se dote des moyens nécessaires.»

Il identifie plusieurs pistes de solutions tirées des pratiques. «Une offre en santé mentale trouve son public si elle habite son lieu d’implantation, si elle est ouverte sur son environnement immédiat. Il est donc nécessaire de travailler au plus près du lieu de vie des gens. Il est d’abord important de poser un diagnostic des ressources et des besoins sur base d’un territoire, en tenant compte du fait que les populations changent dans les territoires. Il faut ensuite privilégier une approche basée sur la connaissance des institutions qui nous entourent et sur les partenariats.»

Il est également important que les dispositifs d’aide et de soins, de culture, de formation, d’alphabétisation, de sport restent différenciés afin de laisser aux personnes le choix d’aller et de se déposer là où elles le souhaitent. «En santé mentale, les usagers doivent pouvoir bricoler ce qui leur est utile et nécessaire pour trouver un équilibre.»

Manu Gonçalves encourage aussi à cibler les publics défavorisés et à mettre en place des approches qui tiennent compte de leurs réalités. Il considère en outre qu’il est utile d’avoir une vue d’ensemble du système sur lequel on se propose d’intervenir. «Pour cela, on n’a encore rien trouvé de mieux que de se concerter avec les personnes pour les aider à développer les ressources sur lesquelles elles peuvent s’appuyer. Il faut donc soutenir le capital social des personnes. Ce sont les relations sociales, tout autant que les interventions des professionnels, qui fournissent aux individus les ressources pour leur santé.»

Enfin, briser le cercle vicieux et remettre les gens au travail. «Si le travail n’est pas possible, il faut alors impliquer les personnes dans des projets variés qui touchent au ‘vivre ensemble’ et au ‘vivre bien’. Ces projets ne doivent pas nécessairement être en lien avec la santé mentale pour produire des effets sur la santé mentale. L’approche de santé mentale communautaire, les divers projets de cohésion sociale sont, à ce titre, de bons exemples.»

Première ligne : accessibilité financière

Pierre-Yves Van Gils , médecin généraliste à la Maison médicale du Maelbeek à Etterbeek, estime de son côté que la réduction des inégalités de santé passe par une accessibilité aux soins, en particulier pour les personnes précarisées. «Cette accessibilité a été un pilier fondateur de la Maison médicale du Maelbeek lorsqu’elle fut créée en 1976.»

Le tiers-payant y était très souvent pratiqué avant d’être remplacé, il y a deux ans, par le mode de paiement forfaitaire qui permet l’accès sans paiement aux soins de première ligne. «Étant donné que nous avons atteint le nombre maximum de patients affiliés à notre structure, nous ne pouvons plus prendre de nouvelles inscriptions, mais nous restons ouverts à l’inscription des personnes référées par les CPAS ou les services sociaux, comme des personnes bénéficiant de l’aide médicale urgente (AMU) ou des patients psychologiquement fragiles qui hésitent parfois à signer un contrat» , explique le Dr Van Gils.

Ceci dit, à la Maison médicale du Malbeek, il n’y a pas que l’aspect financier qui permette l’accès aux soins de santé. D’autres facteurs y contribuent : «Notre équipe est sensibilisée à l’accueil des personnes fragilisées, d’une part. D’autre part, nous travaillons de manière transdisciplinaire, ce qui offre une porte d’entrée vers tous les secteurs de la Maison médicale : la consultation de la psychologue, de l’assistante sociale, les activités pour les enfants, les activités intergénérationnelles, celles centrées sur la prévention. De plus, nous travaillons également en réseau et collaborons avec les éducateurs de rue, la maison de quartier Chambéry, le service social de la commune et du CPAS, le CIRÉ (Centre d’initiation pour réfugiés et étrangers), etc.

Nous avons créé il y a plus de dix ans un réseau d’entraide où les gens proposaient leurs services et leurs savoirs. Notre réseau a évolué avec l’âge de nos seniors. Nous avons redynamisé et réorienté le réseau en invitant les seniors peu ancrés dans des liens sociaux à participer comme experts à des activités : ateliers créatifs avec les enfants et les mamans de l’espace parents-enfants, tricot, réunions à thème, exposition d’œuvres à la semaine des seniors actifs de la commune, animations par les livres, les histoires… Car appartenir à un groupe social, avoir un lien notamment intergénérationnel, pouvoir donner son avis, retrouver l’estime de soi, avoir une activité, une responsabilité, une capacité à solliciter l’aide de l’entourage, sont autant de facteurs qui améliorent la vie et la santé.»

Le personnel de la Maison médicale prête, par ailleurs, une grande attention à la problématique, très importante, du logement. «Dès la création de l’agence immobilière sociale d’Ixelles, nous avons participé activement, avec d’autres partenaires sociaux, à la mise en place du projet ‘Transit Toit’. Il s’agit de logements de transit qui permettent aux personnes sans domicile fixe de pouvoir sortir de la rue et de rétablir, à partir de ce nouveau domicile, leurs différents droits sociaux (aide sociale, chômage…). Un accompagnement soutenu de notre part leur permet de retrouver un logement plus définitif. Nous aidons également toutes les personnes en recherche de logements sociaux à introduire leur dossier auprès de l’agence immobilière et leur assurons, dès leur entrée dans un logement, une guidance sociale durant la première année afin de garantir la réussite de leur projet. Depuis quelques mois, nous participons à la mise en place d’un groupe d’épargne collective et solidaire afin de permettre à des familles à revenus modestes d’accéder à la propriété.»

Autant d’initiatives qui, espérons-le de tout cœur, permettront de contrer les effets de la stratification sociale et ce faisant, de réduire les inégalités sociales de santé à Bruxelles.

Quelques chiffres révélateurs des inégalités à Bruxelles

• Le taux de femmes vivant seules et de familles monoparentales n’a cessé d’augmenter au cours des dernières décennies. Ainsi, en 2007, 25 % des femmes vivaient seules et 34,7 % des ménages avec enfants étaient des familles monoparentales.

• Un peu plus d’un quart des bébés bruxellois naissent dans un ménage sans revenu du travail (25,5 %), et près d’un quart des enfants de moins de 18 ans (22,7 %) grandissent dans ces conditions.

• Un adolescent sur quatre et une jeune fille sur six ont quitté l’école sans avoir obtenu le diplôme de l’enseignement secondaire supérieur. Ces jeunes Bruxellois ont beaucoup de difficultés à s’insérer sur le marché du travail: moins d’un tiers (31,9 %) ont un emploi.

• Si 17,7 % des élèves bruxellois en première année de l’enseignement secondaire ont déjà accumulé au moins deux ans de retard, cette proportion dépasse les 20 % dans les communes les plus pauvres, la plus haute étant observée parmi les élèves résidant à Saint-Gilles (26,7 %). Parmi les élèves résidant dans les communes à statut socio-économique élevé, cette proportion est nettement plus basse, comme à Woluwe-Saint-Pierre où elle est de 5,5 % à peine.

• En septembre 2013, le pourcentage de Bruxellois au chômage était de 17,4 %. Le taux de jeunes Bruxellois au chômage s’élevait quant à lui à 32,3 % !

• Le taux de chômage en Région bruxelloise varie fortement d’une commune à l’autre: le plus faible est observé à Woluwe-Saint-Pierre (9,8 %) et le plus élevé à Saint-Josse-ten-Noode (29,5 %). Cela représente un facteur qui influence évidemment le niveau de revenu annuel des habitants, qui diffère également de façon importante selon les communes bruxelloises : il varie de 13 289 € à Saint-Josse à près du double (22 773 €) à Woluwe-Saint-Pierre.

• Approximativement un tiers des Bruxellois (33,7 %) doit vivre avec un revenu inférieur au seuil de risque de pauvreté (2013).

• Un cinquième de la population active bruxelloise dépend d’un revenu de remplacement ou de l’aide sociale.

• 25,8 % de la population bénéficie de l’intervention majorée soins de santé ou du statut OMNIO.

• Le coût élevé du logement, qui continue d’augmenter, pèse de plus en plus lourdement dans le budget des ménages bruxellois. En outre, le nombre croissant de familles sur liste d’attente pour un logement social témoigne de l’augmentation continue du déficit en logements sociaux: moins de la moitié des demandes (47,7 %) sont satisfaites.

Source : ‘Rapport bruxellois sur l’état de la pauvreté 2013’ par l’Observatoire de la santé et du social Bruxelles-Capitale. Consultable à l’adresse : https://www.observatbru.be/documents/graphics/rapport-pauvrete/barometre-social-2013.pdf

(1) Vincent Lorant est professeur à la Faculté de Santé publique et à l’Institut de recherche santé et société (IRSS) de l’Université catholique de Louvain.

‘e-vax’, le nouveau système électronique de commande de vaccins

Le 30 Déc 20

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D’après un communiqué de la Ministre de la Santé de la Fédération Wallonie-Bruxelles

La Ministre Fadila Laanan concrétise le projet ‘e-vax’, système de commande de vaccins mis à disposition des vaccinateurs pour les enfants et adolescents.

‘e-vax’, c’est tout d’abord un outil qui permet de passer d’un système papier à un système électronique de commande de vaccins.

Chaque vaccinateur, qu’il exerce dans le cadre d’une pratique isolée, d’une pratique de groupe, d’une institution hospitalière ou d’une organisation préventive tel l’ONE ou la Promotion de la santé à l’École (PSE), pourra, à terme, commander les vaccins via ce nouveau système. Il disposera, en fonction de sa pratique, d’une certaine quantité de vaccins, dont l’application tiendra compte pour un suivi de l’évolution des stocks. Lorsque la quantité minimale sera atteinte, le vaccinateur pourra introduire une nouvelle commande de vaccins. Cette commande sera automatiquement envoyée aux divers fournisseurs et livrée à l’adresse et au moment choisis par le vaccinateur lui-même.

La plateforme web est sécurisée et n’est accessible qu’aux vaccinateurs via une authentification personnelle garantie par FEDICT, le Service public fédéral des technologies de l’information et de la communication.

Faciliter les commandes et constituer une banque de données

Outre l’objectif d’améliorer le système de commande de vaccins, l’ambition d’ ‘e-vax’ est de constituer progressivement une banque de données vaccinales conservant l’historique vaccinal de chaque individu. Cet historique vaccinal d’un individu ne sera accessible qu’aux vaccinateurs inscrits à ‘e-vax’ et qui ont une relation de soins préventifs ou thérapeutiques avec ce patient.

Garder une trace centralisée des dates de vaccination du bénéficiaire lui permettra d’éviter les soucis induits par la perte de sa carte de vaccination ‘papier’.

L’intérêt de la banque de données ira croissant au fur et à mesure de la généralisation du système à tous les vaccinateurs, pour autant que le plus grand nombre de patients acceptent de voir leurs données vaccinales reprises dans ce registre.

Comment va se déployer l’utilisation d’ ‘e-vax’ ?

Les vaccinateurs seront progressivement invités à utiliser ce nouveau système au cours de cette année 2014. Ils recevront toute l’information nécessaire en temps utile.

Pour utiliser la plateforme, il suffit de disposer d’un ordinateur, d’un lecteur de carte d’identité électronique ou d’un token, d’une connexion à Internet et d’une adresse électronique. Toute nouvelle inscription sera validée et confirmée par l’envoi d’un courriel avant que l’utilisation d’‘e-vax’ soit permise.

Dès à présent, les Services de Promotion de la Santé à l’École sont appelés à l’utiliser. À partir du mois d’avril, les médecins généralistes et pédiatres seront invités à s’inscrire sur la plateforme. En fin d’année, les consultations de l’ONE seront à leur tour invitées à participer.

Cette nouvelle application sera accessible via le lien suivant : https://www.e-vax.be.

Trop de proximité entre les firmes et les personnes chargées de les réguler

Le 30 Déc 20

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Communiqué par la Revue Prescrire N° 364, février 2014

Les firmes ont imposé leurs intérêts et leurs valeurs au détriment des politiques pharmaceutiques et des pratiques médicales.

Le Centre d’éthique de l’université Harvard (États-Unis d’Amérique) a publié ‘Corruption institutionnelle et politique pharmaceutique’.

Seize auteurs y décrivent différents aspects de la corruption institutionnelle des politiques pharmaceutiques et des pratiques médicales dans le monde, au sens où celles-ci sont détournées de leurs objectifs et de leurs valeurs d’intérêt général par l’intérêt particulier des firmes pharmaceutiques.

«En conséquence, les soignants peuvent penser qu’ils utilisent une information fiable pour appuyer des pratiques solides, alors qu’en fait ils s’appuient sur une information biaisée pour prescrire des médicaments qui ne sont pas nécessaires ou qui sont dangereux, ou plus chers que des médicaments équivalents».

Une autre analyse universitaire étatsunienne a montré qu’au fil des années s’est développée une culture commune entre les personnes travaillant pour les firmes et celles travaillant pour l’agence du médicament, la FDA. Ces dernières sont devenues ‘pro-industrie’, partageant les conceptions des firmes (ce qui est dénommé ‘capture de régulation’), notamment en admettant qu’ «il faut faire un compromis entre innovation et sécurité». Au total, «les organisations politiques de l’industrie pharmaceutique mondiale sont arrivées à fixer les termes de la discussion sur la façon dont les firmes doivent être régulées».

‘Corruption institutionnelle’, ‘capture de régulation’, les mots sont forts, à la hauteur des dégâts causés par la situation qu’ils décrivent. Plus que jamais, penser et agir dans l’intérêt premier des patients est l’antidote indispensable au détournement des politiques d’intérêt public dans le domaine de la santé.