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Périnatalité : soutenir la littératie est une question d’équité

Le 4 Mai 26

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Les inégalités sociales de santé sont particulièrement marquées en période périnatale, et les personnes ayant vécu l’exil sont spécifiquement concernées par celles-ci. En réalisant une fiche Lisa sur la thématique, Cultures&Santé a voulu visibiliser le rôle que la littératie en santé pouvait jouer pour contribuer à lutter contre ces inégalités.   

 Périnatalité et inégalités 

La périnatalité, et plus largement les 1000 premiers jours, c’est-à-dire la période couvrant la grossesse et les 2 premières années de l’enfant, est une période faisant l’objet d’une attention marquée à l’échelle internationale et nationale. Et pour cause, c’est une période déterminante pour la santé de la personne enceinte et de l’enfant, risquant d’impacter leur bien-être et leur développement physique et psychologique sur le long terme. C’est aussi une période privilégiée pour (re)créer des liens avec les systèmes sociaux et de santé car, pendant celle-ci, les besoins sont plus importants et les contacts avec les professionnel.les plus nombreux.   

En Belgique, si de manière globale la santé périnatale s’améliore (ce que confirme la baisse de la mortinatalité [1]), il subsiste une grande disparité dans l’accès aux soins et à la santé pour les personnes enceintes et les enfants. Par exemple, à Bruxelles, les parents dans une situation socioéconomique plus précaire (en raison de la monoparentalité, de l’instabilité du logement, etc…) ont plus de risque d’avoir des soins périnataux retardés et de moins bonne qualité [2]. Ce constat est également valable pour les personnes ayant vécu l’exil, indépendamment des barrières linguistiques.  

Les dernières études du KCE [3] ont pointé que l’accompagnement et la prise en charge pré et post natale n’étaient pas suffisamment intégrées [4] et ne répondaient pas aux besoins des (futurs) parents. C’est pourquoi, depuis 2024, le déploiement d’un Programme périnatal a pour objectif d’« assurer aux personnes enceintes vulnérables un accès effectif aux soins et à un accompagnement pendant les 1000 premiers jours. Les soins fournis seront intégrés, continus et adaptés à leurs besoins. »  

L’articulation entre ces inégalités et la littératie en santé 

La littératie en santé (LS) est un ensemble de capacités mobilisées pour accéder à des informations pour la santé, les comprendre, les évaluer et les appliquer. Elle dépend notamment des capacités individuelles, du parcours de vie, de l’environnement proche mais également de la complexité des systèmes sociaux et de santé qui dispensent ces informations. Dans le contexte périnatal, voici quelques exemples de situations dans lesquelles l’exercice de la littératie en santé est mis en difficulté. 

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  • Je suis enceinte, mon médecin généraliste m’informe des étapes de l’accompagnement de base et des offres complémentaires possibles. Je n’ose pas aborder la question du coût. 
  • Je suis enceinte pour la 2e fois. Pour ma première grossesse j’étais à l’étranger, je n’ai aucune idée de l’accompagnement prévu ici et je ne maîtrise pas les langues nationales. 
  • Je suis enceinte, et comme ma mère avant moi, j’ai pris rendez-vous à l’hôpital. Cet environnement me stresse et le médecin parle vite, je ne comprends pas ce qu’il me dit.   

Ces exemples illustrent la répartition inégale de la littératie en santé dans la société, et son interdépendance avec des facteurs socio-économiques [5] et l’accessibilité des services. Généralement, plus on dispose de ressources matérielles et sociales, plus il est aisé d’utiliser les services et informations pour sa santé. Une étude récente menée en Île-de-France auprès de femmes enceintes montre que parmi les mères ayant un faible niveau de LS, on retrouve « davantage de femmes ayant des difficultés sociales, comme un hébergement précaire (…), ou une situation financière jugée juste ou compliquée (…). » [6], ces différences s’observant au sein même de territoires défavorisés.  

Toutefois il est possible d’agir sur l’exercice de la LS, en facilitant l’utilisation des informations pour la santé par toutes et tous. De cette manière, renforcer la LS permet de contribuer à réduire l’impact négatif des inégalités sociales sur la santé. 

Littératie en santé en période périnatale : quelles spécificités ?  

Si les inégalités en matière de LS affectent une part importante de la population, la littératie en santé devient particulièrement cruciale dans certains moments de vie. C’est le cas de la période périnatale. Durant cette période, l’exercice des compétences en santé est bouleversé par une série de facteurs.  

  • Des systèmes sociaux et de santé complexes. Le parcours de santé pendant cette période est complexe, émaillé de nombreuses démarches administratives à mener, de multiples intervenant·es et lieux d’accompagnement à rencontrer. Cela implique de comprendre les étapes du parcours de prise en charge, leur ordre, les rôles et complémentarité des différent·es intervenant·es (ex. : domaine d’expertise), mais aussi les rôles sociaux que l’on attend des parents à chacune des étapes (ex. : documents à apporter, démarches préalables à la consultation, prise de rendez-vous).    
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  • Une abondance d’informations. Les informations de santé arrivent de toute part, parfois très techniques, parfois contradictoires. Les domaines de la périnatalité et de la parentalité (ex. : pratiques d’allaitement) sont des domaines dans lesquels l’échange d’informations entre générations, au sein de la famille ou du réseau social est important.  
  • Un temps limité. La périnatalité est une période définie dans le temps, avec tout un univers social et technique à apprivoiser, lié au parcours de santé et avec une grande quantité d’informations à absorber. Le temps est également compté à chaque rendez-vous et encore plus lors du séjour à la maternité, qui ne se résume le plus souvent qu’à deux jours.   
  • Une santé mentale fragilisée. Les transformations physiques, hormonales et identitaires, combinées aux exigences sociales et organisationnelles, peuvent fragiliser la santé mentale. Cette vulnérabilité est amplifiée lorsque l’environnement est peu soutenant ou les services non adaptés.  

Ces facteurs illustrent à quel point, au-delà des caractéristiques sociodémographiques individuelles, l’exercice de la littératie en santé dépend de la capacité des systèmes sociaux et de santé à s’adapter. Il est donc toujours possible d’agir, en rendant plus accessibles et utilisables les services et les informations pour la santé.  

L’exil, une situation de vulnérabilité 

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Les personnes ayant vécu l’exil se retrouvent, notamment en raison de politiques de non-accueil et d’un racisme systémique, dans des situations de vulnérabilité spécifiques dues à une articulation particulière des facteurs de risque, notamment en termes de LS. Chacun des facteurs décrits plus haut peut, en effet, être décliné au regard des spécificités liées à l’exil.   

Par exemple, la complexité des systèmes et démarches en lien avec la périnatalité l’est encore plus pour des personnes peu familières avec les services, ayant peu de repères dans le système ou n’ayant pas de professionnel·les de confiance. Cette complexité est encore amplifiée pour les personnes en demande de protection internationale et les personnes sans papiers, qui sont soumises à des régimes différents pour l’accès aux soins de santé.  

Les violences institutionnelles vécues durant les procédures de demande de protection internationale [7] et le statut de sans-papiers viennent ajouter, à la complexité préexistante, de la méfiance envers les institutions.  

Faute d’accès aux services, les informations données par les proches vont être privilégiées. [8] Même s’ils et elles réalisent que ces infos sont moins fiables, elles sont cependant plus ancrées et porteuses de sens, car elles sont partagées par des pairs, ayant un même bagage culturel. 

Les proches sont également des relais pour aider dans les démarches ou les rendez-vous, quand s’ajoute une barrière linguistique. Indispensables en l’absence d’un dispositif d’interprétariat, ils n’en sont pas moins un risque pour la confidentialité ou l’autonomie dans le parcours périnatal des personnes enceintes.  

Tous ces facteurs viennent souvent retarder l’entrée dans le parcours périnatal [9], et ainsi encore raccourcir le temps d’accompagnement si précieux. Il n’est pas rare que les personnes enceintes exilées aient leur première consultation au 3e trimestre de la grossesse. Ce qui représente, au-delà des enjeux liés au temps restant pour aborder tous les sujets du parcours périnatal, un risque direct pour la santé du parent et de l’enfant (ex. : déficit dans le dépistage précoce de facteurs de risque).  

À situation multifactorielle, réponse plurielle  

Afin de répondre à ces différents défis, plusieurs leviers sont possibles et à activer ensemble. 

D’une part, la simplification du parcours est essentielle. Le programme interfédéral y travaille en soutenant les accompagnements intégrés et adaptés aux besoins des familles (ex. : code INAMI pour la coordination du soin et de l’aide). La simplification doit aussi s’opérer à l’échelle des structures afin de faciliter l’accès et l’utilisation des informations pour la santé qu’elles dispensent. Cela renvoie à la notion de littératie en santé organisationnelle [10]. 

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Ensuite, il semble indispensable de lever la barrière linguistique, voire culturelle. Une série de mesures doivent être mises en place pour permettre l’échange et la communication avec toutes et tous. Ceci nécessite de s’organiser afin de pouvoir proposer des consultations avec des interprètes ou médiateur·rices culturel·les, de traduire les supports d’information produits, d’utiliser au maximum des images ou objets pour expliquer les informations. Il existe par exemple la valise de grossesse de Vollemaan [11], un outil culturellement sensible pour parler de la grossesse.  

Enfin, il est nécessaire de proposer des offres qui soutiennent les futurs parents dans le parcours périnatal. Deux démarches, en lien avec l’approche de promotion de la santé, peuvent inspirer ces initiatives et faciliter l’accès à l’information pour les personnes qui en sont plus éloignées. La démarche d' »aller-vers » ainsi que la création d' »espaces collectifs ». 

Aller vers les publics, c’est par exemple, développer l’offre d’accompagnement en partenariat avec des associations de première ligne (ex. : des maisons de quartier, des ONG), avec lesquelles les personnes ont déjà établi un lien de confiance. Ces partenariats permettent également de démédicaliser ce qui peut l’être et simplifier le langage des informations échangées.  

Les avantages de l’approche collective 

L’approche collective permet de sortir des rôles et codes potentiellement stressant ou hiérarchiques de la consultation individuelle. Les professionnel·les disposent de plus de temps pour expliquer. Les échanges avec les participant·es permettent d’approfondir les informations, les questionner, les contextualiser. Les participant·es échangent également des expériences, des trucs et astuces plus adaptés à leurs contextes de vie. Enfin, c’est un espace de socialisation, de valorisation des savoirs et savoir-faire et de renforcement de compétences individuelles.      

Group care [12] propose par exemple une forme alternative de soins prénataux, composée de 10 séances collectives de deux heures destinées aux personnes enceintes et leur partenaire. Ces séances permettent de faire à la fois le suivi médical mais également d’échanger avec le groupe des connaissances et expériences. En favorisant la participation active, le processus soutient l’utilisation des informations par les personnes et leurs choix éclairés.  

Les ateliers sociolinguistiques [13] sont un autre exemple de renforcement collectif de l’exercice de la LS. Ils permettent d’appliquer l’apprentissage du français dans le parcours très concret de la périnatalité : acquisition du vocabulaire spécifique, prise de rendez-vous, remplissage de formulaire, visite de la maternité, etc.    

A l’agenda !
Cultures&Santé vous donne rendez-vous le 28 mai 2026 pour le Lis’Apero périnatalité : une rencontre conviviale autour de démarches innovantes dans l’accompagnement périnatal. L’équipe vous présentera la fiche Lisa 10.
Cette fiche synthétique propose des leviers concrets pour illustrer ces principes. Rendre les services et informations accessibles et utilisables par toutes et tous est une responsabilité partagée à différents échelons (politique, institutionnel, professionnel), ce qui nécessite les efforts coordonnés de chacun·e. 
Infos pratiques 
Quand ? Jeudi 28 mai 2026, de 15h30 à 18h30  
Où ? à Cultures&Santé, rue d’Anderlecht 148, 1000 Bruxelles. 
Plus d’info et inscriptions sur la page agenda de cultures-sante.be

fiche lisa 10 web
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Références :
[1] Morts-nés
[2] Claudia Schoenborn, Katia Castetbon, Myriam De Spiegelaere, Country of birth as a potential determinant of inadequate antenatal care use among women giving birth in Brussels. A cross-sectional study, PLoS ONE 17(4), 2022.
[3] Nadia Benahmed, Mélanie Lefèvre, Wendy Christiaens, et al., Vers un parcours prénatal intégré pour les grossesses à bas risque, Health Services Research, Bruxelles, Centre Fédéral d’Expertise des Soins de Santé, KCE Reports 326B, 2019.
[4] Les soins prénataux intégrés sont des soins délivrés par une équipe pluridisciplinaire qui collabore. Les parents sont accompagnés par un professionnel de santé de référence qui oriente au besoin vers les autres professionnels.
[5] Jiwon Kim, Alexander Heazell, Maya Whittaker, et al., Impact of health literacy on pregnancy outcomes in socioeconomically disadvantaged and ethnic minority populations: A scoping review, Int J Gynaecol Obstet, 168(1), 2025.
[6] Cécile Cazé, Pauline Jaouannet, Karen Assmann, et al., Agir en faveur de la littératie en santé en périnatalité en île-de-france : description des différents profils des femmes enceintes, Bull Epidemiol Hebd, (12), 207-15, 2025.
[7] Cultures&Santé, Parcours d’exil, procédures et violences institutionnelles, Rapport Table santé migrant·es, Bruxelles, 2021
[8] Jiwon Kim, idem
[9] Claudia Schoenborn, idem.
[10] Cultures&Santé, Cap littératie en santé organisationnelle, Bruxelles, 2025
[11] Vollemaan, Cultuursensitieve zwangerschapskoffer, Bruxelles, 2021
[12] Plus d’information sur la page Group Care Belgium – Groepszorg tijdens de zwangerschap
[13] A lire l’article paru en mai 2024 sur les ASLNaissance de liens intersectoriels autour de la périnatalité  – Éducation Santé

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L’enjeu du partage des savoirs en promotion de la santé 

Le 31 Mar 26

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La promotion de la santé est un champ en pleine expansion. Dans leur livre, sobrement intitulé « La promotion de la santé aujourd’hui », des chercheur.euses proposent un panorama inédit et des clés pour faire dialoguer les savoirs, apprivoiser la complexité et lutter contre l’injustice cognitive. 

Le domaine de la promotion de la santé est « en profonde mutation » estiment Didier Jourdan, Carole Faucher et Valérie Ivassenko, qui ont dirigé l’ouvrage “La promotion de la santé aujourd’hui. Pratiques sociales et partages de savoirs” (Editions de L’Harmattan 2025). Leurs réflexions sont issues d’un séminaire international coordonné par la Chaire UNESCO Éducations & Santé qui a réuni des chercheurs, praticiens, responsables institutionnels et acteurs communautaires de plusieurs continents. 

En introduction, les auteur.es rappellent que la promotion de la santé englobe un ensemble de pratiques sociales, « étiquetées comme promotion de la santé, prévention des maladies ou éducation à la santé ». Et sous ces étiquettes très modestes se cachent une ambition très politique : celle de transformer les milieux de vie et de renforcer le vivre-ensemble.  

Cet effort de transformation est multidimensionnel, dynamique et permanent car les pratiques de promotion de la santé « s’appuient sur des connaissances qui influencent et sont influencées par les comportements quotidiens des individus et des collectivités dans leur rapport à la santé et à ses déterminants. » Par conséquent « l’interaction entre théorie et pratique est constante ». Et toute intervention a un effet boomerang : « elle modifie le contexte social et reconfigure les interactions. En retour, ces dernières transforment à leur tour l’intervention initiale ».  

Le panorama n’est donc jamais figé. Et l’activité du secteur de la promotion de la santé s’apparente finalement davantage au fonctionnement des planètes en rotation gravitant au sein d’une galaxie dans un espace en expansion. 

Jongler entre les « faire » et les « savoir » 

Les pratiques de promotion de la santé sont mises en œuvre par une myriade d’acteurs, que les chercheur.euses décrivent comme quatre « faire » essentiels. 

  1. Le faire des individus et des populations. Il est ancré dans des cultures et des contextes sociaux – reflet d’une grande « diversité de savoirs ». 
  1. Le faire des intervenants : tant des professionnels, des militants, des organisations associatives, que des forums, coordinations, communautés. 
  1. Le faire des politiques et des institutions. Il englobe le « plaidoyer et le développement des politiques publiques aux échelons national, régional et local dans le domaine de la santé et de l’ensemble des secteurs ayant une action sur les déterminants de la santé ». 
  1. Le faire des « innovateurs », via la recherche et la production de recommandations et de protocoles.  

Mais ces « faire » s’entrechoquent souvent du fait de la hiérarchie des savoirs et de la prédominance du modèle biomédical, des rapports de pouvoir Nord/Sud, experts/profanes. Les auteur.es estiment que le sociologue portugais Boaventura de Sousa Santos est « sans doute » celui qui propose « l’approche la plus saine » pour tendre vers l’horizontalité des savoirs.  

Son approche se fonde sur la nécessité d’évoluer dans « un espace d’interconnaissance ». Car selon Santos, il n’existe ni connaissance, ni ignorance dans l’absolu : « Toute ignorance est ignorance d’un savoir particulier, et toute connaissance triomphe d’une ignorance particulière. Acquérir certains savoirs peut en faire oublier d’autres et, par conséquent, peut rendre ignorant de ces autres savoirs ». Ce que Santos qualifie de « monoculture des savoirs ». 

Il propose un « écologie des savoirs ». Elle vise à reconnaître l’existence de multiples formes de connaissances, à combattre la destruction des savoirs locaux (qualifié d’« épistémicide »), et à instaurer des espaces de traduction interculturelle. 

Agir dans la complexité : une approche systémique 

Plusieurs chapitres du livre évoquent plus particulièrement les interventions de promotion de la santé en milieu scolaire. Ainsi selon Chantal Vandoorne (chercheuse belge bien connue des lecteurs d’Education Santé), les écoles doivent être accompagnées comme des systèmes complexes, car les modèles linéaires sont inopérants face aux réalités du terrain. Le modèle inforgétique de Le Moigne, mobilisé en Belgique, illustre l’intérêt d’une approche centrée sur les processus plutôt que sur les seuls résultats. 

Le livre critique aussi l’hégémonie des « données probantes » biomédicales. Il met en garde contre une approche « trop strictement quantitative », car elle risque d’occulter les savoirs locaux, de dépolitiser l’action, de gommer les éléments de contexte, et peut-être même de renforcer des inégalités. 

Les auteur.es revendiquent une épistémologie plurielle, dans laquelle les données qualitatives, les récits de vie, les connaissances communautaires et les savoirs professionnels du terrain ont la même légitimité que les essais contrôlés randomisés dans la limite de leurs usages respectifs. 

Des promesses et du répit 

Enfin, le chapitre final est résolument tourné vers l’action. Les auteurs invitent à dépasser une “science des problèmes” centrée sur le diagnostic pour adopter une science des solutions fondée sur la co‑construction, l’interdisciplinarité et une éthique de la justice et de l’équité. 

La promotion de la santé y apparaît comme une démarche intrinsèquement politique. Les auteur.es proposent de bâtir une promotion de la santé plurielle, contextualisée, démocratique, fondée sur la justice cognitive et sociale.  

Ce livre est une lecture précieuse – qui offre un moment de répit dans la frénésie des échanges et des deadlines – pour celles et ceux qui s’interrogent sur l’avenir de la santé publique et sur la manière d’agir concrètement pour réduire les inégalités sociales de santé. 

Jourdan D., Faucher C., Ivassenko V., et al., La promotion de la santé aujourd’hui, Ed. L’Harmattan, 2025.

Le CePS organise un webinaire le 14 avril prochain autour du livre.

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Je vois, j’agis : l’empowerment en salle d’accouchement

Le 29 Jan 26

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Une coalition menée par des sages-femmes vient d’éditer le manuel pratique « Je vois, j’agis : intervenir en tant que témoin de violences obstétricales » et déploie aussi des formations ad hoc. L’objectif est de reposer le cadre légal, de créer un milieu plus favorable aux parturientes et de militer pour l’établissement d’une politique publique protectrice. 

Absence de consentement, manque de confidentialité, remarques déplacées, contention, épisiotomie imposée, voire agressions physiques, ces situations se déroulent parfois en salle d’accouchement. « Les violences gynécologiques et obstétricales sont très fréquentes, mais les personnes qui nuisent délibérément et volontairement aux femmes sont très rares », rappelle Myriam Ben Jattou, fondatrice de l’association Femmes de droit, le 2 décembre – lors du salon Tools for care  à la Haute école Vinci.

Si l’utilisation du terme « violence gynécologique obstétricale » (VGO) a émergé en Amérique Latine au début des années 2000, ce n’est qu’en 2014, que l’Organisation Mondiale de la Santé a dressé la liste des comportements considérés comme des violences gynécologiques et obstétricales. A partir de là, le sujet a percolé en Europe avec une déferlante de témoignages sur la plateforme Twitter (devenue X) sous les hashtags #PayeTonUterus, #genoeggezwegen et #payetongyneco. (Lire notre encadré)

L’impact des violences obstétricales

« On fait face à un problème de santé publique, décrit Svetlana Sholokhova, chargée de recherche en santé au Service d’études de la MC,lors d’un webinaire de présentation du manuel intitulé « Je vois, j’agis : intervenir en tant que témoin de violences obstétricales », le 8 octobre dernier.Les recherches internationales montrent l’impact important des violences obstétricales sur la qualité de vie post-partum et notamment sur la santé mentale, l’estime de soi, le risque de dépression et de troubles de stress post-partum. Il y a également un impact très important sur la santé physique des personnes qui accouchent, notamment un cas d’usage de force excessive ». Avec pour conséquences : la perte de confiance envers les professionnels de santé et le système de soins de santé en général, qui peut entraîner une réticence à consulter et un report des soins y compris ceux qui sont nécessaires à la santé de l’enfant.

close up of man holding wife hand for support during pushing to give childbirth

Par ailleurs, les violences substantielles ont aussi « un impact direct sur le bien-être des professionnels de santé », rappelle la chercheuse, qui faisait partie du comité de rédaction et a notamment co-rédigé la partie théorique du manuel. Être témoin de ces transgressions peut « contribuer au mal-être des soignants et constituer un risque important de burn out ».

Car le plus souvent, les soignants qui assistent à des actes violents, ne savent pas comment s’interposer pour protéger la patiente et garantir le respect de ses droits. Parfois des actes a priori bien intentionnés peuvent même être profondément transgressifs. « Reconnaître et nommer ces expériences est un premier pas vers la transformation des pratiques », décrit Charlotte Verdin, coordinatrice de la Plateforme citoyenne pour une naissance respectée (PCNR).

manuel je vois j'agis

Pour tenter de changer les choses, trois associations : la PCNR, Femmes et Santé et l’asbl Garance ont mobilisé une centaine de praticien.nes, usagères, représentant.es des institutions, universitaires et des pouvoirs publics. La réflexion, entamée fin 2018, vient d’aboutir à la publication en novembre de ce manuel pratique grâce au soutien financier de l’AVIQ et de la COCOF.

L’ouvrage est construit en deux parties : une partie théorique décrit les violences obstétricales dans leur contexte systémique (émergence du concept VGO, reconnaissance en Belgique, aspect juridique du respect des droits des patients), et une partie pratique présente quatre vignettes cliniques et des grilles d’action.

Briser la culture du silence

L’idée de créer un manuel naît en octobre 2018. Lors d’un congrès de l’Union professionnelle des sages-femmes belges, Alice Van D., qui exerce depuis 5 ans au CHU Saint-Pierre à Bruxelles comme sage-femme, interroge le panel. « Comment réagir si on observe un.e collègue effectuer un acte non médicalement nécessaire ou sans anesthésie ? Quelle est notre marge d’action ? Pour les étudiant.es sage-femmes c’est encore plus dur. Elles sont en bas de l’échelle hiérarchique ». Une intervenante conseille : « Tu peux tenir la main de la femme et lui signifier ta présence… ».

Effarée par cette réponse qui lui paraît insuffisante, la jeune femme se rapproche de Fabienne Richard, alors sage-femme et membre de la PCNR, qui a assisté à l’échange. Elle lui propose de contacter l’asbl Garance qui est à l’époque en train d’élaborer un guide d’auto-défense féministe grand public que les femmes peuvent utiliser lors des consultations en santé sexuelle et reproductive (« Zones à défendre » paru en 2020). Très rapidement, elles envisagent de l’adapter aux besoins des professionnel.les témoins.

Une dynamique participative pour identifier les obstacles

La dynamique se met alors en branle, avec la mise en place d’un comité de pilotage qui décide d’objectiver la situation des violences obstétricales en Belgique, encore peu connue. Le comité met sur pied quatre focus groups, deux en intra-muros dans des structures hospitalières en région wallonne et deux en extra muros, dont un en haute école. « On n’entre pas si facilement dans un hôpital avec une telle thématique. Il faut être recommandé pour ouvrir la discussion, et qu’il y ait déjà une forme d’adhésion au sein des équipes mêlant sage-femmes, gynécologues, psychologues, anesthésistes et obstétriciens », reconnaît Charlotte Verdin. Les réunions duraient 2 à 3h, « c’était des moments assez intenses et intensifs ».

Des échanges menés en parallèle auprès d’élèves sage-femmes ont permis de dresser un constat saisissant. « Les étudiantes sages-femmes sont formées sur les VGO tout au long des 4 années au travers des cours de droit, d’éthique, de bioéthique et de déontologie » décrit Célinie Mathot, enseignante en Haute Ecole qui participait au webinaire de présentation. Par exemple : « Quand est-ce qu’un toucher vaginal est vraiment utile ? Comment favoriser l’empowerment des patientes ? ». Mais le passage de la théorie à la pratique s’avère périlleux. « Elles arrivent en stage avec une grande sensibilité et c’est là que ça se complique. Une de nos étudiantes a encore vu un Kristeller cette semaine (NDLR : manœuvre qui consiste à appuyer sur le ventre lors de la phase d’expulsion). Alors qu’on sait que c’est interdit. Elle a bien réagi parce que finalement elle posé la question à la sage-femme : « mais c’est pas interdit le Kristeller ? La sage-femme a voulu noyer le poisson. Mais une troisième a confirmé que la manœuvre était interdite et inadaptée à la situation ».

Braver la résignation et la loyauté

Les focus groups ont permis de constater qu’il n’existe pas de grand écart dans la perception des actes qui font violence, mais qu’en revanche, il existe un fossé entre les générations. « Plus le praticien exerce depuis longtemps, plus il a du mal à utiliser le terme « violence ». C’est comme s’il y avait une adhésion à la structure et au système de soins, mêlant résignation, loyauté et sentiment d’appartenance. A tel point que les soignants aguerris qui travaillent en milieu hospitalier ne peuvent pas imaginer que ça puisse se passer autrement », ajoute Charlotte Verdin.

mother and newborn. child birth in maternity hospital. young mom hugging her newborn baby after delivery. woman giving birth.

Les personnels extrahospitaliers qui travaillent notamment en maison de naissance font exception à cette tendance, car ils ont pu être témoin d’autres manières de faire, et ont parfois réussi à faire évoluer leur pratique. « Ce n’est pas facile pour les soignants d’admettre qu’il y a des VGO, du fait de l’usure professionnelle et d’une sorte d’habituation, pour cela, il faut qu’ils laissent leur blouse au vestiaire », souligne-t-elle.

Le terme « violence » est vraiment très difficile à intégrer pour les professionnels de la santé qui ne font pas leur métier pour violenter les gens, au contraire », confirme Charline Marbaix, médecine généraliste lors du webinaire. Malgré tout, elle relève des « pratiques d’apprentissage malheureuses » dans les filières de médecine, qui peuvent provoquer un dégoût de l’exercice du métier. « On propose à des étudiants et étudiantes de faire des touchers vaginaux sur des femmes endormies, pour apprendre. Mais qu’est-ce qu’on apprend en fait à ce moment-là ? Que c’est OK de de faire un toucher vaginal à une personne endormie ? » alerte-t-elle.

Le système des drapeaux

Les échanges en focus group ont aussi permis d’identifier une trentaine de situations de transgression. Pour une question de lisibilité et d’accès au plus grand nombre, les auteur.rices ont développé quatre situations dans la partie pratique : un refus d’acte (prise d’antibiotique par rapport au streptocoque B), l’accueil en salle d’accouchement, la prise en charge de la douleur et la contrainte physique (toucher vaginal).

Chaque vignette comprend une description succincte de la situation clinique, puis l’analyse selon 6 critères d’un système de drapeaux (« flag system ») inspiré d’un outil développé en Flandre par Sensoa, le Centre flamand d’expertise sur la santé sexuelle. Les drapeaux donnent des repères pour apprécier le niveau de gravité d’une situation. « C’est une observation pluridisciplinaire de la situation, qui permet de lisser les rapports de pouvoir liés à la détention des savoirs et de remettre la femme qui accouche et son travail au centre » précise Charlotte Verdin.

Il existe quatre couleurs de drapeaux.

  • Vert : tout va bien.
  • Jaune : quelque chose cloche, un petit problème.
  • Rouge : problème grave.
  • Bleu : très grave, pouvant justifier une plainte.

La difficile position du témoin

« Sur base de la gravité identifiée, on peut décider d’agir, soit sur le moment, soit a posteriori. Ce n’est pas toujours possible d’intervenir immédiatement, parfois on n’a pas la position ou la présence d’esprit pour le faire. Et c’est normal, on n’est pas des super-héros », précise Dorothée Van Avermaet de l’asbl Garance.

Pour chaque situation, les auteurs.rices proposent des modes d’intervention et des alternatives à la confrontation directe qui pourrait mener à des représailles. « On peut intervenir sans forcément dire à la personne ce qui ne va pas, mais en valorisant ce qu’elle fait bien et en espérant un changement de comportement », précise-t-elle.

1. Visibiliser : poser une question qui parait un peu naïve pour déminer le terrain. Cela consiste à rendre visible ce qui se passe, en posant une question d’éclaircissement, parfois naïve. « Ah bon, on peut faire ça ? », « Ce n’est pas ce qu’on m’a appris à l’école… »
Avantage : accessible même quand on est peu légitime hiérarchiquement.
Inconvénient : inefficace si la personne visée n’est pas prête à se remettre en question.

2. Interrompre le comportement de façon plus ou moins subtile pour détourner l’attention, demander un ralentissement, arrêter un geste, soupirer ou manifester un malaise.
Avantage : met la personne concernée en sécurité.
Inconvénient : ne règle pas le problème de fond.

3. Trianguler pour impliquer une tierce personne dans l’intervention :

  • la patiente : lui poser des questions (« Madame, est-ce que vous avez mal ? »), lui expliquer ce qui se passe, ou décrire ce qui va arriver.
  • un autre professionnel : demander des éclaircissements à une autre personne présente.
  • la hiérarchie : solliciter un cadre ou une autorité.

Cette approche permet de visibiliser la situation sans être seul à intervenir.

4. Confronter : c’est l’approche la plus directe et souvent la plus efficace, mais aussi la plus risquée. Elle consiste à nommer clairement le problème. Attention : elle peut entraîner des représailles, à utiliser avec prudence.

Enfin, le manuel insiste sur l’importance de créer des espaces de debriefing et de médiation avec des patientes expertes, ou a minima un référent qui comprenne et forme – idéalement par équipe complète – au flag system, ce qui permettrait d’apporter des réponses plus collectives et plus structurelles.

Pour aller plus loin :

– le manuel « Je vois, j’agis : intervenir en tant que témoin des violences obstétricales« . Il est téléchargeable en ligne ou disponible sur commande en format papier.

– Un module de formation pensé sur 2 jours s’adresse aux équipes et aux professionnels de la périnatalité au sens large. Il combine théorie, mise en situation et réflexion collective. Une trentaine de professionnels ont participé aux deux premières sessions qui se sont déroulées à Namur et Bruxelles.
La prochaine formation aura lieu les 6 et 13 mars 2026 à Liège

Les VGO en Belgique : longtemps taboues et niées

En février 2024, le Sénat belge publiait 89 recommandations pour lutter contre les VGO. Dans une enquête menée en 2021 auprès de 4200 femmes en Wallonie et à Bruxelles par la Plateforme citoyenne pour une naissance respectée, 41% rapportaient au moins un acte de violence en maternité. La forme la plus courante de violence rapportée sont les soins non consentis. Dans 62% des cas, l’acte médical n’est pas expliqué, dans 49% des cas le consentement n’était pas demandé. Une femme sur trois évoque une manœuvre de Kristeller.Une femme sur cinq témoigne d’un manque d’accès à l’analgésie, de cris et réprimandes de la part du personnel, de demandes d’aide ignorées.

Dans cet échantillon, les femmes issues de minorités ethniques ou ayant un niveau d’éducation plus faible sont largement plus exposées aux VGO. « Les violences gynécologiques et obstétricales se trouvent à la jonction des violences institutionnelles et des violences de genre, précise Svetlana Sholokhova, chargée d’études à la MC. Elles sont liées au fonctionnement du système de soins de santé, au manque de personnel, aux conditions de travail qui sont difficiles et stressantes, aux relations de pouvoir entre les différentes disciplines du corps médical ou aux lacunes de formation. Les violences obstétricales, c’est une facette des violences de genre que les femmes subissent dans ce système de soins très androcentré ».

Source : Rapport d’information concernant le droit à l’autodétermination corporelle et la lutte contre les violences obstétricales, Sénat de Belgique, 15 janvier 2024.

Mon assiette en couleurs : quand la pyramide alimentaire s’adapte aux réalités de vie

Le 30 Sep 25

Publié dans la catégorie :

Comment transmettre les notions d’équilibre alimentaire à celles et ceux dont les ressources sont précaires, l’accès à l’alimentation limité, et les repères éducatifs parfois flous ?

Ashley Puiatti et Nancy Peltier sont chargées de projets au Centre Local de Promotion de la Santé de Charleroi-Thuin.

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C’est à partir de cette question qu’est né Mon assiette en couleurs : un outil pédagogique visuel, ludique et modulable, co-construit par un large réseau de partenaires de terrain, sous l’impulsion du CLPS de Charleroi-Thuin. L’objectif est d’identifier ce qu’on met dans son assiette, comment, à quelle heure et pourquoi. La discussion doit permettre de rendre les messages nutritionnels plus concrets, accessibles et de s’assurer qu’ils sont ancrés dans les réalités des publics fragilisés.

Un outil pensé pour les publics en situation de fragilité alimentaire

Malgré sa notoriété en éducation nutritionnelle, la pyramide alimentaire reste difficile à mobiliser auprès de certains publics. Trop théorique, trop abstraite, trop éloignée du vécu, elle peut perdre de sa pertinence dans des contextes marqués par la précarité, la diversité des habitudes ou des parcours de vie complexes.

Lors de la construction de l’outil, de nombreux professionnels ont fait part de leur étonnement. Il s’agissait parfois d’incompréhension : “Un de mes patients pensait que la pyramide correspondait à l’ordre dans lequel on doit manger les aliments”, de méconnaissance : « On a des parents qui sont convaincus que c’est bon de donner du soda aux enfants tous les jours » ou d’impuissance : « Quand on n’a pas de logement et qu’on dépend de l’aide alimentaire, l’essentiel c’est de manger, et l’équilibre alimentaire est bien loin derrière ».

Mon assiette en couleurs s’inscrit dans une approche globale de la santé, en lien avec les déterminants sociaux, permettant ainsi de prendre en compte la diversité des réalités de vie. Cela permet d’adapter ces recommandations aux adultes, familles et adolescent·es en situation de fragilité alimentaire — c’est-à-dire exposé·es à des facteurs de risque pouvant compromettre l’accès à une alimentation suffisante, équilibrée et saine.

Ludique, adaptable, engageant : un support visuel et participatif

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Cet outil se distingue par son format participatif et modulaire. Il repose sur des supports téléchargeables, colorés et manipulables : pyramide simplifiée, cartes-aliments, plateaux-repas, cartes d’activités physiques, horloges-assiettes, etc.

L’animation de ces supports en ateliers collectifs, entretiens individuels, stands, etc. n’a pas pour but de « corriger » des comportements, mais de créer un espace de dialogue autour des vécus liés à l’alimentation.

Mon assiette en couleurs vise les objectifs suivants :

  • comprendre les bases d’une alimentation saine et équilibrée au quotidien, y compris la place de l’activité physique qui constitue la base même de la pyramide alimentaire ;
  • savoir composer une assiette équilibrée de saison, adaptée à son mode de vie ;
  • faire des choix alimentaires sains, durables et adaptés à son quotidien ;
  • comprendre les proportions recommandées pour chaque groupe d’aliments.

Renforcer la littératie alimentaire

Au-delà de l’éducation nutritionnelle, cet outil cherche à renforcer la littératie alimentaire, la capacité des individus à faire des choix alimentaires sains dans différents contextes et situations.

Comme le précise Sciensano dans son enquête alimentaire 2022-2023, la littératie alimentaire englobe les connaissances, les compétences et l’évaluation des informations sur une alimentation favorable à la santé, ainsi que la capacité à planifier, sélectionner, acheter, préparer et consommer des aliments favorables à la santé.

Avec cet outil, l’objectif est de dépasser les injonctions culpabilisantes, renforcer l’autonomie dans les choix quotidiens pour aller vers une alimentation réaliste et appropriée.

Le dossier pédagogique de Mon Assiette en Couleur détaille sur 52 pages le matériel téléchargeable gratuitement (à la demande). Il présente aussi avec beaucoup de clarté différents types d’animation à mettre en place autour de l’Horloge-Assiette, d’un buffet ou d’un stand. Celles-ci permettent d’introduire les principes de l’alimentation durable et des représentations de référence, comme l’épi alimentaire, auquel s’ajoute un tableau synthétique d’une page, qui récapitule de manière limpide les apports nutritionnels de chaque catégorie : eau, fruits et légumes, féculents, etc…

Un outil intersectoriel au croisement de plusieurs missions

La création de Mon assiette en couleurs a débuté en janvier 2023, avec l’ambition de co-construire un support réellement adapté aux besoins du terrain, dans un processus de création continue. Pour ce faire, des partenaires issus de secteurs variés ont été associés à la réflexion : santé physique, mentale, sociale et environnementale. Chaque institution-partenaire s’est engagée activement de janvier 2023 à juin 2025. Cela a contribué à renforcer le réseau et à faire émerger une dynamique collective.

De nombreux outils existants sur la thématique de l’alimentation ont été analysés lors de ces rencontres. Ce qui a permis d’identifier les éléments manquants qui pourraient composer notre outil. LudoVortex a également été utilisé afin de structurer et ajuster la démarche de réflexion autour des composants du futur outil pédagogique pour un levier contre les inégalités sociales de santé.

Plus d’une vingtaine de pré-tests menés auprès de publics variés (adultes, adolescents en autonomie, familles, adultes porteurs de handicap, etc.) ont permis d’affiner à la fois le contenu et la forme, pour proposer un outil au plus près des réalités du terrain et des attentes des utilisateurs.

Soi-même, quand on se retrouve devant la pyramide vierge, on est un peu perdu. Par exemple, on va avoir envie de placer le pain au chocolat, dans les féculents, alors qu’il appartient à la catégorie des produit non indispensables situé dans le sommet décapité, avec la charcuterie et les chips. Ça provoque souvent de l’étonnement et de la frustration. La confiture aussi est souvent rangée dans les fruits – alors qu’elle est dans la pointe !

Les ateliers avec les aides-familiales ont permis de manipuler l’horloge assiette pour travailler les déterminants qui influencent les prises alimentaires.  Toutes mangeaient dans leur voiture à midi – car leur timing d’intervention auprès des bénéficiaires et usagers est très serré. C’était intéressant pour leur propre prise de conscience, mais comme elles n’ont pas trop le choix, ni la latitude pour faire évoluer leurs conditions de travail, il est important que l’animateur le prenne en considération.

Plus qu’un outil

Mon assiette en couleurs illustre comment un support simple, visuel peut répondre à des enjeux complexes de santé publique et de lutte contre les inégalités sociales. En partant du vécu des personnes, il permet d’aborder l’alimentation avec bienveillance, sans jugement, et dans le respect de chacun·e.

Une foire aux questions favorise les échanges autour de l’outil, n’hésitez pas à vous en emparer ! Il a été conçu pour répondre aux questions fréquemment posées lors des animations. Ce document se veut évolutif. Afin qu’il puisse être alimenté au fil des retours de terrain et des échanges avec les participants·es, nous vous invitons à nous transmettre vos propres suggestions/questions afin de contribuer à son amélioration.

Le projet a été initié par le Centre Local de Promotion de la Santé de Charleroi-Thuin (CLPSCT) en collaboration avec de nombreux partenaires : La Maison de l’Alimentation Durable (MAD) de Charleroi Métropole, Espace Environnement asbl, la Mutualité Chrétienne, Solidaris Promo-Santé, Aide & Soins à Domicile Hainaut Oriental (ASDHO), la Maison Médicale Espace-Temps, la Maison Médicale La Brèche, Comme Chez Nous asbl, Le Rebond – Service d’Accompagnement Socio-Éducatif, ASIS Les Projets Brasiers, La Chrysalide – logements supervisés, le SES – Service Éducation Santé, et V.R.A.C Charleroi Métropole (Vers un Réseau d’Achat en Commun).

Pour plus d’informations:
clpsct.org/nos-realisations/mon-assiette-en-couleurs/
– Retrouvez le dossier pédagogique sur :clpsct.org/wp-content/uploads/2025/06/Dossier-peda-Pyramide-1.pdf
L’envoi d’un mail à la coordination permet de télécharger l’ensemble des supports
La nouvelle pyramide alimentaire : de la santé à la durabilité – Manger Demain 

Faciliter les choix alimentaires sains


Selon Sciensano, seuls 7 % des adultes mangent suffisamment de légumes et 10 % à peine mangent assez de fruits, selon les résultats de l’Enquête de consommation alimentaire publiés en juin dernier. De même, les Belges consomment trop peu de fruits à coque (idéalement 20 à 30g par jour), de légumineuses (plusieurs fois par semaine), de produits laitiers (250-500 g par jour) et de poisson (200 g par semaine). “Les évolutions positives depuis la dernière enquête sont malheureusement peu nombreuses, affirme Nicolas Berger, responsable de l’étude. Depuis notre enquête précédente en 2014-2015, les Belges boivent en moyenne plus d’eau et ils mangent plus de légumes mais cela reste insuffisant. La consommation de viande rouge transformée telle que la charcuterie est inquiétante et la consommation d’alcool et de boissons sucrées devrait également être fortement réduite”.

Ces résultats soulignent la nécessité de faciliter les choix alimentaires sains selon souligne l’institut. “La création d’un environnement dans lequel une alimentation saine est la solution la plus simple doit occuper une place centrale dans la politique de santé publique, affirme Nicolas Berger. Pensons par exemple à des mesures telles que rendre les produits sains plus abordables, procéder à un meilleur étiquetage et prévoir une réglementation plus stricte du marketing alimentaire”, conclut-il. Il est également important de continuer à miser sur l’éducation et la prévention. Des initiatives existent déjà, comme des cours sur l’alimentation saine dans les écoles ou des campagnes de sensibilisation, mais il est encore possible de les renforcer et de les élargir. « De cette façon, les citoyens reçoivent non seulement le soutien de leur environnement pour manger plus sainement, mais apprennent également à faire eux-mêmes des choix alimentaires plus judicieux et plus conscients« .

Retrouver le détail des résultats sur ce lien.

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L’interculturalité dans les soins aux personnes âgées

Le 1 Sep 25

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La thématique de l’interculturalité dans les soins vous intéresse ? Le RESO vous invite à une présentation d’ouvrage et vous propose une sélection de ressources.
 
Le mardi 14 octobre de 12h30 à 13h45, le RESO vous invite à la présentation du livre ‘Cultures et valeurs dans l’univers du soin, D’une logique de la différence à une logique d’ouverture’ de Lise Michaux.
Ce livre paru en 2015 étudie la réalité plurielle des valeurs et cultures qui imprègnent l’univers du soin et vise à une prise de conscience collective. La présentation de cet ouvrage a pour but de vous inspirer et de nourrir votre pratique professionnelle.
La présentation aura lieu en ligne et sera suivie d’un moment de discussion. 
Inscription via la page bit.ly/3TzygDL ou en scannant ce QR code.
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 Le RESO a aussi réalisé une sélection de ressources documentaires afin d’alimenter la réflexion sur la thématique de l’interculturalité dans les soins aux personnes âgées à domicile. N’hésitez pas à piocher dans ces ouvrages de références.
 
Cette sélection visait à l’origine à outiller le CLPS du Brabant wallon et ses partenaires locaux, qui ont entamé une ré­flexion sur cette thématique après les travaux du collectif GT Vieillir hors des clous.
 

Carlsson, H. P. M. (2022). Caring for older migrants in Dutch cities: A study of responsiveness to diversity in aged care practices in times of post-multiculturalism and localism (Doctoral dissertation). Universiteit Nijmegen. 
 
Claeys, A. (2024). Culturally sensitive care: Perceptions, challenges, and educational strategies (Doctoral dissertation). Vrije Universiteit Brussel. 
 
Cultures&Santé asbl. (2018). Relation soignant-soigné en contexte multiculturel (N°9). 
 
Demirkapu, H. (2024). Advance care planning perspectives of older adults and their family members with Turkish and Moroccan backgrounds in Belgium (Doctoral dissertation). Vrije Universiteit Brussel. 
 
Fondation Roi Baudouin. (2024). Culture et soins aux personnes âgées : soutien à 26 projets qui renforcent la collaboration entre les deux secteurs
 
Frisone, G., & Couilliot, M.-F. (2018). Le bien-vieillir et les immigrés en Seine-Saint-Denis : Les pistes d’une enquêteRetraite et société, 80(2), 35–55.
 
Laquerre, M-E. (2015). Travailler en soutien à domicile dans un contexte pluriethnique. Quand faire, c’est être. Presses de l’Université du Québec. Santé et Société. 346p.
 
Lui, T. (2021). « Faire société » : récit d’une expérience associative de personnes âgées d’origine chinoise à Paris Migrations Société, 183(1), 127-141
 
Mbengono, L. J. O., & Metende, U. (2022). Regards croisés sur l’épreuve du vieillir : Une perspective interculturelleInternational Journal on Integrated Education, 5(3), 169–182. 
 
Ngatcha-Ribert, L. (2015). Migrants âgés et maladie d’Alzheimer : Cultures, diversités, identitésHommes & Migrations, 1309(1), 79–85. 
 
Observatoire romand du droit d’asile et des étrangers-ères. (2024). Vieillir en Suisse en tant qu’étranger-ère. Portraits et enjeux (48 pages). 
 
O’Deyé, A., Berot-Inard, T., Joseph, V., & Brenon, G. (2017). Travailleurs migrants âgés en foyer : La prise en compte des situations d’interculturalité pour lutter contre la vulnérabilité en santéPopulations vulnérables, 2017(3). 
 
Piolait, J. (2016). L’action pour la santé en contexte multiculturel. Cultures & Santé. 42p. 
 
Sophie, C. (2014). Enjeux de la diversité culturelle dans l’interaction entre résidents migrants et professionnels de l’accompagnement : Le problème de la suradaptation des résidents migrantsBulletin de psychologie, 534(6), 435–446. 

Verrept, H., & Coune, I. (2016). Guide pour la médiation interculturelle dans les soins de santé. Service public fédéral. 52p.
 
Wolff, V., & Jovelin, E. (2015). L’accompagnement social et sanitaire des personnes âgées immigréesHommes & Migrations, 1309(1), 97–104. 
 
Wolff, V. (2016). La rencontre entre le soignant et le patient âgé immigré : Un éclairage sur trois chocs culturels usuelsVie sociale, 16(4), 161–176.  

Pour consulter la base de données documentaires DOCTES ou s’abonner à la newsletter trimestrielle, contactez le RESO.

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Stand up : « Plus show que le climat »

Le 5 Mai 25

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Foutu.es pour foutu.es, si on chauffait des salles avec une bonne énergie ? C’est le pari d’un groupe de 18-30 ans qui a créé un spectacle humoristique sur l’environnement baptisé « Plus show que le climat » porté par l’asbl Empreintes.

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Depuis trois ans, une joyeuse troupe se réunit à échéances régulières pour créer un numéro humoristique. Chacun.e part de sa propre expérience et de ses questionnements pour proposer un sketch, un texte de stand up, une chronique, un conte ou une chanson drolatique. Ils sont ensuite rassemblés en un véritable show !

Le projet est né en 2022, dans le cadre de l’organisation des 40 ans de l’asbl Empreintes, de la rencontre entre des volontaires qui voulaient s’impliquer de façon inédite, personnelle et artistique et l’écrivain et humoriste Aurélien Rigolet. Celui-ci avait pris contact avec Empreintes pour participer aux activités de l’association, découvrir la thématique et le milieu de l’éducation relative à l’environnement (ErE) afin de créer un spectacle jeunesse et humoristique sur le sujet.

Il résulte de la conviction commune des jeunes et de l’artiste que l’écriture et l’humour peuvent nourrir les pratiques de l’éducation relative à l’environnement et à la transition, et qu’ils peuvent être un outil de sensibilisation à destination d’autres jeunes. L’expression artistique est un médium de création, de partage et de réflexion qui donne un regard neuf sur les enjeux d’aujourd’hui en passant par le plaisir et l’expérimentation. Cette démarche a aussi un intérêt tout particulier en réponse au phénomène croissant d’éco-anxiété chez les jeunes. L’intention est donc de mêler l’écriture et l’humour aux réflexions sur l’environnement et la transition écologique avec les jeunes. Une part est également donnée à la création collective, certains sketchs sont écrits à plusieurs.

Les retours des jeunes confortent Empreintes dans la pertinence de diversifier ses activités à travers ce type d’approche complémentaire, créative et artistique. Tout cela contribue à renforcer le pouvoir d’agir face à des enjeux qui nous concernent toutes et tous.

En 2025, neuf jeunes se sont lancé·es dans l’aventure aux côtés d’Aurélien. Ils et elles sont montés sur scène à Namur le 12 avril, à Bruxelles le 16, et reviennent le 23 mai à Namur.
Inscriptions : daisy@empreintes.be. 

Eduquer à l’environnement : Empreintes ASBL donne des clés

Pour aborder les enjeux climatiques[1] avec des jeunes, pas besoin d’être un·e expert·e en climatologie ! Empreintes a mis au point une formation dédiée « Quelle éducation face aux enjeux climatiques ? » avec un dossier pédagogique gratuit. Il répond aux nombreux questionnements que se posent les profesionnel.les :

  • Comment s’y prendre ?  
  • Comment ne pas tomber dans la sinistrose tout en laissant la place à l’expression des émotions ?
  • Comment intégrer la complexité et le caractère systémique des enjeux climatiques dans les séquences d’animation ou de cours ?
  • Comment ouvrir les imaginaires pour esquisser un futur désirable ?
  • Comment inviter au décloisonnement des matières et des disciplines ?
  • Comment intéresser les jeunes quand certain·es d’entre elleux ont le sentiment qu’on les bassine avec le sujet ?
  • Comment outiller les éducateurices pour qu’iels se sentent moins démuni·es ?

Le dossier pédagogique a d’abord été conçu comme un ensemble d’activités destinées à accompagner le jeu Citymagine réédité en 2024 (Retrouvez sur Education Santé l’article dédié à la nouvelle édition revue et augmentée de Citymagine).

Les activités ont été testées dans le cadre du projet « La Voix du Climat », avec un public varié de jeunes, dans des contextes scolaires et extrascolaires. Il est possible de s’intéresser (et d’intéresser) aux changements climatiques[2] et à leurs conséquences en entrant dans le thème en mêlant les expériences scientifiques, les récits, l’imaginaire, le débat d’idée, la discussion philo, les émotions, la découverte du quartier…

Les activités proposées peuvent ainsi faire échos à différentes disciplines enseignées dans les écoles et prendre place dans des animations extra-scolaires, ce qui donne l’opportunité d’une collaboration entre animateur·rices en dehors ou dans le cadre scolaire ou entre enseignant·es de différentes disciplines travaillant dans une même école et, pourquoi pas, de là, déboucher sur la mise en place d’un projet commun au sein d’une école ou d’un quartier.

La méthodologie proposée par Empreintes est active, participative, ludique et créative. Une place privilégiée est consacrée à l’expression et à l’apaisement des émotions ainsi qu’à l’écriture de récits comme leviers d’émancipation individuelle et collective.

[1] Pour Empreintes, les mots « enjeux climatiques » recouvrent de nombreuses réalités qui sont trop souvent abordées isolément mais dont les racines s’enfoncent dans le même terreau. Les crises multiples qui s’enroulent de manière complexe et systémique autour du terme « climat » touchent autant à la chute de la biodiversité et au lien au vivant qui est à reconstruire, qu’aux dominations sociales, coloniales ou de genre.

[2] Empreintes fait le choix d’utiliser le terme « changements climatiques », au pluriel, parce qu’il permet d’inclure la multiplicité des impacts du réchauffement global de la planète.

Pour en savoir plus :
– La formation est proposée au cours de l’année scolaire (2025-2026) notamment, pour les enseignant·es, via le programme de formation continue de l’IFPC, mais aussi pour d’autres publics via le site d’Empreintes

Pour connaître les prochaines dates de formation proposées par Empreintes, complétez le formulaire en ligne.

– Le dossier pédagogique téléchargeable gratuitement

– Le jeu Citymagine réédité en 2024

Un kit d’animation pour sensibiliser aux perturbateurs endocriniens

Le 5 Mai 25

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Créer des messages clairs et outiller le grand public pour que chacun.e puisse diminuer son exposition aux polluants. C’est le but du jeu “Perturbateurs endocriniens sous la loupe”.

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Espace Environnement, une asbl généraliste basée à Charleroi, a créé un kit d’animation pour sensibiliser aux produits chimiques qui perturbent le système hormonal. Le but de ce jeu baptisé “Perturbateurs endocriniens sous la loupe” est de traquer les polluants dans différentes pièces de l’habitat. Il est adaptatif et modulable, se joue en plateau ou en ligne, en fonction du public utilisateur et donne des pistes de solution pour réduire ses expositions.

“ L’objectif est d’aborder de manière ludique la question des petites doses, ces substances auxquelles on est exposé en permanence, car on baigne dans une espèce de smog chimique, physique, biologique qui peut avoir ou non un impact sur la santé” explique Etienne Delooz, responsable de projet d’Espace Environnement.

Une collaboration avec les CLPS a permis d’identifier plusieurs besoins : celui du grand public qui cherche des informations directement accessibles et compréhensibles et des professionnel.les qui ont besoin d’un outil d’éducation pour les personnes peu à l’aise avec des questions scientifiques ou environnementales. Pour répondre à ces besoins, le projet se décline donc sous la forme d’un site Internet et d’un jeu qui voient le jour en 2022 grâce à un financement de la région wallonne.

Le jeu se compose d’un plateau avec une maison, un ensemble de trois jeux de cartes : des cartes sources, des cartes polluants, des cartes solutions et un livret explicatif. Un site internet reprend toutes les informations issues du guide d’animation et donne des conseils pratiques pour réduire ses expositions.

Balayer large au niveau de perturbateurs

On n’entre pas forcément dans le détail des molécules, car il y en a tellement. Sur 80 000 molécules, 800 sont cancérogènes avérées et 8000 dont l’effet sur la santé est pour ainsi dire inconnu” précise Etienne Delooz. Le jeu cite la famille des PFAS, ces polluants « éternels », de la famille des per- et polyfluoroalkylées, qui contaminent les eaux, les sols et les êtres vivants, et leur accumulation dans l’organisme peut entraîner des problèmes de santé.  

Toutefois, Espace Environnement n’insiste pas sur les PFAS en particulier, car elle préfère balayer large au niveau des perturbateurs. L’idée est d’éduquer au principe de précaution sur les cosmétiques, les ustensiles de cuisine, les peintures naturelles et les produits ménagers.

Dans les animations, je peux rencontrer des personnes qui ne boivent plus l’eau du robinet à cause des PFAS, mais elles ne se rendent pas compte qu’elles utilisent des poêles antiadhésives avec du Teflon” explique Yasmina Atif, responsable de projet chez Espace Environnement. “On n’est pas là pour juger pour fustiger les bons et les mauvais comportements, sinon les personnes se refermeraient comme des huîtres, on est là pour discuter et in fine voir comment on peut faire évoluer certains comportements qu’elles pensaient bons pour leurs familles, pour leurs enfants”.

L’ASBL était présente au festival Imagésanté à Liège fin mars, où elle a animé 5 ateliers jeu et au Printemps des Sciences de Louvain-la-Neuve dont la thématique de l’année était l’eau. Espace Environnement répond aussi à des demandes ponctuelles pour différents publics : communes, associations, particuliers, professionnels de la santé et de l’action sociale de première ligne…

Espace Environnement participe à des réunions du comité fédéral du Plan Environnement Santé pour les perturbateurs endocriniens (NAPED) dont la dernière campagne est destinée aux femmes enceintes (lire notre article Perturbateurs endocriniens : des experts du vécu en pauvreté aident les autorités à communiquer). La prochaine campagne s’adressera aux adolescent.es d’ici 2026.

Pour aller plus loin
– Le site sante-habitat.be.
– Un site de référence pour trouver des informations générales sur les perturbateurs endocriniens et la manière dont ils influencent notre santé.
– Des informations détaillées sur quelques polluants passés sous la loupe.
– Des conseils pour réduire son exposition.
– La bibliothèque de ressources.
Vous souhaitez faire découvrir les perturbateurs endocriniens à vos publics (écoles, CPAS, maison de quartier, maison médicale…) ? Contactez Espace Environnement.
Chaine Youtube de l’Espace environnement : des vidéos sur l’importance de l’aération) et sur le phénomène de condensation qui provoque des moisissures.

Déjà 9500 signatures pour la pétition contre les PFAS

Une pétition initiée par Canopéa, la fédération des associations environnementales belges, demande aux décideurs de soutenir l’interdiction des PFAS au niveau européen, tout en travaillant sur un plan national de substitution efficace dans les produits de consommation.

Retrouvez l’article complet de Canopéa : PFAS – Etat des lieux et recommandations

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Citymagine : nouvelle édition du jeu sur l’effondrement

Le 14 Avr 25

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Comment aborder la question de l’effondrement de manière positive et active avec des jeunes? C’est l’objectif de ce jeu de plateau imaginé par l’asbl Empreintes, revu et augmenté en 2024.

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Les questions de l’effondrement, de la transition et de la résilience sont de plus en plus présentes dans notre quotidien. Empreintes propose une nouvelle édition de cet outil pédagogique, revu en fonction des retours d’utilisateurs, pour aborder ces questions avec les jeunes.

Pensé pour un public dès 14 ans, ce jeu de plateau invite les joueur·euses à imaginer la ville de demain en devenant acteur·rices de leur environnement. Citymagine est un jeu de plateau original et coopératif rassemblant de 6 à 24 joueur·euses réparti·es dans 6 équipes. Chacune est chargée de la gestion d’un des six quartiers de la ville et confrontée aux problématiques urbaines (mobilité, approvisionnement, pollution, promiscuité –absence de liens sociaux).

Les joueur·euses doivent mener une réflexion sur leurs modes de consommations, sur le projet de société qu’iels souhaitent développer et sur d’autres manières de vivre. En partant d’initiatives citoyennes existantes et à construire, la partie avance vers une ville nouvelle !

Aborder la question de l’effondrement de façon positive et active

La question de l’effondrement fait peur. Cependant, il s’agit ici d’envisager la question sous une forme positive. Le jeu aborde la question par l’action et non la résignation : il invite les participant·e·s à devenir acteur·rice du changement et acteur·rice de leur environnement.

Le jeu « Citymagine   » peut être suivi ou précédé d’une découverte des initiatives présentes dans le quartier (voir Fiche 8 «Dans mon quartier » du dossier pédagogique téléchargeable gratuitement). Il est souvent pertinent de recueillir les émotions de participant·es à l’issue de la partie, par exemple avec l’activité de la Fiche 24 « Stratégie de réenchantement » issue du même dossier.

Le jeu rassemble de 6 à 24 joueur·euses réparti·es dans 6 équipes.

Matériel

  • Un plateau de jeu
  • Un carnet « Règles »
  • Un cadre hexagonal
  • Une roue du contexte
  • Un sac en tissu avec une balle, un dé et un curseur et deux supports
  • 84 pions habitants
  • 36 tuiles « Alternatives quartiers »
  • 23 cartes (8 “Evénement”, 6 “Spécificité du quartier”, 3 “Mission globale”, 6 “Mission locale”)
  • 18 élastiques
  • 8 tuiles « Alternatives collectives »
  • 6 carnets « Lexique »
  • 6 cartes « Contexte »
  • Tuile « Kiosque »
  • Un sac en tissu (pour ranger les tuiles)

Objectifs

  • Prendre le temps d’échanger, de se comprendre et de réfléchir ensemble aux alternatives en cours et à construire pour faire évoluer l’histoire de Citymagine.
  • Tisser un réseau assez fort, via un maximum de liens et de connexions, entre les différents quartiers.
  • Etablir un nombre suffisant de collaborations pour réussir à porter vos idées dans le débat public.
  • Construire dans la ville de nouvelles alternatives qui permettent de se mettre en action vers un changement de société et de faire évoluer l’histoire de Citymagine.
  • Découvrir, citer et expliquer des alternatives résilientes et locales.
  • Proposer, inventer des solutions créatives et collectives de transition, ancrées dans le quotidien.
  • Mesurer l’importance de créer du lien et un réseau solidaire au niveau local.


Bon à savoir
Citymagine est disponible en prêt ou à la vente. Les personnes qui souhaitent être accompagnées dans la prise en main du jeu peuvent, gratuitement, participer à des ateliers de découverte de l’outil.


L’avis de PIPSa sur la version initiale

Appréciation globale
Ce support pédagogique à médiation ludique permet d’aborder, en groupe, des alternatives à la consommation pour éviter « l’effondrement », c’est-à-dire la fin de la civilisation industrielle. Le jeu promeut la dynamique du collectif, de la mobilisation citoyenne pour proposer des alternatives/solutions à l’épuisement des ressources.

Le jeu, militant et politique, démontre avec sa mécanique ludique que l’interdépendance, la mobilisation, les actions collectives, les liens à l’échelon local peuvent d’une part limiter les dégâts liés aux circonstances extérieures et d’autre part déclencher l’implication du politique. La mécanique ludique installe les joueurs en acteurs de changement, ce qui est impliquant et motivant, mais demande un debriefing pour repositionner la responsabilité individuelle au sein des systèmes économiques qui dirigent le politique (banques et multinationales notamment).
Pour un utilisateur peu familier de la thématique, une riche sitographie permet de se documenter. Pour les participants, le lexique des initiatives fournit une information claire, synthétique et explicite, qui doit être partagée à haute voix pendant l’animation. Les nombreuses alternatives suggérées restent éloignées du vécu des jeunes et dépendantes de l’initiative d’adultes. Tout l’enjeu sera donc de les ramener dans leur zone d’action réelle : classe, école, quartier, organisation de jeunesse…
Vu la complexité des règles, pour fluidifier l’animation, une expérimentation préalable est recommandée.


Objectifs
S’informer et connaître des alternatives à la consommation des ressources, en vue de prendre conscience des possibilités de prévention.
Construire une analyse critique du monde tel qu’il est.
Stimuler l’action collective et lutter contre l’effondrement.

Public cible : à partir de 14 ans

Utilisation conseillée 

Points forts
Collaboration, cohérence interne, originalité thématique, concret, transposable dans la réalité, inspirant.

Points d’attention
S’approprier le manuel d’utilisation, idéalement avoir suivi une initiation à l’utilisation.

  • Contextualiser la problématique et faire connaître les alternatives avant le jeu.
  • Faire les liens avec les alternatives locales existantes.
  • Organiser un débriefing sur le vécu de l’expérience et faire le lien avec la réalité : par exemple, que peut-on mettre en place dans notre école/quartier… ?

Où trouver l’outil ?
Empreintes asbl, Mundo N, Rue Nanon 98, 5000 Namur, Belgique – 081 / 39 06 60 – info@empreintes.be –https://www.empreintes.be/outil/citymagine

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Comportements à risque, un Escape Game met les jeunes en immersion 

Le 28 Mar 24

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Un Escape Game pour développer des attitudes protectrices chez les élèves du secondaire et les sensibiliser aux conduites à risque : ce nouvel outil, ludique et collaboratif conçu par des acteurs issus des secteurs de la prévention et de la promotion de la santé sillonnera bientôt la région bruxelloise.

Nour et Sacha ont disparu, les élèves ont une heure pour les retrouver
Nour et Sacha ont disparu, les élèves ont une heure pour les retrouver (Crédit photo CBPS – Octobre 2023)

On est dans la cabine du parc. La porte est bloquée. Je n’ai plus de batterie, viens m’aider stp”. Nour a envoyé ce sms au milieu de la nuit, et depuis, elle ne répond plus. Sacha aussi a disparu. Les joueurs ont une heure pour comprendre ce qui leur est arrivé hier soir. Voici le scénario de départ de l’Escape Game baptisé B(l)ack Out qui vise à développer des attitudes protectrices chez les jeunes et les sensibiliser aux conduites à risque.

A l’automne 2023, le prototype de cette installation a été pré-testé par 68 professionnel.les issu.es de différents secteurs (promotion de la santé, prévention, jeunesse) et 138 élèves de 15 à 20 ans scolarisés en secondaire dans la commune d’Anderlecht. L’Escape Game s’y installera en septembre pendant plusieurs semaines. 

Nous avons opté pour une approche ludique, collaborative et expérientielle basée sur les compétences psychosociales pour susciter chez les jeunes une réflexion sur les comportements à risque et aussi sur les attitudes protectrices en milieu festif ”, explique Fanny Céphale, responsable de projets du Centre bruxellois de promotion de la santé (CBPS) qui co-pilote le projet.

Créer un outil mobilisateur

La gestation a été longue et mûrement réfléchie. Tout commence fin 2020, quand l’idée de créer un nouvel outil de prévention émerge au sein de la concertation des acteurs de prévention des assuétudes de Bruxelles coordonné par le CBPS. Un groupe de travail se met en place rassemblant le CBPS, le FARES, le Pélican et le Pôle assuétudes du service Prévention d’Anderlecht. 

Le groupe explore divers outils existants et très vite surgit l’exemple d’un Escape Game suisse sur les addictions, dont le rapport d’activité donne de solides pistes de travail en terme d’empowerment et d’impact éducatif. “La participation active renforce l’assimilation des informations et des messages clés, rendant l’expérience à la fois plus mémorable et plus significative” explique Fabienne Philippe, responsable et chargée de projets du Pôle assuétudes de la Commune d’Anderlecht. 

Les acteurs s’accordent alors sur l’idée de créer un outil mobilisateur qui répondent aux besoins des acteurs de Promotion de la santé. L’Escape Game devra être transportable pour aller à la rencontre du public en s’installant temporairement près des lieux de vie des jeunes. Pour ce faire, le groupe fait appel au concepteur d’Escape Game belge Bruno Willemark, fondateur de “Let Me Out” et décroche un financement de la COCOF dans le cadre des subsides facultatifs de promotion de la santé.

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Le titre de l’Escape Game mêle l’expression anglaise « back out », qui signifie littéralement « faire marche arrière », et le terme « Black-Out » qui désigne à la fois la perte de conscience liée à la consommation d’alcool ou de stupéfiant, ou plus simplement la panne d’alimentation électrique.

Scénario et décors sur mesure

Au fil des discussions, le groupe assuétudes décide d’ouvrir l’Escape Game aux thématiques EVRAS, puis réalise que “l’approche par les compétences psychosociales permet de faire la jonction entre santé physique, santé mentale et promotion de la santé ”, explique Valérie Lefèvre, spécialiste EVRAS au sein du CBPS.  

Le scénario de B(l)ack Out fait écho au film américain Very Bad Trip, de Todd Phillips, ou à la série Euphoria de Sam Levinson, en plus soft. Les trois parcours sont jouables simultanément pour permettre à une classe de 24 élèves de le réaliser en une heure. 

Chaque groupe de huit élèves doit retracer tous les faits et gestes de la soirée de Nour et Sacha, collecter des indices et résoudre des énigmes. Il passe par cinq espaces : un bar, un salon et un skatepark – ces trois décors installés sous des grandes tentes de 5m sur 5 donnent la sensation que l’enquête se déroule la nuit en “créant une atmosphère sur mesure” explique Bruno Willemarck, le concepteur de Let Me Out qui tenait à créer “une expérience éducative immersive pour mieux glisser dans l’histoire. Puis deux espaces ludiques catalysent l’attention du groupe autour de modules d’activités collaboratives : un laboratoire et un local technique de la STUP – la société de transport urbain planétaire, un acronyme créé pour l’occasion. 

Les meufs, ça deale pas 

Le bar est conçu comme un espace ludique qui permet d’aborder les conduites à risque et les comportements protecteurs en soirée. La voix du propriétaire du bar accueille le groupe d’un ton bourru : « J’ai vu vos potes hier, bien bourrés, j’ai dû arrêter de les servir au bout d’un moment. (…) Je suppose que vous êtes là pour récupérer leur sac ? Je l’ai mis dans le coffre, vous pouvez le prendre ». Pour trouver le sac, le groupe doit chercher des indices dans le décor sur des affiches de sensibilisation et de prévention sur le port du préservatif, le consentement, le respect ou encore le code Angela – toute personne harcelée ou victime de violences peut se rendre dans les bars ou les commerces affichant l’autocollant « Demandez Angela » et dire « Où est Angela ? » pour être prise en charge.

L’espace du laboratoire se rapproche plutôt de la thématique des assuétudes. Un comédien joue le rôle du laborantin. Le groupe arrive avec le sac de Sacha : on y trouve une pomme, un journal de classe, de l’alcool et des petits récipients avec des cachets et de la poudre – qui laissent penser que ce sont des stupéfiants. Le groupe doit scanner les codes-barres des récipients, et aller chercher les effets recherchés et indésirables de chaque substance.

Cet espace permet aussi d’interroger les stéréotypes de genre. “Certains élèves sont persuadés que Sacha – un prénom délibérément non-genré – est un garçon, parce que selon eux, “les meufs, ça deale pas”” explique Valérie Lefèvre. Tandis que les filles supposent que Sacha est un garçon pour une autre raison, parce que “c’est plus dangereux pour des filles de sortir seules dans un bar”. En général, cette remarque fait réagir les garçons qui n’ont pas forcément conscience de ce sentiment d’insécurité et de la prudence qui s’impose à leurs comparses féminines.

Révéler l’effet de groupe

L’énigme du skatepark permet aussi d’aborder la différence entre un fait, une opinion et une rumeur, tandis que l’espace du salon vise à mettre en lumière l’influence des pairs et l’influence sociale, pour montrer comment l’individu résiste ou non à l’effet de groupe. Certains élèves ont pour consigne de se concentrer sur les énigmes, tandis que d’autres ont celle de jouer au jeu vidéo et de convaincre les autres de les rejoindre. Ces consignes contradictoires génèrent des tensions, les participants ne sachant pas qu’ils n’ont pas reçu la même, et que leur objectif est différent. 

Enfin, le local technique de la STUP permet de retracer le chemin en métro de Nour et Sacha. Ce module travaille les compétences psychosociales collectives : la coordination, l’écoute, la communication, la prise de décisions, la demande d’aide, la gestion de la frustration. “On a eu droit à des disputes aussi bien chez les jeunes que chez les adultes lors des pré-tests, quand l’un d’eux voulait prendre le lead” s’amuse Valérie Lefèvre. 

Tout au long du parcours, le groupe est d’ailleurs suivi par un Game Master qui note sur une grille d’observation et d’évaluation les compétences psychosociales que les jeunes ont activé. 

Un debriefing ascendant qui part des jeunes 

Le debriefing est un temps d’échange avec les jeunes sur base de leur vécu, leur expérience. Il s’appuie sur la grille d’observation créée pour l’Escape Game et un canevas avec des questions très ouvertes : Comment ça s’est passé pour vous ? Qu’est-ce qu’il s’est passé finalement entre Nour et Sacha ? Est-ce que vous avez appris des choses ? Comment a fonctionné votre équipe ? Est-ce que vous aimeriez recevoir des informations complémentaires ? Si oui, lesquelles ? Sur quel support (brochure…) ? 

Ça a été plus complexe à construire qu’un simple outil de sensibilisation, car on a construit autour d’eux pour libérer leur parole sur les représentations et valoriser leurs savoirs expérientiels” explique Fanny Céphale. 

Des jeunes qui auront déjà consommé, vont ainsi se mettre en position de pair, et faire part de leurs connaissances. “Ben oui, Sacha a mélangé tel et tel produit, ça se fait pas, c’est super dangereux”. L’expression de leur savoir expérientiel va rendre le groupe un peu plus omniscient, et permettre aux animateurs d’apporter des compléments. 

On a trouvé que les jeunes sont empathiques, ils font plus attention à l’autre et sont plus communautaires que ce que l’on pensait. On peut leur faire confiance,” ajoute Valérie Lefèvre. 

Encourager l’esprit de collaboration

Un professeur de 5ème technique sociale confirme après coup par écrit que ses élèves “ont apprécié la collaboration avec certains camarades qu’ils ne connaissaient pas forcément, ça a créé certaines synergies, affinités. Lors du debriefing à l’école, je les ai trouvés très enthousiastes, créatifs et entreprenants. Ils ont pris conscience de certains stéréotypes et/ou préjugés (drogues, médicaments, condition de la femme, éducation) ou de certaines croyances limitantes sur les sujets cités précédemment, l’importance de “bien collaborer et de transmettre des infos pour mieux communiquer et atteindre ensemble un but commun”. 

Le fait de choisir une approche par les CPS, et d’utiliser les thématiques comme des portes d’entrée permet de mobiliser des acteurs généralistes directement en contact avec le public scolaire (PMS, PSE, AMO). Ceux-ci seront spécialement formés pour coanimer les phases de jeu et de débriefing avec les membres du groupe de travail lors de l’installation de B(l)ack Out à Anderlecht. Un guide d’animation leur sera destiné. 

“Sur le terrain, les attentes sont fortes vis-à-vis de « B(l)ack Out », explique Fabienne Philippe. Notamment, car les directions d’école et les institutions de soutien à la jeunesse cherchaient “des outils capables de susciter l’intérêt des jeunes pour des sujets sérieux et délicats tels que les drogues et leurs usages, tout en restant engageants et éducatifs. « B(l)ack Out » intéresse aussi les PMS, PSE, et le secteur jeunesse (AMO, éducateurs de rue, …) pour sa capacité à faciliter l’engagement de leur public” ajoute-t-elle. 

Le 21 mars, le projet a été présenté aux acteurs d’Anderlecht, Bruxelles et Saint-Gilles. En fin d’année, il le sera aux professionnel.les de toutes les communes bruxelloises, étant donné que l’Escape Game est conçu pour être nomade. Les cinq espaces, une fois démontés, tiennent dans deux camions et pourront sillonner la région pendant plusieurs années.

Contact : 

Valérie Lefèvre, responsable de projets au CBPS et référente du Point d’appui milieu de vie des jeunes (EVRAS) : valerie.lefevre@cbps.be

Fanny Céphale, responsable de projets au CBPS et référente du Point d’appui en milieu de vie des jeunes (Assuétudes) : fanny.cephale@cbps.be

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BE cool@school, une offre évolutive pour le bien-être des jeunes à l’école 

Le 27 Fév 24

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Avec BE cool@school, la Province de Liège, a mis en place une offre de services en milieu scolaire homogène, gratuite et déclinée par niveau d’enseignement. Elle s’adresse à la fois aux élèves, aux équipes éducatives et aux étudiants du secteur psycho-médico-social.

Valérie Mission est responsable du Pôle Promotion et Animations de la Province de Liège

Une enseignante entourée de ses élèves de maternelle

Pour accompagner l’épanouissement des enfants et des jeunes, la Province de Liège a unifié ses offres sous le nom “BE cool@school”. Pour gagner en efficacité, cette campagne rassemble les dispositifs existants et s’est adaptée aux demandes et aux besoins émanant du milieu scolaire. 

Cette décision est le fruit d’une réflexion collective qui s’est appuyée sur trois piliers :  

– les principes de la promotion de la santé qui visent à augmenter les savoirs et savoir-être des élèves afin qu’ils soient davantage acteurs de leur santé ;  

– la définition de la santé donnée par l’Organisation Mondiale de la Santé : “un état de complet bien-être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité” ;  

– les principes du Conseil de l’Europe2. Celui-ci estime que le bien-être à l’école est primordial, les écoles ont un rôle essentiel à jouer pour aider les élèves à faire des choix de vie sains et à comprendre l’influence de leurs choix sur leur santé et leur bien-être.  

L’enfance et l’adolescence sont en effet des périodes déterminantes pour le développement d’attitudes durables qui auront une incidence sur le bien-être personnel et les choix de vie. Les compétences sociales et émotionnelles (autrement nommées compétences psychosociales), ainsi que les connaissances et les comportements que les jeunes acquièrent en classe leur permettent de développer leur résilience et déterminent la façon dont ils géreront leur santé physique et mentale tout au long de leur vie.  

Pour développer cette offre, le Département Santé et Social de la Province de Liège a réalisé une enquête en milieu scolaire afin d’adapter son offre de services aux écoles. En 2021, un questionnaire a été envoyé aux professionnel.les éducatifs (enseignant.es, PMS et PSE) des écoles maternelles et primaires, secondaires, supérieures et à l’Université de Liège.

Il s’agissait, à la fois de déterminer :  

  • le degré de connaissance ainsi que la perception de l’utilité des services provinciaux du Département Santé et Social au sein de ces écoles ; 
  • les besoins des écoles en province de Liège en termes d’interventions du Département Santé et Social dans les domaines relatifs à ses compétences. 

Même si les résultats peuvent être tempérés par certains critères liés, par exemple, au contexte de la crise sanitaire ou à la période de l’année scolaire, l’enquête a permis d’identifier les besoins des établissements scolaires au niveau des thématiques à aborder par niveau d’enseignement mais aussi de déterminer les méthodes d’interventions les plus appropriées en fonction de l’âge des élèves et des étudiants. 

La réflexion s’est poursuivie avec les trois Centres Locaux de Promotion de la Santé du territoire provincial. Sur base des résultats de l’enquête et de leur expérience sur le terrain, les services provinciaux ont abouti à une proposition de campagne touchant l’ensemble des niveaux d’enseignement. Pour mettre en œuvre cette campagne, toutes les ressources et les outils disponibles déjà créés au sein des différents services (Openado Prévention, Service Itinérant de Promotion de la Santé, Pôle Citoyens) ont été mutualisés.  

C’est désormais le Pôle Promotion et Animations qui rassemble toutes les offres de services en milieu scolaire en une seule campagne claire et entièrement gratuite : BE cool@school.  

Le trio éducatif « Enfant-Enseignant-Parents/Référents »  

Concrètement, BE cool@school propose un large catalogue d’animations et d’actions gratuites aux écoles de tous les réseaux et niveaux d’enseignement confondus, y compris l’enseignement spécialisé.  

L’approche de BE cool@school se veut globale et concerne le trio éducatif « Enfant-Enseignant-Parents/Référents », ce qui permet d’augmenter l’impact des actions. Ainsi, les élèves bénéficient d’animations au sein de leur classe, dispensées par le personnel du Pôle Promotion et Animations. Afin de rendre les séances plus vivantes, les animateurs utilisent des supports et des outils diversifiés et adaptés à chaque thématique pour prolonger les réflexions sur le long terme. 

L’enseignant, quant à lui, est présent en classe lors des animations et reçoit par la suite des supports et outils. Il peut également bénéficier de formations aux outils et de séances de sensibilisation à certaines thématiques, ce qui permet de créer une continuité dans la sensibilisation tout au long de l’année.

Enfin, les parents sont sensibilisés via différents documents et notamment via une séance d’information et de sensibilisation sur les assuétudes pour les élèves du secondaire. 

À l’issue des animations, les établissements maternels et/ou fondamentaux qui accueillent la campagne organisent une réunion de réflexion animée par les agents du Pôle Promotion et Animations. L’objectif de celle-ci est de déterminer les marges d’amélioration au sein de leur établissement scolaire au bénéfice de l’ensemble de leurs élèves.  

Le bien-être à l’école des enfants de maternelle et de primaire 

BE cool@school propose des activités ludiques et participatives pour encourager les enfants à développer leurs compétences socio-émotionnelles : l’estime de soi, la confiance en soi, l’image de soi, l’identification, l’expression et la gestion des émotions, l’empathie, ainsi que le bien-être physique et mental. Il existe trois cycles d’animations en fonction de l’âge des enfants.  

Des dossiers pédagogiques complets, enrichis de fiches-outils sur le vivre-ensemble, les émotions, l’alimentation et l’activité physique sont distribués aux enseignants. L’objectif est de leur permettre de travailler les thématiques entre les séances mais aussi de renforcer leurs compétences pour qu’ils puissent réaliser ce type d’animations les années scolaires suivantes en toute autonomie s’ils le souhaitent. 

Le renforcement des compétences psycho-sociales des enfants se fait par l’expérience vécue, le questionnement des représentations, les interactions, l’observation et l’imitation. Afin de tenter d’atteindre ses objectifs et parmi les critères d’efficacité de ce type de projet, nos animations sont réalisées en plusieurs séances et de manière régulière pour que celles-ci s’inscrivent dans le temps. 

  • Pour les maternelles, 1ère et 2ème primaire : TipTop Start 

TipTop Start pose la base d’un climat plus serein en classe, grâce à la découverte de soi et des autres. Ce cycle d’animations travaille principalement le développement des compétences socio-émotionnelles au travers d’outils, de mises en situation, de jeux de rôles en lien notamment avec l’alimentation et l’activité physique… qui permettent aux enfants d’expérimenter leurs compétences.  

Un moment d’échanges sur ce que les enfants viennent de vivre permet ensuite de faire le lien et de contextualiser l’expérimentation vécue avec la « vraie » vie afin que les enfants adaptent leur comportement lors de prochaines situations de leur quotidien. 

  • Pour les 3ème et 4ème primaire : TipTop Kids 

TipTop Kids amène les enfants à améliorer leur bien-être physique, mental et social. Il permet d’aborder des thèmes comme :  

  • MOI, la connaissance de soi : la confiance en soi, l’estime de soi ;  
  • MOI, mes émotions, mes besoins : la gestion des émotions, l’écoute des besoins, l’écoute de son corps, le retour au calme ;  
  • MOI et les autres : la communication, l’affirmation de soi, les stéréotypes et préjugés, l’empathie ainsi que la gestion non violente des conflits ;  
  • MOI et mon alimentation : les groupes alimentaires, la composition des repas, la publicité ;  
  • MOI, je bouge : l’activité physique, la sédentarité, les aptitudes physiques ;  
  • NOUS, on agit ensemble : la solidarité et l’entraide. 

Les nouvelles technologies sont utilisées dans le cadre de la première animation (une matinée) via une application sur tablette « TipTop et les fourberies de Gluton » pour augmenter l’implication et l’intérêt des élèves. La seconde (deux périodes de cours) se focalise sur une seule de ces thématiques au choix de l’enseignant. 

  • Un nouveau projet pour les 5ème et 6ème primaire, #TipTop 

Ce cycle d’animations a pour objectif de sensibiliser les enfants à l’éducation aux médias et à la prévention du harcèlement. Les nombreux thèmes abordés par #TipTop ont pour but de renforcer les compétences relationnelles et personnelles des jeunes, utiles pour une bonne gestion des médias et pour la dynamique de groupe (liberté d’expression, droit à l’image, construction identitaire, cyberharcèlement, esprit critique, empathie…). 

  • Pour les élèves du secondaire, focus sur la sensibilisation aux assuétudes 

Dans les classes du secondaire, BE cool@school cible les assuétudes : principalement l’alcool, le tabac et le cannabis3. Cette thématique nous semble pertinente notamment au regard de la dernière enquête HSBC « Comportements, bien-être et santé des élèves » menée par le Sipes auprès des élèves scolarisés de la 5e primaire à la fin du secondaire en Belgique francophone :

  • près de la moitié des 13-15 ans ont déjà consommé de l’alcool et près d’un élève sur cinq de cet âge a déjà été ivre. La consommation d’alcool se généralise et s’intensifie avec l’âge ;  
  • environ un élève sur cinq âgé de 10 ans et plus, scolarisé dans l’enseignement primaire ou secondaire en FWB, a déjà expérimenté le tabac sous forme de cigarettes ; 
  • plus d’un quart (27,1 %) des jeunes scolarisés dans l’enseignement secondaire à partir de la 3e année en Fédération Wallonie-Bruxelles ont déclaré avoir déjà consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie, 20,4 % au cours des 12 derniers mois et 12,3 % au cours des 30 derniers jours. La consommation régulière de cannabis augmente avec l’âge.  

Regroupées au sein de l’animation « Les assuétudes… t’en penses quoi ? », les séances proposées sont adaptables en fonction de l’âge des élèves et des souhaits de la direction. Par exemple, d’autres produits peuvent être abordés en fonction de leur réalité de terrain. Pour aller plus loin, cette animation a également été déclinée afin de s’adresser aux équipes éducatives et aux parents/référents via une séance unique.  

Accompagner les équipes éducatives 

Parce que la sensibilisation et la prévention ne se limitent pas à quelques périodes de cours, et parce qu’il est important d’autonomiser les écoles, les animateurs BE cool@school organisent des séances de sensibilisation pour les enseignants, les futurs enseignants et les acteurs du secteur de l’éducation et de la jeunesse et dispensent également des formations aux outils provinciaux :  

  • Situ’action : outil de prévention du harcèlement scolaire ; 
  • Le genre en question : outil portant sur l’égalité homme/femme ainsi que sur les stéréotypes et préjugés en lien. 

Former les futurs professionnels du secteur 

Il est primordial de soutenir et d’armer les futurs professionnels du secteur psycho-médico-social qui accompagneront à leur tour les jeunes dans leur parcours de vie. Aussi, BE cool@school contient également une offre spécifique de services intitulée « Futurs professionnels : Outils-et-vous ».  

Celle-ci se décline en séances de sensibilisation et de partage d’expériences sur la prévention du harcèlement scolaire, la Réduction des Risques en milieu festif ainsi que le développement des compétences socio-émotionnelles. Mieux préparés, ces futurs professionnels seront plus à même de faire face aux situations problématiques auxquelles ils pourraient être confrontés. 

BE cool@school : un outil au long cours 

Proposé aux écoles sur base de demandes depuis l’année scolaire 2022-2023, BE cool@school est en constante évolution grâce aux évaluations réalisées tout au long de l’année. Les avis des élèves, des enseignants et de l’établissement scolaire sont recueillis afin d’adapter et d’améliorer les actions pour être toujours au plus proche des besoins et des attentes. Ainsi, un questionnaire d’évaluation est distribué au terme de chaque action. En outre, l’équipe provinciale revient également vers les enseignants de la maternelle et du primaire en fin d’année scolaire afin d’analyser l’utilisation du dossier pédagogique et les effets à moyen terme de la campagne. L’analyse de ces évaluations se fait en continu pour améliorer cet outil au long cours. 

Contact  : Pôle Promotion et Animations de la Province de Liège, Rue Saint-Laurent, 79 – 4000 Liège – tel 04/ 279 20 00, mail : becool@provincedeliege.be. Retrouvez plus d’informations sur le site dédié : www.provincedeliege.be/fr/becool 

Mains de femmes qui entourent des barreaux d'une porte de prison

L’hépatite C aujourd’hui, on en guérit, même en prison !

Le 29 Jan 24

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L’asbl I.Care va outiller les détenus, l’administration pénitentiaire et le personnel soignant pour tenter d’atteindre l’objectif fixé par l’OMS : éradiquer l’Hépatite C d’ici 2030. Initialement destinés à la prison, l’affiche, les fiches et les flyers, conçus avec des détenus et disponibles en 17 langues, pourront être utilisées hors du milieu carcéral. 

DR

L’hépatite C aujourd’hui, on en guérit !”, annonce un grand poster aux tons bleu ciel qui sera bientôt affiché dans les couloirs des services médicaux des prisons belges. Un pari complexe, car la Belgique compte 12 000 personnes détenues, parmi lesquels 4 à 5 % seraient probablement porteuses du virus de l’Hépatite C (VHC). Cette maladie, qui provoque une inflammation et une fibrose du foie, est potentiellement mortelle. 

En 2023, l’Asbl I.Care, qui mène des actions de promotion de la santé en détention, a accompagné la création d’un outil dédié, désormais téléchargeable en ligne, pour sensibiliser le personnel soignant, les surveillants et les personnes détenues à la problématique. 

« L’idée de cette campagne de sensibilisation est de transmettre un message positif en prison : le dépistage de l’hépatite C est possible, un traitement existe, il se prend sous forme de comprimé et il provoque très peu d’effets secondaires par rapport aux anciens traitements », explique Rachelle Rousseaux chargée de mission chez I.Care.  

Au départ, un appel à projet en littératie en santé 

Un appel à projet de la fondation Roi Baudouin sur la littératie en santé organisationnelle est à la genèse du projet baptisé “Translation”. Au démarrage, à l’été 2022, le projet est d’abord envisagé d’un point de vue global avant de se recentrer sur le champ médical pour répondre aux besoins identifiés par la direction générale des établissements pénitentiaires sur le VHC. 

« J’ai commencé par faire une première analyse des besoins en santé à la prison de Lantin, en collectant des données par le biais de journées d’observation, d’interviews avec les détenus sur l’accès aux soins et de questionnaires aux agents et aux membres du personnel médico-psycho-social. Quand la rencontre avec l’infirmière-cheffe a été déterminante  », relate Rachelle Rousseaux. 

La soignante fait part à I.Care de l’injonction de l’OMS, qui somme les Etats d’éradiquer l’hépatite C d’ici 2030. Comme la population carcérale fait partie des groupes-cibles pour atteindre cet objectif, les prisons doivent donc être plus proactives et lancer un dépistage massif. L’administration imagine faire de la centrale de Lantin, une prison-pilote, d’autant que l’établissement dispose d’une polyclinique au sein de laquelle exerce un hépatologue, référent pour toute les prisons de Wallonie. Le service médical a fait une tentative en lançant une première campagne de dépistage du VHC au sein de la maison de peine, mais elle n’a pas marché aussi bien que souhaité. La moitié des détenus ont refusé de se rendre en consultation ou de se soumettre à une prise de sang. 

Apaiser la défiance 

I.Care se lance alors dans l’analyse des freins pour identifier les éventuels besoins de littératie en santé organisationnelle. Les raisons s’avèrent multiples. Sur la méthode d’abord, le flyer a été glissé sous la porte de la cellule, en français uniquement, laissant dans l’incompréhension les détenus allophones. Le contexte carcéral génère aussi des comportements de rejet ou de désaffection. Certains détenus critiquent le fait que les soins de santé soient financés par le ministère justice, ce qui les fait douter de l’indépendance du service médical quant à la confidentialité de leurs données de santé. D’autres se révèlent très sensibles à des théories complotistes. 

Plus généralement, les craintes sont nombreuses, qu’elles soient basiques – liée à la peur de la piqûre, ou plus complexes : comme le fait d’être confronté à un diagnostic de maladie infectieuse, alors que le détenu est loin de ses proches et sans soutien social. Beaucoup expriment aussi leur peur d’être stigmatisé si le résultat de la prise de sang s’avère positif, sachant que les modes de transmission les plus connus sont le fait d’avoir des relations homosexuelles non protégées et de consommer des psychotropes.  

Quoiqu’il en soit, I.Care constate que les connaissances sur la maladie, les méthodes de dépistage et les traitements sont peu connus. Or l’asbl sait qu’elle peut s’appuyer sur deux avancées médicales majeures : les méthodes de dépistage sont beaucoup moins invasives qu’avant et les nouveaux traitements sont compatibles avec la consommation régulière d’alcool ou de drogue, présents en prison. 

affiche femme vhc

Favoriser la participation 

Associer les bénéficiaires au sein de focus group n’a pas été possible, notamment pour des raisons de logistique carcérale. Pour valider chaque étape de la construction des outils de sensibilisation, un comité d’accompagnement réunissait toutefois des membres de la direction de l’établissement, de la direction des services pénitentiaires, et des services de la santé, Cultures&Santé et un représentant de l’asbl Macadam spécialisée sur l’usage des drogues. 

I.Care a esquissé les outils, et a tout de même pu les tester à différents stades d’élaboration – auprès des détenu.es de Lantin, de Marche-en-Famenne, puis d’Haren, auprès de femmes et d’hommes. Au cours de ce processus, I.Care a fait appel à des graphistes de l’association française “The Ink Link” qui met la bande dessinée au service de projets santé et sociaux. 

L’affiche annonçait initialement : “L’hépatite C, on a le droit d’en guérir ”. Mais la formule a fait réagir les détenu.es. “Le protocole garantit seulement l’accès aux soins pour les détenus condamnés qui ont vocation à rester dans la prison au moins trois mois, – la durée complète du traitement. Par ailleurs, ceux qui sont en détention préventive pourraient être dépistés, mais ils n’auraient pas accès au traitement antiviral”, explique Marion Guémas, coordinatrice du plaidoyer et de la recherche chez I.Care. La formule a donc été modifiée. “L’hépatite C aujourd’hui on en guérit !” pour ne pas créer de déception chez ceux qui sont en détention préventive. 

Le poster décliné avec un protagoniste masculin pour les quartiers hommes et féminin pour les quartiers femmes – présente à l’aide de quatre vignettes dessinée – sans texte – tout le processus de prise en charge : les signes de la maladie (les douleurs au foie), la prise de sang, la prescription du médecin et le traitement sous forme de comprimé. 

Les détenu.es ont pu faire part de leurs appréciations sur les couleurs, de leurs incompréhensions sur la posture de certains personnages en fonction de leur niveau de littératie et faire des propositions d’aménagement. Les contenus ont été adaptés pour éviter d’être trop marqués « carcéral » ou de stigmatiser certains groupes en particulier. 

Une fiche complémentaire détaille la conduite à tenir pour éviter les transmissions (utiliser du matériel d’hygiène et de consommation propre – par exemple pour la brosse à dent ou les seringues -, avoir des relations sexuelles protégées). Elle sera disponible en 17 langues car plusieurs membres du personnel soignant ont fait part des difficultés qu’ils rencontrent lorsqu’ils veulent interagir avec des détenus allophones. Leur seule option est souvent d’utiliser Google traduction, ce qui laisse le champ à de nombreux contre-sens et insatisfactions de part et d’autre. 

Améliorer la continuité des soins même après la libération 

Un livret pour le personnel soignant rappelle aussi de manière accessible le protocole de prise en charge de la maladie : de la prévention à la mise sous traitement et fait état des évolutions technologiques et thérapeutiques de ces dernières années par rapport aux méthodes de dépistage et aux traitements. L’asbl réfléchit également à réaliser une déclinaison de l’outil pour les agents de surveillance pénitentiaire, qui en ont exprimé le besoin. 

I.Care a aussi mis au point un flyer d’information spécifique à la sortie de prison – qui sera différent pour chaque région belge. Téléchargeable et disponible en plusieurs langues, il mentionne les structures assurant le suivi des soins et l’accompagnement psycho-social hors détention. Les adresses et les numéros de téléphone seront actualisés au fil du temps. 

Une fiche de suivi permettra enfin aux personnes de garder une trace de leurs résultats d’examens et des soins réalisés pendant l’incarcération et d’inscrire leur rendez-vous de suivi.  “L’idée est de remédier aux problèmes d’errance post-diagnostic et la déperdition des informations, car il n’existe pas de procédure pour transmettre le dossier médical de la personne détenue aux services de santé extérieurs. Elles doivent penser à demander une copie au moment de leur sortie de prison, ce qui n’est pas toujours aisé. Si on ne les accompagne pas, la santé n’est pas toujours la préoccupation principale à la sortie”, explique Rachelle Rousseaux. 

La prison n’est pas un lieu de soin, mais c’est un lieu d’opportunité de soin et d’accompagnement”, conclut Marion Guémas. L’outil sera utilisé dans la prison de Lantin où le projet s’est déroulé. I.Care espère ensuite une diffusion à plus grande échelle, dans d’autres prisons de Belgique mais également auprès d’associations qui accompagnent des personnes usagères de drogue ou précaires sur tout le territoire. 

Grâce à de nouveaux financements de l’AVIQ, I.Care va poursuivre le projet Translation en 2024 et explorer la possibilité de développer de nouveaux qui répondent aux enjeux de littératie en santé, en lien avec le VHC ou non.

Pour aller plus loin :

Tous les contenus sont accessibles et téléchargeables en ligne, gratuitement sur le site https://www.i-careasbl.be/outils-vhc.

La mobilisation du Réseau Hépatite C de Bruxelles contre les discriminations entre les détenus condamnés et les prévenus : lire leur communiqué de presse.

A propos d’I.Care :

L’asbl I.Care met en œuvre des projets directement auprès des personnes détenues, et mène en parallèle des activités de plaidoyer dans l’espoir d’obtenir des changements structurels au bénéfice de l’ensemble des personnes détenues.  

I.Care travaille dans une logique de promotion de la santé. L’Asbl est financée en tant que tel par la COCOF et la région wallonne, et bénéficie également d’un financement du SPF Santé publique dans le cadre de projets pilotes Drogues et détention – développés dans le cadre du transfert de la compétence des soins de santé en prison de la Justice à la Santé publique.  

I.Care est aussi financé.es à Bruxelles depuis 2018 (historiquement dans la prison de Saint-Gilles et désormais à Haren) et depuis l’été 2023 à Jamioulx (Charleroi). Dans le Plan de Promotion de la Santé bruxellois (2018-2022), le milieu carcéral était indiqué comme un des milieux prioritaires dans les milieux de vie spécifiques, ce n’est plus le cas dans le plan 2023-2028. 

Plus d’info sur l’asbl : https://www.i-careasbl.be

Anatomie des mutualités : un nouvel outil d’exploration 

Le 29 Oct 23

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Compact, accessible et ludique. Cultures&Santé a développé un outil de décryptage du fonctionnement des mutualités qui tient dans une fine boîte en carton de format A4. Fin septembre, une première matinée de formation a permis à des professionnels du social et de la santé de découvrir ce kit conçu avec l’aide d’usagers de l’asbl Caria. Entretien avec Roxane Combelles, Maïté Cuvelier et Jeanne Dupuis de Cultures&Santé.

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Education Santé : Comment se présente ce nouvel outil ? 

Maïté Cuvelier, coordinatrice équipe promotion santé : Tout l’enjeu était qu’il soit didactique et accessible. Il comporte deux cahiers et des supports d’animation. Un premier cahier d’accompagnement de 37 pages propose des repères théoriques sur le fonctionnement et les missions des mutualités. Il précise aussi des concepts annexes, comme le système de conventionnement ou le statut Bénéficiaire d’intervention majorée (BIM), car on a remarqué qu’il y avait de gros besoins sur le terrain. Ce fascicule contient également un glossaire composé avec le groupe d’usagers qui a travaillé avec nous. Ensuite vient le guide d’animation de 40 pages divisé en quatre parties et neuf pistes d’animation. Il propose différents supports : des cartes de jeux de rôle et des cartes pictogrammes pour les avantages et services, une affiche sur le fonctionnement des mutualités, ou encore des formulaires-type. 

Qu’est-ce qui a poussé Cultures&Santé à s’emparer du sujet des mutualités ?  

Maïté Cuvelier : Nous avions cette thématique en tête depuis une dizaine d’années, conscients qu’elle correspondait à de réels besoins à la fois en cohésion sociale, car nous constatons que le taux de non-recours à certains droits et avantages est très important. Et aussi en éducation permanente, car nous faisons le choix de décrypter des systèmes avec un regard critique. Par ailleurs, lors de nos actions de promotion de la santé, et notamment en matière de littératie en santé, on constatait de réels questionnements des professionnel·les en matière d’accès à l’information sur les mutualités pour les citoyen·nes. 

Roxane Combelles, coordinatrice éducation permanente : Puisque le sujet des mutualités est vaste et complexe, nous avons d’abord travaillé sur l’historique de ce système en rappelant que l’entraide et la solidarité sont à l’origine de la création des caisses de secours mutuel, l’ancêtre des mutualités. Nous avons fait tout un travail de documentation et d’archive pour développer dix cartes illustrées retraçant l’évolution des mutualités en Belgique. Cet outil permet de réaliser une ligne du temps et de réfléchir aux obstacles actuels auxquels les mutualités font face et les améliorations souhaitables pour les rendre accessibles à tout le monde. Il est sorti en octobre 2022 et aussi disponible sur demande auprès de notre centre de documentation. 

À quel(s) moment(s) avez-vous travaillé avec les mutualités ? 

Jeanne Dupuis, chargé de projet Promotion santé : A plusieurs étapes, lors de nos recherches sur le fonctionnement des mutualités avec un étayage théorique tout au long du processus. Puis nous avons confronté nos étapes de travail sur l’affiche, la sélection et la priorisation des explications relatives au fonctionnement… et enfin pour relire le guide d’accompagnement avant publication. 

Pourquoi avoir choisi de co-construire l’outil avec les utilisateurs de l’ASBL Caria, une maison de quartier des Marolles ? 

Jeanne Dupuis : L’idée de notre processus de création est de co-construire au maximum avec les utilisateurs pour comprendre quels sont leurs besoins lorsqu’ils veulent faire valoir leurs droits et pour apporter des réponses appropriées. Nous avons réalisé huit ateliers, à raison d’un atelier tous les quinze jours. Entre chaque séance, l’animatrice du Caria reparcourait avec le groupe ce que nous avions vu la séance précédente. Ce long processus a permis l’appropriation du sujet et le développement de compétences nécessaires pour interagir avec sa mutualité. 

Au cours de la première séance, la plupart des participants ne savaient pas à quelle mutualité ils étaient affiliés. C’est leur conjoint ou un membre de la famille qui s’en occupait. Au fur et à mesure, ils ont découvert que les mutuelles faisaient beaucoup plus que de se contenter de rembourser les soins de santé. Qu’elles étaient issues d’un combat social, qu’elles avaient un rôle de représentation des patients, des services sociaux et juridiques accessibles à tous.  

Ensemble, nous avons créé des points de repères pour qu’ils puissent faire la distinction entre public ou privé, car les usager·es voient essentiellement la concurrence entre mutualités.  

Quelles sont les principales difficultés que rencontrent les affiliés dans leur rapport à leur mutualité ?  

Roxane Combelles : On a démarré le projet en recueillant les besoins au sein de plusieurs groupes d’adultes dans différentes filières (insertion socio-professionnelle, apprentissage de la langue française…).  Il s’est avéré qu’il y a des difficultés dans l’accès aux informations concernant les mutualités ce qui amène à du non-recours aux droits et aux avantages de ce système. Pour déjouer la complexité du système, de nombreuses informations circulent de bouche à oreille : “Ah, cette prime-là, normalement je peux l’avoir car ma voisine l’a eue quand elle a accouché”. En effet, les brochures et les sites sont parfois tellement obscurs qu’il est difficile de s’y retrouver, et pour tout le monde, pas seulement pour des personnes qui ne maîtriseraient pas la langue française. C’est donc l’entraide, informelle, qui permet d’utiliser les services des mutuelles. La personne qui maîtrise un peu mieux le français, fait les papiers pour son entourage ou le voisinage.  

Qu’est-ce qui vous a surpris au cours du processus ? 

Jeanne Dupuis : Les participants exerçaient leur esprit critique avec humour en nous faisant remarquer qu’il était toujours très simple de comprendre une facture de leur mutuelle. “C’est écrit en gros, avec un QR Code à flasher bien au centre – c’est très clair”. En revanche, pour se faire rembourser des frais liés à l’assurance complémentaire, qui nécessite des démarches proactives, ce n’est pas du tout facile. “Pour le sport, je remplis une partie du formulaire moi-même, mais l’association sportive doit remplir l’autre partie, il faut avoir un cachet, entrer dans les bonnes dates”. Ils estiment à raison que cela pourrait être facilité. 

Ils nous ont aidé à scénariser des jeux de rôles avec des situations issues de leur expérience : Hanna, une femme enceinte qui cherche à obtenir le statut BIM, Joseph, une personne âgée qui a mal partout et qui a besoin de séances de kiné. 

Quel a été l’effet de ces ateliers sur le groupe ? 

Jeanne Dupuis : On a senti une grosse satisfaction des apprenants dès lors qu’ils réussissaient à s’y retrouver dans le vocabulaire particulier des mutuelles : tarif, honoraires, tiers payant, DMG, alors qu’ils ne maîtrisent pas forcément bien l’écrit. On a aussi identifié toutes les aides conditionnées. Par exemple, qu’il faut aller chez le dentiste une fois par an pour être certain d’être remboursé. Très vite, on a pris garde à ce que notre outil analyse le fonctionnement global d’une mutualité-type et ne devienne pas un outil de comparaison entre mutualités. 

Au fil des ateliers, les participants ont acquis la conviction qu’une mutualité doit répondre à leurs besoins propres. Certains auront besoin de pouvoir téléphoner ou de se rendre à un guichet, d’autres ont besoin d’offres de remboursements spécifiques. Cela a permis d’élargir leur horizon pour sortir du comparatif autour du prix de la cotisation. 

Quels sont les destinataires de l’outil ? 

Roxane Combelles : Cet outil s’adresse aux professionnels et volontaires intervenant dans le domaine de la santé (promotion de la santé, prévention, soins), de l’éducation (éducation permanente/populaire, alphabétisation, apprentissage du français, enseignement…), du social et du médico-social, de la formation professionnelle ainsi qu’aux citoyen·nes, patient·es, habitant·es, apprenant·es avec lesquel·les elles ou ils travaillent. C’est primordial, parce que les compétences acquises sur ces sujets sont utiles dans d’autres contextes et domaines et pour le recours aux droits sociaux et de santé. 

Comment l’outil sera-t-il diffusé auprès des professionnels ?  

Maïté Cuvelier : Nous avons animé un premier atelier découverte fin septembre avec une quinzaine de participants venus de Bruxelles et de Wallonie pour leur permettre d’expérimenter les pistes d’animation, de manipuler les supports qui leur laisseront beaucoup de liberté et de souplesse dans l’animation pour s’adapter au rythme de leur groupe. Les premiers retours sont très positifs. Les personnes présentes venaient de secteurs variés : cohésion sociale, lieux d’apprentissage du français, accueil des personnes exilées, mutualités. Ces ateliers seront organisés régulièrement tout au long de l’année à Bruxelles et en Wallonie, à la demande également. Le kit, quant à lui, est disponible gratuitement et sous conditions, sur demande auprès de notre centre de documentation. 

A noter :  

Cultures&Santé continue dans sa lancée sur la production d’outils « système » et proposera en décembre 2023, une affiche et un guide théorique et d’animation sur la sécurité sociale réactualisé. 

L’outil “Animer sur les mutualités” se décline en deux kits.

Le kit n°1 : « Le fonctionnement des mutualités en Belgique » contient :

– Un guide d’accompagnement proposant des repères théoriques et d’un glossaire 

– Un guide d’animation divisé en 4 grandes parties et proposant 9 séances d’animations

– Une affiche illustrant le financement et le fonctionnement des mutualités 

– 33 cartes illustrées « Avantages et remboursements » 

– 15 cartes illustrées « Démarches et procédures » 

– 7 cartes illustrées « Situations de vie » 

Des supports annexes sont également disponibles en téléchargement sur le site de Cultures&Santé : une définition à reconstituer, des vignettes d’histoires fictives, un formulaire-type, une facture-type (version participant·e et une version animateur·trice), des cartes de jeux de rôle.

Le Kit n°2 « L’histoire des mutualités en Belgique » contient :

– Un carnet pédagogique  

– 10 cartes illustrées

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Les autres, mon corps et moi

Le 1 Sep 23

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crédit: Belgïk MoJaïk

Matériel

  • 1 Carnet de présentation de l’outil (PDF)
  • 2 Fardes Activité introductive et généraliste
    • Divers’séki ?
    • Le Monstre a dit…
  • 5 Fardes Activité thématique
    • 1001 couleurs (Pigmentation, peau)
    • Des yeux à faire peur (Pigmentation, yeux)
    • Mon poids, c’est pas c’que tu crois ! (Morphologie)
    • Le relais d’un autre genre (Genre)
    • Ça roule ! (Handicap)
  • 1 Livret « Seize histoires pour y voir moins discriminatoire »
  • 1 Panoptique des parcours (PDF) schématisant l’ordre préconisé pour mener l’ensemble des activités introductives et thématiques
  • 1 Tableau vierge (PDF) pour l’analyse des situations de discrimination

Chaque farde d’activité comprend :

  • 1 livret
  • 1 Guide à avoir avec soi pour mener l’analyse lors de l’animation
  • Matériel de jeu (exemples : cartes, consignes et/ou photos)

Le kit est entièrement téléchargeable sur https://belgik-mojaik.be/outils-pedagogiques/les-autres-mon-corps-et-moi/

Concept

Cet outil met à la disposition des professionnel·le·s (travaillant avec des enfants de 6 à 12 ans, dans un cadre scolaire, parascolaire ou extra-scolaire) une série de séquences ludiques et pédagogiques permettant de découvrir ce que sont la discrimination, les stéréotypes corporels et comment apporter du changement au cœur de situations de discrimination.

Il a été pensé pour pouvoir accompagner un même groupe d’enfants tout au long d’un trimestre ou d’une année scolaire (selon le rythme auquel les activités proposées seront menées).

En effet, une utilisation régulière de l’outil permettra de progresser dans la maitrise des outils de repérage, d’analyse et de changement des situations de discrimination ainsi que dans le travail de déconstruction de certains stéréotypes et l’acceptation de la différence corporelle, qu’il s’agisse de la sienne ou de celle de l’Autre.

L’outil propose de réaliser un parcours pouvant comprendre, selon les objectifs de la personne menant les animations et le temps dont elle dispose, de 3 à 23 activités pédagogiques distinctes.

L’avis de PIPSa (www.pipsa.be)

Appréciation globale

Cet outil pédagogique entièrement téléchargeable permet de mettre en place un projet d’année/d’école autour de thématiques pertinentes dans les groupes d’enfants, particulièrement en milieu multiculturel. Conçu pour le rythme scolaire et faisant le lien avec les compétences pédagogiques, il fournit à l’enseignant (et particulièrement les débutants) un matériel complet, « clé sur porte », particulièrement adapté aux enfants et au contexte scolaire.

Des contenus sourcés, des thématiques pertinentes et actuelles (qui font sens à l’école), des activités testées et adaptées au public selon l’âge ; tout est en place pour faciliter l’utilisation de l’outil. Quelle que soit la thématique (module), c’est une même méthodologie qui est appliquée, facilitant les apprentissages des enfants et l’utilisation par l’enseignant. Celui-ci devra toutefois consacrer un temps important pour s’approprier l’outil, vu son contenu très dense et riche (mais le processus est reproductible avec un autre groupe d’enfants, année après année). Les explications sont claires, l’ensemble bien structuré et soutenu par un graphisme facilitant le repérage interne et la fluidité de lecture.

Les animations mettent les enfants au travail, par des activités diversifiées, faciles à mettre en place, et sont suivies d’une mise en perspective pédagogique. Les nombreuses questions ouvertes de debriefing demandent des capacités à susciter la parole dans le groupe. Les recommandations à l’utilisateur (et notamment celles relatives à ses propres stéréotypes) sont issues des pré-tests de l’outil.

Un outil pour apprendre à nommer les émotions (nécessaire pour le débriefing) sera peut-être utile en complémentarité.

Objectifs

  • Prendre conscience de ses représentations relatives aux stéréotypes et discriminations
  • Comprendre comment se construisent les stéréotypes/discriminations
  • Favoriser une analyse critique en prenant position de manière argumentée
  • Développer ses compétences pour enrayer la discrimination au quotidien et favoriser le changement

Public cible

6 à 12 ans

Utilisation conseillée

  • Inscrire l’outil dans un temps scolaire long, en faire un projet d’année pour permettre les apprentissages
  • Prendre le temps de lire et s’approprier les nombreux supports

Où trouver l’outil

Belgïk MoJaïk, 128 rue du Collège, 1050 Bruxelles

+32 (0)486 71 89 37 – +32 (0)484 45 22 06 – info@belgik-mojaik.be

www.belgik-mojaik.be

three different donuts, on a plate on yellow background

« Junk Food » : la BD qui dénonce l’addiction à la malbouffe

Le 23 Mai 23

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Émilie Gleason et Arthur Croque se sont donné pour mission de révéler une problématique appelée « addiction à la malbouffe ». L’idée est que la nourriture peut être une drogue pour certaines personnes. Dans cette BD-enquête, didactique et militante, aux personnages grotesques et flashy, les auteurs nous emmènent à la rencontre des victimes de cette « addiction », des hommes et des femmes dévorés par leur relation à l’alimentation.

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Tout est parti pour Émilie Gleason d’un choc lorsque le mari de sa cousine, mexicain, ajoute deux cuillères de sucre dans son Coca. Il nait chez la dessinatrice une envie insatiable d’en apprendre davantage sur les effets addictifs de cette substance et de révéler ceux-ci au grand public. Elle est rejointe dans son projet par Arthur Croque, journaliste, pour mener l’enquête. Au fil de leurs recherches et de leurs rencontres, le projet s’oriente autour d’une organisation encore peu connue en Europe les « Food addicts ». 

Un recueil coloré de témoignages acidulés 

L’histoire commence avec Zazou, une jeune femme de 19 ans à l’allure rebelle, sur le point de participer à sa première réunion des « Food Addicts ». 

Après avoir vu le récit d’expériences menées par Paul Kenny, expert en drogues irlandais, sur l’addiction des rats pour la junk food (et particulièrement le cheese-cake et sa combinaison de sucre et de gras), Zazou remplit le questionnaire de l’organisation sur les troubles du comportement alimentaire : elle répond oui à toutes les questions.  

Scandalisée par son résultat, elle fait la rencontre de Bambi, une motarde membre des Food Addicts qui tente de la convaincre d’assister à une réunion. Zazou finit, non sans réticence, par accepter. Accompagnée par Bambi qui devient sa « marraine », Zazou va découvrir la dure réalité des membres de ce groupe, réuni à la manière des alcooliques anonymes. 

Les témoignages vont s’enchaîner :  

  • Winnie : « Food Addict » depuis l’enfance après avoir goûté une barre de « Crunch » et qui va plonger dans une alternance de régimes drastiques – soutenus par toutes les drogues possibles – et de moments de « binge » jusqu’à sa grossesse où ne se succèderont plus que des moments de « binge » ;  
  • Iago : au corps de rêve adulé sur Instagram, mangeant jusqu’à exploser puis se faisant vomir et se perdant dans une frénésie de sports ; 
  • Clochette : à la fois « Food Addict » et « Sex Addict », gobant aussi bien les mecs que les biscuits d’apéro ; 
  • …  

Différents personnages, qui illustrent tous, selon les auteurs, un aspect de l’addiction à l’alimentation.  

L’addiction à la malbouffe

Par ces témoignages, la BD dénonce l’existence d’une « addiction à l’alimentation » en pointant du doigt les drogues toujours plus grasses et sucrées produites en masse par l’industrie agroalimentaire. Elle explique que si un Food Addict peut dans l’absolu dévorer n’importe quoi, les produits qui vont l’obséder seront toujours les mêmes : « les aliments très caloriques, à consistance onctueuse ou croustillante, qui combinent gras, sel, sucre et activent fortement le circuit de la récompense » [1].

Elle précise également que, tout comme pour l’alcool, certains pourront consommer un burger ou une pizza de temps en temps, alors que pour d’autres cela deviendra une « véritable addiction ». La postface précise que 5 à 10 % de la population pourrait être atteinte de « food addiction ». 

Bien qu’intéressante pour accroitre la visibilité de problématiques bien réelles, les explications apportées par la BD posent question.

Dans la littérature scientifique, c’est en 1956 que le terme « food addiction » (addiction alimentaire) apparaît pour la première fois (Randolph, 1956). Cependant, aujourd’hui encore, la nature de « l’addiction alimentaire » demeure un sujet controversé qui divise les experts et nécessite des études supplémentaires.

Pour certains chercheurs, la nourriture hautement « palatable », contenant une grande quantité de sucre, de sel et de gras, aurait des propriétés addictives et agirait de la même façon qu’une drogue au niveau du cerveau (Avena, Rada & Hoebel, 2009 ; Meule & Gearhardt, 2014).

Certaines études semblent en effet aller dans ce sens.

Des études menées auprès de rats ont observé que les animaux à qui on donnait accès à de la nourriture sucrée, à la suite d’une période de privation, montraient des symptômes s’apparentant à ceux de la dépendance aux substances (Avena, Rada & Hoebel, 2008).

Les rats pouvaient consommer une très grande quantité de nourriture en très peu de temps, et ce, malgré des décharges électriques (Avena et al., 2008 ; Gearhardt, White & N Potenza, 2011 ; Johnson & Kenny, 2010). En plus de ces changements comportementaux, les chercheurs ont observé chez ces rats des altérations neurologiques au niveau de circuits impliqués dans la dépendance aux substances (Hoebel, Rada, Mark & Pothos, 1999 ; Nieto, Wilson, Cupo, Roques & Noble, 2002).

Un questionnaire a d’ailleurs été développé en 2009, le « Yale Food Addiction Scale » (YFAS), afin d’identifier les individus présentant des symptômes d’addiction à l’alimentation (Gearhardt, Corbin & Brownell, 2009). Inspiré des critères diagnostiques de dépendance aux substances du DSM-IV-TR (American Psychiatric Association, 2000), il vise à décrire les difficultés cliniques que rencontrent certaines personnes dans leur relation à l’alimentation : la perte de contrôle sur la consommation alimentaire, une incapacité à réduire leur consommation malgré le désir de le faire ou encore la poursuite de comportements malgré la connaissance des effets négatifs de cette consommation alimentaire sur leur santé. Par conception, le YFAS suggère donc que la définition de l’addiction alimentaire serait constituée de symptômes approximativement équivalents aux symptômes d’une dépendance aux substances, mais appliqué à la nourriture.

Toutefois, comme expliqué plus tôt, cette théorie ne repose que sur le modèle animal. À ce jour, aucune étude n’a pu évaluer ce potentiel addictif sur les êtres humains ; ni dans quelle mesure celui-ci pourrait avoir un impact réel sur les comportements alimentaires.

De nombreux chercheurs et experts se sont donc opposés à l’idée de l’existence d’une addiction alimentaire analogue à l’addiction aux drogues (Albayrak, Wölfle & Hebebrand, 2012 ; Hebebranda et al., 2015 ; Wilson, 2010 ; Nolan, 2017) et proposent plutôt de classer l’addiction alimentaire dans la catégorie des dépendances comportementales, qui ne seraient pas causées par une substance psychoactive (Rosenberg & Feder, 2014).

Jean-Philippe Zermati et Gérard Apfeldorfer deux spécialistes français du comportement alimentaire expliquent : « aucun aliment ne répond aux critères définissant une substance addictive ». D’une part, « il n’existe pas de tolérance, ce qui veut dire que la personne qui aime le chocolat n’est pas conduite à augmenter les doses indéfiniment pour obtenir le même plaisir, comme c’est le cas pour l’héroïne, par exemple ». D’autre part, « Il n’y a pas non plus de syndrome de sevrage quand on cesse de boire du Coca ou de manger des hamburgers-frites ». Le seul élément commun avec les produits addictifs serait donc « la focalisation sur la consommation : certaines personnes sacrifient leurs autres activités à la recherche et la consommation de certains aliments ».

Sur ce point, ils pointent du doigt la restriction cognitive. C’est le « fait de contrôler mentalement son comportement alimentaire en vue de contrôler son poids qui serait, en réalité, ce qui conduit à cette focalisation. » Par ailleurs, ils précisent que « certaines conduites alimentaires correspondent à ce qu’on appelle des addictions comportementales. Ces conduites répétitives, comme le jeu pathologique, le travail compulsif, certaines conduites à risque, ont comme finalité de protéger la personne de ses émotions et de ses pensées douloureuses ».

Qui dit « addiction » dit « abstinence »?

Pour surmonter sa dépendance, Zazou rejoint les Food Addicts. Un groupe de parole à caractère religieux qui, à la manière des Alcooliques anonymes, prône l’abstinence. Pour l’alimentation, l’abstinence se définit comme « des repas pesés, sans farine ni sucre, sans rien entre les repas et le moindre excès ».

Cette association existe réellement. Créée aux États-Unis, elle propose un programme en douze étapes contre la malbouffe en s’inspirant du modèle des Alcooliques anonymes. L’association s’est exportée dans différents pays, mais pas en Belgique.

Dans leur BD, les auteurs ont à cœur de souligner la culpabilité des industries agroalimentaires qui œuvrent à rendre les produits alimentaires toujours plus addictifs en ciblant l’atteinte du « point de félicité », mélange de sucre, gras et sel destiné à rendre accro le cerveau, et encouragent l’adoption de mesures politiques règlementaires fortes. Toutefois, la solution présentée dans l’histoire repose sur le soutien des pairs, mais surtout un contrôle alimentaire extrême.

Au vu de la controverse sur la nature de l’addiction à l’alimentation, on peut s’interroger sur l’efficacité réelle de cette solution. En effet, dans les études qui s’intéressent à l’addiction alimentaire, sa prévalence est bien plus importante chez les personnes présentant un trouble du comportement alimentaire (« TCA ») (Pursey et al., 2014). Or, même dans l’hypothèse d’une addiction alimentaire liée à la substance même, dans le cas d’un TCA ou d’un trouble induit par la restriction cognitive (c’est-à-dire dans la majorité des cas), cette solution peut, en réalité, venir renforcer le trouble présent : l’interdiction nourrissant l’addiction.

Conclusion

Si la BD est discutable d’un point de vue scientifique sur la nature de l’addiction à l’alimentation, et sur l’approche thérapeutique qui en découle, elle a l’indéniable point fort de visibiliser l’enjeu et de donner la parole aux victimes en souffrance avec leur alimentation par des images colorées, fortes et marquantes.

Pour conclure, si l’accent est mis dans la BD sur le caractère addictif de l’alimentation, et spécifiquement de la malbouffe, il importe de ne pas non plus perdre de vue le rôle central de la grossophobie, et de la pression sociale liées à la minceur, pouvant induire des phases de restrictions calorique ou cognitive extrêmes et contribuant ainsi pour une large part à la souffrance illustrée par la BD.

[1] Les exemples cités dans la BD sont le chocolat, la crème glacée, les frites, la pizza ou encore le cookie.

Gleason E., Croque A., Junk Food, les dessous d’une addiction, Ed. Casterman, 2023

Pour aller plus loin

Site internet de l’association des Food addicts : https://www.foodaddicts.org

Bibliographie

Albayrak, Ö., Wölfle, S. M. & Hebebrand, J. (2012). Does food addiction exist? A phenomenological discussion based on the psychiatric classification of substance- related disorders and addiction. Obesity Facts, 5(2), 165‐179.

American Psychiatric Association. (2000). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Fourth Edition: DSM-IV-TR. American Psychiatric Association.

American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders. 5th ed. American Psychiatric Publishing.

APFELDORFER G. Addiction aux aliments sucrés : vrai ou faux débat ? In Le goût du sucre, plaisir et consommation, M.-S. Billaux Ed. Éditions Autrement, coll. Mutations, Paris, N°263, pp 125-137, sept. 2010.

Avena, N. M., Rada, P. & Hoebel, B. G. (2008). Evidence for sugar addiction: Behavioral and neurochemical effects of intermittent, excessive sugar intake. Neuroscience and biobehavioral reviews, 32(1), 20‐39. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2007.04.019

Avena, N. M., Rada, P. & Hoebel, B. G. (2009). Sugar and Fat Bingeing Have Notable Differences in Addictive-like Behavior. The Journal of Nutrition, 139(3), 623‐628.

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Gearhardt, A. N., White, M. A. & N Potenza, M. (2011). Binge eating disorder and food addiction. Current drug abuse reviews, 4(3), 201–207.

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Hebebranda, J., Albayraka, Ö., Adanb, R., Antel, J., Dieguezc, C., De Jongb, J., … Dickson, S. L. (2015). « Eating addiction », rather than « food addiction », better captures addictive-like eating behavior. Neuroscience and Biobehavioral Reviews, 47, 295‐306. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2014.08.016

Hoebel, B., Rada, P. V., Mark, G. P. & Pothos, E. (1999). Neural systems for reinforcement and inhibition of behavior: relevance to eating, addiction and depression. Well-being: Foundations of Hedonic Psychology, 560–574.

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Zermati, J-P. (2019). Osez manger, libérez-vous du contrôle. Odile Jacob.

Zermati, J-P. (2020, April 4). Addictions alimentaires : en réalité, nous sommes addicts au contrôle. [Video]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=kQfwUSNzLQs

diminuer la fatigue

Diminuer la fatigue

Le 29 Avr 23

Publié dans la catégorie :

diminuer la fatigue
crédit : Editions RETZ

Description selon l’éditeur

Matériel

Dans une pochette : 60 fiches cartonnées indépendantes

  • Des fiches pour l’enseignant (1 séance = 1 fiche) : objectif, matériel requis, déroulement de la séance
  • Des fiches pour les élèves : jeux, photos, illustrations, histoires…

Concept

Quelle que soit sa façon de se manifester (irritabilité, problèmes de concentration, hyperactivité, baisse d’énergie…), la fatigue peut entraver le bon climat de classe et nuire aux apprentissages qui ne se font plus de façon fluide, agréable et efficace.

Cet outil permet de mieux identifier, comprendre et trouver des solutions face à la diversité des situations de classe générées par la fatigue que ressentent les élèves.

Bon à savoir

Cet outil fait partie de la collection « Mieux-être à l’école », qui propose de courtes activités collectives autour de thématiques transversales et/ou psychosociales pour faire progresser les élèves dans leurs compétences émotionnelles et comportementales.

Retrouvez une présentation vidéo de l’outil sur ce lien Youtube

L’avis de PIPSa 

Appréciation globale

L’outil fournit un contenu pour permettre à l’adulte d’accueillir la fatigue de l’enfant et lui proposer des pistes pour être plus confortable. Cette autorisation à reconnaître la fatigue/les différents types de fatigue à partir des endroits où elle s’installe dans le corps est innovante et pertinente, en lien avec la réalité des enfants.

Les séquences d’apprentissage « clés en main », adaptées aux temps scolaires, sont à adapter/choisir en fonction de l’âge des enfants.

Les propositions pédagogiques pourraient être aussi intéressantes à prendre en compte pour les adultes – et particulièrement les enseignants – en modifiant les visuels.

Objectifs

Identifier les différents types de fatigue et les prévenir
Identifier les signaux et ressentis spécifiques aux différents types de fatigue
Mettre en place des moyens pour mieux gérer sa fatigue

Public cible

De 5 à 9 ans

afficheimagesmentales2023

Images Mentales : la suite

Le 29 Avr 23

Publié dans la catégorie :

Dans ce deuxième article , j’ai voulu donner une place particulière à deux films, le premier parce qu’il se consacre à un sujet peu abordé, le second parce qu’il est mon troisième coup de cœur et une vraie découverte… pas seulement pour moi si j’en juge par les échanges qui ont suivi la projection et auxquels je ferai largement écho.

small movie theater

La première partie de cet article se trouve ici (Education Santé, avril 2023)

Dans Alcool au féminin (52′, France, 2021), Marie-Christine Gambart s’attaque, sinon à un tabou, du moins à un problème minimisé et plus stigmatisé que l’alcoolisme au masculin. Un homme qui boit, à moins d’être un lamentable poivrot, c’est un bon vivant, un joyeux drille, un fêtard. Une femme qui boit trop est d’emblée disqualifiée. En particulier, picoler et avoir un bébé, c’est incompatible. Et « une mamie, ça ne boit pas » dit l’une des cinq femmes auxquelles ce documentaire donne la parole. Elles se sont adressées à Fatma Bouvet, psychiatre, qui a ouvert une consultation d’alcoologie réservée aux femmes.

La réalisatrice a choisi des personnes d’âges et de milieux sociaux très différents. La plupart sont abstinentes depuis plusieurs années, l’une d’elles depuis quelques mois seulement. Et une autre est originaire des USA, ce qui ne manque pas d’intérêt : Stacy pointe l’importance du contexte culturel et juridique. Aux Etats-Unis, on n’est pas censé/e accéder aux boissons alcoolisées avant l’âge de 21 ans. En France, l’alcool est partout, et on le sert dès l’apéritif à midi. Autre facteur, les effets contradictoires de l’émancipation féminine : on va boire « comme les hommes » (le même phénomène a été constaté avec le tabac) ; des milieux professionnels « à risque », comme les médias ou le showbiz, se sont de plus en plus féminisés. Et n’oublions pas les violences sexuelles et/ou conjugales qui, selon la psychiatre, multiplient par 36 le risque d’alcoolodépendance… Fatma Bouvet cite d’autres facteurs de risque, comme le syndrome du nid vide (quand les enfants quittent le foyer). Et les exigences sociales multiples qui pèsent sur les femmes, quand elles se combinent à un perfectionnisme personnel, mènent littéralement à l’épuisement.

Témoignages

L’impact de l’alcoolisme est considérable sur la vie de ces femmes : l’une commence seulement à reprendre contact avec son fils adoptif, une autre ne peut pas encore revoir ses petits-enfants. Stacy dira : « Je passais pour la party girl qui s’amuse beaucoup. En fait, je jouais un rôle. » Elle consommait avec son conjoint : « On passait de bons moments, mais l’alcool ça enlève l’intimité, on n’était pas vraiment ensemble. On se tirait l’un l’autre vers le bas. »

L’alcool peut devenir une obsession : « On ne vit que pour ça. (…) Il y a des moments de lucidité mais on vit avec cette dispute tout le temps, et c’est épuisant. » Sur quoi, sur qui s’appuyer ? Au travail, même si les collègues identifient le problème, il leur est difficile d’en parler. Par ailleurs, elles se heurtent à une dénégation indignée. Une ancienne collègue dira : « C’était un mur, en face ! Le sentiment qu’on a le plus ressenti, c’est l’impuissance. »

Dans la famille, ce peut être la consternation, le rejet, mais aussi le déni : après une soirée de Noël où elle s’est enivrée, cette femme de très bonne famille présente ses excuses pour avoir ruiné la fête. « Mais pas du tout, c’était une excellente soirée ! » lui rétorque-t-on.

La pression sociale est lourde. Stacy : « Les Français n’acceptent pas qu’on refuse un verre. Ils te disent : tu es enceinte ? Tu es malade ? Tu fais un régime ?… » Et le délitement de l’image sociale n’est pas dissuasif : « Quand on est vraiment au fond du trou, on s’en fout de son image. (…) L’image de soi est tellement détériorée qu’elle n’a plus d’importance. (…) On s’en fout si on est à 4 grammes [1], personne n’est là pour le voir ! »

Que faire pour se tirer de là ? « Il faut y aller doucement, ça prend du temps. » Fatma Bouvet insiste sur l’attention à porter au « moment fatidique du rituel », c’est-à-dire le moment, l’occasion, le prétexte quotidien de commencer à boire. Une femme dit qu’il faut oser en parler, avoir l’humilité d’admettre qu’on est malade. Mais les bénéfices de l’abstinence commencent à apparaître : la peau a meilleur aspect, les rangs des « amis » s’éclaircissent au profit des plus solides (« c’est quand on veut arrêter de boire que l’on compte ses vrais amis », a dit un jour Richard Bohringer), on prend soin de soi, on va vers les autres, on retrouve des liens, certaines s’engagent dans des associations d’entraide.

Bouquet final

Le dernier jour des Rencontres Images Mentales à Bruxelles, au début de ce jeudi après-midi, Il pleut des anges (52′, France, 2021) grâce à Caroline Girard et Laure Sirieix. Un vieil homme assis sur une chaise dans un couloir. Sur ses genoux, une serviette dont il extrait un magazine qu’il feuillette sans conviction. On est dans un hôpital. Silence, sinon le bruit de fond de la télé. Un autre vieux monsieur apparaît, il marche en faisant des allers-retours. Le premier se lève. Le second va-t-il s’asseoir ? Non.

Maintenant c’est une vieille dame, dans un autre couloir, qui retrousse les jambes de son pantalon au-dessus du mollet, puis au-dessus du genou. On entend des voix usées, des cris, des appels à l’aide. On est en gériatrie.

Maintenant des duos ou des trios se parlent. On ne comprend pas toujours ce que disent les personnes âgées : l’élocution… Elles regardent et lisent des livres illustrés. À côté d’elles, une femme dans la quarantaine peut-être, Laure. Elle lit, parle, sourit, regarde l’autre. On ne dialogue pas, on fait écho à ce qui est lu, commenté, interprété, inventé par l’autre. Paroles, phrases surréalistes, nonsense, poésie, ironie, accord, refus… Qui je suis ? Où je suis ? Qui est l’autre ? Qui est Monsieur Personne ?…

Avec une dame presque édentée, Laure commence un jeu avec le pied : talon/pointe, talon/pointe, de plus en plus vite. La caméra montre les pieds en action. On va danser ? Danser comme un pied ? On se fait du pied ?

Ah voilà, c’est ça, c’est ce qu’on fait là : on joue, ils, elles jouent. Comme des enfants : avec liberté, inventivité. La liseuse (on ne dit pas lectrice) ne cherche pas à maîtriser la situation, elle joint, elle juxtapose. Elle joue sa partie en improvisant, en partant des paroles, des images et des textes. En contrepoint. En résonance. En contrebalance.

Autre scène. La liseuse et une petite vieille dans un couloir, se tenant la main. Une très petite dame et Laure, déjà élancée, encore grandie par des chaussures genre cothurnes : contraste comique mais pas grotesque. Puis, dans une pièce, échanges verbaux où la vieille dame pose des questions ou des affirmations rationnelles auxquelles Laure se dérobe, s’échappe, part en vrille sur le temps qui passe, le temps qu’on passe, « je passe mes larmes à la rivière, et mes sourires je les passe au ciel ». La petite dame sourit, « ah c’est beau ça, c’est bien dit ».

Making of

Pendant trois ans, une fois par mois, Caroline Girard a placé sa caméra dans cette unité de psychogériatrie. Les patients et patientes présentent une dégénérescence du lobe frontal, une pathologie assez proche de la maladie d’Alzheimer. Ceci est le premier film de Caroline, et c’est non seulement une réussite mais un enchantement – comme on parle de l’enchanteur Merlin – car il nous fait sortir de nos rails. Ou mieux encore, selon les mots d’Antoine Masson, psychanalyste et anthropologue, il nous fait voir ces personnes comme « des poètes exilés sur une île d’infortune »… Caroline renchérit : « On voulait les montrer comme nous on les voyait ».

Grâce à la complicité tissée avec le personnel de l’unité, il n’y avait pas de soignant sur le plateau pendant les tournages : « On prenait soin d’eux. Leur vie a toujours pris le dessus sur le film ! Ils pouvaient partir quand ils voulaient. Et ils ne voyaient pas la caméra, ils ne voyaient que la perche. Ils étaient obnubilés par les livres, les images, ils étaient dans l’ici-et-maintenant. Les médecins étaient épatés qu’on puisse passer autant de temps avec eux sans que ça s’agite. » Et elle poursuit : « On a vécu quelque chose d’assez exceptionnel. On avait renoncé tout de suite à un dialogue anecdotique, sinon il n’y aurait pas eu de film. Les échanges s’inventaient au fur et à mesure, on ne savait pas ce qui allait se passer. »

Des questions dans la salle ?

Quid du droit à l’image ? Caroline : « Les résidents n’auraient pas compris, il a fallu s’adresser à la famille ou, à défaut, au tuteur. Mais il y a des choses que nous nous sommes interdit de montrer, le point de repère étant : est-ce que nous voudrions nous montrer comme ça ? Et nous avons demandé aux soignants de les préparer un peu. Ceci dit, ils ne se reconnaissaient pas à l’image ! »

Et le choix des livres ? Laure : « On a cherché des livres poétiques illustrés, pas spécialement pour la jeunesse. On a tâtonné pendant trois ans, en commençant avec Monsieur Personne, de Joanna Concejo, et Ouf, de Laurence Vielle, pour arriver finalement à Becket et Pessoa… En fait, plus on se rend libre, plus on part avec eux. Se laisser porter, lâcher prise, c’est être à leur hauteur ! »

Comment devient-on liseuse ? « À l’origine, nous sommes deux comédiennes, nous avons appris à décortiquer les textes. C’est comme avec la musique, il ne suffit pas d’aimer ça pour devenir musicienne. Il y a un gros travail d’actrice : il faut mâcher le texte, réveiller les signes sur la page, travailler avec son corps, avec son imaginaire. »

Comment se construit la relation avec ces personnes ? Laure : « J’ai eu une expérience de vie, quinze ans plus tôt, qui m’a aidée. Mais le texte, les mots, c’est une clé, un média, ils aident à se glisser à leurs côtés. » Caroline : « La littérature nous donne toujours une clé d’entrée, il y a quelque chose qu’on peut aller fouiller. »

Antoine Masson : les scènes dans le salon de coiffure et la chapelle étaient-elles comme des parenthèses poétiques ? « Nous avons cherché des espaces, dans l’hôpital, qui pouvaient servir de décors. Dans les autres scènes, la caméra se focalise sur les visages. Pour moi, les scènes dans le salon et la chapelle sont des instants de pur théâtre, avec des gens qui avaient une présence folle. On leur a laissé la bride sur le cou. Même chose pour la scène du début, dans le couloir : c’est En attendant Godot ! »

Pour en savoir plus sur les Rencontres Images Mentales

[1] C’est-à-dire 4 grammes d’alcool par litre de sang. Pour mémoire, en Belgique comme en France, la limite réglementaire est 0,5g/l, soit deux verres de vin. D’où le slogan : « Trois verres, bonjour les dégâts ! »…

oh iss pas d iss

Oh’ISS et Pas d’ISS : Mieux comprendre les inégalités sociales de santé

Le 23 Mar 23

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oh iss pas d iss
crédit: Ireps Auvergne-Rhone-Alpes

Description selon l’éditeur 

Matériel  

Guide d’animation (PDF) présentant les deux outils « Oh’ISS » et « Pas d’ISS » 

Matériel Oh’ISS : 
– 24 cartes situations + une bibliographie 
– 8 fiches « Mon personnage » 
– Des chevalets 

Matériel Pas d’ISS : 
– 17 cartes personnages 
– Une liste d’affirmations 

Tout le matériel est téléchargeable sur le site de l’éditeur : https://ireps-ara.org/portail/portail.asp?idz=1654.  

Concept  

La réduction des inégalités sociales de santé est au cœur de la promotion de la santé. Comprendre l’impact des inégalités sociales sur les déterminants de santé est essentiel pour agir. 

Cet outil propose deux outils d’animation pour favoriser cette appropriation lors d’animations auprès de professionnels ou étudiants. Elles mobilisent une approche basée sur l’expérience. 

En fonction des objectifs et du contexte de l’animateur, le guide d’animation permet de choisir parmi ces deux outils lequel est le plus adapté. 

L’avis de PIPSa  

Appréciation globale  

Cet outil d’animation à la thématique actuelle particulièrement pertinente en promotion de la santé, suscite la réflexion à partir d’un processus pédagogique efficace, simple et court. Facile à prendre en main, il s’adresse à tout professionnel souhaitant sensibiliser son public aux ISS. Selon son niveau d’information dans cette thématique, l’utilisateur devra peut-être consacrer du temps à la lecture/documentation (nombreuses sources fournies) s’il désire illustrer l’un ou l’autre aspect des ISS. 

L’outil aide à identifier où se situent, concrètement, les ISS au quotidien, à partir de données objectivées. L’expérience proposée aide le public à réfléchir, à partir de son ressenti, ses représentations et son positionnement par rapport au public. Il aide à sortir du « yaka/faukon », mais pourrait fragiliser les professionnels s’ils restaient dans un sentiment d’impuissance. 

L’animateur veillera à proposer des ressources pour identifier des pistes pour mieux agir. 

Accessibilité maximale grâce au téléchargement gratuit. 

Objectifs  

  • Prendre conscience de ses représentations relatives aux ISS et leur influence sur sa (future) pratique professionnelle. 
  • Comprendre comment les ISS impactent concrètement le quotidien des publics. 
  • Prendre conscience de l’impact des ISS sur la santé. 

Public cible  

A partir de 16 ans (étudiants et (futurs) professionnels psychomédicosociaux). 

Intéressant aussi être pour les intervenants de première ligne dans des quartiers fragilisés/sensibles. 

Utilisation conseillée  

  • Suivre les propositions du promoteur 
  • Se préparer à faire face à un possible sentiment d’impuissance 

Points forts  

Pertinence, accessibilité, facilité d’appropriation, efficience du procédé pédagogique, ressources sourcées 

Points d’attention  

Eviter de rester dans le sentiment d’impuissance. 

afficheimagesmentales2023

Images Mentales : le retour

Le 23 Mar 23

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Les Rencontres Images Mentales, à l’Espace Delvaux, à Watermael-Boitsfort, en sont à leur quinzième édition. En 2020, c’était juste avant le premier confinement. En 2021, uniquement via Internet. En 2022, avec de sévères restrictions sanitaires (ce pourquoi je n’ai pu y faire écho dans ces pages : un masque et des lunettes, c’est pas pratique au cinéma). Cette année, ouf, on retrouve le plaisir du grand écran, des rencontres, des échanges. Coup d’oeil au programme 2023…

le monde en soi
crédit: Caïmans Productions/ Arte France

C’est Le Monde en soi (18′, France, 2020), de Sandrine Stoïanov et Jean-Charles Finck, qui ouvre le programme, et ce film d’animation est un premier coup de coeur… Une jeune peintre sort de chez elle. On la voit faire des croquis de passants à la terrasse d’un café. Quand le galeriste chez qui elle se présente découvre son travail, il est enthousiaste mais lui demande aussi « de grands dessins ». Elle se met à l’oeuvre et se donne à fond. Une scène onirique la montre dansant pour réaliser ses toiles, tout son corps peint, ses cheveux deviennent pinceaux. Quand il voit le résultat, le galeriste s’exclame : « C’est une mise à nu, dans tous les sens du terme ! » Une exposition est programmée. Mais l’artiste s’est littéralement tuée au travail, psychiquement parlant. Elle perd pied, comme le montrent des scènes qui peuvent rappeler les peintures et dessins psyché-pop de la seconde moitié des années 60, mais on pense aussi à certains romans graphiques contemporains.

Elle se retrouve à l’hôpital, en noir et blanc. Seul l’extérieur coloré dit la vie, la nature : le passage du temps se manifeste par les changements de la ramure de l’arbre qu’elle voit par la fenêtre de sa chambre. Mais voici qu’un écureuil lui laisse une noisette en présent, sur l’appui de la fenêtre. Il reviendra plusieurs fois avec une offrande, commençant à lui rendre des couleurs : elle rosit. Puis, à la cantine de l’hôpital, un inconnu lui donne, avec un clin d’oeil, une petite boîte d’aquarelle. Elle peint le portrait de l’homme avec le doigt, trempant celui-ci dans le verre d’eau avec lequel elle avale habituellement ses médocs. Plus tard, à l’occasion du vernissage, le galeriste lui enverra une boîte de couleurs plus complète et des pinceaux. Elle finira par couvrir de ses aquarelles les murs de sa chambre. Et par retrouver le dehors.

Un film chatoyant, poétique, qui a aussi été présenté au festival Anima et dans maints autres lieux. 

club55
crédit: Club 55 (2022) Dorian Riviere et Paul Vincent de Lestrade

Le point de départ de Club 55 (29′, Belgique, 2022) est le suivant : dans le contexte d’un confinement, des gens se réunissent dans une maison avec jardin et décident de faire un film de science-fiction. Dans la vie, les personnes qui participent à ce centre de loisirs de L’Equipe (réseau de psychiatrie sociale, Anderlecht) ont des parcours très différents : abus de drogues, harcèlement raciste au travail, bipolarité… Mais ici on ne les réduit pas à une étiquette, l’une d’entre elles dira : « Les plus belles personnes que j’ai rencontrées, c’est dans des centres. Ils sont passés par la souffrance et ils ne font pas semblant. » Et un autre : « S’extérioriser, communiquer, passer des moments avec des gens, c’est ça qui compte. »

Les feedbacks des participants sont à voir par toute personne doutant de l’intérêt de la démarche des ateliers créatifs – ici, la vidéo – ou, plus largement, par qui se fait une idée toute faite des troubles de santé mentale. Les effets bénéfiques sont ici manifestes. Sans occulter la souffrance psychique, le film veut donner une image positive, il y a de l’humour, des rires. Quelqu’un cite Cibely Ayres Silva, la coordinatrice du Club 55 : « On peut tomber malade, mais on peut guérir. » Ce qui entre en résonance avec le film précédent.

Discussion : est-ce un documentaire sur un film d’atelier (dont on ne verra que des extraits) ? Au départ, il y a le dixième anniversaire du Club 55 et un appel d’offres. L’offre retenue se veut plus originale qu’un film de promotion. Paul Vincent de Lestrade, un des réalisateurs (l’autre étant Dorian Rivière), dira : « On a fait un film dans le film, le tournage d’un tournage. »

Un quatuor de films d’ateliers

Ils sont peu nombreux cette année mais la qualité est au rendez-vous. Mosaïques de shortcoms (15′) déroule une succession de sketches drôlatiques, réjouissante mise en boîte d’idées reçues et satire des services d’aide téléphonique, le fil rouge étant un « service après-vente » auquel s’adresse un appelant littéralement intarissable !

Le Centre Alba (La Louvière) est un service de rééducation fonctionnelle, c’est-à-dire un centre ouvert doté de missions comme la remise à l’emploi. La prise en charge va d’un an et demi à deux ans. Divers ateliers sont proposés, dont un atelier vidéo. Pour ces « shortcoms » (un mot trouvé sur le Net), le groupe a commencé par un brainstorming, puis tout le monde a participé à toutes les étapes, mais chacun/e a pu choisir sa place, devant ou derrière la caméra, à l’écriture, etc.

L’Heure Atelier est un centre d’expression et de créativité situé au sein du SSM La Gerbe (Schaerbeek). Chaque année, un thème est choisi : en 2022, c’était la réclame publicitaire. Dans Poly le pro-pot (6′), de courtes saynètes vont vanter les avantages d’un objet polyvalent, tantôt aquarium ou tambour, tantôt siège ou cache-pot. Moralité : pas la peine d’acheter toute une diversité d’objets différents. Et le slogan : « POLY, tant de pot-en-ciel ! » … Simplicité et légèreté sont les atouts de cette anti-pub.

C’est le 21 juillet, et le JT propose une émission spéciale : le Roi va prendre la parole. Oui mais… tous les personnages sont « joués » par des figurines fixes d’animaux ! Et le discours royal est perturbé par une manif en faveur des phoques pilotée par Brigitte Bardot. Puis la Foire du Midi connaît un incendie surprise, peut-être causé par une cigarette mal éteinte de Jacques Brel ressuscité. Là-dessus survient la mort d’Elisabeth II, et enfin un vol belge dans l’espace réunit Marie Curie, Thomas Pesquet et Sandra (Kim?) en mélangeant images d’archives et figurines sur fond de décors crayonnés !

Circus TV (14′), réalisation du Code, centre thérapeutique de jour de L’Equipe, a un aspect bricolé, loufoque, irrévérencieux, surréaliste « à la belge ». Le processus de production s’est étalé sur un an, en collaboration avec les ateliers d’écriture et de dessin. Le côté purement ludique a de toute évidence été très important : « on s’est bien amusés ! » revient dans les échanges qui suivent la projection.

Making of : lors d’une discussion préparatoire, il est question d’un léopard. Lou, une des animatrices, en sort un de son sac, à la surprise des autres ! Elle collectionne ces figurines, et il apparaît ensuite que l’autre animatrice, Karien, en fait autant… Du rôle du hasard dans la création.

Avec La main de la morte (5′, SSM de Saint-Gilles), on change complètement de registre. C’est du noir et blanc et s’il y a de l’humour, il est très noir. La souffrance ne se combat pas que par le rire… Après que son amie est sortie, une jeune femme se met à la danse, mais elle est interrompue par des bruits bizarres venant on ne sait d’où, son magnétophone disjoncte à plusieurs reprises ; elle veut écrire mais, là encore, des sons inquiétants, des voix se font entendre. Elle prend la fuite et se réfugie dans la salle de douche, mais la paume d’une main se plaque sur la petite fenêtre. C’est Rebecca, son ex, qui n’accepte pas la séparation et veut la récupérer ! Puis on voit le cameraman et la réalisatrice, prêts à remballer, mais on entend des cris, effarés les deux se précipitent… The end.

Making of : les deux actrices-scénaristes sont très vite parties vers le cinéma d’horreur ; or Carole, la réalisatrice, faisait elle-même ce genre de films. Le tournage a été très dense, de l’ordre de 4 heures par jour pendant une semaine. Les deux actrices, qui ne se connaissaient pas, ont donc dû « se jeter à l’eau ». Et maintenant, elles sont amies… Du rôle du casting dans l’amitié.

Un trio de moyens métrages

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crédit: Laïdakfilms / Dandelooo

Ces trois films ont un point commun : une maman qui perd pied. Mais l’intensité et la gravité de la maladie ne sont pas les mêmes. Et la forme aussi varie considérablement, même si la situation est chaque fois appréhendée par le regard d’un/e enfant. Ça commence par Maman pleut des cordes (26′, France, 2021) un deuxième film d’animation et, pour moi, un deuxième coup de coeur. Jeanne, 8 ans, est envoyée à la campagne chez sa mémé parce que sa maman doit « se reposer ». Elle n’est pas contente, Jeanne, mais alors pas du tout. Il faut dire que, venant de la ville, elle atterrit au Hameau de l’Enfer, au milieu des frimas. En se promenant dans le bois, elle fait une chute sous la pluie et se retrouve nez à nez avec… un Géant, peut-être un Ogre ! Heureusement, il s’avère que Cloclo, s’il est gigantesque, est tout à fait inoffensif, et que c’est un copain de Mémé, la reine de la tarte à l’oignon. Jeanne rencontre d’autres enfants et se dégèle progressivement, se désurbanise aussi. Mais Mémé lui fait comprendre que sa mère est malade, pas juste fatiguée. Suite à l’écran. Sachez seulement que, pour arriver au happy end dans la maison de repos, une épingle à cheveux en forme de coeur jouera un rôle non négligeable et que Cloclo devra recourir aux bottes de sept lieues…

Un film délicieux, touchant, drôle, aux couleurs magnifiques, qui revisite des motifs du conte classique. Pour tous les âges ! Dossier pédagogique sur www.lesfilmsdupreau.com.

Réalisation : Hugo de Faucompret. Co-autrice : Lison d’Andréa. Compositeur : Pablo Pico. Avec les voix de Yolande Moreau, Céline Sallette et Arthur H.

Dans Un jour viendra (29′, France, 2020), de Nicolas Cazalé, le décor est tout différent : urbain, impersonnel, aux couleurs froides. Audrey retrouve son fils Luca, qui vit désormais avec son père. Le divorce des parents est en cours, et on comprend vite qu’Audrey a fait un séjour en hôpital psychiatrique. Elle est toujours sujette à des crises d’angoisse et Luca se rend compte, selon ses propres termes, qu’elle est « bizarre ». Inquiétante ambiguïté : Audrey l’encourage à « sauter » à trotinette d’une certaine hauteur, et on se demande ce que cela cache car il exprime sa peur… ouf, il ne s’agit que du départ d’une longue piste sinueuse conçue pour cela, et il crie sa joie !

Mais Luca a fait sortir la perruche qui se trouve dans une cage, sur la terrasse. La tension culmine lors d’une sortie en barque sur un lac : Audrey décide tout à coup qu’elle a besoin de fraîcheur et se jette à l’eau. Luca est effrayé mais, lorsqu’elle émerge, c’est elle qui panique, parce qu’elle ne le voit plus dans la barque. En fait, il est à moitié immergé et accroché au bordage. Quand elle le découvre, il s’engage entre eux une lutte violente. Elle veut le faire remonter dans la barque manu militari mais c’est à nouveau très ambigu.

Un film perturbant et qui m’a laissé perplexe. La perruche revient de temps en temps sur sa cage (et non plus dedans) : symbole ?…

Perturbant aussi, même s’il provoque le rire à certains moments et si j’ai mieux saisi le propos, Trois grains de gros sel (26′, France, 2022), signé Ingrid Chikhaoui, se situe en milieu rural. Deux soeurs, Elsa, 5 ans, et Judith, 8 ans, sont seules à la maison. Par curiosité, la cadette avale quelques grains de gros sel et sa soeur lui prédit qu’elle est dès lors condamnée à mourir par dessèchement ! Mi-dubitative, mi-inquiète, Elsa téléphone à la grand-mère, infirmière, mais celle-ci ne prend pas l’affaire au sérieux. Au bout d’un temps, les fillettes cherchent leur mère. Qui surgit tout à coup en brandissant le cadavre du coq du voisin, qui la réveillait trop tôt tous les matins ! Après l’avoir plumé, elle se met à le découper et le vider sous le regard intéressé des fillettes. Elle finit le travail torse nu, barbouillée du sang de l’animal. Cette atmosphère de jeu dangereux et de transgression trouve son point culminant quand Elsa, inquiète, essaie d’appeler à nouveau sa grand-mère. Dispute entre les deux soeurs autour du téléphone car on n’est pas censée « cafter ». La mère surgit à nouveau, cette fois armée d’un arc ! Elle menace sa fille : « qu’est-ce qu’on dit !? » Elsa n’a pas peur mais hésite, et il faut que sa soeur lui souffle la bonne réponse : « pardon »…

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crédit photo: Trois grains de gros sel (2023) Ingrid Chikaoui / Les Films Norfolk

Frédérique Van Leuven, psychiatre, loue l’intensité, la justesse et la force du film : « c’est une fiction qui dit la vérité ». Ingrid Chikhaoui : « L’idée du film est venue quand j’ai eu des enfants. Des souvenirs sont revenus à ce moment : les trois grains de gros sel, cela s’est joué entre ma soeur et moi. J’avais un père bipolaire, et je me souviens d’une crise maniaque très violente. Le personnage du père a été transformé en mère parce que je n’avais pas envie de filmer une violence masculine. » Les personnages ont été travaillés avec Manue Fleytoux, qui joue la mère : « Dès l’écriture, on a pris le parti de privilégier le regard des deux enfants. Elles n’ont pas peur de leur mère, pour elles c’est tuer le coq qui est la grosse bêtise ! Elles ne comprennent d’ailleurs pas pourquoi on emmène leur mère à la fin. » Manue : « Pour moi, il est beaucoup question d’amour dans ce scénario. Il y a de l’amour entre ces trois-là… Je suis allée chercher chez moi ce qui pouvait trembler. » À la question classique de la direction d’enfants, Ingrid répond : « Il faut que les enfants sentent que la parole est libre, il faut qu’ils puissent dire non, ce qui est d’ailleurs arrivé dès le casting : l’une d’elles a refusé de jouer la scène proposée, elle en préférait une autre. » Manue : « Elles étaient très conscientes que c’était un jeu. Et elles étaient préservées ; leurs mamans étaient sur le tournage, elles pouvaient aller les retrouver quand elles en avaient envie. »

A suivre…

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