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Education Santé: bon bulletin. Synthèse des résultats de l’évaluation 2007

Le 30 Déc 20

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Dans le courant du mois d’août, nous avons envoyé à tous les abonnés un questionnaire d’évaluation de notre publication. Combien de lecteurs la revue a-t-elle? Qui sont-ils? Sont-ils satisfaits du mensuel? Quelles sont leurs rubriques préférées? Connaissent-ils le site https://www.educationsante.be ? Le consultent-ils régulièrement?
Telles sont les questions auxquelles nous pouvons aujourd’hui apporter une réponse grâce à leur collaboration.

Les répondants, nombreux et féminins

Début 2003, lors de l’évaluation précédente, nous avions obtenu 275 réponses exploitables sur 2172 envois, soit 12,6%.
Cette fois-ci, nous avons reçu pas moins de 541 réponses (sur 2152 envois) à la date du 30/09/2007, soit plus de 25%. Ce sont les réponses prises en considération pour cette évaluation (fin octobre 2007, nous dépassions les 600 réponses). C’est un résultat remarquable pour une enquête postale. Hors salaires de l’équipe permanente de la revue, cette évaluation a coûté un peu moins de 2.500 euros (envoi du mailing, retours ‘port payé’, saisie et extraction des données), soit 2% du budget de la publication.

Tableau 1 – Âge et sexe

Sans réponse
nombre – en %
Femme
nombre – en %
Homme
nombre – en %
Total
nombre – en %
<30 ans 95 – 22.62 12 – 10.62 107 – 19.78
30 à 39 ans 93 – 22.14 15 – 13.27 108 – 19.96
40 à 49 ans 113 – 26.90 32 – 28.32 145 – 26.80
50 à 59 ans 81 – 19.29 32 – 28.32 113 – 20.89
60 ans et plus 24 – 5.71 15 – 13.27 39 – 7.21
Sans réponse 8 – 100.00 14 – 3.33 7 – 6.19 29 – 5.36
Total 8 – 100.00 420 – 100.00 113 – 100.00 541 – 100.00

Trois quarts des répondants sont des femmes, ce qui n’étonnera que ceux qui ne fréquentent pas les journées d’étude du secteur…
Deux tiers des lecteurs ont entre 30 et 60 ans, ce qui est logique pour un magazine s’adressant à des professionnels.
Les sciences de la santé dominent quant à la formation de base (près d’un répondant sur deux), devant les sciences humaines et sociales (21,5%) et l’enseignement (13,3%).
Le secteur d’activité principal est la santé, suivi par l’enseignement.

Tableau 2 – Secteur principal d’activités

nombre en%
Santé 207 37.8
Enseignement 107 18.7
Social 56 10.4
Etudiant(e) 23 4.2
Mutualité 11 2
PMS/PSE 11 2
Communication 2 0.3
Autre 121 22.3
Pas de réponse 13 2.3
Total 541 100.00

Les répondants travaillent surtout à Bruxelles (26%), Liège (22%) et dans le Hainaut (20%).

La revue, très appréciée

La majeure partie des exemplaires diffusés sont lus par plus d’une personne, et cela va jusqu’à plusieurs dizaines de lecteurs (écoles, bibliothèques, centres de documentation). En moyenne, un exemplaire de la revue est lu par un peu plus de 3 personnes . Cela veut dire qu’en vitesse de croisière Education Santé a environ 10.000 lecteurs.
94% lisent tout ou partie d’Education Santé . Seuls 6% se contentent de la feuilleter.

Tableau 3 – Comment lisez-vous Education Santé ?

nombre en%
je la lis entièrement 127 23.48
je ne lis que certains articles 378 69.87
je la feuillette 34 6.28
NR 2 0.37
Total 541 100.00

La plupart des lecteurs conservent la revue (71%) ou certains numéros (22%). Seuls 7% n’en gardent aucune trace. On notera ici que depuis la mise en ligne du contenu d’Education Santé, les articles sont immédiatement et en permanence accessibles sur la toile. Même pour l’équipe rédactionnelle, cela limite la nécessité de consulter et de donc de conserver la collection!
L’appréciation globale du magazine est très positive: 62% de ‘bon’, 37% de ‘très bon’.
Toutes les rubriques sont appréciées, et se tiennent dans un mouchoir, de 3,6 à 4 sur un maximum de 5.

A quoi sert Education Santé ?

96% des répondants estiment que la revue leur permet (au moins partiellement) de prendre connaissance d’initiatives locales et à l’échelle de la Communauté française.
95% des répondants estiment que la revue leur permet (au moins partiellement) de mieux approcher les concepts et méthodes liés à la promotion de la santé.
95% des répondants estiment que la revue leur permet (au moins partiellement) de mieux comprendre les stratégies d’action mises en place en Communauté française.
91% des répondants estiment que la revue leur permet (au moins partiellement) de faire le lien entre leur pratique quotidienne et une perspective globale de la santé.
70% des répondants estiment que la revue favorise (au moins partiellement) l’échange avec des partenaires externes.
Ce dernier score est plus faible, avec 25% des lecteurs qui répondent non. Une publication est un instrument assez ‘passif’ d’échange, et même si nous savons que les initiatives présentées dans la revue génèrent pas mal de demandes auprès de leurs promoteurs, cela reste le plus souvent de l’ordre de la demande d’informations sur les projets.

Tableau 4 – Est-ce que la revue vous permet de…

NR
nombre – en %
oui
nombre – en %
partiellement
nombre – en %
non
nombre – en %
total
nombre – en %
Mieux approcher les concepts / méthodologies liés à la promotion de la santé 22 – 4.07 347 – 64.14 160 – 29.57 12 – 2.22 541 – 100.00
Mieux comprendre les stratégies d’action mises en place en Communauté française 19 – 3.51 339 – 62.66 174 – 32.16 9 – 1.66 541 – 100.00
Faire le lien entre votre pratique quotidienne et une perspective globale de la santé 21 – 3.88 273 – 50.46 222 – 41.04 25 – 4.62 541 – 100.00
Prendre connaissance d’initiatives locales et à l’échelle de la Communauté française 2 – 2.22 420 – 7.63 100 – 18.48 9 – 1.66 541 – 100.00
Favoriser l’échange / la collaboration avec des partenaires externes 26 – 4.81 167 – 30.87 215 – 39.74 133 – 24.58 541 – 100.00

Confort de lecture

Une majorité très courte est favorable au passage à la quadrichromie intégrale (jusqu’en décembre 2007, Education Santé était imprimée en quadri pour la couverture et en 2 couleurs pour les pages intérieures).
Plusieurs personnes ayant répondu que c’était inutile ont évoqué le respect de l’environnement ou l’augmentation du coût.
Qu’elles soient rassurées, cela ne pollue pas plus (les encres intègrent cette dimension aujourd’hui) et les techniques actuelles d’impression, qui n’exigent plus le recours à de coûteux travaux de photogravure, permettent de passer à la quadrichromie quasi sans augmentation de prix.

Le site internet, des chiffres contrastés

En 2003, le faible pourcentage de lecteurs (26,5%) qui connaissaient le site nous avait surpris. Quatre ans plus tard, ils sont encore près de 60% à l’ignorer.

Tableau 5 – Connaissez-vous le site de la revue?

nombre en %
Oui 222 41.04
Non 310 57.30
NR 9 1.66
Total 541 100.00

Toutefois, 85% des lecteurs qui le connaissent le visitent au moins de temps en temps.

Tableau 6 – Si oui, le visitez-vous?

nombre en %
+ 1 fois / semaine 4 1.80
+ 1 fois / mois 42 18.92
de temps en temps 145 65.32
Jamais 27 12.16
NR 4 1.80
Total 222 100.00

Quant aux motifs évoqués par ceux qui ne le connaissent pas, le manque de temps vient en tête (32,5% des 310 réponses) avant l’absence d’accès à l’internet (17,5 %, cela reste beaucoup dans un cadre professionnel où il est de plus en plus difficile de se passer d’internet).
Les internautes familiers du site trouvent ‘très bien’ ou ‘bien’ la page d’accueil, le module de recherche, la présentation des articles, l’impression des articles, la fréquence de mise à jour (elle est hebdomadaire), l’agenda et les brèves.
Nous avons volontairement omis de mettre en ligne le sempiternel ‘pdf’ de la revue, puisque si on cherche un article, le fait que toutes les références soient immédiatement accessibles en format texte nous paraît plus performant. Ce choix est validé par 72% des répondants. Cela ne nous empêche pas toutefois de vous le proposer maintenant par courriel (la mise en page est disponible une bonne dizaine de jours avant la remise à domicile du magazine imprimé).
Signalons aussi qu’à côté de cette modeste percée parmi les lecteurs ‘papier’, le site cartonne par ailleurs: en effet le nombre de visiteurs a doublé entre 2005 et 2006, et a encore doublé entre 2006 et 2007. Cela représente plus de 120.000 visites en moins d’un an, avec un pic de 16.500 en juin.

Nous avons aussi demandé aux internautes parmi nos lecteurs quels étaient leurs sites ‘prévention santé’ favoris.
Etant donné sa proximité avec les centres d’intérêt d’ Education Santé , c’est sans surprise le site de l’Outilthèque santé qui vient nettement en tête.

Tableau 7 – Autres sites consultés (+ de 10 citations)

Site

nombre en %
Pipsa 58 16.1
Inpes 39 10.8
DG Santé CFB 22 6.1
Les CLPS 21 5.8
Les mutuelles 19 5.3
RESO UCL 16 4.4
Question Santé 14 3.9
Promosante.net 11 3
Educa Santé 10 2.9
Les observatoires 10 2.9
Centre éducation patient 10 2.9
Autres 129 35.9
Total 359 100

Parmi les sites indiqués moins de dix fois, la toute grande majorité est francophone. On y trouve des sites spécifiques à une problématique particulière (nutrition, drogue, tabac, sida…), mais aussi deux sites de vulgarisation médicale destinés au grand public.

Des changements de perception depuis 2003?

Ils sont mineurs.
Le plus remarquable est l’amélioration du taux de réponse, qui est passé de 12,6% à 25,1%.
Si nous n’observons pas de modification importante quant à l’appréciation de la revue ‘papier’, nous notons que le nombre de lecteurs familiers du site https://www.educationsante.be est en augmentation, tout en restant en deçà de nos prévisions. Il est vrai que l’adresse du site était peu visible dans la revue: il y a été remédié!
Le nombre de répondants connaissant le site nous permet néanmoins d’engranger quelques informations intéressantes, notamment en terme de popularité d’autres sites internet consacrés à la promotion de la santé.
Christian De Bock
Merci à Theo Debeer et Raymonde Theunis pour leur aide logistique, et à Hervé Avalosse et Maryse Van Audenhaege pour l’analyse des résultats.

Première diminution significative du nombre de fumeurs en cinq ans

Le 30 Déc 20

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Pour la première fois en cinq ans, le pourcentage de fumeurs quotidiens accuse une diminution significative dans notre pays. Les photos choquantes désormais présentes sur les paquets de cigarettes rendent le produit moins attirant – surtout aux yeux des jeunes – et constituent une incitation supplémentaire à arrêter de fumer pour un certain nombre de fumeurs. Deux constats qui ressortent de l’enquête sur le comportement tabagique des Belges réalisée par Ipsos à la demande de la Fondation contre le Cancer.

Le nombre de fumeurs diminue

D’après l’enquête réalisée auprès de 3911 personnes de plus de 15 ans (effectuée entre le 3 août et le 16 octobre 2007 par Ipsos pour la Fondation contre le Cancer et financée par le SPF Santé publique), le nombre de fumeurs enregistre une diminution significative pour la première fois en cinq ans: le pourcentage de fumeurs quotidiens est ainsi passé de 29 % pour la période 2002-2006 (1) à 27 % en 2007 (2).
En 2007, notre pays compte environ 6.000.000 de personnes qui n’ont jamais fumé, 2.600.000 fumeurs et 1.730.000 ex-fumeurs. Toujours pour cette même année 2007, le pourcentage de fumeurs quotidiens s’élève à 27 %, les fumeurs occasionnels représentent 3 %, les anciens fumeurs 20 % et les personnes qui n’ont jamais fumé, 50 %.
On note surtout une belle progression au niveau du pourcentage de jeunes qui n’ont jamais fumé: ils sont 76 % chez les 15-17 ans, 56% chez les 18-24 ans et 48% chez les plus de 25 ans. Ces résultats confirment une tendance déjà épinglée dans des enquêtes menées par les universités de Gand et de Bruxelles: depuis 1998, les jeunes fument moins (3).

Les photos ont un effet dissuasif

Parallèlement à l’introduction de l’interdiction de fumer dans les restaurants et à l’augmentation du prix des cigarettes, les photos apposées sur les paquets ont également un effet dissuasif. Elles réduisent en effet l’attrait des paquets de cigarettes aux yeux des jeunes et offrent une motivation supplémentaire aux fumeurs désireux d’arrêter de fumer.
Le 31 mai 2007, la Belgique a été le premier pays européen à imposer l’apposition de quatorze photos en couleur différentes sur tous les paquets de cigarettes. Ces photos illustrent les dégâts du tabagisme sur la santé. Lors d’un premier sondage réalisé auprès de 1.194 fumeurs afin de déterminer la photo la plus persuasive, les cinq photos suivantes ont été retenues:
-fumer pendant la grossesse nuit à la santé de votre enfant (impact plus marqué chez les femmes que les hommes);
-fumer provoque le cancer mortel du poumon (impact plus marqué chez les plus de 65 ans);
-les fumeurs meurent prématurément (impact plus marqué chez les jeunes de 15-24 ans);
-protégez les enfants: ne leur faites pas respirer votre fumée (impact plus marqué chez les femmes que les hommes);
-fumer bouche les artères et provoque des crises cardiaques et des attaques cérébrales.
37 % des fumeurs déclarent avoir discuté de ces nouvelles photos avec des amis et des membres de leur famille.
29 % des fumeurs estiment que les photos constituent une incitation supplémentaire à arrêter de fumer.
38 % des fumeurs estiment que les nouvelles photos rendent les paquets moins attirants.
Il faut par ailleurs souligner que ces pourcentages sont encore plus élevés chez les jeunes de 15-24 ans et chez les fumeurs désireux d’arrêter de fumer dans l’année.

Une plus grande visibilité de la ligne Tabac-Stop est souhaitée

L’une des quatorze mises en garde présentes sur les paquets de cigarettes reprend le numéro de la ligne Tabac-Stop: «Faites-vous aider pour arrêter de fumer: 0800 111 00».
La ligne Tabac-Stop est une ligne d’information et de conseil qui répond aux questions relatives au sevrage tabagique et propose un accompagnement adéquat. 7 % de tous les paquets portent donc l’avertissement susmentionné. La moitié des fumeurs souhaiteraient que le numéro de la ligne Tabac-Stop figure sur tous les paquets (55 % des fumeurs de 35-44 ans et 62 % des fumeurs désireux d’arrêter de fumer dans l’année). Le SPF Santé publique avait d’ores et déjà remarqué que deux des quatre grands fabricants n’impriment pas la mise en garde mentionnant le numéro de la ligne Tabac-Stop sur le paquet…

Méthodologie de l’enquête réalisée par IPSOS

3.911 personnes ont été interrogées chez elles lors d’une interview en face à face, entre le 3 août et le 16 octobre 2007.
L’échantillon a été stratifié en fonction des provinces et du type d’urbanisation. Le croisement de ces deux variables donne 37 cellules. Dans chacune de ces cellules, un point de départ a été sélectionné au hasard et s’est vu attribuer un certain nombre d’interviews proportionnellement à la population de la cellule. Le nombre de points de départ est estimé à cent.
Des quotas sont appliqués en ce qui concerne le sexe, l’âge, la profession (actif/inactif) et le niveau d’éducation de la personne interrogée.
La population totale concernait 8.650.000 personnes de quinze ans et plus vivant en Belgique.

Tableau 1 – Pourcentage de fumeurs quotidiens en Belgique (15 ans et plus)

Année

Hommes Femmes Total
2002 33% 25% 29%
2003 32% 22% 28%
2005 35% 24% 29%
2006 33% 25% 29%
2007 31% 24% 27%

Source: CRIOC (2002), VIG (2003), Fondation contre le Cancer (2005-2006-2007)

Tableau 2 – Habitudes tabagiques chez les hommes, selon l’âge, la classe sociale, la profession et la région

L’homme N=47 N=373 N=1096

15-24
N=302
25-44
N=691
45-64
N=557
65+
N=345
Total
N=1895
fume tous les jours 27% 37% 35% 15% 31%
fume occasionnellement 6% 4% 2% 3% 4%
ne fume plus 6% 16% 30% 47% 24%
n’a jamais fumé 61% 43% 33% 35% 42%
L’homme Classe sociale 1-2
Classe sociale 3-4
N=463
Classe sociale 5-6
N=508
Classe sociale 7-8
N=453
Total
N=1895
fume tous les jours 25% 31% 31% 36% 31%
fume occasionnellement 3% 4% 4% 4% 4%
ne fume plus 19% 19% 27% 30% 24%
n’a jamais fumé 52% 46% 39% 30% 42%
L’homme Ouvrier
Employé
N=381
Indépendant
N=233
Cadre
N=55
Sans emploi
N=123
fume tous les jours 43% 29% 27% 24% 53%
fume occasionnellement 3% 5% 3% 1% 6%
ne fume plus 20% 20% 21% 40% 12%
n’a jamais fumé 33% 47% 49% 35% 29%
L’homme Flandre
Bruxelles
N=169
Wallonie
N=630
Total
N=1877
fume tous les jours 30% 26% 33% 31%
fume occasionnellement 4% 4% 4% 4%
ne fume plus 24% 19% 25% 24%
n’a jamais fumé 42% 51% 39% 42%

Source: CRIOC (2002), VIG (2003), Fondation contre le Cancer (2005-2006-2007)

Tableau 3 – Habitudes tabagiques chez les femmes, selon l’âge, la classe sociale, la profession et la région

La femme N=486 N=220 N=1209

15-24
N]=279
25-44
N=684
45-64
N=600
65+
N=452
Total
N=2016
fume tous les jours 24% 28% 28% 10% 24%
fume occasionnellement 4% 4% 4% 1% 3%
ne fume plus 9% 16% 19% 15% 16%
n’a jamais fumé 63% 52% 49% 73% 57%
La femme Classe sociale 1-2
Classe sociale 3-4
N=464
Classe sociale 5-6
N=545
Classe sociale 7-8
N=520
Total
N=2016
fume tous les jours 19% 23% 28% 23% 24%
fume occasionnellement 5% 3% 3% 3% 3%
ne fume plus 15% 15% 19% 13% 16%
n’a jamais fumé 60% 59% 51% 60% 57%
La femme Ouvrière
Employée
N=534
Indépendante
N=117
Cadre
N=17
Sans emploi
N=153
fume tous les jours 36% 22% 26% 7% 43%
fume occasionnellement 5% 4% 5% 5% 1%
ne fume plus 16% 18% 16% 16%
n’a jamais fumé 42% 56% 54% 88% 40%
La femme Flandre
Bruxelles
N=204
Wallonie
N=603
Total
N=2016
fume tous les jours 23% 19% 27% 24%
fume occasionnellement 4% 2% 3% 3%
ne fume plus 16% 13% 15% 16%
n’a jamais fumé 57% 66% 55% 57%

Source: CRIOC (2002), VIG (2003), Fondation contre le Cancer (2005-2006-2007)

(1) Cinq enquêtes réalisées par Ipsos d’après la même méthodologie auprès de 2.000 personnes en 2002, 2003 et 2005, et auprès de 4.000 personnes en 2006 et 2007, à la demande du CRIOC (2002), du VIG (2003) et de la Fondation contre le Cancer (2005, 2006, 2007). Voir les résultats précédents sur notre site https://www.educationsante.be .
(2) La marge d’erreur relative à un échantillon de 4.000 personnes est de 1,3 %. On relève une différence significative entre le pourcentage de fumeurs quotidiens en 2006 et 2007.
(3) Enquêtes réalisées dans le cadre de l’étude Health behaviour study of schoolaged children , par l’Université de Gand (Prof. L. Maes) en Flandre et par Promes (Prof. D. Piette) dans la partie francophone du pays.

Le suicide en Communauté française, état des lieux et prévention

Le 30 Déc 20

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La Belgique est le deuxième pays, derrière la Finlande, qui enregistre le plus haut taux de suicides en Europe de l’Ouest. Le suicide, cet acte extrême par lequel l’individu signifie à la société qu’il ne s’y sent pas bien, représente la première cause de décès externe de la population belge. Une prévention efficace peut s’organiser grâce à une collaboration entre tous les acteurs concernés, de près ou de loin, par la problématique du suicide.
Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé, un million de personnes décèdent chaque année par suicide dans le monde. Dans presque tous les pays industrialisés (à l’exception des pays méditerranéens), le nombre de suicides a augmenté de 1950 à 2000, parfois de façon considérable. En Belgique, le suicide tue, en moyenne, sept personnes par jour et plus de 2000 personnes par an. Au niveau de l’ensemble de la population belge, le suicide est la dixième cause de décès, mais la première cause «externe»: cela signifie que le nombre de décès par suicides est supérieur au nombre de décès par accidents de la route, chutes accidentelles et autres accidents. Et, surtout, le suicide est la première cause de décès dans certaines catégories d’âge. En somme, il s’agit d’une problématique qui mériterait beaucoup plus d’attention que celle que lui accordent les pouvoirs publics et la société civile.

Des données qui remontent à 1997

La source principale d’information statistique concernant le suicide en Belgique provient de l’Institut National de Statistiques (INS), lequel recueille les données de mortalité sur base des certificats de décès rédigés par le corps médical (généralistes, médecins légistes, hôpitaux…). Mais, étant donné le retard pris en Communauté française dans le traitement des bulletins de décès, les dernières données officielles remontent à 1997 (1). Des données plus récentes pour la Région Flamande et la Région de Bruxelles-Capitale permettent toutefois de faire des estimations sur l’ensemble de la population belge. Les informations dont dispose l’INS se réfèrent uniquement aux suicides aboutis. Si, jusqu’il y a peu, il n’existait pas de relevé officiel des tentatives de suicide, des données étaient néanmoins collectées ponctuellement par le biais d’enquêtes auprès de la population et par le recueil d’informations auprès des médecins ou des services d’urgence des hôpitaux belges.
Depuis 2003, les services d’urgence de tous les hôpitaux belges sont tenus de collecter un minimum d’informations relatives aux patients qui y sont vus, dont notamment le motif de la visite: la tentative de suicide fait partie des items répertoriés (avec l’accident, la maladie et l’examen de contrôle). Les informations qui seront prochainement disponibles concernent donc essentiellement les tentatives de suicide aboutissant à une consultation aux urgences, ce qui ne représente évidemment pas la totalité des cas, puisque toutes les personnes ayant fait une tentative de suicide n’entrent pas nécessairement en contact avec une structure de soins.
On considère généralement que les chiffres disponibles sont sous-estimés dans la mesure où certains suicides ne sont pas répertoriés comme tels: ainsi, certains accidents (overdoses, accidents de la route) peuvent être des suicides déguisés. Il arrive aussi que pour des raisons familiales, religieuses ou encore économiques, les familles préfèrent éviter que le suicide d’un proche soit déclaré officiellement.

Plus de décès par suicide chez les hommes et les personnes âgées

Les données existantes ont permis de faire les constats suivants:
-la région wallonne connaît un taux de suicide légèrement plus élevé par rapport à Bruxelles et à la Flandre;
-le suicide touche toutes les couches de la population et toutes les classes sociales;
-on estime entre dix et vingt fois plus nombreuses les tentatives de suicide que les suicides «aboutis». Les tentatives de suicide n’ayant pas abouti sont beaucoup plus nombreuses chez les jeunes (1 suicide abouti sur 100 à 200 tentatives pour les moins de 25 ans) et chez les femmes (1 suicide abouti pour 14 tentatives), alors que les hommes (1 sur 2) et les personnes âgées (1 sur 2 ou 3 pour les plus de 65 ans) arrivent beaucoup plus souvent à leurs fins. Autrement dit, si les jeunes et les femmes essayent plus souvent de mettre fin à leurs jours, les hommes et les personnes âgées y arrivent plus souvent;
-pour les moins de 20 ans, le suicide est la deuxième cause de décès après les accidents de la route. Dans la tranche d’âge des 20-39 ans, le suicide est la première cause de décès, et la première cause de décès externe chez les 40-74 ans;
-la différence la plus flagrante dans l’analyse des taux de suicide concerne les hommes et les femmes: dans nos sociétés occidentales, les hommes se suicident trois fois plus que les femmes. Ce taux de suicides plus élevé chez les hommes peut s’expliquer de différentes façons: les hommes semblent avoir des comportements plus impulsifs que les femmes, ils ont aussi davantage recours à des moyens violents comme les armes à feu, la pendaison ou les explosifs, alors que les femmes ont tendance à privilégier l’ingestion médicamenteuse. Le fait de s’impliquer dans la vie familiale semble prévenir les femmes de l’isolement affectif et social. Mais celles-ci paraissent aussi moins vulnérables à la solitude et à la rupture que les hommes. D’autre part, les hommes ne bénéficient pas d’un réseau de soutien aussi important que les femmes, ils demandent plus difficilement de l’aide lorsqu’ils sont en situation de vulnérabilité et utilisent moins les services médicaux et les services d’aide.

Le processus suicidaire

Dans le cadre d’un état des lieux sur la prévention du suicide en Communauté française mené dans le cadre du programme d’action pluriannuel de l’asbl Educa Santé par le Centre d’Etudes et de Recherches en Santé Publique de l’Ecole de Santé Publique à l’ULB (CERESP-ESP/ULB) (2), une modélisation psychodynamique du processus suicidaire a été élaborée par Christelle Senterre , chercheur au CERESP. Ce travail a été largement inspiré et accompagné par Brian Mishara , responsable du Centre de recherche et d’intervention sur le suicide et l’euthanasie (Université Québec à Montréal) et président de l’Association internationale pour la prévention du suicide, qui était présent à Bruxelles lors de la présentation de l’état des lieux.
Cette modélisation présente le cheminement qui conduit un individu d’un état de relatif bien-être à la tentative de suicide et au suicide «abouti», le but étant d’avoir une meilleure visualisation des interventions possibles dans le processus suicidaire et, partant de là, d’améliorer l’organisation de la prévention du suicide. Ce modèle montre que si la plupart du temps, l’individu se trouve dans un état de relatif bien-être, lorsqu’il est soumis à des événements stressants, les mécanismes d’adaptation acquis au fil du temps et des expériences permettent de maintenir un état d’équilibre et de ramener la situation à la normale. Les facteurs de protection, tels que l’estime de soi et le support social facilitent ces capacités à faire face.
Par contre, il arrive que dans certaines situations, les mécanismes d’adaptation ne soient pas suffisants ou ne soient pas assez développés. Cette perte de capacité à faire face met la personne en situation de faiblesse. La présence de facteurs prédisposants, comme la dépression ou les troubles mentaux, amplifie cette situation de faiblesse. L’individu voit donc sa tension interne augmenter et se trouve confronté à un ensemble d’émotions négatives (baisse de l’estime de soi, tristesse, sentiment d’inutilité…). Il se trouve alors dans un état de «crise psychique». A ce stade, la réalité s’altère, les problèmes semblent insurmontables et la personne glisse un peu plus dans la confusion émotive et la désorganisation. Cet état se traduit dans un premier temps par des idéations suicidaires : l’idée du suicide est là et le suicide est réellement entrevu comme une solution possible pour s’en sortir.
Ces idéations se transforment petit à petit en intentions suicidaires . A ce moment, l’individu commence à élaborer un plan visant à mettre un terme à sa vie et envisage les différents moyens qu’il juge acceptables. Dans un même temps, l’individu pourra exprimer des comportements suicidaires indirects par le biais de conduites excessives et déviantes (par exemple, prise de risques au niveau sexuel, comportement irresponsable sur la route…).
Survient alors un événement – souvent jugé anodin par l’entourage – qui constitue pour la personne en souffrance la goutte d’eau qui fait déborder le vase: elle n’a plus d’autre alternative que de passer à l’acte et d’attenter à sa vie en suivant le plan qu’elle a élaboré lorsqu’elle était en phase d’intentions suicidaires.
Cette tentative de suicide aboutit soit à un comportement suicidaire fatal et au décès de la personne, soit à un comportement suicidaire non fatal où la personne sera ou ne sera pas prise en charge.
Le fait d’avoir déjà attenté à ses jours étant le facteur prédisposant le plus corrélé avec une nouvelle tentative de suicide, la prise en charge des personnes ayant fait une tentative de suicide au sein de structures adaptées et compétentes s’avère donc être d’une extrême importance.

Facteurs de risque et facteurs de protection

Comme le souligne Axel Geeraerts , Directeur du Centre de Prévention du Suicide, « le suicide est une problématique complexe et polymorphe qu’il convient d’appréhender dans ses multiples dimensions , individuelles et psychologiques , mais aussi collectives et sociales , voire sociétales . Le suicide n’est pas la résultante d’une cause unique et clairement définie , mais l’aboutissement d’un processus plus ou moins complexe , d’un cheminement plus ou moins long vers ce point de non retour . Comprendre cela , c’est se donner la possibilité d’agir à chaque étape du processus , c’est prendre le pouvoir de glisser à tout instant un grain de sable dans la mécanique suicidaire
La recherche et l’expérience ont démontré qu’il existe de nombreux facteurs de risque associés aux comportements suicidaires. Ainsi, la tentative de suicide constitue le facteur de risque le plus important: « le taux de récidive est de 15 % après une première tentative de suicide et il croît de manière exponentielle pour atteindre 80 % après la troisième , et ce principalement chez les sujets pour lesquels aucun suivi n’a été mis en place , note Axel Geeraerts (3). Ce phénomène est d’autant plus inquiétant que la létalité augmente bien souvent au fil des tentatives
L’abus de drogue et d’alcool, l’homosexualité, les antécédents d’abus sexuels, les carences affectives, la violence familiale, le deuil, l’isolement social, le divorce, le chômage, les troubles mentaux, mais aussi les événements circonstanciels comme la perte du rôle social, la confrontation à des situations pénibles et stressantes, l’échec professionnel ou scolaire, la rupture, etc. sont autant de facteurs associés aux comportements suicidaires.
A l’opposé, des facteurs de protection prémunissent l’individu contre les passages à l’acte suicidaire: les liens familiaux, sociaux, éducatifs, les relations conjugales stables, la responsabilité d’enfants (le mariage et le taux de naissance sont corrélés négativement avec le suicide), le fait d’adhérer à une religion, la maîtrise et l’estime de soi…
« Compte tenu du caractère multifactoriel des comportements suicidaires , une prévention du suicide passe obligatoirement par une approche multidisciplinaire qui prend en compte les multiples causes et les différents facteurs menant aux comportements suicidaire , souligne Axel Geeraerts. Les facteurs de risque et de protection peuvent aider à mieux dépister et à mieux évaluer les situations de détresse suicidaire . Mais attention , ces éléments n’ont aucune valeur prédictive et ne doivent pas être considérés comme des causes uniques de passage à l’acte suicidaire . Dès lors , les programmes de prévention doivent davantage s’intéresser à l’amélioration des facteurs de protection qu’à stigmatiser des facteurs de risque , voire des « groupes à risque ».

La prévention du suicide en Communauté française

Le Centre de Prévention du Suicide mène depuis plus de trente ans des projets de prévention du suicide à Bruxelles et en Wallonie, et participe à des recherches tant nationales qu’internationales sur l’étude du suicide et de sa prévention. Le Centre s’efforce aussi d’enrayer la mécanique suicidaire en proposant à chaque stade du processus suicidaire une écoute active – notamment par le biais de l’écoute téléphonique – permettant aux personnes emportées dans cette spirale d’exprimer leurs souffrances, de clarifier leur situation, de prendre le recul nécessaire, d’entrevoir de nouvelles possibilités… Parmi les autres activités du Centre, notons également le suivi de crise après une tentative de suicide, l’accompagnement du deuil et de parents d’ados, des ateliers d’expression créatrice, des formations pour professionnels, des séances d’information et de sensibilisation tous publics, un espace forum sur internet, des journées d’étude, un centre de documentation.
D’autres acteurs mènent aussi, de manière directe et indirecte, des actions de prévention du suicide: il s’agit des centres de santé mentale, des centres de planning familial, des équipes PSE, des centres PMS et des AMO, de Télé Accueil, des associations du Réseau d’accompagnement du deuil après suicide, de la Commission provinciale de prévention du suicide de Liège, du Service «Prévention suicide» de l’Intercommunale sociale du Brabant wallon, du Service Actions de promotion de la santé mentale de la province de Luxembourg, de l’asbl Eole, de l’Institut wallon pour la santé mentale, du Service de santé mentale de l’ULB, de la Fondation Julie Renson, de Similes, du Centre hospitalier spécialisé de Lierneux et de la Ligue belge de la dépression.
A côté de ces initiatives, il existe, au niveau fédéral, un plan d’action en matière de prévention du suicide visant à optimaliser la production et la qualité des données quantitatives, à former le personnel médical (médecins, urgentistes, personnel des services psychiatriques), à organiser plus efficacement la prise en charge des suicidants (par une interaction, d’une part, entre les services et, d’autre part, entre la structure hospitalière et la médecine ambulatoire), à mieux informer sur les dispositifs disponibles pour les suicidants, à reporter correctement et sainement le suicide dans les médias.
La Communauté française met, quant à elle, l’accent sur «la promotion du bien-être et de la santé mentale», donnant la priorité aux jeunes (15-25 ans), mais elle n’a pas encore développé de programme spécifique de prévention du suicide.
En conclusion de son rapport, Christelle Senterre note que « les bases de la prévention existent déjà . Il y a un potentiel , des gens de bonne volonté qui font des choses intéressantes et qui ont fait leurs preuves . Mais il manque une concertation entre les différents intervenants et une organisation de leurs actions respectives , afin d’aboutir à une prise en charge globale de la problématique du suicide en Communauté française
Axel Geeraerts insiste sur le fait qu’une prévention efficace doit impliquer l’ensemble des acteurs: « les personnes concernées par la prévention du suicide sont aussi bien des professionnels de la santé , des bénévoles ou des chercheurs , que des membres d’une famille et des amis endeuillés par le suicide ou affectés par des comportements suicidaires . De même , les personnes travaillant hors du réseau des soins de santé y compris les dirigeants au niveau local et national , les personnes œuvrant dans l’éducation , la justice , la police , la religion , la politique et les médias , doivent être inclus dans les programmes de prévention

Une approche philosophique de la prévention

Jean-Michel Longneaux , philosophe, Professeur aux FUNDP et rédacteur en chef de la revue Ethica Clinica, a interrogé la pertinence de la prévention du suicide, ou du moins les difficultés auxquelles elle est confrontée.
Tout d’abord, pour tenter de détourner l’individu de l’acte suicidaire, les professionnels de la santé cherchent à appréhender les facteurs sociologiques, culturels et psychologiques qui seraient à l’origine de ce passage à l’acte, en vue de dégager des modalités de prévention adéquates à mettre en œuvre sur le terrain. Jusqu’ici, ce sont les interprétations (étayées par les connaissances médicales, psychologiques, psychiatriques et neurologiques) que l’on propose du suicide qui sont utilisées pour agir sur le plan préventif. « Or , souligne Jean-Michel Longneaux, le suicide n’est pas un fait . Il s’agit de ce que l’on appelle en philosophie un événement : si un fait est explicable par des causes et est donc reproductible , il en va autrement pour le suicide .
Au moment de l’acte , un saut se produit , qui déjoue nos attentes , nos théories et nos prévisions . Nous ne pouvons expliquer le suicide qu’après coup , sans jamais réussir à le réduire à un simple fait . C’est d’ailleurs ce que l’on avoue pudiquement quand on affirme que les suicides ont des causes multifactorielles : on ne sait pas vraiment pourquoi quelqu’un passe à l’acte . Comment , dès lors , prévenir un suicide , alors que son explication ne peut venir qu’une fois l’acte accompli ?
Deuxième problème , la prévention part du principe qu’il ne doit pas y avoir de suicide . Or , il s’agit là d’une conception imaginaire de la vie . Depuis la nuit des temps , la vie réelle est faite de souffrances et d’accidents malheureux . L’éducation devrait nous apprendre à y faire face . Mais si l’on considère au contraire qu’il faut absolument être heureux dans la vie , alors , lorsque plus rien ne va , on se sent d’autant plus démuni , exclu de cette vie heureuse à laquelle on aurait droit . Bref , l’idéologie au nom de laquelle la prévention se justifie renforce paradoxalement le processus qui conduit certains à se sentir « hors jeu ».
Troisièmement, partant du constat que le suicide survient dans des circonstances de deuil (séparation, perte d’emploi…), Jean-Michel Longneaux rappelle que le deuil consiste en un travail par lequel l’individu meurt à ce qu’il n’est plus, pour renaître à ce qu’il devient par les circonstances de la vie. Par le travail du deuil, la personne essaie donc de s’approprier ce qu’elle devient. « Ce travail peut passer par des attitudes de fuite , de violence ( qui peut être retournée contre soi même ) ou encore par des épisodes dépressifs pouvant déboucher sur un suicide . Le déni , la violence , la dépression sont des mécanismes que l’individu adopte pour essayer de fuir , dans un premier temps , ce qui le remet en question . S’il est nécessaire de passer par ces mécanismes pour devenir soi même , on ne peut dès lors pas les empêcher . La question est donc de savoir comment tolérer , au lieu de les condamner , ces détours que prend la vie . Et jusqu’où les tolérer
Enfin, face au suicide, le philosophe pose une dernière question, de taille pour notre époque où tout doit aller pour le mieux dans le meilleur des mondes: « Quels langages la société offre t elle aux personnes , qui leur permettent de dire aux yeux de tout le monde qu’elles sont en difficulté ? Dans une société qui prône le bonheur et l’épanouissement à tout prix , aucun , sinon peut être , pour certains , celui de la tentative de suicide …»
Colette Barbier
A lire: Le suicide, un enjeu éthique?, n° 45 de la revue francophone d’éthique des soins de santé Ethica Clinica. Adresse: FIH asbl, chée de Marche 604, 5101 Erpent. Courriel: ethica.clinica@fih-w.be

Groupes de parole et bénévoles

Le Centre de Prévention du Suicide a mis sur pied des groupes de parole , appelés «L’Autre Temps», à destination des personnes endeuillées suite au suicide d’un proche. Car faire le deuil d’un proche s’étant donné la mort constitue une épreuve particulièrement difficile à traverser: à la tristesse engendrée par la perte s’ajoutent en effet l’incompréhension, la honte, la culpabilité, la colère… générées par le geste suicidaire. Pour les hommes et les femmes confrontés à ce drame, il apparaît trop souvent difficile, voire impossible de parler, de communiquer, d’échanger ce qu’ils vivent et ressentent. La gêne de s’exposer, la crainte d’être incompris et jugés les enferment dans un silence et un isolement compromettant leur indispensable travail de deuil. A l’intérieur d’un groupe de parole, les participants peuvent se retrouver entre pairs. Au fur et à mesure des réunions, grâce à la reconnaissance de leur souffrance et à la possibilité d’exprimer leurs pensées sans crainte du jugement des autres, les personnes peuvent entamer ou poursuivre le travail du deuil. Le groupe est encadré par deux professionnels. Les rencontres ont lieu au Centre de Prévention du Suicide, sur une période de six mois, à raison de deux fois par mois, en soirée.
Le Centre de Prévention du Suicide cherche aussi des répondants bénévoles pour la ligne de crise 0800 32 123. Aucune connaissance préalable n’est requise: le Centre assure une formation spécifique à l’écoute et un encadrement professionnel aux candidats bénévoles. Toute personne désireuse d’enrichir son bagage humain et professionnel est la bienvenue. Les répondants le disent: la formation et l’expérience de l’écoute au Centre de Prévention du Suicide sont précieuses en de nombreuses circonstances de la vie quotidienne!
Des informations complémentaires peuvent être obtenues en contactant le Centre de Prévention du Suicide ou en consultant son site.
Centre de prévention du suicide, Place du Châtelain 46, 1050 Bruxelles. Tél.: 02 650 08 69. Ligne d’écoute téléphonique: 0800 32 123. Courriel: cps@preventionsuicide.be. Site: https://www.preventionsuicide.be

(1) La DG Santé de la Communauté française a pris les mesures nécessaires pour résorber rapidement le retard accumulé. Depuis septembre 2007, chaque mois, une année de déclarations est saisie et introduite dans la base de données. Il s’agit de données brutes. Il reste alors à faire une codification pointue des causes de décès selon la classification internationale des maladies.
Pour prendre des exemples dans le domaine du suicide, il s’agit d’attribuer des codes spécifiques qui permettent de distinguer lorsque c’est possible une intoxication accidentelle par des médicaments (X44) d’une auto-intoxication par des médicaments (X64), voire par des analgésiques (X60) ou des psychotropes (X61).
Avec les réserves d’usage en termes de disponibilité effective des ressources humaines prévues, la DG Santé prévoit les échéances suivantes:

Année de décès

Données brutes saisies Causes de décès codifiées
1998 En attente de publication à l’INS
1999 En attente de publication à l’INS
2004 09/2007 12/2007
2005 10/2007 02/2008
2006 11/2007 04/2008
2003 12/2007 09/2008
2002 01/2008 11/2008
2001 02/2008 02/2009
2000 03/2008 04/2009
2007 04/2008 06/2009
2008 04/2009 08/2009

A partir de 2007, les données complètes de l’année devraient donc être disponibles vers le milieu de l’année suivante. En ce qui concerne les années en retard, priorité est donnée aux plus récentes (2004 – 2006), qui seraient finalisées vers avril 2008, tandis que les plus anciennes (2000-2003) suivraient jusqu’en avril 2009 (merci à Jacques Henkinbrant de la DG Santé pour ces informations).
(2) Cet état des lieux sur la prévention du suicide a fait l’objet du rapport « Prévention du suicide : aperçu général des connaissances en suicidologie et situation en Communauté française de Belgique », à l’initiative d’Educa Santé et du CERESP, par Christelle Senterre, Martine Bantuelle et Alain Levêque, 2006. Le rapport est disponible sur https://www.ulb.ac.be/esp/epitraumac .
(3) Ethica Clinica, «Le suicide en Belgique. Les enjeux de la prévention et de la prise en charge aux urgences», par Axel Geeraets, Ethica Clinica n° 45, 2007.

Le budget santé de la Communauté française

Le 30 Déc 20

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On sait que les montants consacrés à la santé par la Communauté française ne pèsent pas bien lourd à côté des moyens alloués aux soins de santé fédéraux, avec en plus une norme de croissance favorable à ces derniers qui ne fait qu’accentuer l’écart au fil des ans. Voyons ce que cela donnait l’an dernier.

Les dépenses en 2006

La structure du budget a été revue sérieusement en 2006 pour suivre le Plan communautaire opérationnel et ses déclinaisons thématiques. Cela donne un tableau sans doute un peu plus lisible qu’auparavant.

Programme

Nature Contenu Montant
Programme 0 Subsistance Fonctionnement des conseil et commissions, réunions, enquêtes… 72.000
Programme 1 Interventions diverses Accords de coopération et dotation à l’Académie Royale de Médecine 168.000
Programme 2 Mise en œuvre PCO 17.188.000
Vaccination 2.730.000
Assuétudes 1.031.000
Sida 2.067.000
Cancer (1) 1.404.000
Cardio-vasculaire 423.000
Tuberculose 1.296.000
Traumatismes et sécurité 175.000
Pilotage du PCO 476.000
Subventions diverses pour mise en œuvre duPCO (2) 989.000
Promotion et protection de la santé
Fourniture de services (publicités, spots TV-radio…) 225.000
Organismes agréés (CLPS et SCPS) 2.577.000
Initiatives du Gouvernement 473.000
Problématiques émergentes, programmes pilotes (3) 462.000
Programmes locaux 616.000
Dépistage maladies métaboliques 680.000
Dépistage surdité néonatale 185.000
Subventions aux programmes de transition professionnelle 4.000
Subvention à l’Institut scientifique de santé publique 834.000
Contrôle médico-sportif 506.000
Divers 35.000
Programme 3 Promotion de la santé à l’école 16.911.000

0,47%, qui dit moins?

Mais quelle est la part de la santé dans le budget de la Communauté? Là aussi, il faut bien parler de portion plus que congrue.
Si on considère les chiffres initiaux pour l’année en cours, le budget total est de 7.694.905.000 euros. Cette somme se répartit comme suit:

Chapitre

Montant en euros
Services généraux (parlement, gouvernement, affaires générales, informatique, immeubles…) 330.164.000
Santé, affaires sociales, culture, audiovisuel, sport (ch. 2) 928.874.000
Education, recherche, formation(4) 5.798.528.000
Dette 147.639.000
Dotations à la Région wallonne et à la COCOF 376.289.000
Crédits variables 113.411.000
Total général 7.694.905.000

A l’intérieur du chapitre 2, la santé (promotion santé, médecine préventive, PSE) obtient 36.513.000 euros, soit un peu moins de 4%. Rapporté au budget complet, la santé représente 0,47% de l’ensemble.
Pas simple de déployer les programmes de promotion santé, de mettre en place des programmes de médecine préventive, de promouvoir la santé à l’école et de renforcer la protection de la population par la vaccination avec des moyens aussi limités. Et pourtant, la Communauté française arrive parfois à des résultats appréciables…
Une chose est sûre, cela limite sérieusement les gaspillages éventuels!
Christian De Bock

(1) Exclusivement le dépistage du cancer du sein en 2006
(2) On y trouve Education Santé, l’Outilthèque Santé, les formations Repères, la collection Education Santé de la Médiathèque, etc.
(3) Dont des programmes en matière de promotion de la santé sexuelle et affective
(4) Dont 72.158.000 euros pour les Centres PMS

Les dépenses des mutualités en promotion de la santé

Le 30 Déc 20

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Chaque année, nous publions un article reprenant les dépenses de santé de la Communauté française (1). Parmi les bénéficiaires de subventions, on trouve les mutualités chrétienne et socialiste. Les moyens que leur alloue la Communauté servent à développer deux projets au profit des intervenants francophones en promotion de la santé, la présente revue mensuelle Education Santé et l’Outilthèque Santé ( https://www.pipsa.org ).
L’action des organismes assureurs en matière de promotion de la santé ne se limite pas à cela, loin de là. En effet, les mutualités consacrent toutes des moyens non négligeables en faveur de la prévention au profit de leurs affiliés. Rien n’étant simple dans notre petit royaume, elles reçoivent même un incitant financier des autorités… fédérales pour ce faire.

Une manne qu’il faut mériter

Pour exécuter leurs missions, les mutualités reçoivent des frais d’administration. Depuis une quinzaine d’années, une partie de ces frais d’administration est accordée sur base d’une série de critères de ‘bonne gestion’ (2). Le critère ‘éducation santé’ pèse 5% de l’ensemble, ce qui en fait le moins important numériquement.
Cela dit, le jeu en vaut la chandelle, puisque ces 5% représentaient quand même 4.300.000 euros en 2005, la dernière année pour laquelle les chiffres sont connus (3).
Pour obtenir le maximum possible (en fonction du nombre de leurs affiliés), les mutualités devaient dépenser en moyenne 2,69 euros par titulaire. Comme l’indique le tableau 1, elles ont toutes atteint l’objectif, certaines le dépassant même nettement. Vous constaterez aussi que les dépenses de la seule Mutualité chrétienne (4) sont presque du même ordre que le budget ‘promotion santé’ de la Communauté française…

Tableau 1 – Montants accordés aux organismes assureurs pour 2005

O A

Nombre de titulaires le 30/06 Dépenses acceptées Dépenses acceptées par titulaire Montants accordés
Mutualités chrétiennes 2.964.167 14.498.036 4,71 1.800.205
Mutualités neutres 287.461 821.386 2,75 193.761
Mutualités socialistes 1.913.283 5.545.900 2,84 1.286.700
Mutualités libérales 411.731 1.808.168 4,26 301.739
Mutualités libres 1.128.883 5.844.090 4,91 687.597
Total 6.705.525 28.517.580 4.270.002

Source: Office de contrôle des mutualités

Quelles activités sont prises en considération?

Les actions d’éducation pour la santé, bien sûr, les publications (périodiques, brochures, dépliants), les centres de ressources documentaires, les animations locales, les initiatives à l’égard du milieu scolaire… Mais ce n’est pas tout. Les actions nombreuses des asbl socio-éducatives proches des mutualités peuvent aussi être déclarées sous certaines conditions.
En outre, au fil du temps, l’Office de contrôle s’est fait une ‘jurisprudence’, et il accepte de prendre en considération des initiatives ayant un rapport indirect avec le critère, comme par exemple le remboursement de vaccins (valorisé à 100%), les vacances pour les jeunes (50%), l’orthodontie (25%).
Cela permet aux organismes assureurs de mettre en évidence certains produits d’assurance complémentaire.

Une corvée rentable

Récolter chaque année des informations fiables, tant au niveau du siège des organismes assureurs que de leurs filiales n’est pas chose aisée. Mais l’exercice est intéressant à faire: d’abord, d’une certaine manière, il rapporte de l’argent (5). Ensuite, il permet un suivi des efforts consentis au fil du temps, ce qui peut s’avérer un bon outil de pilotage pour un secteur souvent rétif aux évaluations quantitatives.
Et c’est aussi l’occasion de comparaisons parfois éclairantes, non seulement entre organismes assureurs, mais aussi entre mutualités appartenant à une même union nationale!
Christian De Bock , ‘rapporteur’ pour la Mutualité chrétienne

(1) Voir les numéros 217 (pour 2005), 203 (pour 2004), 193 (pour 2003), 182 (pour 2002). Tous ces textes sont consultables sur notre site https://www.educationsante.be . Les infos relatives à 2006 paraîtront probablement le mois prochain.
(2) Pour les lecteurs curieux, signalons qu’ils sont au nombre de 10, celui qui nous intéresse étant formulé comme suit: actions déployées en vue de favoriser l’éducation à la santé et d’encourager le recours à des formules moins onéreuses de soins de santé, sans toutefois nuire à la qualité de ceux-ci (arrêté royal du 28/08/2002 relatif à la responsabilisation des organismes assureurs sur le montant de leurs frais d’administration – MB du14/09/2002).
(3) Le rapport, qui porte sur une année-calendrier, doit parvenir à l’Office de contrôle des mutualités pour le 15 mars de l’année suivante. Ce dernier communique les résultats de son évaluation aux organismes assureurs quelques mois plus tard.
(4) Après un contrôle sévère, l’Office rejetant environ un tiers des dépenses introduites. Son évaluation porte exclusivement sur le thème et le volume des activités, pas sur leurs ‘qualités’. Ces dépenses couvrent les activités ‘fédérales’, aussi bien en Flandre qu’en Wallonie et à Bruxelles.
(5) Ou plus exactement, il permet de ne pas en perdre. En effet, si l’objectif fixé par l’Office n’est pas atteint, l’organisme assureur est pénalisé en perdant des frais d’administration. Si l’objectif est atteint, il n’y a pas de ‘bonus’, mais le maintien de 100% du montant maximum possible.

Regard sur la santé dentaire des jeunes. Une enquête épidémiologique sur la santé bucco-dentaire des jeunes scolarisés en Hainaut

Le 30 Déc 20

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Une étude épidémiologique sur la santé bucco-dentaire des jeunes scolarisés en Hainaut a été menée en 2005-2006 par l’Observatoire de la santé du Hainaut en collaboration avec la Fondation pour la santé dentaire et le réseau des Centres de santé scolaire vigies. Elle s’intègre dans le processus de suivi épidémiologique de la santé des jeunes mis en place depuis 1997 dans la province du Hainaut.
L’étude comprenait à la fois des examens de bouche réalisés par des dentistes, et un questionnaire abordant, entre autres, les habitudes en matière d’hygiène dentaire.
Elle a été financée par la Province de Hainaut et a reçu un soutien de la Communauté française pour financer les examens buccaux.
Pour réaliser la recherche, 1248 jeunes (1) ont été interrogés au moyen d’un questionnaire auto-administré et examinés par 5 dentistes, selon le protocole recommandé par l’Organisation mondiale de la santé.

Principaux résultats

Bilan des caries
40% des enfants de 10 à 12 ans sont indemnes de caries, 36% à 13-14 ans et 28% chez les aînés. L’indice CAOF, qui totalise le nombre de faces cariées, obturées ou extraites pour carie, est égal ou supérieur à 5 (seuil de gravité par convention) chez 22% des plus jeunes et chez 23% et 39% des aînés.

Valeur moyenne de l’indice CAOF par groupe d’âge et par sexe

10 – 12 ans 10 – 12 ans 13 – 14 ans 13 – 14 ans 15 à 18 ans 15 à 18 ans
Garçons Filles Garçons Filles Garçons Filles
Nombre de faces cariées 1,31 1,59 1,48 2,19 2,25 1,29
Nombre de faces obturées non cariées 1,21 1,10 1,41 1,81 2,54 2,85
Nombre de faces absentes pour carie 0,00 0,03 0,24 0,21 0,33 0,51
Indice CAOF 2,51 2,72 3,13 4,20 5,11 4,65

Source: Observatoire santé Hainaut – Fondation santé dentaire, 2007

Les enfants dont les parents ne travaillent pas obtiennent des scores moins bons. Il existe un gradient en fonction du type d’emploi des parents. Quel que soit ce dernier, la situation s’aggrave avec l’âge.
Les traumatismes dentaires
10% des jeunes interrogés ont entre une et trois dents traumatisées, principalement les incisives supérieures. Ce problème est précoce et touche surtout les garçons.
Orthodontie
Globalement, 31% des jeunes examinés présentent un problème orthodontique. Il n’y a pas de différence significative entre les filles et les garçons.
Chez les 10-12 ans, déjà 15% des garçons et 25% des filles ont été pris en charge par un orthodontiste. A 13 ans, c’est 30 et 31% et à 16 ans, 32 et 39%.
L’existence des problèmes orthodontiques ne varie pas en fonction de facteurs socio-économiques. Par contre, ces facteurs influencent de façon significative leur prise en charge.
Un ou des scellements dentaires (pose d’un vernis dans les sillons dentaires)
Ils sont présents chez 12% des jeunes.
L’hygiène bucco-dentaire
L’état des gencives et la qualité de l’hygiène dentaire sont très médiocres et s’aggravent avec l’âge.
La consommation de sodas, de snacks sucrés et d’eau
65% des jeunes interrogés consomment quotidiennement des sodas et des snacks sucrés alors qu’ils sont au moins 15% à ne pas boire d’eau chaque jour. Selon leurs déclarations, la suppression des ventes de boissons sucrées à l’école entraînerait une diminution de la consommation de sodas pour 71% des jeunes interrogés, et une augmentation de la consommation d’eau pour 78% d’entre eux.

Discussion

Ces résultats sont comparables à ceux d’études réalisées dans des pays voisins, mais toujours en deçà. Trois aspects sont particulièrement interpellants:
– si les indices carieux moyens peuvent être considérés comme relativement ‘conformes’, on peut s’étonner que certains jeunes présentent une forte accumulation de pathologies carieuses qui aurait dû (et pu) faire l’objet d’une interception bien plus rapide;
– les indices de santé parodontale mesurés dans cette enquête sont déplorables et sont malheureusement confirmés par les indices de plaque bactérienne. Gingivite et tartre sont répandus chez les jeunes, preuve que les gestes réflexes d’une bonne hygiène dentaire ne sont pas acquis;
– c’était attendu: le gradient socio-économique est statistiquement significatif tant pour l’indice CAOF que pour le fait de bénéficier d’un traitement orthodontique.

Perspectives: de l’information aux décisions et à l’action

Communication et discussion des résultats
Cette étude est inédite en Belgique, tant par la rareté des études épidémiologiques dentaires en Communauté française que par la possibilité de croiser les données des examens dentaires avec des informations sur les comportements de santé. La base de données recueillies est extrêmement vaste et le travail d’analyse pourra se poursuivre pour affiner les résultats.
Les résultats de cette étude feront l’objet d’une diffusion large auprès des instances officielles en charge de la santé ainsi qu’auprès du monde politique et auprès de l’ensemble des professionnels de santé qui peuvent jouer un rôle (Commission PSE de la Communauté française, INAMI, médecins, infirmières, etc.).
Prévention primaire
Il apparaît essentiel d’intensifier la promotion de la santé bucco-dentaire en Communauté française. Des comportements de base d’une bonne santé dentaire ne sont pas encore acquis par une large part de la population jeune.
Les problèmes de santé bucco-dentaire les plus graves sont nettement plus fréquents chez les jeunes en situation de précarité. Toutefois, le nombre de caries augmente significativement avec l’âge, quel que soit le groupe socio-économique. Les programmes de prévention et de promotion de la santé bucco-dentaire s’adresseront donc à l’ensemble de la population, mais des approches spécifiques restent indispensables auprès des personnes fragilisées.
Suivi, prise en charge précoce
L’intervention précoce apparaît comme un élément essentiel pour stopper l’évolution chez les jeunes les plus à risque. Depuis le 1er septembre 2005, la gratuité est acquise pour toutes les visites et tous les soins des enfants de moins de 12 ans (exception faite de l’orthodontie). Malgré qu’il n’y ait plus d’obstacle financier aux soins dentaires des enfants, le taux de caries non traitées est élevé et le recours aux soins préventifs reste faible. Deux consultations gratuites par an à visée de bilan sont prévues, mais peu sont effectuées.
Les bonnes pratiques de santé dentaire s’installent dans l’enfance. Les services de promotion de la santé à l’école sont un maillon important de la promotion de la santé des jeunes. Il sera discuté avec eux des moyens de suivi possibles à mettre en oeuvre pour s’assurer que les jeunes soient effectivement pris en charge pour un suivi professionnel, ainsi que pour les soins éventuellement nécessaires.
Il semble pertinent, en médecine scolaire, d’introduire une composante bucco-dentaire dans l’anamnèse remplie par les parents comme une composante à part entière du suivi bucco-dentaire.
Nomenclature INAMI
Les résultats de cette enquête, et notamment la fréquence des maladies parodontales, ont déjà inspiré des propositions de réforme de la nomenclature INAMI. Celles -ci ont été inscrites dans l’Accord dento-mutualiste 2007-2008.
Il a été proposé d’étendre la gratuite des soins pour les enfants jusqu’au 15e anniversaire (12e actuellement). La prise en charge prophylactique sera meilleure pour les jeunes entre 12 et 18 ans (détartrage par exemple). Ces mesures sont encore à concrétiser en 2008.
Dentistes
Les résultats seront présentés aux dentistes, et discutés avec eux. Au-delà du curatif, les besoins en traitements préventifs ne sont pas satisfaits. Les recommandations issues de consensus concernant les indications pour la pose de scellements dentaires et pour des traitements prophylactiques doivent notamment être largement diffusées. Les indications des traitements orthodontiques et le gradient socio-économique de l’application de ces traitements devront être discutés.
Suivi épidémiologique bucco-dentaire au niveau de la population et au niveau individuel
Comme le recommande l’OMS, il semble indispensable d’avoir un suivi au niveau ‘population’ de la prévalence des problèmes de santé bucco-dentaire afin, notamment, de pouvoir évaluer les progrès accomplis collectivement. Au niveau ‘individuel’, la proposition d’un carnet de santé dentaire pourrait prolonger celui proposé par l’ONE (voire s’y intégrer pour les plus jeunes), et permettrait à chacun de connaître son bilan de santé bucco-dentaire et de suivre ses progrès personnels.
D’après un communiqué de presse de l’Observatoire de la santé du Hainaut et de la Fondation pour la santé dentaire
Pour tout renseignement sur l’étude:
– Observatoire de la santé du Hainaut, Véronique Tellier, rue Saint-Antoine 1, 7021 Havré. Tél. 065 87 96 00. Courriel: observatoire.sante@hainaut.be. L’étude complète est téléchargeable sur https://observatoiresante.hainaut.be (rubrique La santé en chiffres, page Les publications);
– Fondation pour la santé dentaire, Sourire pour tous, Michel Devriese, avenue De Fré 191, 1180 Bruxelles. Courriel: info@sourirepourtous.be. Fax: 02 374 32 84. Site: https://www.sourirepourtous.be .

(1) Ils sont issus de 47 écoles et 80 classes de 6e primaire, 2e secondaire et 4e/5e secondaire, provenant des différents réseaux et filières d’enseignement et sont représentatifs de l’ensemble des jeunes du Hainaut.

Les chiffres de la petite enfance

Le 30 Déc 20

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L’Office de la naissance et de l’enfance publie régulièrement le rapport de sa banque de données (BDMS), une source d’informations très précieuse. Le Rapport 2005-2006 ne rompt pas avec cette excellente tradition. Nous en publions ci-dessous les conclusions, avec l’accord de l’ONE (les titres sont de la rédaction).

Natalité… et césariennes en hausse

Le premier chapitre «Naissance et suivi prénatal», constitue la base du rapport de la banque de données. On peut y suivre l’évolution des indicateurs de périnatalité recueillis à partir des «Avis de naissance» sur les 12 dernières années (de 1996 à 2005) ainsi que des «suivis prénataux» sur 7 années (1998 à 2003).
Première constatation importante: la population des naissances de la Communauté française Wallonie – Bruxelles est en constante augmentation depuis 1994. Les naissances connues de l’ONE en 1994 s’élevaient à 42.930 pour monter à 50.797 en 2005, soit une augmentation de 18 , 3 % en 12 ans .
Dans la description de l’ensemble de la population des jeunes mères, on constate deux grandes tendances très différentes:
-d’abord une très grande stabilité en ce qui concerne la parité (nombre d’accouchements viables qu’a eu la jeune mère): 44% de primipares, 32% de 2e pares, 14% de 3e pares, 8,5% de 4e pares et plus;
-ensuite, une importante évolution de l’âge des mères . Nous ne notons pas l’évolution inquiétante du nombre de très jeunes mères constatée dans beaucoup d’autres pays industrialisés. Le nombre de mères de moins de 15 ans reste en dessous de 1% et celui des mères de moins de 20 ans passe de 3,7% en 1994 à 2,6% en 2005. Par contre, on constate une importante augmentation des mères de plus de 30 ans . Ainsi, les mères de 30 à 34 ans passent de 24,8% en 1994 à 31,4% en 2005; celles de 39 à 40 ans de 9% à 15,1% et les mères de plus de 40 ans de 1,5% en 1994 à 3,8% en 2005.
En ce qui concerne les indicateurs des pratiques médicales en rapport avec la naissance, on peut relever:
-une importante augmentation du nombre de césariennes , qui passent de 13,7% en 1995 à 20% en 2005. Cependant, le nombre de naissances spontanées ne change pas et oscille autour de 71%. L’augmentation des césariennes se fait essentiellement au détriment du recours à la ventouse (9,6% en 1995 à 6,4% en 2005) et au forceps (4,8% en 1995 à 2,8% en 2005);
-le recours à une forme d’analgésie pendant la grossesse est également en augmentation (de 65,1% en 1995 à 80,4% en 2005);
-les taux d’ induction restent élevés mais varient peu. En 2005, une naissance sur trois est induite ou césarisée.
Les indicateurs spécifiques du nouveau-né nous montrent:
– un allaitement maternel à la sortie de la maternité en constante augmentation . En 2005, 79,5% des nourrissons quittent la maternité en étant allaités exclusivement au lait maternel;
-une stabilisation du taux de grossesses multiples autour de 1,5%, ce qui correspond à 3% de jumeaux et très peu de grossesses multiples de haut rang (moins de 0,1%);
-une légère tendance à l’augmentation du taux des enfants de petits poids de naissance (7,7% en 2005 pour 7,3% en 1994) ceci principalement pour les nouveau-nés pesant entre 1500 et 2500 grammes;
-une augmentation lente mais constante du taux de prématurité qui passe de 7,4% en 1994 à 8,2% en 2005 dans l’ensemble de la population des naissances vivantes.
Un quart des futures mères bénéficient d’un suivi dans le cadre des consultations prénatales de l’ONE. Les données dont nous disposons nous permettent d’affirmer que les futures mères qui fréquentent les structures de l’ONE constituent une population particulièrement fragile.
Alors que dans les sociétés industrialisées, l’accès au travail est directement corrélé à un meilleur niveau global de santé, nous trouvons dans nos consultations 60% de mères sans emploi (au chômage, au foyer, sous aide sociale).
De plus, si on compare la population des futures mères suivies en dehors de l’ONE à celles suivies dans les prénatales de l’ONE, on retrouve dans ces dernières deux fois plus de futures mères de moins de 20 ans (5,4% au lieu de 2,2%) quatre fois plus de mères isolées (ne vivant ni en couple, ni en famille) (8,4% au lieu de 1,9%).

Prématurité

L’augmentation du taux de prématurité nous a conduits à consacrer notre deuxième chapitre à une analyse plus fine de ce phénomène.
Dans le cadre d’un partenariat avec le Fonds Houtman, l’ONE a subventionné, entre 2002 et 2004, une recherche-action interuniversitaire destinée à évaluer le devenir à court, moyen et long terme des enfants nés prématurément.
Malgré une amélioration constante des conditions médicales et psychologiques de prise en charge des enfants prématurés, les trois recherches ont confirmé l’existence de risques de séquelles à tous les âges. Un suivi régulier et spécialisé de ces enfants devrait permettre dans un certain nombre de cas une prise en charge précoce, et une diminution de la morbidité de ces séquelles.
Pour ce chapitre, l’analyse des données de la BDMS a été faite sur l’ensemble des naissances vivantes en excluant les bébés issus de grossesses gémellaires, ce qui porte alors le taux de prématurité en 2005 à 7,2% en région wallonne, 6,0% pour la région de Bruxelles-Capitale et 6,6% pour la Flandre (taux fournis par Kind & Gezin).
Ces différences sont encore plus marquées à l’intérieur de la région wallonne avec le taux le plus faible (6,1%) dans le Luxembourg et le Brabant Wallon et le plus élevé (7,6%) dans la province de Liège.
Lorsqu’on regarde la nationalité d’origine des jeunes mères, on constate que les taux les plus élevés se retrouvent chez les mères originaires d’Amérique centrale et latine (12%). Nous savons qu’une grande partie de ces femmes sont dans des situations socio-économiques très fragilisées.
Dans le tableau mettant en relation l’âge de la mère et la prématurité, on retrouve deux pics, chez les mères de moins de 20 ans (9,4%) et chez les mères de plus de 40 ans (8,8%).
Autres facteurs corrélés avec un plus grand taux de prématurité: le tabagisme , avec un taux de prématurité de 11,6% pour les mères qui déclarent fumer plus de 20 cigarettes par jour; la situation d’isolement de la mère, où on retrouve un taux de prématurité de 8,9%.

Une prévention qui porte ses fruits

Le dernier chapitre, consacré au suivi de l’enfant, permet d’avoir une vision qualitative de l’action préventive de l’ONE ainsi que de l’état de santé général de la population des enfants qui fréquentent les structures de l’ONE.
On observe que 76% des parents des enfants de la Communauté française Wallonie – Bruxelles bénéficient d’un premier contact avec l’ONE après la sortie de la maternité; dans trois-quarts des cas ces premiers contacts se font à domicile, et dans la première semaine de vie de l’enfant.
Les indicateurs décrivant les familles des enfants suivis à l’ONE nous montrent que la population qui fréquente les consultations pour enfants de l’ONE, et pour laquelle nous avons des informations (plus ou moins 10.000 enfants par an), est diversifiée. Elle provient de tous les milieux socio-économiques mais avec une importante représentation de populations « fragiles »:
-plus de trois mères sur dix vivent avec un seul revenu professionnel;
-près de 15% des mères vivent avec un revenu de remplacement ou aucun revenu fixe;
-près d’une mère sur deux est au chômage ou au foyer;
-une mère sur huit a des difficultés à parler le français;
-une mère sur quatre vit en Belgique depuis moins de 5 ans;
-pour 25% des mères, le niveau d’enseignement atteint ne dépasse pas le secondaire inférieur;
-dans une famille sur trois, au moins une personne fume régulièrement dans l’habitation.
Les indicateurs de santé de ces enfants sont pour certains réjouissants (c‘est le cas des indicateurs de vaccination), pour d’autres en progrès bien qu’insuffisants (il s’agit des indicateurs d’allaitement, d’alimentation, de dépistage visuel et auditif), tandis que d’autres sont préoccupants (notamment ceux concernant le développement du langage).
Les taux de vaccination de ces enfants sont supérieurs à ceux de la population globale des enfants de la Communauté française:
-95% des enfants ont reçu les trois premières doses de vaccin hexavalent (diphtérie – tétanos – coqueluche – polio, hémophilus influenzae de type b et Hépatite B);
-92% ont reçu la dose de rappel diphtérie – tétanos – coqueluche – polio à 18 mois;
-90% ont reçu une dose de vaccin rougeole – rubéole – oreillon;
-93,4% ont reçu une dose de vaccin contre le méningocoque.
Les taux d’allaitement maternel progressent. Les trois quarts des enfants ont un allaitement maternel complet ou mixte lors du premier contact avec l’ONE après le retour de la maternité. A 12 semaines de vie, ils ne sont plus que 30% à en bénéficier en 2005, mais ils n’étaient que 20% en 2000. Un effort tout particulier doit encore être fait pour les enfants de petits poids de naissance qui pourtant sont ceux qui en ont le plus besoin: ainsi seulement 25% des bébés de moins de 1500 g et à peine la moitié des bébés de 1500 à 2500 g reçoivent du lait maternel.
Le développement du langage (indicateurs demandés pour la langue maternelle de l’enfant) pose question.
Alors que les indicateurs de développement psychomoteur semblent globalement se situer dans des moyennes attendues, il n’en est pas de même pour les indicateurs d’acquisition du langage dans la langue maternelle. Ainsi à 30 mois, trois quarts des enfants prononcent une phrase de 3 mots et la moitié utilisent le «je». Ces chiffres semblent fort bas et devront donc être confirmés ultérieurement.

Une analyse rapide de ces informations nous permet de dire que les indicateurs de santé reflétant un acte de médecine préventive rapide et très dépendant de l’action des professionnels sont particulièrement bons (vaccination). Il n’en va pas de même des indicateurs qui reflètent des programmes de santé nécessitant un important investissement des services de santé ainsi que des changements d’attitude de la part des familles.
Dr Marie-Christine Mauroy , ONE
Adresse de l’auteur: Office de la naissance et de l’enfance, chaussée de Charleroi 95, 1060 Bruxelles. Courriel: info@one.be. Internet: [L]www.one.be[/L] (le rapport y est téléchargeable).

Usages de drogues en Communauté française: le rapport épidémiologique d’Eurotox

Le 30 Déc 20

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Le dernier rapport d’Eurotox sur «L’usage de drogues en Communauté française», est sorti de presse en décembre dernier. Nous exposons ici les grandes lignes du chapitre consacré à l’épidémiologie. Les principales sources de données seront présentées, ainsi que les tendances les plus marquantes qui se dégagent de ces données.
Le rapport est alimenté par les données épidémiologiques rassemblées par Eurotox en Communauté française (voir encadré), qu’elles soient collectées directement via les centres de traitement, recueillies lors des opérations de réduction des risques menées par d’autres associations, ou encore, issues d’autres enquêtes épidémiologiques.

Le cannabis: beaucoup essaient!

L’Enquête de santé par interview réalisée en 2004 par l’Institut scientifique de santé publique (1) et les comparaisons avec l’enquête précédente de 2001 nous renseignent sur l’importance de la consommation du chanvre parmi nos concitoyens.
La prévalence de l’usage «expérimental» de cannabis dans la population générale (15-64 ans) est en augmentation: en 2001, une personne sur dix disait avoir déjà essayé le cannabis, contre plus d’une personne sur huit en 2004. Cette proportion varie évidemment avec l’âge: entre 15 et 24 ans, plus d’un jeune sur cinq déclare avoir expérimenté le cannabis; entre 25 à 34 ans, ils sont un quart à déclarer l’avoir fait! C’est d’ailleurs dans cette tranche d’âge que l’augmentation observée entre 2001 et 2004 est la plus importante.
L’usage de cannabis dit «actuel» (dans les 30 derniers jours) est également en augmentation: en 2004, 3% des personnes qui consomment le font de façon actuelle (5,4% en région bruxelloise, 3,2% en région wallonne et 2,6% en région flamande). En région wallonne et en région bruxelloise, la moitié de ces consommateurs «actuels» ont pris du cannabis dix jours ou plus au cours du dernier mois; ce chiffre est de 38% pour la région flamande.
En 2001 comme en 2004, l’usage expérimental et l’usage actuel de cannabis sont proportionnellement plus élevés chez les hommes que chez les femmes, et diminuent avec l’âge à partir de la tranche 35-44 ans.

Cannabis, cocaïne et alcool: en tête des évocations

La ligne téléphonique francophone d’aide en matière de drogues créée en 1971 par Infor-Drogues est aussi une source d’informations intéressantes. Infor-Drogues choisit à dessein de comptabiliser les produits «évoqués» plutôt que «consommés»; en effet, dans la majorité des contacts, les personnes qui appellent se déclarent non-consommatrices.
En 2004, il y a eu 5.134 «évocations de produits» lors de ces contacts ; près de 40% d’entre eux étaient consacrés au cannabis. La cocaïne suit directement; elle est très souvent évoquée depuis six ans, alors qu’en 1997 elle n’était encore que cinquième dans le «palmarès». La troisième drogue dans l’ordre des évocations est l’alcool.
Le tableau 1 montre le détail des contacts d’Infor-Drogues (ligne téléphonique et autres sources: demandes écrites ou formulées lors d’une visite) depuis 2001. On voit que certains produits sont évoqués plus fréquemment en 2004 qu’en 2003: il s’agit surtout du LSD, de la méthadone et de l’ecstasy, puis, dans une moindre mesure, des amphétamines et de la cocaïne.

Tableau 1 – Détail des contacts (ligne téléphonique et autres) d’Infor-Drogues

Produit

2001 2002 2003 2004 % Variation par rapport à 2003
Cannabis 1.752 1.761 2.171 1.978 38,5 – 8,9 %
Cocaïne* 510 582 846 721* 14 + 1,5 %*
Alcool 348 460 533 484 9,4 – 9,2 %
Héroïne 435 402 447 437 8,5 – 2,2 %
Médicaments 221 311 392 344 6,7 – 12,2 %
X.T.C. 495 342 301 322 6,3 + 7 %
Méthadone 225 213 210 236 4,6 + 12 %
Crack 137 2,7
Amphétamines 192 144 132 135 2,6 + 2,3 %
Tabac 76 99 136 130 2,5 – 4,4 %
L.S.D. 188 102 59 82 1,6 + 38 %
Solvants 32 43 52 39 0,8 – 25 %
Autres opiacés 31 21 23
Autres 142 118 77 89 1,7 +0,3%
Total 4647 4598 5379 5134 100% – 4,5 %

Source: Infor-Drogues
* comprend aussi le crack jusqu’en 2003 inclus

Une enquête de PROMES (ULB) sur la prévalence d’expérimentation (= avoir essayé au moins une fois dans sa vie) menée en 2003 auprès d’un échantillon de 2320 étudiants belges de 15 et 16 ans, fait apparaître une répartition un peu différente ( voir tableau 2 ): si le cannabis est toujours en tête de liste, on est frappé par l’étonnant 9,3% d’expérimentation de tranquillisants ou de sédatifs non prescrits ! Ces drogues « licites » dont la prévalence d’expérimentation nous interpelle concernant des adolescents, sont suivies immédiatement dans la liste par les inhalants (6,9% d’expérimentation). Suivent par ordre décroissant, les champignons hallucinogènes, l’ecstasy, le LSD ou autres hallucinogènes, la cocaïne et enfin, les amphétamines.
Si l’on considère par contre la prévalence d’expérimentation au cours de l’année écoulée, l’ordre de la liste se modifie quelque peu (voir le tableau 2, qui donne également les prévalences d’expérimentation au cours du dernier mois).
Toutes drogues illicites confondues, la prévalence d’expérimentation est de 32,6%. Cette prévalence chute à 7,9% si on exclut le cannabis. Comme toujours, les garçons (37,2%) sont plus représentés que les filles (28,3%)…

Tableau 2 – Prévalence d’expérimentation des drogues par les 15 – 16 ans au cours de la vie, au cours de l’année écoulée et au cours du mois écoulé (en %)

N = 2320

Prévalence vie Prévalence année Prévalence mois
Marijuana / hachisch Garçons 36.8 31.9 20.3
Filles 28.1 21.9 13.4 Total 32.2 26.7 16.7
Tranquillisants ou sédatifs non prescrits Garçons 8.6 2.5 1.0
Filles 9.9 3.7 1.8 Total 9.3 3.1 1.4
Inhalants Garçons 8.9 5.2 2.6
Filles 5.1 2.9 1.3 Total 6.9 4 1.9
Champignons hallucinogènes Garçons 7.6 3.9 1.6
Filles 2.8 1.2 0.4 Total 5.1 2.5 1.0
Ecstasy Garçons 5.1 3.2 1.5
Filles 3.7 2.3 1.1 Total 4.4 2.7 1.3
LSD ou autres hallucinogènes Garçons 4.3 2.4 1.0
Filles 1.2 0.9 0.4 Total 2.7 1.6 0.7
Cocaïne Garçons 3 1.1 0.6
Filles 2.1 1.2 0.8 Total 2.5 1.1 0.7
Amphétamines Garçons 2.5 1.3 0.5
Filles 1.9 1.3 0.9 Total 2.2 1.3 0.7

Source : ESPAD 2003 . Cité in Belgian National Report on Drugs 2004

Le milieu festif: «polyconsommation» mais peu d’injections

Des données sont collectées annuellement dans différents événements à travers les actions de réduction des risques liés à l’usage de drogues menées en milieu festif en Communauté française. Les personnes qui consultent les services de réduction des risques pendant l’événement sont invitées à remplir un questionnaire.
Ce public d’usagers de drogues est assez jeune (moyenne de 22 ans) et est composé d’environ un tiers de femmes pour deux tiers d’hommes. Il présente une forte prévalence de consommation au cours du dernier mois. En 2004, 51% ont consommé du cannabis au cours du dernier mois, 21% de l’ecstasy, 17% des amphétamines, 12% de la cocaïne, et 11% des champignons hallucinogènes.
Les usagers rencontrés en milieu festif sont essentiellement des poly-usagers. Les modes de consommation sont surtout le sniff , l’inhalation ou l’ingestion. On y rencontre une faible proportion d’usagers de drogues par voie intraveineuse (1-2%).
La proportion de personnes qui rapportent avoir consommé au moins une drogue illégale au cours de l’événement est de 42% en 2004. Il faut noter que ce chiffre sous-estime la réelle consommation au cours de l’événement, car il correspond à ce que les personnes ont répondu au moment où elles ont rencontré le service de réduction des risques, et non en fin de soirée. Le produit le plus répandu est l’alcool, suivi du cannabis et de l’ecstasy. Les prévalences de consommation de cannabis et de tabac sont très proches.
Il est intéressant de noter l’évolution des produits consommés au cours de la période allant de 1996 à 2004, dans un même festival rock. Par exemple, parmi les usagers du service de réduction des risques, près d’un cinquième étaient consommateurs d’héroïne en 1996, contre 6% en 1999. En revanche, alors qu’un cinquième aussi des usagers disaient consommer de l’ecstasy en 1996, ils étaient 40% en 1997. De tels changements s’expliquent en grande partie par une évolution du public, liée aux modifications de la programmation musicale.

En rue: les opérations «Boule-de-Neige»

En Communauté française, depuis 1994, des données concernant les consommations, les modes de consommation et les comportements à risque des usagers de drogues injectables, sont collectées à travers des opérations de prévention du sida, les opérations «Boule-de-Neige».
Dans ces opérations de réduction des risques, les usagers, qui représentent un public plutôt marginalisé, sont contactés par un de leurs pairs, appelé «jobiste», qui se voit attribuer une triple mission: participer à un cycle de sensibilisation, établir une quinzaine de contacts dans son entourage proche, «recruter» à son tour un futur candidat jobiste (il s’engage aussi à participer à une réunion d’évaluation).
Lorsque le jobiste se rend sur le terrain, il est muni d’un questionnaire qui sert de base à l’entretien avec les usagers de drogues. Une opération «Boule-de-Neige» se déroule sur quelques semaines (même si le travail préparatoire peut être beaucoup plus long). Il s’agit de faire en sorte que le message préventif suive le même chemin que celui emprunté par le virus: d’ami à ami.
Dans la population des usagers de drogues rencontrés en rue (2) en 2004 (âge moyen de 25 ans), on observe une consommation de cocaïne élevée et en augmentation (59%), d’héroïne (67%) et de benzodiazépines (40%). Il s’agit essentiellement de poly-consommateurs consommant depuis plus de deux ans. Un quart des personnes rencontrées ont consommé de la méthadone qui ne leur avait pas été prescrite.
Deux tiers des usagers rencontrés dans les opérations «Boule-de-Neige» ont déjà pratiqué l’injection de drogue dans leur vie. L’injection de méthadone est rapportée par une proportion grandissante des personnes rencontrées. L’injection est aussi devenue depuis quelques années le mode de consommation de la cocaïne dans la moitié des cas.

La prison, lieu d’initiation aux drogues

Différentes enquêtes transversales ont été réalisées en milieu carcéral en Communauté française (3). La proportion de détenus déclarant consommer une drogue illégale en prison est d’environ 40%. Pour la moitié de ces personnes, il s’agit de cannabis uniquement. Les drogues les plus utilisées en prison sont le cannabis, suivi par les benzodiazépines, l’héroïne et la cocaïne.
Ces enquêtes montrent que la prison constitue un lieu d’initiation aux drogues. Dans l’enquête menée en 2003, un cinquième des participants (soit près de la moitié des usagers de drogue en prison) rapportent que la première consommation d’un produit illicite a eu lieu en milieu carcéral, et 10% des participants disent avoir été initiés à l’héroïne en prison.
Les personnes injectent moins fréquemment en prison qu’à l’extérieur, d’après ce qu’elles rapportent: 2% des personnes interrogées disent s’injecter de la drogue en prison. L’absence d’accès à du matériel d’injection stérile rend ces injections à très haut risque.

L’Indicateur de Demande de Traitement

L’Indicateur de Demande de Traitement (TDI) est un indicateur épidémiologique constitué d’un ensemble de variables que des institutions de traitement ou des praticiens recueillent pour Eurotox à l’occasion des demandes de traitement faites par les usagers.
Cet indicateur nous apprend que le public qui a débuté un traitement en 2004 est âgé en moyenne de 29 ans, comporte un cinquième de femmes, est belge dans trois cinquièmes des cas, et possède un diplôme secondaire dans près de 60% des cas; une fois sur trois, il dépend du CPAS ou de la mutuelle; il vit seul dans 35% des cas et est sans logis dans 12% des cas.
Le TDI montre aussi que, toujours en 2004, les opiacés sont à l’origine de la moitié des demandes de traitement (55%) suivis de l’alcool (18%), du cannabis (11%) et de la cocaïne (10%).
En 2004, on a vu pour la première fois apparaître des demandes pour l’addiction aux jeux et paris.
En ce qui concerne les premières demandes de traitement (aucun traitement antérieur), les opiacés connaissent une forte baisse, passant de 74% en 1993 à 38% en 2004: ils sont remplacés par les demandes de traitement liées à l’alcool, au cannabis et à la cocaïne.

Les maladies infectieuses liées aux drogues

Un autre indicateur-clé est celui des «maladies infectieuses liées à l’usage de drogues». Il se compose d’une série de variables portant sur le statut sérologique (rapportées par le patient ou basé sur test de laboratoire) pour le HIV, le HBV et le HCV. Il est collecté sur la même fiche que le TDI, mais les centres de traitement peuvent choisir de compléter ou non les items sur le statut sérologique.
Le nombre d’inconnues est important, et le nombre de réponses réduit; il convient donc d’interpréter ces résultats avec prudence. Moyennant ces précautions, voici les grandes tendances qui se dégagent des chiffres collectés en 2003 et 2004; nous nous intéressons ci-dessous uniquement au groupe à risque représenté par les usagers de drogues par injection. Les constatations qui suivent se basent aussi sur les données issues des opérations Boule-de-Neige.
Si les infections au VIH et l’hépatite B étaient en baisse jusqu’en 2002, on observe une augmentation en 2004. La prévalence «rapportée» (= séropositivité signalée par l’usager) de l’hépatite B est de 29% de 2001 à 2003 et de 32% en 2004 2. Elle est par ailleurs de 35% en 2004 parmi les usagers de drogues par injection (UDI) en demande de traitement et qui ont été testés (4).
Sur l’ensemble des UDI déclarant un test HIV, 7% sont infectés par ce virus. Il est frappant de constater que la proportion de personnes infectées par le VIH est systématiquement deux fois plus élevée (12%) chez les nouveaux UDI (< 2ans) que parmi les UDI plus anciens (où elle n’atteint «que» 6%).
La prévalence de l’hépatite C chez les UDI varie selon les sources de 25% (usagers en prison, 2003) à 61% 2. Le nombre de cas d’hépatite C parmi l’ensemble des demandes de traitement des UDI est en hausse depuis 1997.
D’une façon générale, la proportion des usagers de drogue ayant eu un test de dépistage des hépatites reste encore trop faible, et les comportements à risque fréquents. Si, en 2004, 80% des UDI en demande de traitement ont déjà été testés pour l’hépatite B, et 78% pour l’hépatite C, par contre, dans la population des opérations Boule-de-Neige, ils ne sont que 64% à avoir déjà eu un dépistage des hépatites. Alors que l’injection «actuelle», facteur de risque majeur, est en constante diminution dans les données TDI concernant les premières demandes de traitement (10% en 2004 contre 95% en 1993), en revanche, dans la population des opérations Boule-de-Neige, 43% disent pratiquer l’injection actuellement. Le partage du matériel concerne quatre usagers «injecteurs actuels» sur dix pour la seringue, et presque un sur deux pour d’autres parties du matériel!

Pour plus d’info…

Ce rapport sur «l’usage de drogues» ne comporte pas que des données épidémiologiques. Les aspects plus proprement sociologiques y sont aussi développés: le cadre législatif et organisationnel; les projets et tendances en matière de traitement, de prévention, et de réduction des risques; et enfin, pour la première fois, un focus spécial qui, cette année, est consacré à l’alcool.
Ce dernier fera l’objet d’un prochain article dans Education Santé . Le rapport complet (207 pages) peut être obtenu sur demande à Eurotox ou téléchargé sur le site de l’asbl. Une fiche de synthèse de 4 pages vient d’être publiée, qui peut être obtenue aux mêmes sources.
Marianne Flament , Eurotox
Adresse de l’auteur : Eurotox , 67 avenue Emile de Béco 67 , 1050 Bruxelles . Tél .: 02 644 22 00 Fax : 02 644 21 81 . Courriel : eurotox@skynet.be, site : https://www.eurotox.org

Eurotox et ses missions

Eurotox a été fondée en 1991 par trois institutions de terrain actives dans le domaine des drogues et des assuétudes: Infor-Drogues, Modus Vivendi et Prospective Jeunesse. Elle remplit des missions spécifiques pour la Communauté française, et pour l’Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanies (OEDT), dont le siège est à Lisbonne. Cet observatoire a été créé en 1993 afin d’apporter aux Etats les informations nécessaires en matière de drogues. Chaque Etat a mis en place un point focal national de coordination. En Belgique, ce rôle est dévolu à l’Institut scientifique de santé publique, qui est appuyé par quatre «sous-points focaux», un par Communauté et un pour la région bruxelloise; ils forment ensemble le «Belgian Information REITOX Network» (BIRN). Eurotox est sous-point focal pour la Communauté française.

Les missions européennes

Eurotox contribue à la rédaction du Rapport national belge sur les drogues , qui lui-même alimente le rapport annuel de l’OEDT sur l’état du phénomène des drogues et assuétudes en Europe. Pour ce faire, Eurotox collecte et compile nombre de données quantitatives et qualitatives en Communauté française. Parmi les indicateurs épidémiologiques récoltés, deux le sont directement auprès du terrain: «l’indicateur de demande de traitement», et la «prévalence des maladies infectieuses chez les usagers de drogues par voie intraveineuse». Ces données, anonymes, sont transmises à Eurotox où elles sont analysées.
EDDRA (pour «Exchange on drug demand reduction actions») est le nom d’une base de données multilingue disponible sur le web (www.reitox.emcdda.org/eddra) visant à récolter des informations objectives, fiables et comparables sur les activités de réduction de la demande de drogue, en insistant sur l’évaluation. Tout projet de prévention en lien avec la réduction de la demande de drogues est susceptible de figurer dans EDDRA, pour autant qu’une évaluation du projet soit réalisée ou prévue. Les intervenants intéressés sont invités à prendre contact avec Eurotox.
L’OEDT assure une mission importante de détection et d’évaluation de nouvelles drogues de synthèse au sein de l’Union européenne. Eurotox participe à ce « Système d’alerte précoce » («Early Warning System» ou EWS) et a même, aujourd’hui, élargi cette mission puisque les nouveaux modes de consommation de drogues déjà connues sont signalés avec un soin égal s’ils entraînent des risques accrus. L’information qui en découle est transmise en urgence par courriel vers les professionnels du secteur des assuétudes. Si nécessaire, Eurotox et ses trois promoteurs prolongent ces messages par des dépliants conçus pour les usagers. Ce système d’alerte précoce contribue aussi à alimenter le système de détection des tendances émergentes (voir plus loin).

Les missions en Communauté française

En septembre 2000, Eurotox a reçu du Gouvernement de la Communauté française la mission d’Observatoire socio-épidémiologique «alcool-drogues» sur le territoire de la Communauté française. C’est dans ce cadre qu’est produit annuellement le Rapport sur l’usage de drogues en Communauté française .
Eurotox a développé un système de détection des tendances émergentes («Emerging trends-E.T.») en matière de consommation de drogues, via le Yahoo group «Tendances émergentes – alerte précoce». C’est un forum d’échange de savoirs sur les tendances émergentes en matière de consommation de drogues, réservé aux professionnels du champ des assuétudes. Tout professionnel concerné peut adresser une demande d’adhésion à Miguel Rwubusisi (02 639 47 08), miguel.rwubusisi@eurotox.org, ou encore via le site https://fr.groups.yahoo.com/group/tendances_emergentes_alerte_precoce

(1) Enquête de santé par interview, Belgique, 2004, Institut scientifique de santé publique, Service d’Epidémiologie, Bruxelles, 2006.
(2) Données issues des opérations «Boule-de-Neige» de Modus Vivendi de 1994 à 2004 in L’usage de drogues en Communauté française 2004-2005, Eurotox asbl, juin 2006.
(3) Hariga F., Todts S., Doulou M. et coll., Drug use in prisons: monitoring of health risks: a survey in 10 prisons in Belgium, Brussels, 2003.
(4) Données TDI, Eurotox, 2004.

Forfait de soins: luxe ou nécessité?

Le 30 Déc 20

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Le forfait de soins est une intervention spécifique pour les personnes qui, en raison de leur état de santé, sont dépendantes des autres et ont des dépenses de santé élevées. Les conditions d’octroi du forfait de soins ont été rendues plus restrictives depuis janvier 2006. Diverses études ont été commanditées par le Ministre des Affaires sociales en vue d’évaluer la pertinence de ce forfait et de préparer d’éventuelles réformes. L’étude confiée à la Mutualité chrétienne a pour objectif d’inventorier les frais de santé restant à charge des bénéficiaires et d’en confronter l’ampleur avec le montant actuel du forfait (254 € par an).

Méthode

En collaboration avec les services sociaux, les mouvements Ziekenzorg-CM et ACIH-AAM, une enquête de terrain a été organisée, de juin à septembre 2006. L’enquête est non-anonyme. Au total, 636 personnes ont participé à cette démarche. Les données recueillies portent sur le profil socio-économique des répondants, leur niveau de dépendance, les frais de santé auxquels ils font face. Ces informations sont enrichies grâce aux données détenues par la Mutualité chrétienne (tickets modérateurs, suppléments, données administratives), ce couplage n’étant effectué que pour les répondants ayant donné leur autorisation. Les données traitées ont été redressées (1) de façon à ce que l’échantillon des répondants ait la même structure que la population cible. Nous présentons ci-après les principaux résultats obtenus.

Inventaire des frais de santé

Il s’agit des frais répertoriés dans le questionnaire d’enquête. Tous types de frais confondus et tous les répondants étant pris en compte, la moyenne par répondant est de l’ordre de 1.752 € en base annuelle. Ce niveau moyen de dépenses se structure de la façon suivante (voir tableau 1): 35% de ces frais sont exposés pour des services d’aide à domicile, 18% sont relatifs aux médicaments non-remboursables, 17% aux frais de transport (en relation avec des contacts médicaux) et 12% aux produits de soins.
Ces frais de santé sont corrélés avec le niveau de dépendance des répondants et sont très concentrés sur une partie des répondants. Si on classe les répondants par ordre croissant de frais exposés, le dernier décile de répondants (10% de l’échantillon avec les frais les plus élevés) concentre à lui seul près de 39% des frais totaux. Les deux derniers déciles (20% de l’échantillon avec les frais les plus élevés) concentrent 58% des frais observés. Dans la figure 1, on indique la moyenne des frais observés (sur base annuelle) par décile de répondants. Le dernier décile est caractérisé par un niveau considérable de dépenses moyennes: 5.862 € par an, soit 3,3 fois plus que la moyenne observée pour l’ensemble des répondants.

Tableau 1: Frais (€ / an) en dehors de l’Assurance maladie, synthèse

Ensemble des répondants ayant mentionné des frais

Dépenses moyennes Proportion dans les coûts
Services d’aide à domicile 617,28 35,23%
Médicaments D non remboursables 310,26 17,71%
Frais de transport 298,83 17,06%
Produits de soins 210,11 11,99%
Prestataires paramédicaux (2) 99,15 5,66%
Aides techniques (3) 91,11 5,20%
Aménagements (maison, auto) 75,27 4,30%
Séjours temporaires en dehors du domicile (4) 44,34 2,53%
Autres frais 5,58 0,32%
Total 1.751,92 100,00%

Figure 1: Frais (€ / an) en dehors de l’Assurance maladie, par décile de répondants

Autres frais à prendre en compte: les tickets modérateurs et suppléments

Aux frais mentionnés ci-dessus, on doit encore y ajouter les tickets modérateurs et les suppléments liés aux prestations de soins de santé entrant bien dans le cadre de l’Assurance maladie obligatoire. L’évaluation de ces montants est faite grâce aux informations détenues dans les bases de données de la Mutualité chrétienne. Pour les répondants à l’enquête, la charge nette des tickets modérateurs (après intervention du Maximum à facturer) et les suppléments s’élevaient à 1.200 € en 2005. Globalement, on estime alors à 3.000 € par an l’ensemble des frais de santé restant à charge des malades chroniques.

Renoncement aux soins

Au vu des montants de frais de santé auxquels les malades chroniques sont confrontés, on peut s’attendre à ce que nombre d’entre eux soient obligés de renoncer ou de reporter des soins. C’est ce que nous constatons: 28 % des répondants déclarent «être obligés de faire des économies» au niveau de leurs soins. Les aides et soins les plus souvent cités sont les lunettes (45%), les soins dentaires (38%), les soins de kinésithérapie (31%), les aides techniques (27%).

En guise de conclusion

Nous ne pouvons que plaider pour le maintien du forfait de soins. Nous n’avons pas trouvé de phénomène d’enrichissement sans cause: le forfait constitue bien une intervention qui vient, partiellement, soulager les importantes dépenses de santé encourues.
Les résultats montrent également que certains bénéficiaires ont des frais de santé bien plus élevés que la moyenne (ils sont en état de dépendance sévère à très sévère). Pour ceux-là, il conviendrait de renforcer le forfait de soins.
Enfin, il faut aussi agir sur les coûts eux-mêmes, essayer de trouver des solutions spécifiques selon le type de frais en cause. Ainsi, certaines classes de médicaments D (par exemple les antidouleurs) pourraient obtenir un remboursement partiel (par exemple selon la catégorie B) à condition d’être prescrits par un médecin.
Le Ministre Rudy Demotte a d’ailleurs pris un certain nombre d’initiatives spécifiques en faveur des malades chroniques. Elles sont les bienvenues. Mais reconnaissons qu’il n’y a pas de solution miracle. Par contre, de façon pragmatique, étape par étape, nous pouvons et devons développer une stratégie mixte combinant interventions forfaitaires mieux ciblées et mesures spécifiques sur certains coûts (sans oublier le volet ‘revenus’ de ces allocataires sociaux).
De cette façon, la couverture des soins de santé des personnes les plus vulnérables de notre société s’en trouvera améliorée, but auquel doit s’attacher le développement d’une Assurance maladie solidaire. En tout cas, c’est en ce sens que s’inscrivent l’action et la réflexion apportées par la Mutualité chrétienne et ses mouvements.
Hervé Avalosse , Recherche et Développement Mutualité chrétienne

(1) Le redressement est une opération mathématique ayant pour objectif d’améliorer la représentativité d’un échantillon sur un certain nombre de critères de qualification. L’idée est la suivante: si on veut généraliser les réponses obtenues à l’ensemble de la population étudiée, il faut que l’échantillon des répondants ait la même structure que cette population cible sur ces critères de qualification. Le redressement cherche donc à appliquer des pondérations aux individus pour augmenter le poids de ceux appartenant à des groupes sous-représentés dans l’échantillon par rapport à la population cible, et à réduire parallèlement le poids de ceux qui sont sur-représentés.
(2) Frais exposés lorsque les répondants ont fait appel à des diététiciens, psychologues, ergothérapeutes, pédicures et/ou podologues.
(3) Lits spéciaux, lits électriques, ascenseur d’escalier, aérosol, appareil de téléassistance, chaises roulantes, cannes et aides à la marche, matelas, coussins et sièges spéciaux, rehausseur de wc…
(4) On vise les centres de jour, les maisons de repos ou maisons de repos et de soins, les services de convalescence, les institutions pour handicapés.

Les chiffres du tabac en 2006

Le 30 Déc 20

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Une étude à grande échelle sur les habitudes tabagiques réalisée fin 2006 indique que le pourcentage de fumeurs reste stable; la consommation de cigarettes diminue, mais le tabac à rouler gagne en popularité. L’étude nous fournit aussi d’autres données intéressantes.

Trois Belges sur dix fument

Une enquête réalisée par Ipsos auprès de 3 872 personnes de plus de 15 ans à la demande de la Fondation contre le Cancer et financée par le SPF Santé publique, révèle que le pourcentage de fumeurs quotidiens s’élève à 29 % en Belgique. Le pourcentage de fumeurs quotidiens est resté stable au cours des quatre dernières années, à savoir 29 % en 2002, 28 % en 2003, 29 % en 2005 et 2006. (1)

Tableau 1. Le pourcentage de fumeurs quotidiens en Belgique (15 ans et plus)

Année

Hommes Femmes Total
2002 33 % 25 % 29 %
2003 32 % 22 % 28 %
2005 35 % 24 % 29 %
2006 33 % 25 % 29 %

Source: CRIOC (2002), VIG (2003), Fondation contre le Cancer (2005-2006). Le tabac à rouler est nettement plus en vogue (voir plus loin). Les chiffres de vente reflètent d’ailleurs cette tendance. Au cours de la période 2002-2006, la vente de cigarettes est passée de 14 314 millions de cigarettes en 2002 à 13 320 millions de cigarettes en 2006. La vente de tabac à rouler a augmenté de 8 417 tonnes en 2002 à 9 278 tonnes en 2006.

Tableau 2. Évolution de la vente de produits de tabac en Belgique au cours de la période 2002-2006

Année

Vente de cigares (millions de pièces) Vente de cigarettes (millions de pièces) Vente de tabac à rouler, à priser et à chiquer (tonnes)
2002 629 14 314 8 417
2003 528 14 287 8 327
2004 553 13 634 8 429
2005 542 13 385 8 198
2006 548 13 320 9 278

Source: Service Public Fédéral Finances (l’estimation pour 2006 est basée sur les 11 premiers mois de 2006)

Méthodologie de l’enquête

La population totale comprenait 8 601 000 personnes âgées de 15 ans ou plus vivant en Belgique.
3 872 personnes ont été interviewées en face à face à leur domicile pendant la période du 4 septembre au 16 octobre 2006.
L’échantillon est stratifié en fonction des provinces et du type d’urbanisation. Le croisement de ces deux variables fournit 37 cellules. Dans chacune de ces cellules, un point de départ a été sélectionné au hasard, auquel un nombre d’interviews a été attribué par rapport à la population de la cellule. Le nombre de points de départ est estimé à 100.
Des quotas ont été appliqués en ce qui concerne le sexe, l’âge, la profession (actif ou inactif) et le niveau d’éducation du répondant.

En 2006, le pourcentage de fumeurs quotidiens s’élevait à 29 %, le pourcentage de fumeurs occasionnels à 4 %, le pourcentage d’anciens fumeurs à 22 % et le pourcentage de ceux qui n’ont jamais fumé à 45 %. Notre pays compte environ 2 900 000 fumeurs, 1 900 000 ex-fumeurs et 5 500 000 personnes qui n’ont jamais fumé. Le pourcentage de fumeurs quotidiens s’élève à 25 % en Flandre, 32 % à Bruxelles et 36 % en Wallonie.
On s’attendait à ce que le pourcentage de fumeurs diminue un peu en 2006, notamment à la suite de l’interdiction de fumer sur le lieu de travail et dans les autres lieux publics entrée en vigueur le 1er janvier 2006.
Par rapport à 2003-2004, le nombre de cigarettes par fumeur a diminué. En 2003-2004, 39 % des fumeurs fumaient 20 cigarettes ou plus par jour, contre 29 % en 2006. L’interdiction de fumer a eu peu d’influence sur le pourcentage de fumeurs car seul 1 % des ex-fumeurs a arrêté de fumer après son entrée en vigueur. 20 % des ex-fumeurs ont arrêté de fumer au cours des trois dernières années et 54 % des anciens fumeurs il y a plus de 10 ans.
La raison principale de l’arrêt reste les conséquences néfastes pour la santé (46 %), suivie par le prix des cigarettes (11 %), le conseil du médecin préconisant d’arrêter de fumer (10 %), le souhait de ne pas être dépendant (7 %) et la demande émanant d’amis ou de membres de la famille (6 %).
Il se peut également que le pourcentage de fumeurs n’ait pas diminué en 2006 parce que, pour la première fois depuis dix ans, le prix des cigarettes n’a pas augmenté en 2006. Les fumeurs sont sensibles au prix, mais ils n’arrêtent pas de fumer pour autant: ils passent au tabac à rouler et aux marques meilleur marché. D’après la Banque mondiale, les hausses de prix sont les plus efficaces pour faire diminuer la consommation. En janvier 2007, le prix du paquet de cigarettes a augmenté de 0,53 euro.

Tableau 3. Prix en euros d’un paquet de 20 cigarettes (Marlboro) au cours de la période 2002-2006

1-1-2002

3,20
1-1-2003 3,50
1-1-2004 3,85
1-7-2005 4,00
1-1-2006 4,00
1-1-2007 4,53*

* €4,30 pour un paquet de 19 cigarettes.

Le profil du fumeur, de l’ex-fumeur et du non-fumeur en 2006

L’échantillon de l’étude sur les habitudes tabagiques, réalisée par Ipsos à la demande de la Fondation contre le Cancer, comprend 3 872 personnes. Il s’agit d’un nombre représentatif qui permet de déterminer le profil du fumeur, de l’ex-fumeur et du non-fumeur en 2006, selon le sexe, l’âge, la classe sociale, la profession et la région. La détermination des groupes sociaux s’effectue sur la base d’un ratio calculé entre la profession du principal responsable des revenus du ménage et son niveau de formation. La population est classée en fonction de la valeur que fournit la combinaison de ces deux variables et est ensuite divisée en huit groupes plus ou moins égaux. Le groupe qui correspond aux valeurs les plus élevées (et, par conséquent, au niveau professionnel et/ou au niveau de formation le plus élevé) est appelé «groupe 1», tandis que le groupe 8 est celui qui correspond aux valeurs les plus faibles.

Tableau 4. Habitudes tabagiques chez les hommes en fonction de l’âge, de la classe sociale, de la profession et de la région.

Age N=459 N=378 N=1121

15-24 ans
N=283
25-44 ans
N=679
45-64 ans
N=567
65 ans +
N=348
Total
N=1877
Fumeur quotidien 35 % 35 % 41 % 17 % 33 %
Fumeur occasionnel 4 % 6 % 2 % 3 % 4 %
Ex-fumeur 6 % 19 % 33 % 49 % 27 %
Non-fumeur 56 % 40 % 25 % 31 % 36 %
Classe sociale Classe sociale 1-2
Classe sociale 3-4
N=438
Classe sociale 5-6
N=524
Classe sociale 7-8
N=456
Total
N=1877
Fumeur quotidien 30 % 35 % 31 % 37 % 33 %
Fumeur occasionnel 5 % 4 % 4 % 1 % 4 %
Ex-fumeur 23 % 24 % 26 % 34 % 27 %
Non-fumeur 41 % 37 % 38 % 27 % 36 %
Profession ouvrier
employé
N=422
indépendant
N=193
cadre
N=50
sans emploi
N=133
Fumeur quotidien 44 % 29 % 36 % 21 % 62 %
Fumeur occasionnel 4 % 5 % 6 % 2 % 5 %
Ex-fumeur 21 % 24 % 15 % 33 % 13 %
Non-fumeur 32 % 42 % 43 % 44 % 20 %
Région Flandre
Bruxelles
N=177
Wallonie
N=579
Total
N=1877
Fumeur quotidien 28 % 40 % 42 % 33 %
Fumeur occasionnel 3 % 12 % 3 % 4 %
Ex-fumeur 32 % 15 % 21 % 27 %
Non-fumeur 38 % 33 % 33 % 36 %

Tableau 5. Habitudes tabagiques chez les femmes en fonction de l’âge, de la classe sociale, de la profession et de la région.

Age N=488 N=378 N=1156

15-24 ans
N=289
25-44 ans
N=683
45-64 ans
N=580
65 ans +
N=443
Total
N=1995
Fumeuse quotidienne 23 % 34 % 26 % 11 % 25 %
Fumeuse occasionnelle 6 % 5 % 3 % 2 % 4 %
Ex-fumeuse 9 % 16 % 25 % 18 % 18 %
Non-fumeuse 62 % 45 % 46 % 69 % 53 %
Classe sociale Classe sociale 1-2
Classe sociale 3-4
N=478
Classe sociale 5-6
N=518
Classe sociale 7-8
N=511
Total
N=1995
Fumeuse quotidienne 20 % 26 % 26 % 27 % 25 %
Fumeuse occasionnelle 5 % 3 % 4 % 3 % 4 %
Ex-fumeuse 19 % 21 % 18 % 15 % 18 %
Non-fumeuse 56 % 50 % 52 % 54 % 53 %
Profession ouvrière
employée
N=422
indépendante
N=193
cadre
N=50
sans emploi
N=133
Fumeuse quotidienne 45 % 25 % 22 % 17 % 44 %
Fumeuse occasionnelle 3 % 5 % 3 % 6 %
Ex-fumeuse 18 % 17 % 21 % 18 % 13 %
Non-fumeuse 34 % 53 % 53 % 65 % 37 %
Région Flandre
Bruxelles
N=192
Wallonie
N=647
Total
N=1995
Fumeuse quotidienne 22 % 25 % 31 % 25 %
Fumeuse occasionnelle 2 % 10 % 5 % 4 %
Ex-fumeuse 19 % 17 % 17 % 18 %
Non-fumeuse 57 % 49 % 47 % 53 %

Le pourcentage de fumeurs de tabac à rouler augmente

Le tabac à rouler est nettement plus en vogue que les cigarettes manufacturées. Le pourcentage de fumeurs de tabac à rouler est passé de 27 % en 2003-2004 à 30 % en 2006. Le pourcentage de fumeurs de cigarettes ordinaires est passé de 77 % en 2003-2004 à 65 % en 2006.
Si 65 % des fumeurs fument aujourd’hui des cigarettes ordinaires, 30 % préfèrent le tabac à rouler et 6 % des cigares, des cigarillos ou la pipe. Il existe d’importantes différences entre les préférences des fumeurs en fonction du sexe, de l’âge et de la classe sociale:
59 % des hommes fument des cigarettes ordinaires (contre 74 % des femmes), 34 % des hommes fument du tabac à rouler (contre 22 % des femmes) et 8 % des hommes fument la pipe, des cigares ou des cigarillos (contre 2 % des femmes).
77 % des jeunes (15 à 24 ans) fument des cigarettes ordinaires, contre 58 % des plus de 65 ans.
21 % des jeunes (15 à 24 ans) fument du tabac à rouler, contre 32 % dans les autres catégories d’âge.
44 % des sans emploi fument des cigarettes roulées à la main, contre seulement 2 % des cadres.
10 % des plus de 65 ans fument des cigares, des cigarillos ou la pipe.
Dans la classe sociale supérieure (déterminée sur la base de la formation et du niveau d’éducation), 21 % fument du tabac à rouler, contre 43 % dans la classe sociale inférieure.

Tableau 6. Le pourcentage de fumeurs par type de produits de tabac en fonction de la classe sociale n=1268[/ti

Cigarettes ordinaires Tabac à rouler Pipe, cigares ou cigarillos
Classe 1-2 70 % 21 % 8 %
Classe 3-4 73 % 23 % 5 %
Classe 5-6 68 % 31 % 2 %
Classe 7-8 53 % 43 % 4 %

Tableau 7. Le pourcentage de fumeurs par type de produits de tabac en fonction de la région n=1268

Cigarettes ordinaires Tabac à rouler Pipe, cigares ou cigarillos
Flandre 71 % 25 % 4 %
Bruxelles 56 % 39 % 7 %
Wallonie 62 % 34 % 5 %
Belgique 65 % 30 % 6 %

Combien de cigarettes fumez-vous par jour en moyenne?

Les enquêteurs ont demandé aux fumeurs de tabac à rouler ou de cigarettes ordinaires combien de cigarettes ils fument par jour en moyenne:
33 % fument moins de 10 cigarettes par jour.
38 % fument entre 10 et 19 cigarettes par jour.
29 % fument 20 cigarettes ou plus par jour.
Par rapport à 2003-2004, le nombre de cigarettes par fumeur a diminué. En 2003-2004, 39 % des fumeurs fumaient 20 cigarettes ou plus par jour, contre 29 % en 2006. En 2003-2004, 24 % fumaient moins de 10 cigarettes par jour, contre 33 % en 2006.
Dans la classe sociale supérieure, 21 % fument plus de 20 cigarettes par jour, contre 36 % dans la classe sociale inférieure.

Tableau 8. Le nombre de cigarettes fumées par jour en fonction de la classe sociale n=1 268

Moins de 10 cigarettes par jour 10 à 19 cigarettes par jour 20 cigarettes ou plus par jour
Classe 1-2 N=255 50 % 29 % 21 %
Classe 3-4 N=271 22 % 49 % 29 %
Classe 5-6 N=308 35 % 36 % 29 %
Classe 7-8 N=287 29 % 36 % 36 %

L’opinion de la population au sujet des mesures antitabac

La même enquête révèle que 73 % des personnes interrogées estiment que l’interdiction de fumer dans les restaurants est justifiée (2). Les ex-fumeurs sont 74 % à soutenir cette mesure et les non-fumeurs 88 %. Un fumeur sur deux (49 %) approuve cette interdiction. Chez les fumeurs qui souhaitent arrêter de fumer, 56 % soutiennent la mesure (40 % chez ceux qui ne souhaitent pas arrêter de fumer).
L’interdiction de fumer déjà introduite sur le lieu de travail bénéficie d’un soutien encore plus marqué: 83 % des personnes interrogées estiment que l’interdiction de fumer sur le lieu de travail est justifiée. Les anciens fumeurs sont 86 % à la soutenir et les non-fumeurs 94 %. Deux tiers des fumeurs (67 %) sont d’accord avec la mesure. Les fumeurs qui souhaitent arrêter de fumer sont même 80 % à approuver cette mesure (contre 54 % chez ceux qui ne souhaitent pas arrêter de fumer).
Six personnes interrogées sur dix (59 %) estiment que les campagnes antitabac ont enregistré des progrès au cours des quatre dernières années (50 % des fumeurs, 61 % des anciens fumeurs et 64 % des non-fumeurs). Une personne sur trois (33 %) pense le contraire, tandis que 8 % n’ont pas d’opinion sur le sujet. Chez les fumeurs qui souhaitent arrêter de fumer, 55 % sont d’accord avec cette idée (contre 46 % chez ceux qui ne souhaitent pas arrêter de fumer).
A la question de savoir quelles mesures sont les plus efficaces pour déconseiller de fumer, 19 % répondent l’interdiction de la vente de cigarettes aux jeunes de moins de 16 ans, 18 % une hausse annuelle de 0,50 euro par paquet de cigarettes, 14 % l’interdiction de fumer sur le lieu de travail et dans les autres lieux publics, 12 % la diffusion régulière de spots sur le tabagisme à la télévision, 8 % la présence de photos dissuasives sur les paquets de cigarettes et 6 % l’interdiction totale de publicité pour le tabac.
Pour les jeunes (de 15 à 24 ans), les mesures suivantes sont les plus efficaces: les hausses de prix (23 %), les spots télévisés (22 %), l’interdiction de fumer sur le lieu de travail (12 %), l’interdiction de vente aux jeunes (12 %), les photos dissuasives sur l’emballage (10 %) et l’interdiction de publicité (7 %).
Selon les fumeurs, les mesures suivantes sont les plus efficaces: l’interdiction de fumer pour les jeunes (21 %), les spots télévisés (13 %), l’interdiction de fumer sur le lieu de travail (11 %), les hausses de prix (9 %), les photos dissuasives sur l’emballage (9 %) et l’interdiction de publicité (6 %).
Il existe des différences marquantes entre les fumeurs qui souhaitent arrêter de fumer et les autres. 12 % des fumeurs qui souhaitent arrêter de fumer pensent qu’une hausse de prix est une mesure efficace, contre 6 % des fumeurs ne souhaitant pas arrêter. 14 % des fumeurs qui souhaitent arrêter de fumer pensent qu’une interdiction de fumer sur le lieu de travail est une mesure efficace, contre 8 % des fumeurs qui ne souhaitent pas arrêter de fumer.
Informations communiquées par Luk Joossens , Fondation contre le Cancer
Fondation contre le Cancer, chée de Louvain 479, 1030 Bruxelles. Internet: https://www.cancer.be
(1) Il s’agit de quatre enquêtes réalisées par Ipsos sur la base d’une méthodologie identique, auprès de 2 000 personnes en 2002, 2003 et 2005 et auprès de 3 872 personnes en 2006, pour le compte du CRIOC (2002), du VIG (2003) et de la Fondation contre le Cancer (2005 et 2006).
(2) Voir MAILLARD C., 2007, une bonne année pour les non-fumeurs, Education Santé n° 220, février 2007.

La prescription des antidépresseurs en Belgique

Le 30 Déc 20

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Entre 1997 et 2004, la prescription des antidépresseurs a presque doublé en Belgique, passant de 109 millions à 199 millions de doses journalières. En 2004, 11,3% des Belges se sont vus prescrire un antidépresseur. Ce phénomène n’est pas spécifique à notre pays, nos voisins européens sont confrontés à la même situation.
Paradoxalement, les études soulignent à la fois une prise en charge insuffisante des troubles dépressifs et en même temps un recours parfois trop rapide au traitement médicamenteux et une prescription parfois en dehors des indications. Les spécialistes s’accordent pour parler plutôt d’un «dysfonctionnement» de la prescription que de surconsommation.

Un partenariat pour une plus grande performance

Les mutualités disposent d’informations précises et d’une expertise qui peuvent se révéler utiles dans le cadre d’une aide à l’évaluation tant sur le plan global qu’au niveau individuel. La volonté de la Mutualité socialiste est de se positionner en partenaire des prestataires de soins et des administrations concernées de manière à contribuer à améliorer les performances de notre système de soins de santé tant au niveau de l’accessibilité aux soins que de leur qualité.
C’est dans cet esprit que s’inscrit cette étude: apporter des éléments complémentaires d’évaluation de la prescription d’antidépresseurs sur base des données relatives aux affiliés de la Mutualité socialiste.

Des résultats intéressants et surprenants

Dans un premier temps, l’étude souligne que les antidépresseurs coûtent cher à l’INAMI (7,2% du budget des spécialités pharmaceutiques) et au patient qui prend à sa charge 24% du coût total des antidépresseurs (contre 19% pour l’ensemble des spécialités). Le coût important à charge du patient s’explique en partie par un taux relativement faible de prescription de molécules «bon marché» (génériques, copies ou originaux ayant diminué leur prix): 17,2% alors que potentiellement 49% des prescriptions pourraient être des molécules moins chères. Cinq molécules concentrent 70% des volumes et 79% des dépenses. Ces dernières années, on assiste même à une substitution vers des molécules plus chères.
Les résultats montrent ensuite que la croissance des antidépresseurs est essentiellement une croissance en volume qui s’explique à part égale par une augmentation des patients traités et des quantités prescrites par patient. Ainsi,11,5% de la population affiliée à la Mutualité socialiste se sont vus prescrire au moins un antidépresseur en 2004. Pour la population de 18 ans et plus, la proportion est de 14,5%. Or, selon les enquêtes, 2 à 4 % de la population belge adulte, seraient traités par antidépresseurs dans les indications de dépression.
L’analyse des caractéristiques socio-économiques et démographiques des patients sous antidépresseurs révèle des résultats globalement cohérents avec les enseignements de la littérature quant aux prévalences de dépressions parmi la population.
Ainsi, par exemple, il y deux fois plus de femmes que d’hommes sous antidépresseurs et ce pour toutes les tranches d’âge de la vie. 37% des invalides sont sous antidépresseurs, soit quatre fois plus que pour la population active sans période d’invalidité, ce qui est cohérent avec le constat fait par ailleurs que les troubles mentaux sont la première cause d’entrée en invalidité. Il y a plus de chômeurs sous antidépresseurs que d’actifs et cette proportion augmente avec la durée du chômage.
Il y a également davantage de patients sous antidépresseurs parmi les personnes bénéficiant de l’intervention majorée, ce qui au-delà d’une plus grande morbidité, reflète probablement également un problème d’accessibilité financière des populations socio-économiquement défavorisées aux traitements alternatifs non médicamenteux (psychothérapie, thérapie cognitive, comportementale…). Enfin, une personne sur deux hébergées en maison de repos se voit prescrire des antidépresseurs, soit quatre fois plus que pour les personnes non institutionnalisées. Même en corrigeant pour l’âge, le sexe et le statut BIM, il subsiste un rapport de un à trois.
Enfin, l’étude a suivi pendant trois ans la prescription d’antidépresseurs à 129.322 patients ayant commencé un traitement en 2002. Les chiffres montrent que 60% de ces patients ont arrêté leur traitement avant trois mois et que 49% se sont vu prescrire une seule boîte, ce qui correspond généralement à un mois de traitement. Pour le traitement d’un épisode aigu de dépression, on suggère un traitement d’une durée de 6 à 7 mois minimum. Le fait que la moitié des patients qui commencent un traitement par antidépresseurs se voient prescrire une seule boîte pose de nombreuses questions et invite dès lors à s’interroger soit sur le diagnostic posé, soit sur le type de prise en charge de la dépression.
Relevons enfin que l’on observe deux fois plus de prescriptions uniques chez les médecins généralistes que chez les médecins spécialistes. Ceci traduit la difficulté de la prise en charge de la dépression en première ligne davantage confrontée que la deuxième à des patients atteints de formes de dépression légère ou modérée plus difficiles à diagnostiquer qu’une dépression sévère répondant à un ensemble de critères précis.

Quelques pistes

Ces résultats montrent qu’il serait indiqué de rappeler que les antidépresseurs n’ont pas prouvé leur efficacité dans le traitement de la dépression mineure et que la plupart des auteurs préconisent en première intention une période d’observation avec entretiens réguliers d’accompagnement du patient. Par la suite, la préférence va aux traitements non médicamenteux, notamment de courtes périodes de thérapie cognitive comportementale.
La première ligne joue un rôle important dans la prise en charge des troubles dépressifs. Trois quarts des patients traités par antidépresseurs se voient prescrire leur médicament par leur médecin généraliste. Il importe d’encourager la prise en charge non médicamenteuse de la dépression en première ligne. Ceci passe notamment par le renforcement de la formation des médecins généralistes dans le domaine des techniques de thérapie cognitive non comportementale. Il serait également utile de développer au niveau local des services d’appui multidisciplinaire à la première ligne dans la prise en charge de la dépression – et plus largement des troubles mentaux – mettant à disposition des médecins généralistes toutes les informations tant théoriques que pratiques sur les soins et facilitant l’accès aux ressources thérapeutiques existantes.
Référence: Michel BOUTSEN, Jean-Marc LAASMAN, Nadine REGINSTER, Données socio-économiques et étude longitudinale de la prescription des antidépresseurs,Unms Direction Etudes, mai 2006. Etude téléchargeable sur le site https://www.mutsoc.be .
D’après un communiqué de presse de la Mutualité socialiste

Nouvelles courbes de croissance de l’OMS: l’allaitement maternel défini comme la norme

Le 30 Déc 20

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L’OMS (Organisation mondiale de la santé) a publié, fin avril 2006, de nouvelles courbes de croissance staturo-pondérale de l’enfant, en prenant comme référence des enfants nourris au sein. Comment ces courbes ont-elles été élaborées? Pourquoi l’allaitement maternel représente-t-il l’idéal en matière d’alimentation du nourrisson? Ces nouvelles normes ne risquent-elles pas de culpabiliser les mères qui choisissent de ne pas allaiter leur enfant? Cet article résume le dossier de l’OMS sur le sujet, aborde la question de l’utilisation des courbes dans la pratique des soignants et fait le point sur les tendances et les pratiques en matière d’allaitement maternel en Communauté française de Belgique et en Europe.

Modalités d’élaboration et particularités des nouvelles courbes

(1)
«Les nouvelles normes sont le fruit d’une étude approfondie lancée par l’OMS en 1997 pour élaborer une méthode internationale normalisée pour évaluer la croissance physique, l’état nutritionnel et le développement moteur de tous les enfants, de la naissance à l’âge de cinq ans. L’OMS et son principal partenaire, l’Université des Nations Unies, ont lancé une étude multicentrique sur la référence de croissance , sous la forme d’un projet communautaire mis en œuvre dans plusieurs pays et portant sur plus de 8000 enfants au Brésil, aux Etats-Unis d’Amérique, au Ghana, en Inde, en Norvège et à Oman.

Soutenir l’allaitement maternel dans la durée: quels sont les facteurs en jeu?

L’allaitement maternel présente de nombreux avantages pour la santé de l’enfant et de sa mère, ce qui en fait selon les experts la façon optimale de nourrir les nouveau-nés. Depuis quelques années, l’OMS recommande un allaitement maternel exclusif jusque 6 mois et un allaitement partiel jusqu’à deux ans. En Europe, actuellement, il existe de fortes disparités de prévalence selon les pays. Par exemple en Suède, les taux d’allaitement sont de 98% à la maternité et 72% à 6 mois. En Communauté française de Belgique, selon les données de l’ONE (Office de la Naissance et de l’Enfance) de 2003, environ 70% des bébés sont allaités à la naissance, 40% à 12 semaines et 15% à 24 semaines.
Ce dossier s’intéresse aux raisons qui amènent les mères à arrêter l’allaitement précocement ou à le poursuivre plus longtemps. La littérature scientifique permet d’identifier différents niveaux de facteurs en jeu.
Des facteurs liés à la mère . Par exemple, la perception d’une insuffisance de lait est la première raison qui amène les mères à mettre fin à l’allaitement maternel. Or l’insuffisance physiologique de lait est très rare. Dans la majorité des cas, il s’agit donc d’une perception qui peut être liée à une inquiétude quant au fait de ne pas savoir la quantité de lait prise par le bébé, à un manque de confiance en soi, à une fréquence ou une durée des tétées inadéquates ou encore à l’introduction de compléments de lait artificiel.
Des facteurs liés au bébé (prématurité, technique de succion, prise de poids…) et à l’accouchement .
Des facteurs liés à l’entourage . Le soutien du partenaire, de la famille, des amis, sont primordiaux dans le choix du mode d’alimentation du bébé, mais aussi pour aider la maman à persévérer en cas de difficultés telles que fatigue, douleur, etc.
Des facteurs liés au système de santé , tels que les pratiques hospitalières ou le soutien des professionnels de santé. De nombreuses institutions ne suivent toujours pas les recommandations telles que la mise eu sein précoce après l’accouchement, l’importance des tétées fréquentes, à la demande et sans recours aux compléments de lait artificiel… Les connaissances et l’intérêt pour l’allaitement sont très faibles chez de nombreux professionnels de santé, qui manquent de pratique et de temps pour aider les mères à gérer d’éventuels problèmes rencontrés les premières semaines.
Des facteurs liés aux politiques de santé . Les maternités qui distribuent des échantillons gratuits de lait artificiel (pratique interdite par le Code International de commercialisation des substituts du lait maternel) montrent des taux d’allaitement prolongé moindres que les maternités qui suivent les recommandations internationales. Un congé de maternité prolongé et rémunéré, de même qu’un emploi à temps partiel sont des facteurs facilitant la poursuite de l’allaitement.
Afin d’atteindre les objectifs recommandés par l’OMS, il est important de mettre en place des actions à tous les niveaux. L’information aux mères doit être renforcée, de même que la formation des professionnels de santé. Après la sortie de maternité, il est primordial que les mères soient soutenues si l’on veut que l’allaitement se poursuive.
NOIRHOMME-RENARD F., FARFAN-PORTET M.I., BERREWAERTS J. Soutenir l’allaitement maternel dans la durée: quels sont les facteurs en jeu?, UCL-RESO, Bruxelles, juillet 2006, (Série de dossiers techniques; réf.: 06-41), 30 pages.
Les dossiers techniques sont consultables sur le site https://www.md.ucl.ac.be/entites/esp/reso . Ils peuvent aussi être commandés à l’adresse suivante: UCL, Faculté de médecine – Ecole de santé publique, Unité d’éducation pour la santé RESO, avenue Mounier 50, 1200 Bruxelles.
Contact: Mme Dominique Doumont, tél. 02 764 50 76, courriel: dominique.doumont@reso.ucl.ac.be.

Les enfants de l’étude ont été choisis sur la base d’un environnement optimal pour une croissance saine: allaitement maternel, alimentation appropriée, prévention et traitement des infections, soins de santé de qualité, mères non-fumeuses et autres facteurs assurant une bonne santé.
Les normes OMS de croissance de l’enfant vont au-delà des références actuelles. Elles permettent d’importantes mesures de croissance comme le poids, la longueur ou la taille du nourrisson et de l’enfant, qui sont comparées à une valeur optimale standard . Il existe des fiches pour les garçons, les filles, les nourrissons de moins d’un an et les enfants de moins de cinq ans.
Il existe maintenant également des fiches sur l’indice de masse corporelle (IMC) pour les enfants de moins de cinq ans, ce qui est particulièrement utile pour suivre l’épidémie d’obésité de l’enfant. Ces mesures sont des indicateurs de santé importants et permettent de déterminer si un enfant ou une population d’enfants sont en bonne santé et se développent normalement. Plus on s’écarte des courbes, plus l’existence d’un problème de santé est évidente.
Les nouvelles normes sont internationales. Les données scientifiques actuelles montrent que dans les différentes régions du monde, les nourrissons et les enfants ont des profils tout à fait comparables lorsque leurs besoins sanitaires sont satisfaits. C’est pourquoi les nouvelles courbes doivent être utilisées dans les pays en développement comme dans les pays développés. Il s’agit d’un outil fiable pour contribuer à répondre aux besoins sanitaires et nutritionnels de tous les enfants du monde».

L’allaitement maternel est défini comme la «norme biologique»

Les nouvelles normes utilisent l’enfant nourri au sein comme référence de croissance et de développement, tandis que les anciennes fiches se fondaient sur un échantillon composé de façon aléatoire d’enfants allaités au sein et d’enfants nourris avec des substituts.
Les enfants nourris au sein ne présentent pas, de fait, la même croissance que les enfants nourris au lait artificiel. Le Professeur Dominique Turck , pédiatre à Lille, explique: « Les enfants qui sont exclusivement nourris au sein , conformément aux recommandations de l’OMS , s’écartent sensiblement au cours de leur première année de vie des courbes de référence de croissance staturo pondérale établies à partir d’une majorité d’enfants nourris avec des préparations lactées industrielles ( 2 ).
Au cours du premier trimestre , la croissance en taille (+ 0 , 5 cm à 3 mois ) et surtout en poids (+ 106 g à 3 mois ) est supérieure chez les enfants exclusivement nourris au sein .
Les enfants nourris au sein grossissent ensuite moins vite après l’âge de 4 à 6 mois . De même , vers l’âge de 6 8 mois se produit un ralentissement modeste , mais indiscutable , de la croissance en taille .
La croissance pondérale moins rapide des enfants nourris au sein , qui aboutit à une différence de près de 600 g à 1 an , pourrait être liée au fait qu’ils stabilisent d’eux mêmes leur consommation énergétique à un niveau plus faible . L’introduction d’aliments de complément n’affecte pas cette autorégulation , l’énergie fournie en supplément provoquant une réduction compensatrice de la consommation de lait . Les nourrissons chez qui l’allaitement maternel est prolongé déposent , par ailleurs , moins de graisses dans leurs tissus . La part de la masse maigre dans leur accroissement pondéral et le gain de masse maigre par gramme de protéines consommées sont ainsi plus élevés que chez les enfants alimentés artificiellement . Cependant , les différences précoces de vitesse de croissance et de composition corporelle s’estompent complètement dans les mois et les années qui suivent ».
Pour le Professeur Turck, « les courbes diffusées par les institutions internationales viennent de pays industrialisés et d’une époque où la pratique de l’allaitement maternel était au plus bas . Elles reflètent essentiellement le développement d’enfants allaités artificiellement et leur application sans nuance à des nourrissons au sein conduit à sous estimer grossièrement l’efficacité de l’allaitement maternel ».
Avec les nouvelles courbes de l’OMS , le fait que l’enfant nourri au sein soit pris comme référence en terme de croissance optimale « permet d’introduire pour le première fois de la cohérence entre les instruments utilisés pour mesurer la croissance et les lignes directrices nationales et internationales en matière d’alimentation infantile » (1).

Les bénéfices de l’allaitement maternel

(2)
Pour la santé de l’enfant :
un bénéfice sur le plan cognitif
une diminution de l’incidence et de la gravité des infections digestives, ORL et respiratoires
Prolongé idéalement jusque 6 mois :
une réduction du risque allergique chez les nourrissons à risque
la prévention de l’obésité pendant l’enfance et l’adolescence
une tension artérielle et une cholestérolémie inférieures à l’âge adulte.
Pour la santé de la mère :
une perte de poids plus rapide dans les 6 mois du post-partum
une diminution de l’incidence des cancers du sein et de l’ovaire avant la ménopause
un risque moindre d’ostéoporose.

Tous les experts s’entendent effectivement sur les bénéfices de l’allaitement maternel prolongé (au moins jusqu’à l’âge de 6 mois) pour la santé de l’enfant et de sa mère (tableau 1) et recommandent depuis le début des années ‘90 un allaitement maternel exclusif les 4 à 6 premiers mois de vie du bébé. De plus en plus, cet objectif est reculé jusque l’âge de 6 mois.

Les nouvelles normes de croissance ne risquent-elles pas de culpabiliser les mères qui ne peuvent pas ou ne souhaitent pas allaiter leur enfant?

Si le lait maternel représente le « meilleur » pour les nourrissons – comme cela est d’ailleurs indiqué sur toutes les boîtes de lait artificiel! – et que les taux d’initiation à la maternité ont fort augmenté en Communauté française ces dernières années suite aux efforts de sensibilisation menés, la pratique de l’allaitement à «long terme» (jusque 4, voire 6 mois) ne fait pas partie du projet de toutes les mères et/ou de tous les couples. Soit les mères ne le souhaitent pas, soit elles ne peuvent le mener à bien pour des raisons indépendantes de leur volonté, soit encore elles ne sont pas informées de ses bienfaits pour la santé de l’enfant et pour elles-mêmes.
L’utilisation des nouvelles courbes nécessite donc, de la part des soignants, une approche prudente et respectueuse du choix individuel de chacune des mères. En effet, utilisées pour mesurer un écart de développement de l’enfant par rapport à une nouvelle norme posée, ces courbes risquent de créer ou de renforcer une culpabilité chez des mères qui auraient fait le choix de l’allaitement au biberon à contre-cœur ou par manque d’informations.
Bien sûr, l’information sur les bénéfices de l’allaitement maternel et sur les aspects pratiques de celui-ci doit être clairement donnée aux mères, et le plus tôt possible durant la grossesse. De même d’éventuels freins ou barrières doivent pouvoir être identifiés et discutés pour éclaircir d’éventuelles fausses croyances et informer les mères au sujet des différents supports existants. La présence de difficultés liées à la santé de l’enfant (la prématurité, par exemple) sera également envisagée. Mais dès que le choix de la mère aura été fait, la mission des soignants sera alors de l’accompagner dans son choix et de renforcer son sentiment de compétence à «être une bonne mère» en surveillant l’évolution de la croissance de son enfant, et non de ré-interroger ce choix, courbes à l’appui…

Des disparités de pratiques de l’allaitement maternel en Europe

Actuellement de grandes différences existent entre pays européens concernant les taux d’allaitement. Même si les tendances montrent d’une manière générale une amélioration dans tous les pays depuis les années 80’ (3), les taux d’allaitement à la sortie de maternité varient aujourd’hui, à titre d’exemple, de 98% en Suède à 53% en France et les taux d’allaitement partiel à 6 mois de 80% en Norvège à 10% en Belgique (4). Les graphiques 1 et 2 présentent une comparaison, en %, des taux d’initiation ou d’allaitement à la sortie de maternité, et d’allaitement (partiel ou exclusif) à 6 mois, sur base des données du rapport européen (4) et, pour les taux d’initiation en Belgique, de la banque de données médico-sociales de l’ONE (5).
Selon l’ONE, l’exemple de la Suède montre qu’il est possible de modifier les comportements de la population par rapport à l’allaitement grâce à la prise de mesures sociales et à l’information des familles et des professionnels. En effet, en 1973, seulement 30% des bébés suédois étaient allaités à 2 mois et 6% à 6 mois. Actuellement 72% sont encore allaités à 6 mois! Notons que 100% des hôpitaux suédois (52/52) ont reçu le label «Hôpital Ami des Bébés» les engageant à créer un environnement favorable à la pratique de l’allaitement maternel et à acquérir les compétences nécessaires pour conseiller adéquatement les mères (6).Avec la Grèce, l’Irlande et le Portugal, la Belgique était jusqu’il y a peu un des rares pays à ne compter encore aucun hôpital (0/107) ayant reçu le label (4). Six maternités viennent cependant de le recevoir le 5 octobre dernier (7): un pas de plus vers la protection et le soutien de l’allaitement auprès des mères dans nos maternités.

Tendances en Communauté française

En Communauté française, selon la banque de données médico-sociales de l’ONE (5), les taux d’allaitement durant les 3 premiers mois de l’enfant sont en augmentation depuis 1994. En 2003, près de 78% des bébés étaient allaités exclusivement au sein à la sortie de maternité, contre 68% en 1994. D’après les données du «bilan de santé à 9 mois» (n=2722), en 2003, 40% sont encore allaités exclusivement à 12 semaines et 15% à 24 semaines.
De manière surprenante, les différences selon l’emploi des mères ne sont pas énormes puisque 49,6% des mères sans emploi allaitent encore à 12 semaines contre 44,3% des mères qui occupent un emploi.
On observe par contre d’importantes variations selon les subrégions et selon la nationalité d’origine de la mère. A la 12e semaine, 35% d’enfants environ sont encore allaités au sein maternel à Bruxelles et dans le Brabant wallon contre 18% seulement dans les provinces de Namur et du Hainaut. Les femmes de nationalité d’origine non belge allaitent nettement plus après l’accouchement que les femmes belges. Les femmes françaises sont celles qui allaitent le moins.

Facteurs influençant l’initiation et la durée de l’allaitement maternel

Les difficultés liées à la reprise du travail semblent a priori un obstacle important à un allaitement maternel de longue durée. Pourtant, si l’on en croit les chiffres, la situation d’emploi des mères n’explique probablement pas à elle seule le taux bas d’allaitement maternel prolongé. Différents facteurs de nature sociodémographique, psychosociale, cognitive, comportementale, environnementale, etc., peuvent avoir un impact sur la décision de nourrir son enfant au sein ou au biberon à la naissance, et sur la durée de l’allaitement (tableau 2). Il semblerait qu’un arrêt précoce découle bien plus de la difficulté que pose l’allaitement, y compris le manque d’information et d’appui, que du choix des femmes.

Exemples de facteurs influençant l’initiation et/ou la durée de l’allaitement maternel

Association positive
Primiparité (en CFB)
Niveau d’éducation plus élevé – connaissances
Croyances
Participation à des cours prénataux
Soutien familial (conjoint) et social
Encouragements de l’entourage professionnel
Avoir été soi-même allaitée
Association négative
Niveau d’éducation plus faible
Peu de confiance en soi
Perception d’une insuffisance de lait
Croyances, barrières
Tabagisme
Distribution d’échantillons de lait artificiel à la maternité
Présence de problèmes liés à l’allaitement

Comment dès lors soutenir l’allaitement maternel dans sa durée? Les programmes de promotion et de soutien de l’allaitement maternel recensés dans la littérature sont nombreux. Beaucoup ont donné des résultats positifs sur les taux d’allaitement maternel prolongé, à des échelons locaux ou régionaux. Avec le développement de ces programmes, les nouvelles courbes de croissance staturo-pondérale de l’OMS représentent un nouveau pas en avant vers une plus grande promotion de la pratique de l’allaitement maternel. Peut-être leur utilisation permettra-t-elle d’intéresser davantage les soignants à l’allaitement maternel.
Florence Noirhomme-Renard , Médecin de santé publique, Université catholique de Louvain, Groupe de Recherche en Systèmes de santé, Unité de promotion et d’éducation pour la santé (RESO)

Références

1. Les courbes de croissance sont disponibles sur le site internet de l’OMS, ainsi que le dossier relatif à l’étude : https://www.who.int/childgrowth
2. Turck D et al. Allaitement maternel: les bénéfices pour la santé de l’enfant et de sa mère. Arch Pédiatrie 2005, 12: S145-S165
3. Yngve A et Sjöström M. Breastfeeding in countries of the European Union and EFTA: current and proposed recommandations, rationale, prevalence, duration and trends. Public Health Nutrition 2001, 4: 631-45
4. Cattaneo A, Yngve A, Koletzko B et al. Protection, promotion and support of breastfeeding in Europe: current situation. Public Health Nutr 2005, 8: 39-46
5. Banque de données médico-sociales de l’ONE. Rapport 2004. Dossier spécial: Allaitement maternel. Bruxelles, 2004. ( https://www.one.be )
6. Moyersoen F. Pour protéger, encourager et soutenir l’allaitement maternel, une initiative internationale et un label de qualité: « Hôpital Ami des bébés ». Bulletin d’Education du Patient 2000, vol.19, n°4: 74-78
7. Le Journal du médecin, 13/10/2006

Le nouveau Tableau de bord de la santé dans le Hainaut

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

Cette troisième édition du Tableau de bord de la santé du Hainaut présente en détail le diagnostic santé de la population hennuyère. Il s’agit d’une photographie de la situation à un moment donné avec toutefois une mise en perspective historique et des comparaisons avec la situation de l’ensemble de la Région wallonne et de la Belgique.
Ce tableau de bord propose 106 figures, 83 tableaux et 19 cartes de santé. Les données présentées sont issues de plus de 40 sources d’informations. C’est l’association des informations, leurs recoupements, leurs comparaisons qui permettent de donner du sens au diagnostic. Les résultats sont destinés à alimenter la réflexion et surtout l’action et les politiques non seulement en matière de santé mais également dans tous les domaines qui touchent au bien-être de la population.

A qui est-il destiné?

Ce document de plus de 200 pages s’adresse à tous les acteurs de santé au sens large: non seulement les professionnels de santé et les scientifiques mais également toutes les personnes qui ont une responsabilité dans ce domaine: les autorités locales, régionales, communautaires et fédérales; les responsables de CPAS, les échevins, les enseignants, les responsables d’institutions, les travailleurs de l’action sociale.
Dans cette perspective, les auteurs ont veillé à une présentation compréhensible par un grand nombre, notamment en rappelant les définitions des indicateurs utilisés, et en commentant les graphiques, tableaux et cartes.
Le Tableau de bord de la santé se structure autour de 7 chapitres: population, mortalité et causes de décès, état de santé, facteurs de santé, offre de soins, consommation de soins, environnement et santé.

Principaux résultats

Chaque année, près de 1800 personnes meurent injustement dans le Hainaut. Il est probable qu’une bonne partie de ces vies seraient épargnées si la situation sanitaire de la province était équivalente à la situation moyenne belge.
L’espérance de vie à la naissance des hommes vivant en Hainaut est de près de 3 ans inférieure à la moyenne de l’ensemble des hommes résidant en Belgique. Pour la femme, la différence est d’un peu plus d’un an. La différence entre l’espérance de vie des hommes du Hainaut et celle des femmes est de près de 8 ans, ce qui est une des plus grandes différences de toute l’Europe.
Le vieillissement de la population hainuyère semble marquer une pause. Le rapport entre le nombre de personnes de 65 ans et plus et celles de moins de 20 ans est resté proche de 0,7 entre 1999 et 2004 alors qu’il est passé de 0,70 à 0,74 pour l’ensemble de la Belgique au cours de la même période. Ce phénomène est partiellement dû à une natalité plus élevée en Hainaut et surtout à une mortalité prématurée (des moins de 65 ans) plus importante que dans le reste du pays.
Les données de mortalité et notamment les informations sur les causes de décès peuvent aider à mieux comprendre la situation sanitaire et à définir les priorités en matière de prévention. Au moment de mettre sous presse, les données de mortalité ne sont malheureusement pas disponibles au-delà de 1997 auprès de l’administration concernée.
Globalement, à âge et sexe égal, la probabilité de décès diminue partout dans le pays, mais les inégalités du Hainaut par rapport aux autres régions belges persistent.
En 1997, les principales causes de décès restent les maladies cardiovasculaires (30% des décès masculins et 39% des décès féminins) et les cancers (29% des décès masculins et 21% des décès féminins). Depuis une vingtaine d’années, la part des décès cardiovasculaires a diminué tant chez les hommes que chez les femmes. Chez ces dernières, par contre, la part des décès par tumeur a augmenté.
La fracture sanitaire ne se marque pas seulement au niveau de la durée de vie mais aussi de la qualité de vie. Les indicateurs socio-économiques du Hainaut sont particulièrement défavorables et contribuent à expliquer cet excès de mortalité et de morbidité dans la province. Les maladies chroniques, souvent invalidantes, sont plus fréquentes dans le Hainaut: 35% des Hainuyers souffrent d’au moins deux affections chroniques.
En 2001, 68% des Hainuyers s’estiment en bonne ou très bonne santé alors que la proportion est de 75% pour l’ensemble de la Belgique.
Ces maladies ont en commun un nombre important de déterminants de santé qui vont des comportements aux conditions de vie et de l’environnement.
En 2001, 57 % des hommes et 45 % des femmes présentent un excès de poids. Ces chiffres sont supérieurs de 10 % à ce qu’on observe pour l’ensemble de la Belgique pour les hommes et de 15 % chez les femmes. Chez les jeunes de l’enseignement secondaire, en 2004, un sur 4 présente un excès de poids. Cette proportion, assez élevée, semble toutefois relativement stable (à vérifier dans les années à venir) depuis 1997 contrairement à ce qui est décrit dans d’autres régions européennes.
En lien avec cette problématique, 46 % de la population hainuyère de 15 ans et plus courent des risques pour leur santé par manque d’activité physique. En Hainaut, globalement, au moins une personne sur 2 ne consomme pas de fruit au moins une fois chaque jour. Trois Hainuyers sur 4 consomment quotidiennement des légumes, comme dans les autres régions du pays. Entre 15 et 34 ans, une personne sur 3 ne prend pas de petit déjeuner. L’absence de petit déjeuner est l’un des facteurs associés à l’excès de poids dans la littérature internationale.
Parmi les autres comportements liés à l’état de santé, la consommation de tabac touche davantage d’hommes hainuyers que dans l’ensemble de la Belgique. Pour les femmes, c’est l’inverse. Globalement, en Hainaut, 24,8 % des décès masculins (soit 1900 décès en moyenne par an) et 7 % des décès féminins (soit 537 décès en moyenne par an) ont un lien avec la consommation de tabac. Chez les jeunes, on observe une diminution de la proportion de fumeurs quotidiens depuis 1997 (à vérifier dans les années à venir).
En ce qui concerne la consommation d’alcool, on observe une consommation variée et précoce chez les jeunes. La fréquence de la consommation des alcopops a pris le pas sur celle de la bière. A 11 ans, 13 % des garçons et 6 % des filles déclarent avoir déjà été ivres. Le nombre de décès liés à la consommation d’alcool est difficile à estimer. On l’évalue à 12,5 % des décès masculins (966 décès en moyenne par an) et 3,1 % des décès féminins (242 décès en moyenne par an).
L’offre et la consommation de soins présentent également en Hainaut un visage légèrement différent du reste du pays. La densité de médecins généralistes, médecins spécialistes et dentistes est plus faible que dans l’ensemble de la Belgique. Les professionnels de la santé y sont globalement plus âgés et la féminisation est moins marquée.
La consommation des soins préventifs est très bonne en Hainaut: la couverture vaccinale des enfants comme celle des adultes (grippe et tétanos) est comparable au reste de la Belgique. Plus de 60 % des femmes de 50 à 69 ans déclarent pratiquer le dépistage du cancer du sein, sous forme du mammotest (programme de la Communauté française) ou de mammographie. Mais les objectifs du programme sont encore loin d’être atteints.
Le Tableau de bord de la santé 2006 aborde la santé environnementale pour la première fois. A ce titre, il reprend une série de définitions utiles et des informations issues de l’Enquête nationale de santé et de l’enquête socio-économique 2001 (recensement) concernant entre autres la perception des nuisances par la population. Globalement, environ 28 % des habitants du Hainaut se plaignent d’être dérangés par le bruit. La moitié d’entre eux en éprouvent des répercussions sur leur sommeil et un tiers d’entre eux seraient même prêts à déménager. Cet exemple sur le bruit illustre les interactions entre la santé et l’environnement dont l’importance est de plus en plus mise en évidence dans la littérature internationale.
Le souhait est que ce Tableau de bord de la santé 2006 contribue aux débats et réflexions. La prise en compte de la dimension santé et bien-être dans l’ensemble des politiques semble primordiale. Les inégalités de santé s’estomperont lorsque les inégalités tout court diminueront.
D’après un communiqué de presse de l’Observatoire de la santé du Hainaut

La consommation de tabac chez les jeunes diminue

Le 30 Déc 20

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Pour la deuxième année consécutive, le CRIOC et la Fondation Rodin publient les résultats de leur baromètre assuétudes. Les chiffres sur la consommation de tabac par les jeunes en 2006, et sur leur perception du tabagisme, semblent montrer que les campagnes de prévention de ces dernières années n’auraient pas été inutiles: la consommation de tabac chez les jeunes est en légère diminution depuis un an. Ceux-ci sont en majorité favorables aux interdits (de vente aux mineurs, de fumer à l’école, etc). Néanmoins, les jeunes restent fragiles face aux risques de dépendance. La prévention doit être renforcée auprès des 10-14 ans et dans les milieux défavorisés.

Constats issus de l’étude 2006

Globalement, les jeunes sont moins nombreux à fumer en 2006 (12%) qu’en 2005 (15%). Comme précédemment, ceux de l’enseignement technique, professionnel et artistique sont plus enclins à consommer du tabac et à en réduire les risques, renforcés dans leur perception par le fait de vivre dans un environnement fumeur. Dans l’enseignement artistique où ils étaient déjà plus nombreux à fumer en 2005 (37%) le tabagisme des jeunes s’accroît encore: 51% en 2006! Dans l’enseignement professionnel par contre, en 2006, la consommation de tabac a légèrement diminué. Manifestement, les écoles concernées se sont mobilisées contre le tabagisme. Le fait d’être en lien avec des entreprises où il est désormais interdit de fumer, joue peut-être un rôle dans cette mobilisation.
La quantité de cigarettes fumées a également diminué entre 2005 et 2006, et le nombre de jeunes fumeurs reste limité avant 15 ans. Malheureusement, dès cet âge, le taux de fumeurs augmente rapidement pour concerner un jeune sur trois à 17 ans, soit un taux supérieur à la consommation des adultes (24%).

Le fumeur dépendant nie la dépendance

Les jeunes sont en général peu conscients de l’engrenage de dépendance généré par la première cigarette. Dès qu’ils commencent à fumer, ce risque bien réel est nié, alors même qu’ils sont très sensibles aux sollicitations de leur environnement (c’est en général les copains qui proposent la première cigarette). La dépendance tabagique s’installe très rapidement et s’incruste en profondeur. Pour les fumeurs, la cigarette apparaît alors comme une réponse – certes inadéquate – à leurs problèmes…
Les actions d’information, la présence d’interdits ou le comportement non-fumeur au sein de la famille (parents et fratrie) influencent la perception et la consommation de tabac. Moins on fume, moins le jeune sera tenté par l’expérience.

Interdire le tabac à l’école: les jeunes approuvent

Une majorité de jeunes se déclare favorable aux mesures d’interdiction: qu’il s’agisse de la vente de tabac aux mineurs, ou de fumer à l’école ou dans les lieux publics. Ils se montrent ouverts à la discussion en famille, mais celle-ci commence trop souvent suite au fait que le jeune fume et rarement de manière préventive.

Conclusions

Le baromètre assuétudes du CRIOC et de la Fondation Rodin révèle des constats positifs:
-diminution de la consommation tant en fréquence qu’en nombre;
-démarrage plus tardif de la consommation de la première cigarette (sauf dans l’enseignement artistique);
-et un constat préoccupant: le nombre de jeunes qui a déjà essayé est toujours en augmentation.
L’étude souligne la nécessité de:
-concentrer la politique de prévention et de lutte contre le tabagisme pour la population des 10-14 ans;
-mettre l’accent sur la population à risque (dès 10 ans) et développer des actions de communication ciblées et adaptées, notamment vis-à-vis de l’enseignement artistique;
-renforcer le rôle des parents en matière de prévention et d’information vis-à-vis de leurs jeunes enfants, en accordant davantage d’attention aux milieux sociaux défavorisés;
-définir des actions ciblées en matière de sevrage pour les 14-18 ans, en s’appuyant par exemple sur les jeunes non fumeurs qui sont somme toute majoritaires et qui ont besoin d’être valorisés dans leur attitude.
– renforcer la stratégie d’intervention en matière de sevrage dès la fin de l’école secondaire.
D’après un communiqué de presse du CRIOC
Le rapport complet est consultable sur le site https://www.crioc.be

L’enquête de consommation alimentaire en Belgique: enfin!

Le 30 Déc 20

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La Belgique est un des rares pays européens à ne pas procéder à la collecte systématique des données de consommation alimentaire de l’ensemble de la population. La dernière étude sur le sujet date des années 80… Cependant, des informations sur les habitudes alimentaires sont indispensables dans le cadre de la planification et de la mise en oeuvre d’un plan de santé, d’un plan nutritionnel et d’une politique alimentaire dignes de ce nom.

Méthode de récolte d’information

Pour l’enquête de consommation alimentaire (ECA) de 2004 on a utilisé un échantillon de 3200 personnes représentatif de la population âgée de 15 ans et plus, issu du registre national. Cela représente 8 groupes de 400 individus en fonction du sexe et de l’âge.
Les personnes sélectionnées ont été interviewées deux fois chez elles par des diététiciens expérimentés. Lors de la première visite, l’enquêteur a posé des questions générales sur la santé et les habitudes de vie du répondant. Les répondants ont également communiqué oralement leur taille et leur poids.
Le rappel de consommation alimentaire des dernières 24 h est la partie la plus importante de l’interview. La personne interviewée doit rapporter en détail tout ce qu’elle a bu et mangé depuis le lever du jour précédent jusqu’au lever du jour de l’interview. Comme ce n’est pas une tâche simple, les répondants étaient aidés par le diététicien enquêteur. Afin de pouvoir rationaliser et standardiser l’interview, le rappel de consommation des dernières 24 heures a été réalisé avec l’aide d’un ordinateur portable et d’un programme spécifique, le logiciel EPIC-SOFT.
Lors de la deuxième visite, 2 à 8 semaines plus tard, l’enquêteur a procédé à un deuxième rappel de consommation des dernières 24 heures. Dans l’intervalle, le répondant devait lui-même compléter un questionnaire écrit sur la fréquence de consommation de certains aliments et sur ses connaissances et son comportement face aux recommandations relatives à l’hygiène alimentaire.
La personne du ménage qui prépare les repas a également répondu à un questionnaire écrit sur la façon de traiter les aliments (entre autres: décongeler, conserver les restes, appliquer les directives en matière d’hygiène alimentaire,…).
Le tour de taille du répondant, ainsi que la température du réfrigérateur et du congélateur ont été mesurés lors des visites à domicile. La principale justification des deux visites est que la consommation alimentaire d’une personne varie d’un jour à l’autre. Une collecte des informations alimentaires répartie sur deux jours est nécessaire pour obtenir une évaluation correcte de la répartition de la consommation des aliments au sein de la population. Ceci permet dès lors une comparaison avec les recommandations nutritionnelles et permet également de déterminer des normes de sécurité alimentaire.
Une analyse statistique permet d’extrapoler la consommation sur une période plus longue. Dans ce cas, seule la répartition entre personnes est importante et non pas les différences intra-individuelles jour après jour. Il s’agit donc bien d’une mesure de la consommation habituelle. Le présent rapport met l’accent sur la consommation habituelle dans l’ensemble de la population et non pas celle des consommateurs pris individuellement.
L’indice de masse corporelle (IMC) a été calculé sur la base du poids et de la taille déclarés par le répondant lui-même; les responsables de l’enquête sont bien conscients qu’une mesure basée sur la déclaration pourrait être une source d’erreur dans l’estimation de l’IMC réel. Des études ont démontré que les personnes avec surcharge pondérale sous-estiment plus souvent leur poids corporel (et donc également l’IMC) que les personnes avec poids normal. Quant aux personnes avec un poids trop faible, elles ont plutôt tendance à surestimer leur poids.

Des résultats de poids

Malgré ce risque de sous-estimation des prévalences de l’obésité et de la surcharge pondérale, les données font apparaître qu’une partie importante de la population souffre de surcharge pondérale ou même d’obésité: 23,5 % et 11, 6 % des femmes, 37,6 % et de 9,9 % des hommes.
La part de la population avec surcharge pondérale ou obésité augmente avec l’âge. Les personnes avec un niveau d’instruction plus faible ont plus souvent des problèmes de surcharge pondérale et d’obésité. L’obésité se rencontre aussi plus fréquemment chez les personnes sans activité physique.
Le tour de taille est réparti en 3 groupes (normal, limite, trop élevé) selon l’âge et le sexe. Chez les femmes, la répartition est respectivement de 40,1 %, 21,4 % et 38, 4 %. Le tour de taille est «limite» ou «trop élevé» chez 26 % et 25 % des hommes. Un tour de taille trop élevé est plus fréquent dans les groupes plus âgés. Des personnes avec un niveau d’instruction plus faible ou des personnes inactives ont moins souvent un tour de taille normal et plus souvent un tour de taille trop élevé; le tour de taille augmente aussi en fonction du poids corporel.

On ne bouge plus, on mange trop et mal

Le niveau d’activité physique dans l’ensemble de la population est trop faible. Ainsi 45,1 % et 33,1 % des femmes n’ont respectivement «pas d’activité physique» ou une «activité physique minimale». Chez les hommes, il s’agit respectivement de 36,8 % et de 29,2 %. Chez les femmes, le manque d’activité physique est déjà présent dans le groupe des 15-18 ans.
Les deux illustrations montrent dans quelle mesure la consommation habituelle d’aliments en Belgique s’écarte des recommandations de la pyramide alimentaire.

Figure 1 – Recommandations selon la pyramide alimentaire

Figure 2 – Consommation observée de la population de 15 ans et plus. Enquête de consommation alimentaire (ECA), Belgique, 2004, ISSP
Si la consommation alimentaire de notre population était adéquate, toutes les cases de la pyramide alimentaire réelle auraient la même surface que celles de la pyramide recommandée. Dans chaque case de la pyramide alimentaire réelle, des manques éventuels dans la consommation habituelle ont été relevés en laissant en blanc une partie de la surface totale. Lorsque la moitié de la case est en blanc, la consommation réelle atteint à peu près la moitié de la recommandation. Lorsque la consommation d’une famille d’aliments dépasse la recommandation, la partie colorée dépasse les limites de la pyramide. La surface en blanc est donc une mesure de la différence exprimée en pourcentage entre la consommation habituelle d’une famille d’aliments et la recommandation. La comparaison est spectaculaire.
La base de la pyramide fait référence à l’importance de l’activité physique. Seul 27% de la population a une activité physique suffisante.
La consommation habituelle de boissons (eau, café, thé et bouillon) dans l’ensemble de la population est de 1,2 litres soit 80% de la recommandation de 1,5 litres par jour.
Le pain, les biscottes ou les petits déjeuners céréales ne sont pas suffisamment consommés (133 g/jour), étant donné qu’on n’atteint que 76% de la recommandation (175-420 g/jour ou 5 à 12 tranches de pain). La consommation de 306 g de pommes de terre et/ou de pâtes par jour se situe dans les limites de la recommandation (210-350 g/jour ou 3 à 5 pommes de terre).
On devrait manger chaque jour 350 g de légumes (100 g crus et 200 g cuits (= 250 g de produit cru)). La consommation habituelle de légumes de 139 g/jour est très insuffisante, elle n’atteint même pas 40% de la recommandation. Il en va de même pour la consommation de fruits. La consommation habituelle de fruits n’est que de 118 g/jour alors que la limite inférieure de la recommandation est de 250 g ou 2 fruits.
Les produits laitiers, à l’exclusion des fromages, sont aussi trop peu consommés étant donné que la consommation habituelle de 159 g/jour ne représente que 35% de la limite inférieure de la recommandation (450-600 g/jour ou 3 à 4 verres). La consommation habituelle de fromage est de 30 g/jour, ce qui reste dans les limites de la recommandation de 20-40 g/jour (1 à 2 tranches de fromage).
Pour la viande et les dérivés de viande, la consommation est par contre 1,6 fois trop élevée comparée à la limite supérieure de la recommandation (75-100 g/jour).
Pour les matières grasses, on peut uniquement comparer avec la recommandation pour les matières grasses tartinables (maximum 5 mg/tranche de pain). La consommation habituelle est de 21 g/jour, ce qui correspond à la consommation habituelle observée de pain.
Les aliments du groupe des superflus (boissons sucrées et alcoolisées, pâtisserie et biscuits…) ne sont pas nécessaires dans une alimentation équilibrée. La consommation habituelle montre que la réalité est très éloignée de cette recommandation étant donnée que la consommation est en moyenne de 481 g/jour si on ajoute les boissons alcoolisées au groupe des superflus et encore de 266 g/jour si l’on n’en tient pas compte!
A l’exception des matières grasses tartinables, aucune famille d’aliments n’atteint les recommandations dans la moitié de la population. Pour les fruits, les légumes, les produits laitiers et le groupe restant (alcool y compris), moins de 10% de la population atteint la recommandation.

Trop de graisses, assez de protéines, déficit en hydrates de carbone

L’apport énergétique habituel total dans la population âgée de 15 ans et plus est en moyenne de 2046 kcal. Chez les femmes, il s’agit de 1652 kcal, et chez les hommes de 2472 kcal. L’apport énergétique habituel diminue avec l’âge chez les hommes et les femmes.
Lorsqu’on compare l’apport énergétique individuel à un apport énergétique minimal ou au métabolisme basal, calculé sur la base du poids corporel, du sexe et de l’âge, l’apport énergétique rapporté est extrêmement faible chez 20% des personnes. Plusieurs causes sont à la base de cette sous-déclaration notamment des problèmes méthodologiques comme par exemple des déclarations erronées, une sous-estimation de la valeur énergétique dans les tableaux nutritionnels mais aussi le fait que les personnes suivaient un régime ou étaient malades le jour de l’interview. Si on exclut ces personnes, l’apport énergétique habituel est en moyenne de 2268 kcal, 1855 kcal chez les femmes et 2648 kcal chez les hommes. L’apport énergétique habituel chez les personnes avec surcharge pondérale ou obèses est plus faible que chez les personnes avec un poids « idéal » ou insuffisant. L’apport énergétique est aussi plus faible chez les personnes sans activité physique et les personnes avec une activité physique minimale. Les principales sources énergétiques de l’alimentation belge sont les céréales et les produits à base de céréales, principalement le pain, ensuite la viande, les pommes de terre, les gâteaux et la pâtisserie, le fromage, les margarines et les sauces.
Il existe quatre types différents de macronutriments énergétiques qui fournissent chacun une certaine quantité d’énergie: les lipides fournissent 9 kcal par gramme, les glucides et les protéines dispensent 4 kcal par gramme chacun et finalement l’alcool qui dispense 7 kcal par gramme. Les recommandations qui déterminent la contribution en pourcentage des nutriments comme les lipides, les glucides et les protéines dans l’apport énergétique total partent du principe que l’énergie fournie par l’alcool est égale à zéro. C’est pourquoi, l’apport énergétique de l’alcool (3,6 % chez les femmes et 6,2 % chez les hommes) est déduit de l’apport énergétique total afin de pouvoir établir une comparaison avec les recommandations du Conseil supérieur d’hygiène.
La contribution habituelle quotidienne en pourcentage des lipides dans l’apport énergétique total de la population âgée de 15 ans et plus, atteint en moyenne 37 % chez les femmes et 39 % chez les hommes. En d’autres termes, la recommandation selon laquelle la contribution quotidienne en pourcentage des lipides ne doit pas dépasser 30 % n’est atteinte que par 14% environ des femmes et 7% des hommes!
D’après la recommandation, l’apport des matières grasses saturées ne peut excéder 10% de l’énergie absorbée. Moins de 5% des hommes et des femmes répondent à cette recommandation.
L’apport de matières grasses mono-insaturées doit se situer entre 10 % et 7 %; la contribution des matières grasses poly-insaturées doit se situer entre 5,3 % et 10 % de l’énergie absorbée. Ces recommandations sont suivies respectivement par 62 % et 59 % des femmes et par 56,7 % et 65,5 % des hommes. Les matières grasses, principalement les margarines et le beurre, sont la principale source énergétique des lipides dans notre alimentation, suivis de la viande et des produits dérivés de viande, des produits laitiers, des gâteaux, des biscuits, de la pâtisserie, des puddings et des sauces.
La contribution habituelle des glucides est en moyenne de 46,4 % chez les femmes et de 45 % chez les hommes. La proportion de la population qui atteint la recommandation de 55 % au moins en glucides est de seulement 9 % chez les femmes et de 5,7 % chez les hommes. La consommation habituelle de glucides diminue légèrement avec l’âge tant chez les femmes que chez les hommes. La consommation de sucres est trop élevée si on tient compte de la recommandation, alors que la consommation d’hydrates de carbone est beaucoup trop faible. Le pain est la principale source d’hydrates de carbone dans notre alimentation suivi des pommes de terre, des limonades, des fruits, des en-cas sucrés, des gâteaux, de la pâtisserie, des pâtes et du riz.
La contribution habituelle en pourcentage des protéines dans l’apport énergétique total dans l’ensemble de la population âgée de 15 ans et plus est de 16,5 % chez les femmes et de 16 % chez les hommes. Au total, 99% des femmes et des hommes répondent à la recommandation minimale de 10 % de protéines. Globalement, on peut en conclure qu’il n’y a pratiquement pas de problème d’apport protidique insuffisant dans la population âgée de 15 ans et plus. Il y a peu de différences en fonction de l’âge en ce qui concerne l’apport protidique exprimé en pourcentage. La viande et les produits de viande sont les principales sources de protéines dans notre alimentation. L’apport énergétique des protéines provient également des céréales et des produits à base de céréales, des produits laitiers, du poisson et des crustacés.

Tableau 1 – Consommation des macronutriments comparée aux recommandations du Conseil supérieur d’hygiène

Type de macronutriment

Recommandation (%) Consommation habituelle (%) % de la population répondant à la recommandation
Graisses 30 maximum 38 10,7
Graisses saturées 10 16 3
Graisses mono-insaturées 10 à 15 14 59,4
Graisses poly-insaturées 5 à 10 7 61,9
Glucides 55 minimum 46 7,5
Protéines 10 minimum 16,3 99

Enquête de consommation alimentaire (ECA), Belgique, 2004, ISSP

Calcium, fer et vitamine C

La consommation de trois micronutriments a été évaluée. La consommation moyenne habituelle de vitamine C dans l’ensemble de la population dépasse la recommandation dans tous les groupes d’âge, tant chez les femmes que chez les hommes. La consommation moyenne de calcium est inférieure à la recommandation quotidienne liée à l’âge tant pour les femmes que pour les hommes dans tous les groupes d’âge. Alors que pour les hommes adultes la consommation quotidienne moyenne de fer dépasse les recommandations liées à l’âge, chez les femmes, la consommation quotidienne moyenne de fer est en deçà de la recommandation dans tous les groupes d’âge.

Sécurité alimentaire

Les aliments crus augmentent les risques d’infection et d’intolérance alimentaire. La fréquence de la consommation dépend fortement du type de produit. Ainsi, quelque 75% des personnes ne mangent jamais d’huîtres crues, de moules crues ou de sushi. Les poissons fumés et les crevettes sont consommés plus fréquemment, soit respectivement par 27 % et 39 % de la population. La viande hachée crue et les steaks tartare ne sont jamais consommés par près de la moitié de la population.
Nonante pour cent des personnes interrogées ne boivent jamais de lait cru. Un peu plus de la moitié (53,5 %) des répondants mangent des fromages à base de lait cru au moins une fois par mois alors que seulement 23 % des répondants ne mangent jamais de fromage à base de lait cru.
Enfin, les connaissances, les attitudes et le comportement des consommateurs en matière d’hygiène alimentaire et de sécurité alimentaire à la maison ont également été étudiés.
Le pourcentage qui ne respecte pas la date de péremption est plus élevé chez les gens avec un niveau d’instruction plus élevé (47%) que chez les personnes moins qualifiées (27%). Les trois familles d’aliments qui sont le plus souvent consommées après la date de validité sont les yaourts, les fromages blancs, les produits secs et le fromage.
Dans la moitié des ménages environ, la viande, la volaille, le poisson et les crustacés sont décongelés dans des conditions de sécurité (dans le réfrigérateur ou au micro-ondes).
La plupart des personnes qui cuisinent (>60%) laissent refroidir les plats chauds à température ambiante, alors qu’il importe de refroidir les aliments le plus rapidement possible et de les placer dans les deux heures dans le réfrigérateur ou le congélateur. La plupart des ménages (82%) respectent la recommandation relative à la conservation des oeufs (maximum 7 jours à température ambiante ou 21 jours au réfrigérateur).

Conclusion

Bien que dans cette première enquête de consommation, la méthodologie recommandée par le Groupe de travail européen (EFCOSUM) ait été suivie, il convient de constater la présence de certaines limites.
En tout premier lieu, aucune information n’a pu être rassemblée sur les habitudes alimentaires des jeunes de moins de 15 ans. Ensuite, les liens entre les données de rappels de consommation des dernières 24 heures et la table de composition alimentaire n’ont pas toujours été possibles en raison de l’absence de certaines données.
L’enquête confirme qu’une part importante de la population est confrontée à une surcharge pondérale ou même à de l’obésité. Le manque d’exercice physique peut être considéré comme un facteur important.
Il est frappant de constater le fossé énorme entre les recommandations relatives aux macronutriments et la consommation habituelle réelle. La part de la population atteignant la recommandation en matière d’apport énergétique des macronutriments est inférieure à 15% tant pour les lipides que pour les glucides.
Ce premier rapport général confirme des hypothèses classiques. Le principal défi pour l’avenir consiste à mieux comprendre les modèles de consommation des aliments et des nutriments en effectuant des analyses complémentaires des données. De cette façon, l’ECA deviendra un outil de travail efficace dans la gestion de la santé publique et de la sécurité alimentaire. Les points méthodologiques critiques de l’enquête doivent aussi être traités afin d’optimiser cet outil d’enquête de consommation alimentaire de façon à permettre sa répétition tel que prévu dans le Plan national nutrition santé.
D’après le résumé de l’enquête de consommation alimentaire (les titres sont de la rédaction).
Cette enquête a été commandée par le SPF Santé publique, Sécurité de la Chaîne alimentaire et Environnement, et est le fruit d’une collaboration entre l’Institut scientifique de santé publique – Section Epidémiologie, l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire, le SPF Economie – Direction générale des statistiques et de l’information économique, le SPF Santé publique, Sécurité de la Chaîne alimentaire et Environnement, l’Universiteit Gent – Vakgroep Maatschappelijke Gezondheidkunde et l’Université libre de Bruxelles – Ecole de santé publique
Référence: Enquête de consommation alimentaire belge 1 – 2004, Service d’Epidémiologie, 2006; Bruxelles, Institut Scientifique de Santé Publique N° de dépôt: D/2006/2505/16, IPH/EPI REPORTS N° 2006 – 014. Equipe de recherche: Stephanie Devriese, Inge Huybrechts, Michel Moreau, Herman Van Oyen

Manger conjugué

L’excellente revue trimestrielle de la Fédération des maisons médicales et des collectifs de santé francophones, Santé conjuguée , consacre dans sa livraison d’avril un dossier épais (et néanmoins digeste!) à des ‘regards croisés sur l’alimentation et la santé’.
Sur une bonne centaine de pages, ce cahier aborde sept dimensions de la problématique nutritionnelle prise au sens large:
-des actions concrètes menées en maisons médicales;
-l’éducation des enfants à l’alimentation saine (théorie et pratiques);
-le plan national nutrition et santé pour la Belgique;
-une approche non médico-centrée de l’obésité;
-les dimensions sociales et culturelles de l’alimentation;
-alimentation et peur (sécurité alimentaire, OGM…);
-à côté des problèmes liés à l’abondance, les situations de ‘manque’.
Une publication de référence, à laquelle Education Santé a d’ailleurs contribué avec grand plaisir.
Santé conjuguée n° 36, avril 2006. Prix: 8,68 euros. FMMCSF, Bd du Midi 25 / 5, 1000 Bruxelles. Tél.: 02 514 40 14. Fax: 02 514 40 04. Courriel:fmmcsf@fmm.be. Internet: https://www.maisonmedicale.org .

L’affirmation de soi dans les relations amoureuses et affectives chez les jeunes

Le 30 Déc 20

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Après s’être penchée sur les méthodes contraceptives chez les jeunes (1), la Fédération des centres de planning familial des Femmes prévoyantes socialistes a souhaité étudier les relations amoureuses et sexuelles des adolescents. Les auteurs ont voulu observer l’affirmation de soi dans les relations amoureuses et affectives – au sens large – des jeunes, en les interrogeant sur les perceptions de leurs propres comportements.
Selon la Charte d’Ottawa, la santé résulte aussi de l’aptitude à prendre des décisions et à contrôler ses conditions de vie . Le bien-être des jeunes, comme de tout un chacun, passe donc par le fait de poser ses limites et de se sentir maître de ses décisions, ce qui fait partie de l’affirmation de soi.
Et travailler avec les jeunes sur l’affirmation de soi dans le respect d’autrui, c’est permettre de lutter efficacement contre la violence entre partenaires, ce qui fait également partie de la mission de la Fédération des centres de planning familial des FPS.
La population-cible de l’étude se compose d’adolescents des deux sexes, de 13 à 21 ans. Ces jeunes ont été interrogés via les centres de planning lors d’animations dans les écoles (dans 85% des cas), ou dans les salles d’attente des centres de planning (pour 15% d’entre eux). 667 questionnaires ont été remplis, parmi lesquels 650 ont été retenus.
Les résultats sont issus de Wallonie et de Bruxelles. En voici une synthèse.

Les résultats de l’enquête

Les relations amoureuses et sexuelles

Les jeunes interrogés ont dit avoir une vie sexuelle active pour un grand nombre d’entre eux (59,9 % des jeunes interrogés disent avoir déjà vécu un rapport sexuel) et ce, en moyenne depuis l’âge de 15 ans. 91% des jeunes sexuellement actifs ont aussi connu plusieurs expériences et parfois plusieurs partenaires. La sexualité demeure, pour de nombreux jeunes, un élément important du couple (avec la confiance et le respect), plus pour les garçons que pour les filles.
85% des jeunes disent avoir employé un moyen de contraception lors du premier rapport sexuel. Il est donc nécessaire de rester vigilant quant au travail de sensibilisation à la contraception, aux maladies sexuellement transmissibles et au sida pour les 15% de jeunes qui ne se sont pas protégés mais aussi pour ceux qui n’emploient pas la ‘règle des deux P’ (pilule et préservatif).
Les filles se disent plus fermes que les garçons quant à l’emploi du moyen contraceptif de leur choix, tout en ayant des difficultés à aborder la question avec leur partenaire. Les garçons déclarent quant à eux en parler facilement.
Il est intéressant de noter que 4,6% des jeunes de l’échantillon ont déjà vécu des expériences homosexuelles, dont une plus grande proportion de filles.
Concernant l’affirmation de soi dans les relations sexuelles , cette enquête a pu montrer que les garçons se sentaient plus que les filles ‘obligés’ au rapport sexuel. En effet, 1 garçon sur 2 dit avoir des difficultés à refuser un rapport sexuel sans le moyen de contraception de son choix, voire renoncer à refuser le rapport; 2 garçons sur 5 expriment leurs difficultés à refuser une pratique sexuelle qui les dérange.
Les filles éprouvent des difficultés lorsqu’il s’agit de parler de contraception ou de ce qui leur ferait plaisir lors des rapports sexuels. Elles disent plus facilement pouvoir refuser des rapports sexuels qui ne leur conviennent pas.
Retenons qu’un jeune sur 10 déclare ne pas pouvoir refuser une pratique sexuelle qui le dérange et presque 1 jeune sur 5 déclare poser ce refus difficilement. 1 jeune sur 10 déclare également ne pas pouvoir choisir librement le moment et la personne avec qui avoir des relations sexuelles. Il est encore nécessaire de souligner que 22,4% des jeunes de l’enseignement professionnel disent ne pas pouvoir refuser un rapport si la contraception utilisée ne leur convient pas, alors qu’ils sont 13,5% dans l’enseignement technique et 7,85% dans l’enseignement général.
Enfin, il semble plus facile pour les plus âgés d’exprimer ce qui leur ferait plaisir: 63,7% des 17-21 ans osent le faire contre 50,5% des 13-16 ans.

Les relations amicales et la confiance en soi

Les jeunes semblent globalement capables de s’affirmer dans les relations avec leurs amis (sans différence fille/garçon). 7 jeunes sur 10 jugent pouvoir identifier leur propre sentiment de désaccord avec une opinion ou une situation, ce qui constitue une des bases de l’affirmation de soi.
Les jeunes sont donc majoritairement enclins à exprimer de manière naturelle un refus à leurs amis, y compris à propos d’actions qui ne leur plaisent pas, sans différence entre les sexes. Au vu de cette enquête, s’affirmer envers ses amis semble plus ‘simple’ que s’affirmer envers le partenaire dans les relations intimes.
1 jeune sur 2 a également déclaré avoir toujours ou souvent confiance en lui. Les filles sont toutefois plus nombreuses à avoir moins confiance en elles. 1 fille sur 2 dit n’avoir jamais ou seulement parfois confiance en elle. Les garçons manifestent par contre une grande confiance en eux avec 3 garçons sur 5 se disant souvent ou toujours confiants en eux-mêmes.
Les filles sont également plus nombreuses à ne pas s’accepter comme elles sont (1 fille sur 10 dit ne jamais s’accepter telle qu’elle est), alors que les garçons sont deux fois plus nombreux qu’elles à s’accepter tels qu’ils sont.
Les jeunes ont également parlé de ce qu’ils aimeraient changer en eux. Le physique (taille, poids, corps…) et le caractère sont les éléments les plus cités. 1 jeune sur 5 dit ne rien vouloir changer en lui.
Au vu de toutes ces réponses, l’enquête a montré que trois quarts des jeunes disent s’affirmer de manière forte tant dans les relations sexuelles qu’affectives. Aucune différence n’apparaît entre les garçons et les filles. Ceci est dû au fait que leurs réponses s’équilibrent différemment: les filles sont moins confiantes en elles alors que les garçons posent moins facilement leurs limites dans les rapports sexuels.

Vers des relations égalitaires

Les différences soulevées entre les sexes tout au long de cette enquête ont amené les auteurs à réfléchir sur la raison des comportements stéréotypés ressortant de l’étude.
Dans une perspective de genre, c’est-à-dire du sexe social et non biologique, ils rappellent que l’obligation de ‘performance’ pour les garçons et la ‘timidité’ et l’attitude plus réservée pour les filles ne paraissent pas dus au hasard. Ces représentations sont le fruit de la socialisation différenciée inculquée aux jeunes depuis l’enfance. A l’adolescence, les jeunes construisent leur identité en se référant aux caractéristiques socialement attribuées à chaque genre. Aux filles la sensibilité et la réserve, aux garçons l’action et la performance.
Ces disparités sont malheureusement la source de relations inégalitaires entre les genres, formant elles-mêmes le terreau pour l’apparition de la violence dans les couples, aussi jeunes soient-ils. La lutte contre les stéréotypes – y compris dans l’affirmation de soi – reste encore actuelle dans la perspective de l’instauration de relations égalitaires entre les sexes, permettant aux individus de s’épanouir pleinement, et ensemble.
Les auteurs veulent conclure sur une note positive, en rappelant que pour de nombreux jeunes, les trois éléments importants du couple sont le respect, la confiance et la sexualité. Les notions de respect de soi et de l’autre ainsi que de confiance sont donc bien présentes pour les adolescents. Ce constat montre d’une part que les jeunes aspirent à des relations égalitaires et d’autre part il témoigne du fait que ceux-ci associent plus qu’ils ne séparent l’affect et une sexualité épanouie.
Sur base du dossier de presse de la Fédération des centres de planning familial des FPS .

HERBIGNIAUX F ., THAI Y ., L’affirmation de soi dans les relations amoureuses et affectives chez les jeunes enquête menée auprès des 13 21 ans par la Fédération des centres de planning familial des Femmes prévoyantes socialistes , mars 2006 , 42 pages .
Pour tout renseignement : 1 2 place Saint Jean , 1000 Bruxelles . Tél .: 02 515 04 89 . Courriel: cpf@mutsoc.be .
(1) Les méthodes contraceptives chez les jeunes, enquête menée auprès des 13-21 ans par la Fédération des centres de planning familial des Femmes prévoyantes socialistes, mars 2005, Bruxelles. Voir l’article ‘La contraception des jeunes sous la loupe’ , paru dans Education Santé n°204, septembre 2005, pp.15-16.

A comme Ados

Les filles et les garçons ne se comportent pas de la même manière. Chacun a ses propres désirs, ses raisons pour vivre un premier rapport, ses limites. Chacun doit pouvoir exprimer tout cela, choisir les moments et les personnes avec qui il veut le vivre, sans pression.
Toutes ces questions qui traversent l’esprit des adolescents, particulièrement sur tout ce qui tourne autour de l’amour, sont bien compliquées. Les réponses viendront avec le temps, au fil des rencontres et des expériences.
En attendant, ils trouveront déjà quelques éléments de réponses dans la brochure ‘A comme Ados’, dont le but essentiel est de pousser les jeunes sur le chemin de l’affirmation de soi et du bien-être, à travers différents thèmes comme l’amitié, l’amour (sentiment ou amour physique), la contraception, la grossesse, l’IVG, la jalousie, l’orientation sexuelle, les règles, et bien d’autres encore.
Le but des auteurs n’est pas de donner des solutions toutes faites mais plutôt que le jeune y trouve des idées, des témoignages, des repères, sans y voir un modèle à suivre.
La brochure est issue de la collaboration entre le MJT Espace jeunes et la Fédération des centres de planning familial des Femmes prévoyantes socialistes .
Elle est disponible
dans les guichets de la Mutualité socialiste et les Centres de planning familial des FPS
par courrier adressé à l’Union nationale des mutualités socialistes , Département Communication , rue Saint Jean 32 38 , 1000 Bruxelles , par téléphone au 02 515 05 59 , ou par courriel à unms@mutsoc.be
elle peut aussi être téléchargée sur https://www.mutsoc.be .

Découvrir l’amour et la sexualité

Le 30 Déc 20

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L’adolescence conduit le jeune de l’enfance à l’âge adulte. Le corps se transforme. Une nouvelle identité se construit. L’ado se cherche de nouveaux points de repères hors de la cellule familiale. Il s’éveille à la sensualité et à la sexualité. Martine Goffin, psychothérapeute et psychanalyste au Département adolescents et jeunes adultes du Service de Santé Mentale Chapelle-aux-Champs nous apporte son éclairage.
Cet article est paru précédemment dans En Marche, le bimensuel des Mutualités chrétiennes, n° 1341, avril 2006 ( https://www.enmarche.be ). En Marche: Comment les adolescents vivent-ils leurs premières rencontres amoureuses?
Martine Goffin : Les adolescents vivent souvent l’état amoureux sur le mode de la passion. La relation amoureuse peut durer une journée, plusieurs années, voire toute la vie. Ce qui fait la richesse de l’adolescent, c’est que les choses ne se fixent pas, mais se cherchent. Le jeune peut vivre des choses très intenses qui peuvent retomber rapidement. Cette intensité est nécessaire pour pouvoir en retirer les éléments essentiels à la construction, par la suite, d’une relation riche qui va tenir la route.
Au début, toute relation amoureuse est toujours très fusionnelle. Dans la durée, le couple va pouvoir s’appuyer sur cette fusion. Mais il ne faudrait pas que cette fusion s’éternise et que le couple se referme sur lui-même en se coupant du monde entier. Dans un couple fusionnel, on voit l’autre comme étant un double de soi ou on voit dans l’autre la réponse à ce qui nous manque. C’est une sorte de complétude. Mais c’est un leurre de croire que l’autre va pouvoir combler totalement ce qui nous manque. Pourtant, c’est bien là-dessus que s’appuie la relation amoureuse. Passé le temps de fusion, il y a un moment de désillusion où on découvre l’autre avec ses manques. C’est cet écart qu’il faut apprendre à supporter dans une relation pour qu’elle puisse durer.
EM: Aujourd’hui, quel est l’âge moyen des premiers rapports sexuels?
MG : L’âge moyen des premiers rapports sexuels n’a pas changé. Ce qui a changé, ce sont les écarts par rapport à cet âge moyen. Il y a des jeunes qui vivent leur première expérience sexuelle de plus en plus tôt. Par contre, un nombre croissant d’adolescentes retardent le moment de la première relation sexuelle et ont des difficultés à faire une rencontre, à cause du contexte de banalisation de l’acte sexuel. En effet, la société véhicule l’image d’une sexualité utilisée comme un objet de consommation. Cela entraîne pour certaines filles le refus d’être un objet sexuel et d’entrer dans cette logique marchande.
EM: La conception de la relation amoureuse est-elle la même pour les filles et les garçons?
MG : En général, le garçon accède au sentiment amoureux à travers la relation physique. La fille, quant à elle, accède à la rencontre physique par le sentiment amoureux. On constate donc une dissymétrie dans la rencontre entre la fille et le garçon. Il s’agit d’une dissymétrie essentielle dans les rapports entre les hommes et les femmes.
Par ailleurs, les filles ont très souvent le sentiment qu’il y a quelque chose à donner absolument au garçon et qu’il faut passer par les rapports sexuels pour garder un garçon. Elles ont du mal à se soustraire au désir de l’autre, ce qui les piège dans la sexualité. Le discours social ambiant accentue encore davantage cette disponibilité des femmes.
EM: Quel rôle les parents peuvent-ils jouer par rapport à la sexualité de leurs enfants?
MG : Je suis très sceptique sur le fait que les parents puissent avoir un rôle à jouer dans l’accès à la sexualité et à la vie amoureuse de leurs ados. En prenant soin de leurs enfants dès le plus jeune âge, à travers leurs gestes, leurs comportements, la manière dont ils ont respecté le corps de leur enfant, les parents ont déjà fait passer toute une série de choses.
Au moment de l’adolescence, le mieux qu’aient à faire les parents, c’est d’être à l’écoute de l’adolescent si celui-ci a envie de parler. Cependant, une intimité doit être respectée par rapport à ce qu’on peut se dire entre parents et enfants. A un moment donné, il vaut mieux qu’on ne se dise plus tout. Je sais que cela va à l’encontre du principe actuel prônant la communication selon laquelle tout doit se dire, s’entendre, se savoir. Mais cela fait des dégâts.
Le respect de l’intimité et de la frontière entre les générations favorise le fait que l’adolescent se prenne en charge, se respecte, comprenne la valeur de son histoire personnelle, sans être dans un collage avec ses parents. La construction de l’intimité est essentielle et commence déjà avant l’adolescence. Les parents ont aussi à être respectueux du fait que tout ne leur revient pas et ne leur appartient pas.
EM: Comment les parents peuvent-ils réagir lorsque leur fille émet le désir de prendre la pilule?
MG : D’une manière générale, le jeune s’arrange pour vivre sa sexualité sans en informer ses parents. Il faut savoir que derrière la demande banale d’un comprimé ou d’une pilule, il y a tout autre chose qui est en train de se dire. La jeune fille vient dire à ses parents qu’elle est adolescente, qu’elle a une sexualité et qu’elle veut la vivre. Parfois, elle vient presque demander à ses parents l’autorisation de grandir et de pouvoir vivre sa sexualité.

L’entrée dans l’adolescence

Classiquement, on définit l’entrée dans l’adolescence par l’irruption de la puberté, laquelle consiste en la transformation du corps de l’enfant pour devenir un corps adulte. Ces transformations physiques viennent perturber complètement l’identité que l’enfant avait de lui-même.
Les adolescents passent d’ailleurs beaucoup de temps à se regarder dans le miroir parce qu’ils doivent se réapproprier une image devenue étrangère à celle qu’ils avaient d’eux-mêmes.
D’autre part, le jeune se découvre un appareil génital lui permettant d’assurer la sexualité génitale et de procréer. L’adolescent est donc traversé par un émoi pulsionnel entraînant un questionnement intense sur lui-même, sur ce qu’il recherche, sur le sens de la vie, de la mort, sur son identité de futur homme ou de future femme.
On parle de crise d’adolescence parce que l’irruption de la puberté fait vaciller l’équilibre antérieur de l’enfant. Il va devoir effectuer un travail d’élaboration psychique pour apprendre à canaliser tout ce qui déborde et trouver le moyen de stabiliser les choses. Dans ce mouvement pubertaire, l’adolescent commence à s’appuyer sur ses propres repères et non plus seulement sur ceux que lui ont transmis ses parents. Pour cela, il va chercher de nouveaux repères à l’extérieur de la cellule familiale.

Les jeunes veulent entendre quels sont les repères et les valeurs de leurs parents. Il ne faut pas éviter ce débat en répondant trop vite par oui ou non à la demande de pilule. Les parents doivent pouvoir dire ce qu’ils pensent et quelles sont leurs valeurs. C’est surtout l’occasion pour les parents de transmettre quelque chose de ce qui les fonde, eux.
EM: Comment les adolescents envisagent-ils leur avenir? Rêvent-ils leur future vie de couple?
MG : Le rêve est un travail d’élaboration psychique fondamental. Le jeune se projette dans l’avenir et essaie d’anticiper ce qu’il sera. De nos jours, de nombreux adolescents ont énormément de mal à se penser dans l’avenir, à penser leur avenir. Pour certains, il devient compliqué de rêver. Ce que j’entends de plus en plus chez les adolescents, c’est leur difficulté à quitter le cocon familial. Les parents, en étant toujours à l’écoute, en choyant leurs enfants, en acceptant que le petit couple vienne nidifier à la maison, ne donnent pas envie au jeune de quitter la maison et compliquent le passage vers l’autonomie. La construction d’un couple et les relations sexuelles font partie des choses qui donnent accès au stade adulte et à l’autonomie. Les parents n’ont pas à favoriser l’installation de jeunes couples chez eux. Accepter cela, c’est leur faire rater une étape importante.
On constate également que les jeunes ont du mal à s’engager dans le couple. La logique de la société actuelle veut que l’on puisse tout consommer dans l’immédiat, profiter de tout, que la liberté est totale et que nos actes sont sans conséquences. Dans ce sens, notre société n’encourage plus l’engagement, lequel suppose aussi le renoncement à certaines choses.
Un autre élément venant mettre les adolescents en difficulté se rapporte à l’attitude de parents divorcés qui se remettent à avoir des rencontres amoureuses. Le jeune voit alors son père ou sa mère comme il ne les voyait plus, c’est-à-dire en plein émoi amoureux. Dans la tête des jeunes, les parents leur apparaissent comme relativement désexualisés et assagis. L’adolescent, déjà tellement éveillé par ses propres émois pulsionnels, et qui voit ces mêmes émois chez ses parents peut en être très perturbé. Quand les parents redeviennent adolescents, ils risquent d’effacer la différence entre les générations et c’est comme si les jeunes ne pouvaient pas accéder à leur sexualité ni à leur tranche d’âge. Les repères sont tout à fait faussés, cela crée des pannes chez les jeunes.
EM: Enfin, quel conseil pouvez-vous donner aux parents d’adolescents?
MG : Je leur dirais de se faire le plus discret possible, afin que le jeune puisse faire son chemin. Les parents ont à rester à l’écoute de leurs ados, mais pas trop, car tout n’est pas à dire. Il ne faut surtout pas être intrusif dans l’intimité du jeune, mais il est important de baliser les choses et de s’autoriser à la confrontation, à dire non quand on pense non, même si on passe pour ringard.
Propos recueillis par Colette Barbier

Sexualité des adolescentes. Un état des lieux en Wallonie et à Bruxelles

Le 30 Déc 20

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Un état des lieux en Wallonie et à Bruxelles

La vie affective et sexuelle des adolescentes est décidément à l’avant plan ces derniers temps : la Ministre Catherine Fonck a présenté en mai dernier une étude sur ce thème .
En Belgique, il n’y a pas de relevé synthétique des données sur la vie affective et sexuelle des jeunes femmes, et sur les domaines connexes: fécondité, contraception, grossesses et interruptions de celles-ci, infections sexuellement transmissibles, violences liées au genre. Tout se fait en ordre dispersé, rarement pour le même groupe de la population ou pour une même catégorie d’âge.
Il est donc bien difficile pour les acteurs de la prévention et de la promotion de la santé d’avoir une vue d’ensemble de la problématique.
Des chercheurs de différents horizons (1) se sont pourtant attelés à la tâche: ils ont réalisé une synthèse des informations existantes en se concentrant sur les adolescentes âgées de 10 à 17 ans. Il s’agit soit de données déjà publiées, soit de données non publiées mais rapidement exploitables issues de bases de données gérées par l’Institut de démographie de l’UCL, l’Ecole de santé publique de l’ULB, l’Agence intermutualiste, l’Office de la naissance et de l’enfance et l’Institut scientifique de la santé publique.
Les données présentées peuvent être rarement comparées directement entre elles, en raison des différences de variables étudiées ou de la méthodologie utilisée (définition de la situation à étudier, tranche d’âge, lieu de résidence, année d’étude, qualité de l’échantillon). Néanmoins, les chercheurs ont pu observer une certaine cohérence entre la plupart des informations, ce qui a permis des mises en perspectives, la définition de tendances et de conclusions générales fiables, menant à des recommandations pour le politique.

Quelques éléments de synthèse

L’âge moyen lors du premier rapport sexuel se situe vers 17 ans . Les adolescentes d’aujourd’hui ne sont pas plus nombreuses à avoir eu une relation sexuelle que celles d’il y a une quinzaine d’années. Par contre, un plus grand nombre parmi celles sexuellement actives déclare avoir eu une première relation avant l’âge de 14 ans. Ces adolescentes se retrouvent plus fréquemment dans l’enseignement professionnel et dans la population issue de pays d’Afrique subsaharienne.
Les adolescentes sexuellement actives ne recourent pas suffisamment à une contraception efficace . Environ 12 à 15 % des jeunes femmes n’utilisent aucune méthode. L’utilisation du préservatif comme méthode est largement plus fréquente parmi les très jeunes femmes que parmi les plus âgées, ce qui pourrait expliquer une partie des échecs de contraception conduisant à une demande d’interruption de grossesse.
Les adolescentes font peu d’enfants , et le taux de fécondité est en diminution significative depuis la fin des années ’60, tout comme dans les autres tranches d’âge. Cette diminution est parallèle à la diffusion de la contraception moderne et à l’allongement de l’obligation scolaire.
La grossesse des adolescentes est la plupart du temps liée à une situation de précarité sociale . Les adolescentes enceintes sont plus nombreuses en Hainaut et en Région bruxelloise; elles bénéficient d’un moins bon suivi de grossesse.
Elles mettent davantage au monde des nouveau-nés plus fragiles, prématurés ou de petit poids. Elles pratiquent peu l’allaitement.
Les adolescentes socio-économiquement défavorisées utilisent moins souvent les services de santé .
Les enregistrements d’interruption volontaire de grossesse sont en hausse (2). Le recours à des soins pour interruption de grossesse est plus marqué parmi les jeunes femmes à faible revenu économique.
Les nouveaux diagnostics d’infections au VIH parmi les jeunes femmes de 15 à 24 ans sont en augmentation. Elles concernent principalement les personnes originaires de pays situés au Sud du Sahara; les contacts sexuels sont également attribués à un partenaire originaire de ces pays.
Il n’est pas possible de se faire une opinion sur les violences sexuelles subies par les jeunes filles. L’étude montre cependant qu’une minorité de très jeunes filles ont des relations sexuelles à un âge où celles-ci sont légalement considérées comme un viol, c’est-à-dire à moins de 14 ans.
Les auteurs insistent sur le manque d’informations structurées et facilement exploitables pour pouvoir élaborer une réelle politique de santé publique. Cette carence est particulièrement marquée en ce qui concerne l’utilisation des services de santé et les violences subies par les jeunes femmes.

Des recommandations

Elles portent sur trois dimensions.
Améliorer notre connaissance de la situation : en soutenant la collection d’informations et leur diffusion; en soutenant la recherche; en renforçant les collaborations entre les chercheurs et les acteurs de terrain; en identifiant précocement les populations et les situations à risque.
Intensifier les actions de prévention : en développant l’éducation à la vie affective et sexuelle particulièrement dans l’enseignement professionnel; en diffusant auprès des jeunes et des travailleurs médico-sociaux l’information sur la prévention et la promotion de la santé de la reproduction, et aussi sur les structures médicales, sociales et associatives disponibles; en améliorant l’accessibilité aux services de santé; en tenant compte des deux priorités géographiques que sont la province du Hainaut et la région de Bruxelles-Capitale.
Prévoir le processus d’évaluation dès la mise en place des actions de prévention.
Maryse Van Audenhaege
BEGHIN D., CUEPPENS C., LUCET C., et al. Adolescentes: sexualité et santé de la reproduction. Etat des lieux en Wallonie et à Bruxelles, Bruxelles, février 2006, 64 pages.
L’étude est disponible en ligne sur les sites des différents partenaires :
* ULB PROMES : https://www.ulb.ac.be/esp/promes
* Fédération laïque de centres de planning familial : https://www.planningfamilial.net
* Agence intermutualiste : https://www.cin-ima.be
* ONE : https://www.one.be
* Institut de démographie de l’UCL : https://www.demo.ucl.ac.be
* Institut scientifique de santé publique : https://www.iph.fgov.be/epidemio/aids .
Pour tout renseignement , contactez Claudine Cueppens , responsable du Centre de documentation de la Fédération laïque des centres de planning familiaux , 02 502 68 00 ccueppens@planningfamilial.net

(1) Douchan Beghin (ULB-PROMES), Claudine Cueppens (Fédération laïque de centres de planning familial), Catherine Lucet (Agence intermutualiste), Samual Ndamè (ONE), Godelieve Masuy-Stroobant (Institut de démographie de l’UCL), André Sasse (Institut scientifique de santé publique), Danielle Piette (ULB-PROMES).
(2) D’après les auteurs, cela ne signifie par forcément qu’il y a plus d’IVG mais, comme pour le relevé général des IVG en Belgique, que les enregistrements sont plus systématiques et plus fiables.

Les projets de la Ministre

En présentant cet état des lieux, la Ministre de l’Enfance, de l’Aide à la Jeunesse et de la Santé en Communauté française Catherine Fonck a rappelé les actions déjà menées en Communauté française ainsi que ses projets d’action.
Des projets pilotes ont été mis sur pied par les centres de planning familial durant l’année scolaire 2004-2005. L’évaluation de ces projets porte tant sur les possibilités d’implantation que sur leur pertinence auprès des élèves, le personnel éducatif, les centres de planning, les PSE et les PMS.
L’éducation à la vie sexuelle et affective est une priorité définie dans le décret sur les PSE. Ces équipes pourront l’intégrer dans leur projet de service aux établissements scolaires, qui seront en application pour l’année scolaire 2006-2007.
La Ministre a rappelé très clairement sa volonté de généraliser à tous les niveaux scolaires des animations à la vie sexuelle et affective: pour cela il faudra prévoir une définition légale, une formation spécifique et un cadre de référence des objectifs à atteindre pour tous les animateurs.
MVA